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actuelle de reconstituer le procès et la raison profonde des évolutions. Elle a eu comme une connaissance latente des moyens propres à maintenir ou a restituer la norme phonétique menacée ou bouleversée.
Ainsi une des questions les plus obscures de la linguistique a trait à la consiitution de la syllabe. Ce nest que dans ces dernières années que la publication de l'ouvrage posthume de F. de Saussure est venue jeter un peu de clarté sur ce problème, attirant l'attention des linguistes sur l'influence que la syllabation exerce dans le développement phonétique d'un idiome.
La nécessité d'étudier les sons du langage en fonction de leur rôle dans la chaîne parlée était apparue, à la vérité, d'assez bonne heure, puisqu'une partie du Mémoire sur le système primitif des voyelles dans les langues indo-européennes, que de Saussure publia dès 1S78, est fondée sur une certaine conception de la syllabe. Et l'on sait l'importance du rôle que joue déjà dans le livre de M. Grammont sur la dissimilation (1895) 1^ distinction de l'implosion et de l'explosion. Mais enfin une théorie complète, véritablement cohérente, de ce qu'est la syllabe, et même une bonne définition de la chose manquaient encore au moment où parut le chapitre capital (pp. 79-98) du Cours de linguistique générale de F. de Saussure en 1916.
La classification des phonèmes d^une part d'après leur aperture, si on les considère isolément, d'autre part d'après leur fonction ouvrante ou fermante, si on les considère dans la chaîne du discours parlé, la distinction, dans le discours, déchaînons à aperture croissante ou décroissante, c'est-à-dire de chaînons explosifs ou implobifs, ont conduit F. de Saussure à définir la syllabe comme une unité constituée par un ou plusieurs phonèmes « ouvrants » (ou explosifs) rangés par aperture croissante et suivis d'un ou plusieurs phonèmes « fermants » ou implosifs, rangés par aperture décroissante. En sorte que la succession de trois
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syllabes par exemple peut être représentée par le schéma
suivant
Dans ce schéma, les écarts minima représentent les frontières syllabiques, et les écarts maxima représentent ce que F. de Saussure appelle les « points vocaliques », c'est-àdire le moment de la syllabe où apparaît le premier mouvement fermant ou première implosion. Il en est ainsi, quelque soit le phonème qui précède, ce phonème serait-il même zéro : ce cas particulier se produit à l'initiale absolue : ainsi la syllabe initiale a pourrait se ramener à ce schéma :
Cette théorie phonologique de la syllabe est féconde. C'est ce qu'ont brièvement indiqué les éditeurs du livre posthume de F. de Saussure, MM. Bally et Sechehaye, dans une note additionnelle (p. 97-8), et ce qu'ont- montré aussi certains comptes rendus, entre autres celui de M. Grammont (R.L.R., LIX, 402-10).
Nous voudrions à notre tour, à la lumière du principe introduit par F. de Saussure, examiner quelques cas difficiles dans le domaine des langues romanes, sans toutefois nous astreindre à suivre servilement le maître dans certains détails de sa théorie, qui sont sujets à restriction (op. cil., 407) ou à amélioration.
Ces cas ont ceci de commun qu'ils vont révéler chez l'ensemble des sujets qui parlent une langue, c'est-à-dire l'ont reçue, la maintiennent et la transmettent, un sentiment très délicat — quoiqu'instinctif — du système phonétique pratiqué et en particulier de la norme selon laquelle les phonèmes s'organisent en syllabes suivant des règles déterminées.
Ainsi les hispanistes enseignent (Hanssen,G;'. hist.cast..
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108) qu'en espagnol, contrairement à la loi générale qui fait passer 1'/ initiale à h puis h zéro, des mots comme fiebre, fiero, bien qu'ils ne soient pas à proprement parler des mots savants, comme l'indique la diphtongaison de Vè en ie, ont « rétabli » leur/ initiale « sous l'influence du latin ». Pour nous, nous ne voyons guère comment aurait pu s'exercer après coup une influence de ce genre sur de tels mots, qui sont au surplus de formation essentiellement populaire.
En réalité les cas de fiebre, fiero et mots analogues ne doivent pas être séparés des cas de fuego, fner~a — fior, flecû — frio, freno, etc. Et c'est dans la formule caractéristique de la syllabe qu'il faut chercher un principe général d'explication de ces fliits particuliers.
Avant tout il convient de définir et de graduer l'aperture respective de /', /;, r, /, lu, y.
La chose est impossible d'une manière exacte, si l'on veut considérer les faits tels qu'ils ont existé en vieil espagnol au moment des transformations de Vf. En pareille matière, la phonétique expérimentale est impuissante à reconstituer directement un état de choses périmé. On ne peut procéder que par comparaison et par approximation. Mais même ainsi les résultats, dans leur vérité d'ensemble, ne sont pas douteux.
L'auteur et les éditeurs du Cours de linguislique générale, dans leur classification des apertures, distinguent sept apertures, depuis l'aperture zéro des occlusives jusqu'à l'aperture maxima, celle de la voyelle a. D'après cette graduation, qui n'a d'ailleurs, dans la pensée des auteurs, que la valeur d'un schéma (p, 72), Vf, qui est une fricative, serait d'aperture i ; r et /, liquides, seraient d'aperture 3 ; tt' et y, semi-voyelles, seraient d'aperture 4.
Quelle est la place de Vh dans cette échelle ? D'après le Cours de linguistique générale, devant voyelle, Vh, qui ne serait qu'un souffle sourd correspondant au timbre de la
voyelle suivante, modèlerait son apeiture sur celle de cette voyelle. Devant n, i, il, d aperture 4, /; serait donc d'aperture 4 (p. 77). Devant 0, e, œ, d'aperture 5, /; serait d'aperture 5. Enfin il serait daperture 6 devant a.
Mais qiiid devant tu, y et ib ? Qidd devant /et r ? Quid devant consonne ? Le Cours de Un^uislique reste muet sur ce point.
Que 17; puisse exister devant consonne ou en finale absolue, c'est ce que nous enseignent la phonétique historique et la phonétique expérimentale. Il suffira de rappeler le développement d'un h épenthétique devant occlusive en suédois moderne (G. Millardet, însertiois de consonnes en suédois înod., Rev. Phon., l, 191 1, p. 309 ; p. 19 du tirage à part) et, dans le domaine roman, le passage de s 2. h devant consonne sonore en vieux français, etc., et devant consonne sourde dans plusieurs dialectes modernes de la France méridionale et de l'Espagne. En andalou moderne toute s finale devant consonne sourde ou à la pause se réduit à une simple aspiration généralement sourde ; devant consonne sonore ladite aspiration est sonore : misnw > niihino ; isla >> ihla (Navarro, Pron. esp., 84). Les faits sont à peu près semblables dans le Nouveau Mexique (Espinosa, in Rev. dial., I, 227-9).
Il faut noter qu'actuellement, dans les cas observables d'altération de \'s -\- consonne, la caractéristique de la transformation de Vs en h est une très sensible augmentation de l'aperture. Comparer Pet. Atl. (p. 8) le tracé de hos « bois » (fig. 4) avec ceux de hoh tïiwê, pour dos dïnaè, « veux-tu boire ? » (fig. 3), boh gahq, \)Our Pos gaba, « veuxtu prendre ? » (fig. 9).
En ne généralisant que sous bénéfice d'inventaire ces faits qui sont attestés par Texpérimentation dans des par- 1ers modernes, qui sont relativement assez voisins des par- 1ers espagnols, et tout en reconnaissant qu'il y a dans les différentes langues diverses variétés d'/;,les unes laryngiennes