HIATUS ET DEPLACEMENTS D ACCENT
place que le mot à hiatus intérieur occupe dans le groupe phonique peut influer sur le traitement de l'hiatus. A l'intérieur du groupe phonique, la réduction est plus fréquente : voy a leer (= le)-) un Itbro. Au contraire on prononce plus volontiers lo acaho de leer (^= leer). Voir sur ces faits Navarro, Prou, esp., 120.
Ces différences de traitement, basées sur l'accentuation du mot et sur le tempo ou le ton plus ou moins familier du discours, attestent la réalité de la lutte entre les deux principes qui régissent la syllabation : un principe destructeur de moindre effort et un principe conservateur et réparateur émanant d'une réflexion plus ou moins subconsciente.
La rencontre des voyelles à l'intérieur d'un mot, lorsqu'une des deux voyelles est accentuée, entraîne dans certaines conditions des déplacements d'accent, qui soulèvent des problèmes délicats.
Ces déplacements d'accents saccompagnent ou non de changements de quantité et de timbre.
Pour l'époque latine, les faits sont bien connus quoique diversement, et d'ordinaire peu correctement, interprétés.
Il faut d'abord mettre à part le cas de quïêtus >■ quêtus, où Vï est devant l'accent qui n'a pas été déplacé. Le cas de qiûa >> V. esp., v. port., v. it. ca est sans doute analogue. Il s'explique par la proclise. Dans les deux mots, la chute de V, et aussi partiellement celle de iv vraisemblablement a une époque postérieure, sont, chacune dans des conditions différentes, le résultat de la syllabation (v. plus haut p. 312). A ces exemples on peut encore joindre le cas de jan{i'i)àriiiin et mots analogues, où la chute des semivoyelles s'explique comme il a été exposé plus haut.
Mais si, dans les cas précédents, il n'y avait aucune raison pour qu'il y ait, et s'il n'y a pas eu en fait, déplacement d'accent, ce déplacement, consécutif à l'hiatus, apparaît dans les deux séries de mots : pâriëlem, àlnètem.
326 X. LES LOIS FHONÉTiaUES « LOIS AVEUGLES »
ànëtem d'une part, et mfilïêirin, fîlwlum et autres mots en -tôlnm ou èôluni d'autre part. Ces deux séries ont ceci de commun qu'il s'agit de proparoxytons primitifs dont la voyelle tonique est en hiatus.
Pàrîëlein, àbuitm, ârïëtem sont devenus pnréle,abi'te, arête, formes attestées vers le m" siècle (cL Meyer-Liibke, Eiiif., § 82). Entre les deux états se place le stade pâryète, âbyëte, âryële; àriètècrchro est déjà une fin d'hexamètre chez Virgile. L'/long et fermé de paréte^ etc. n'est donc intervenu que postérieurement à la consonification de 1'/ en hiatus.
Pour expliquer cet é fermé, on a invoqué Tanalogie du nomm^ûi pariés {y . Meyer-Lùbke, Joe. cit., citant R. Thurneysen). Il se peut que l'analogie ait aidé l'évolution. Mais il paraît peu vraisemblable qu'à elle seule l'analogie du nominatif ait suffi à changer è en è dans la série complète des trois mots. L'analogie procède d'ordinaire de manière plus capricieuse (v. p. 203). La régularité qui s'observe dans le traitement de ces trois mots est la marque non douteuse d'une évolution d'ordre phonétique. Nous verrons bientôt que les langues romanes, considérées à une époque postérieure, dans laquelle les fiiits sont moins malaisés à débrouiller, offrent des phénomènes analogues et dont la nature phonétique — et non analogique — ne peut être niée.
En tout cas l'analogie du nouveau nominatif n'explique pas la scansion muliêris chez Dracontius (cité par Bourciez, El.^ p. 39). A ce muUèris répond un latin vulgaire mulyére, lequel se perpétue dans ital. dial. niogliére, tandis qu'au latin classique iniilicris répond une forme seconde du latin vulgaire muJycre, lequel s'est continué en v. prov. molhèr.
En regard de la série de mots ayant -yc-, réduit ou non à -é-, se placent, outre la forme seconde iiinlyère, les formes en -ïôliiDi, -èôhiin, devenues -xolu en latin vulgaire. Dans cette série de mots, il y a eu déplacement d'accent sans changement de quantité ou de timbre, puisque la voyelle accentuée est restée brève et ouverte.