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Fig. 17. — PUum dans les Landes.
COMBINAISON DES CRITERES
Notre domaine se trouve partagé en deux régions par une ligne AB : à l'est de cette ligne, IV fermé du latin vulgaire s'est maintenu sans labialisation: péiv; à l'ouest de la ligne AB, il y a eu labialisation : pœw, piiiv, pow.
Faisons jouer le critère de superposition interne, en nous fondant sur la carte 270 de V Atlas linguistique de la France. Cf. fig. 18. Les formes à voyelle labialisée semblent au
FiG. 18. — Pïliini dans le Sud-Ouest, d'après VAtlas linguistique.
premier abord conditionnées par le contact de iv (noté u ou même 0 par M. Edmont). Là où pilinn tstpel, sans vocalisation de /, Ve échappe à la labialisation. Les formes pïm €t pœu de V Atlas linguistique . sont noyées dans le domaine de /)gw/. Elles n'apparaissent qu'à l'intérieur àepeiv. [La forme pow << pUmn ne figure pas dans V Atlas linguistique, et ne pouvait pas y figurer, car elle est inconnue aux points visités par M. Edmont.]
A ne considérer donc que le critérium de superposition interne, pœiv, piiiv, pow Çpihmij sont sur le même plan : tous trois représentent une évolution de péw : dans les trois
cas, la labialisation de la voyelle semble être le résultat d'une assimilation au ic suivant : palatale -)- labiale >> labiale -j- labiale.
Il n'en est rien cependant; et notre analyse va établir qu'en matière de démonstration : i° le principe de superposition interne gagne à être associé à celui de superposition externe et 2° que les cartes linguistiques de domaines relativement restreints, mais explorés en détail, fournissent souvent des éléments d'appréciation plus utiles que les cartes d'ensemble forcément inexactes et incomplètes.
A la carte « cheveu » du Pelit atlas, superposons en effet les nombreuses cartes où un é fermé du latin vulgaire a été soustrait à l'influence d'un la suivant : les exemples abondent; nous n'avons que l'embarras du choix, nous appellerons cette série de cartes la « série témoin » : carte 472 « soif » slthii ; 473 « soir » sênuii ; 516 « veine » vênam; 532 « verre » vïtrutn, etc., etc. Cf. fig. 19.
FiG. 19. — « Soir «dans les Landes.
Partout la même ligne AB. passant aux mêmes points géophiqiies que dans la carte « cheveu », partage la région en deux secteurs, l'un à l'Est, où Vé fermé est resté intact, l'autre, à l'Ouest, où é est passé à œ.
Mais alors, dans les formes pœw Qnluui) de la carte « cheveu »,. l'influence du zu n'a été pour rien dans la labialisation de Yé: si 1'/ finale de p)lum était restée intacte, la voyelle n'en serait pas moins devenue œ :*pœl.
COMBINAISON DES CRITERES llj
Nous sommes donc amenés à rectifier notre première proposition et à dire que la labialisation de IV dans péiu >panu Çplluin) est un changement non conditionné; et qu'il est indépendant de la nature des phonèmes entourant la voyelle.
Faut-il en dire autant de pihv et de poiu} Pour répondre à cette nouvelle question, faisons une fois de plus appel au critère de la superposition phonétique, et comparons les cartes suivantes où IV fermé s'est trouvé en contact avec lo, comme dans pïliim : 488 « suif » sêhum (cf. fig. 20),
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Fig. 20. — « Suif » dans les Landes.
207 « fougère >■> fïlkeni, 357-8 « boire » btbère. La carte 510 « tuile » peut être jointe aux précédentes, s'il est vrai que les formes landaises reposent bien sur lat. vulg. *tèÇg)ula supposé par M. Meyer-Lùbke en regard de 1. cl. tégàla. En tout cas, la distribution géographique des formes est la même que dans les cas précédents. Cf. fig. 21.
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1" i "i Fig. 21. — « Tuile
2l8 VII. CONVERGENCE DES MÉTHODES
Toute cette série de cartes où Vé fermé s'est trouvé, comme, dans /)Jît' < plluiii, en contact avec w, coïncident avec la carte péw<ip'iUim elle-même : c'est-à-dire que les formes en // et en o {sûw, soiu <cC sêbuni, Qic.)sont, sans exception, situées à l'ouest de la ligue iuimuabh AB.
Superposons maintenant cette série de cartes {péw<ipîlum, séw <isebum, etc.) à la série témoin : (^sél sïtini, etc.').
De ce rapprochement découle un double enseignement : i" il et 0 (piiîu, poiv), contrairement à ce que nous avons vérifié pour œ {pœii'), sont conditionnés par le contact d'un îu subséquent. En effet, il n'y a pas un seul exemple de *sût ou de *sot (i//////) dans la série des cartes témoin Çsét -< sltini, etc.) ; 2° // et 0 {pilw, poiu) sont des évolutions secondaires de œÇpœiu'). En effet, il n'y a pas un exemple de piiiu, poiv à l'est de la ligne AB, c'est-à-dire dans le domaine où Yé fermé est resté intact : péiu.
