‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 81 sur 149 · DE LA NORME SYLLABIQUE EN CASTILLAN · texte numérisé non relu

DE LA NORME SYLLABIQUE EN CASTILLAN

et bronchiales, les autres vélaires, palatales, prépalatales ou alvéolaires et même labiales — ce qui explique les évolutions de / vers /; (gascon, espagnol)-, de s vers /; (grec ancien, dialectes romans mentionnés plus haut), de i vers h (patois charentais), etc. — , on peut dire que le phonème h n'est somme toute qu'une fricative dont l'aperture est sensiblement plus grande que celle des plus ouvertes des fricatives, plus grande aussi que celle des consonnes nasales, lesquelles sont des occlusives dans la région buccale, plus grande aussi que celle des liquides (comparer à peu près dans toutes les langues les tracés de /, r au palais artificiel), non moins grande enfin que les. voyelles extrêmes //,/, ii elles-mêmes (comparer le tracé de boh « veux-tu ? » Çop. cit. p. 66, f. 8) avec celui de bimê « osier » (p. 44, f. i).

L'/; en finale absolue ou devant consonne, s'il faut en juger par les faits précédents, semble donc n'être pas moins ouverte que 1'/; devant n, i, ii, et son aperture sera provisoirement notée 4'.

Quant à l'aperture de /; devant iv,y,w, elle sedéduit aisément des données précédentes, si l'on songe que iv, v, zù ne sont autre chose que u, i, û en position consonantique. De deux choses l'une : ou bien /; conserve son aperture 4, qui est normale devant u, /, // voyelles ; ou bien elle passe à l'aperture voisine 4', qui est celle que nous lui avons assignée devant consonne.

Cette graduation des apertures respectives de f, l, r, lu, \ et h étant établie au moins provisoirement, le traitement espagnol de Vf, tout d'abord dans les groupes initiaux //-, fl, devient très clair.

Si la tendance générale, qui poussait en vieil espagnol tout /initiale à s'aspirer — c'est-à-dire à s'ouvrir en /; — , avait prévalu devant r et devant /, par exemple dans fmxiniDii > * hresno, florem >> *hlor, on aurait eu, à l'intérieur d'une même syllabe, les apertures suivantes : 4' -|- 3 + 5 + 2 et 4' + 3 + 5 -f 3. Dès lors, la syllabe

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n'aurait plus répondu au type phonologiquement normal O, type dans lequel les explosions et les implosions successives coïncident avec des augmentations et des diminutions d'aperture ; elle se serait décomposée en un tvpe hétéroclite X.>-.

Ce type hétéroclite a été évité grâce au maintien de Vf sous sa forme fricative (aperture i); et ainsi a été sauvegardée la consécution normale des apertures : i -j- 3 -|- 5, etc. Ce traitement est de règle pour//-- : fragoso, fresmjrem, fresar « franger » <ifresare, jregar, friof, frerite, frotitera, V. esp. fntcho, etc. Cf. les mots d'origine germanique franco, friso, frcsco.

Pour /7-, le traitement est le même : fl(ji)eço, flojo,JJorqui ne peut guère passer, quoiqu'on en dise, pour savant, surtout si l'on compare//o;ïvg/-, fiorido, fJoridei, eic, fauta, fecha, etc.

Les seules exceptions — exceptions apparentes — sont llama, lacio, filibote.

Le mot Uaina <Cflamma, qui d'ailleurs n'infirmerait pas notre règle, mais qui ne cadre ni avec faniero, ni âvecfaniaute, flamear, etc., se signale comme un produit de la phonétique syntaxique : comparer le traitement de // intérieur dans afflarc > hallar, snffare > soUar.

Une autre forme aberrante, lacio <iflaccidum, n'infirmerait pas non plus notre règle, mais se révèle comme un emprunt, si on la rapproche de flaco <iflaccum. Filibote « flihot », sorte de navire, est venu, à une date très postérieure, de l'anglais flyboat.

Une preuve que la séquence /;;■-, /;/- contrariait en espagnol la syllabation normale est fournie par le traitement que les mêmes groupes initiaux subissent dans plusieurs parlers gascons, domaine linguistique qui a une certaine solidarité avec le domaine hispanique (cf. pour le vocabulaire, Bourciez, Les mots espagnols comparés aux mots gascons (époque ancienne^, B. Hisp., III, 159, 226, 321).

