DOCUMENTS D ARCHIVES I
semblable que la différenciation a entraîné tout d'abord la substitution de i vélairé à une bilabiovélaire spirante aitnlûl. Les cas de dolce -<* 'dodëciin, trelce <^trcdécim se ramènent au cas de -aticiiin, car c devant e a eu primitivement, en léonais comme en castillan, la valeur dune mi-occlusive ts- MurJda <C*tnovilam, qui est niuebda en castillan, est sur le même plan que caldal <Z.capitale. Il en est à peu près de même, bien qu'ici l'ordre des phonèmes soit renversé, pour vilva, lire iiWa de tndt)a <C vidtiam, mot dans lequel le castillan a résolu la difficulté par une métathèse ; viitda. Enfin sdniana est sorti de *sebinana <C septiniaiiaiii : le groupe -Im-, favorisé par l'existence de -Id-, -Ig-, -lt>-, a permis à la langue d'éviter l'assimilation menaçante de bm à -mm-, -m-. Il y a donc là toute une série de substitutions de phonèmes destinées à parer au danger de l'assimilation. De cet ancien système, dont les parois actuels n'offrent plus que des débris, les chartes donnent une idée adéquate. Quelle étude de pure « géographie linguistique » ou de « géologie » du langage pourrait fournir sur l'histoire de ces phénomènes des indications aussi précises que les documents médiévaux (lire sur ce sujet les justes observations de M. Tallgren, à propos des Stiidien :{iir LaïUg. West-spanichen Mundarten de M. F. Kriiger, Neuphilol. Mitteil., 1921,
Cette concordance au moins partielle entre certains phénomènes attestés dans les parlers modernes et les textes anciens peut s'expliquer de manières différentes. Mais ce qu'il importe de noter, c'est que le nombre considérable de vieux textes, qui ont été publiés ou au moins dépouillés, a permis à la linguistique romane de mener fort avant l'étude des langues et des dialectes néo-latins, et cela, — on ne saurait trop le répéter en présence du dédain qu'affichent certains partisans des méthodes nouvelles, — grâce à une application patiente et laborieuse des principes de la grammaire comparée.
20 1. LtS VllilLLHS METHODES
Cette méthode comparative qui « a fait ses preuves » (Meillet, Ling., 34-5) dans le domaine général des langues indo-européennes, n'a pas rendu de moindres services, et n'en rendra pas moins, quoi qu'on en dise, dans celui des langues romanes. Et, si les romanistes « ne font que mettre en œuvre une conception d'ensemble qu'ils n'ont pas inventée » (Terracher, B. S. L, XXI, 151) et « que pour la plupart ils n'ont jamais examinée ni discutée » (2/'.)» si d'autres l'ont, à vrai dire, discutée, examinée et, par malheur, considérablement embrouillée, du moins quelques-uns d'entre eux y ont apporté de décisifs perfectionnements.
C'est au sein du romanisme qu'est née la phonétique expérimentale encouragée et soutenue au berceau par Gaston Paris, et, bien que dès le début on ait fait de cette science des applications dans d'autres domaines, les romanistes ont le droit de revendiquer M. Rousselot comme l'un des leurs.
La phonétique expérimentale est née d'une notion nouvelle des buts de la linguistique.
Plus le romanisme s'est éloigné de ses origines, et plus on s'est préoccupé d'étudier les langues non point en les considérant à l'état d'idiomes écrits, figés dans des textes, mais en les analysant avec la plus grande précision possible dans leurs manifestations courantes, telles qu'elles vivent dans la parole.
Ce n'est point ici le lieu d'exposer les procédés et moyens matériels que la phonétique expérimentale met à la disposition des linguistes désireux d'entreprendre cette étude, véritable histoire naturelle du langage. A défaut des Principes de pho7ié tique expériincnlale de M. Rousselot (Paris^ Welter, 1897- 1908), ou des revues spéciales (Lrt Parole ; Revue de Phonétique, publiée par l'abbé Rousselot et H. Pernot, Paris, 1911-1917, etc.), l'exposé succinct qui en a été tait par M. Roudet dans ses Eléments de Phonétique