Nous sommes ainsi conduits à poser pour les formes de rOuest les équations suivantes: pihu <i pœiu <ipciu', — poiv <i pœiu <i péw. Aucun pàc n'est passé directement à pûw ou pow. Une partie des pœiv seulement est passée à pïliu ou à poia.
Donc, là où é fermé du latin vulgaire est resté é, le w n'a pas eu d'action {pévS). Là où é est passé, à œ (^pœvS), le tv a, par assimilation, soit fermé «'en il (pihu: assimilation d'aperture), soit vélarisé œ en 0 Çpoiu: assiiiiilation du point d'articulation).
Poursuivons l'application combinée de nos critères : les cartes 357 « œuf » *ôi'uui. et 57 « bœuf ■>->bôvem attestent la même immuabilité de la ligne AB qui sépare le domaine en deux secteurs. Ces exemples montrent que les é fermés secondaires issus de la diphtongaison d'un ô latin devenu lié (biiézi' ■< bôveni) ont subi la même labialisation devant le w subséquent : donc wihu <C luœzu <C luéiu <C *ôvum, et wow<i loœiu -< wéw <C *ôviim. De même bihu <C *bwHiv <C *bwœw <C bu'éîu <C bùvem, et bow <C *biuow << *bwœiv
Q.UELOUES CAUSES DÉVOLUTION PHONETIQUE 219
<C iwéw <C bôveni. La forme manquante *hwœw est représentée par "biœiu ou hyœiv qui en est sortie par différenciation. De même la forme *huoiu est remplacée par tiozo ou dyoïu. Cf. fig. 22.
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Fig. 22. — « Bœufs » dans les Landes.
Quels sont maintenant les rapports réciproques des soussecteurs de la zone occidentale? Les limites respectives de œ, û et 0 sont loin de présenter la môme fixité que la ligne A B. Etudions les causes de cette variabilité.
Si l'on compare les secteurs occidentaux de *tè{g)ûlam et de pïlmnÇUg. 21 et 17), on voit que les aires de œ Çtœwlè et pœzc') y sont les mêmes. Seule, la répartition respective des û et des 0 varie : poiv •< plliuii a un domaine géographique bien plus restreint que iozulé <; *tegùlani ; inversement pûiu <C piluni a un domaine plus vaste que tihvU <i *tegulam. La chose est naturelle. C'est la force assimilatrice du lu subséquent, avons-nous dit, qui a causé la fermeture de l'a' en // (assimilation d'aperture). Le p dt pœio agissant dans le même sens, c'est-à-dire dans le sens d'une fermeture labiale, l'assimilation du type pûiu a été favorisée au détriment de l'assimilation du type pozo (assimilation du point d'articulation). La même influence accessoire ne pouvait s'exercer sur tœwlé, où Vœ est précédé de dentale : ici, l'induction du w domine, agissant surtout sur le point d'articulation, et Vo est favorisé (taiclè) au détriment de 1'/^.
Mais dans sêbtun >■ séw, sœw, \'s initiale, dont l'influence fermante est bien connue en phonétique générale, fait prévaloir l'assimilation d'aperture, et, comparé à *tègiilam, exagère par conséquent le domaine de siizu au détriment de soio et même de sœiu, au Nord. Au contraire j'diceni >> héws > hœws en est à peu près au même point que *têgulam, tandis que blbèrc, grâce à son Z'sonore, c'est-à-dire plus proche de l'état vocalique et par conséquent plus apte à exercer une induction sur la voyelle suivante que ne l'était \e p de /?///<///, favorise 1'/^ (Pïlwe) , par assimilation d'aperture, au détriment de Vo (bowèyet[mèmë au détriment de ViV qu'il change en lï dans le secteur Nord. Le biibè du point 37 est dû à l'analogie déformes telles que le participe but <C bézuiit <C *blbûtuin, comme le montre son isolement géographique (v. Pet. atl., 59).
Quant à bôvem et *ôvnm, tout en étant soumis aux mêmes influences, ils sont traités d'une manière particulière, en raison de leur triphtongue -wéiu-, qui explique dans hôvem la petite aire aberrante bûiu de la région orientale. Les formes de *ôviim ont subi en outre l'influence de la position de 0 à l'initiale absolue.
En combinant ainsi les enseignements de la phonétique générale et de la phonétique expérimentale avecles critères géographiques de superposition interne et externe, dont les applications se pénètrent étroitement dans la démonstration précédente, on peut arriver non seulement à reconstituer d'une manière satisfaisante, les étapes successives de l'histoire phonétique dans une région déterminée, mais encore à rendre compte dans une certaine mesure des raisons mêmes qui ont imposé à la langue telle ou telle innovation.
Le critérium géographique de la configuration des aires
n'est pas moins utile dans ses applications à la phonétique.
Sur deux points de la région normande, aux n°' 249 et