‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 82 sur 149 · DE LA NORME SYLLABIQUE EN CASTILLAN · texte numérisé non relu

DE LA NORME SYLLABIQUE EN CASTILLAN

dû rester fnesa, on voudra sans doute, devant l'unanimité des autres témoignages d'ordre phonétique, nous concéder que le mot a subi l'influence de hueso<C ôssum « ossement ».

Pour la détermination de notre loi, le g'ascon va nous servir en quelque sorte de réactif, comme il a fait déjà dans notre analyse du traitement de//-//-. Le substantif ^/jtca^/^ <ifôlia (Ét.dial. /., 13 e) n'est autre que le substantif /jw/œ/^ muni d'une prothèse, de même que ehlamei côté de hlatnc.

La géographie apporte une preuve convaincante de cette vérité : là où disparaît le lu, cause du phénomène, la prothèse disparait mécaniquement : hiik reste tel quel ; êhivœlj n'apparaît que dans bwaiù {Pet. atl., carte 194). Voir fig. 35.

FiG.

« Feuilles » dans les Landes

Si maintenant nous passons au cas de / -f y, nous voyons bien vite que les mots espagnols où /- s'est trouvé préservé par un 3' subséquent sont manifestement des mots héréditaires, comme le montre la diphtongaison de 1'^" : fiesta, Jiero, fiera, fiemo <C *téiitiis (qui est sans doute un aragonisme), fiebre.

Dans fiel <C juielem {Cantai-), où Yé fermé, se trouvant en hiatus, s'est fermé davantage encore en /, il faut voir aussi un mot héréditaire, dont fiilel (M/V^-. 259; F. Teriiel, 35 c) est la forme savante. Fieltro <, germ. occ. feltar est normal. Quant à hierro <C fërnun, il a subi l'influence de herrar. Une forme secondaire, normale, fierro existe d'ail-

leurs et est restée courante en Amérique. Hienda <^*fniiïla est un emprunt campagnard, à moins qu'il ne faille rapprocher son traitement de celui qui a été exposé plus haut dans lacio < flarciduni. Dans ce cas, nous aurions alors affaire à un traitement particulier des proparoxytons, traitement qui n'infirmerait d'ailleurs en rien notre règle.

L'unique exception embarrassante est hiel<ifél. La raison d'être de 1'/; nous échappe présentement.

Quoi qu'il en soit, la prothèse gasconne de /; + y, hyalel '^ehyalel « fléau », hyala >> ehyala « filer « {Et. dial. hind., 135) est un bon indice de l'influence que la coupe des syllabes a exercée sur le traitement du groupe /+ y en espagnol tout autant qu'en gascon.

Ainsi donc les difficultés de la syllabation, que certains parlers gascons ont résolues par voie curative, soit en amuïssant les éléments phonétiques causes d'aberrance, soit en développant des voyelles additionnelles épenthétiques ou prothétiques, ont été résolues préventivement par l'espagnol littéraire qui s'est gardé de modifier l'aperture de 1'/originaire, là où l'apparition de /; eût pu désorganiser la structure syllabique normale de l'idiome. D'où il ressort que, dans un cas comme dans l'autre, le sens collectif des sujets parlants sait, malgré le trouble engendré par le mécanisme des lois phonétiques basées sur le moindre efl^ort, discerner instinctivement et avec autant de sûreté qu'un linguiste de profession le véritable système phonologique propre à l'idiome et corriger ou prévenir les imperfections par des moyens purement phonétiques.

Les lois constitutives de la syllabe expliquent de même une foule de traitements aberrants, de prétendues « exceptions », dont le caractère particulier se trouve ainsi ramené à des formules générales.

Ainsi, contrairement à la loi qui diphtongue en ne tout ô du latin libre ou entravé, l'on a en espagnol par exemple,

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