Dans la majorité des parlers gascons le passage de / à /;

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s'est produit devant r, mais très anciennement 17; a été éliminé. Dès 1385^ Raxo apparaît dans des textes béarnais à côté de Fraxo (Et. dial. land., 125) et Reyxo à côté de Freisso, dès 1367 à Saint-Sever dans les Landes (jb.). Si Ton songe que l'altération de/ initiale en J? devant voyelle n'est guère attestée par les documents de ces régions avant les mêmes époques, on voudra sans doute considérer que la phase /;;■- n'a pas eu grande durée.

Là où la phonétique espagnole, plus clairvoyante, avait su prévenir la difficulté, la phonétique béarnaise et gasconne, entraînée tout d'abord par les forces d'inertie, a dû guérir le mal une fois produit, mais le remède a été promptement appliqué.

En certains points toutefois 1'/;- s'est maintenue. Mais alors un phénomène d'un autre genre s'est produit, preuve manifeste de l'influence qu'a eue la syllabation sur le traitement général du groupe. A Bagnères-de-Luchon fragani « fraise » était devenu hrciga ; mais hrqga ne tarde pas à devenir haraga. L'on a de même fraxtnutn'^ hréeu^ hcré€u; frigidiim'^ hrét >- hérét {op. cit., 126).

Dans ces exemples, le développement d'une voyelle entre /; et r apparaît clairement comme le résultat de la consécution anormale des apertures. La syllabe hrét avait pour formule 4' -)- 3 -{-5 -f- o> c'est-à-dire ><>, ce qui était, phonologiquement parlant, une anomalie. Cette syllabe mal bâtie débutait par un « chaînon brisé ». Par l'adjonction d'une voyelle anaptyctique, qui s'est dégagée de Vr, Vh, de ferniante, est devenue ouvrante, ce qui a entraîné la production d'une syllabe supplémentaire, et la consécution des apertures a cadré normalement avec la distribution des explosions et des implosions, d'où la formule 4' + 5 + 3 + 5 + o <><>.

Le traitement gascon de fl- est parallèle. La résolution du groupe anomal /;/- y a été obtenue, suivant les lieux et les temps, soit par chute pure et simple de h : flammam

308 X. LES LOIS PHONÉTiaUES « LOLS AVEUGLES ^)

•< lam^, soit par le développement d'une prothèse : ehlàmè {op. cit., 130). Dans ehlamù, l'apparition de 1'^' initial s'explique exactement comme celle de e ou de / dans le latin vulgaire g5a;/rti//V/i, wo/^i/zV/^ (inscription de Barcelone du 11^ siècle Schuchardt, III, 271). C'est-à-dire que le groupe hl- -\- a, dont la formule au point de vue des apertures était 4' -|- 3 -|- 6, c'est-à-dire ><>, était un chaînon rompu. L'h- implosive, quand elle était au commencement de la phrase ou précédée d'un phonème de moindre aperture, devait présenter un « point vocalique ». Cette qualité sonantique de Vhz été développée, ce qui a entraîné la production de la voyelle prothétique e, d'où ehJatne est sorti tout à fait naturellement.

La même force inconsciente, mais- clairvoyante, qui pousse la langue à la normalisation de la consécution des apertures, se remarque en espagnol dans le traitement du groupe / 4- î^'-

Ici, les apertures de /; -\- tf eussent été sensiblement équivalentes : hw- = 4 -{- 4. C'est pourquoi la diphtongaison de ô en no, m étant de beaucoup antérieure à l'altération de /, cette consonne a été maintenue intacte à l'initiale devant ô latin. — L'on a eu focum^ f'i^go, et de même fuelle, fueitte, f liera, fitero, fiierte, fuer^a, et zussi fue,fui.fueron, etc.

Il n'y a que trois exceptions. Elles sont purement apparentes. Hiiella « trace «, comme huello « pavé », est un déverbal de hoJlar « fouler » <Cfûllare, et Vue au lieu de 0 qui devrait répondre à â fermé du latin vulgaire, est la preuve tangible et irréfutable de la reconstruction analogique. De même huelga « grève » et huelgo « haleine » sont les déverbaux de boJgar <ifoIlicare. Il faut remarquer que l'espagnol et le portugais sont les seules langues romanes où soit signalée l'existence de ces déverbaux, de formation relativement récente. Quant à la troisième exception, bnesa « tombe, sépulture » du latin fôssa, qui normalement aurait

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