HIATUS ET DÉPLACEMEXTS D ACCENT
En définitive, si nous nous rendons bien compte de la manière dont les choses se sont passées, il faut distinguer trois étapes : i° consonification de Vî atone en hiatus sans altération de IV' suivant: ârvéte (Yh-giie). L'accent, chassé de sa place primitive par la consonification, s'est reporté sur ^ ; 2'^ vers le iii^ siècle, à l'époque où les différences de timbre remplacent les différences de quantité, le y, agissant sur Vé par assimilation, l'a terme, d'où paryéte ; 3'' sous l'influence de la syllabation (v. p. 311 suiv.), le y est éliminé, d'où paréte.
La série en -'lôhim -êôliiiii en est restée à l'étape i. Elle n'a pas connu l'état 2, parce qu'elle était phonétiquement dissemblable : y assimilait facilement Vè, voyelle de la série palatale; mais il a respecté Vd, voyelle labio-vélaire.
Quant à la forme seconde imtJxère dont Vè ouvert ne peut être interprété de cette manière, et qui détone à côté de mulyére, ah(^y)éle, etc., elle s'explique sans doute par le fait que 1'/ a été de bonne heure mouillée par le y. Les conditions n'étaient donc pas les mêmes. Lej, ainsi combiné avec /, n'a pu assimiler Vè subséquent. Si notre interprétation est exacte, comme la chronologie de la palatalisation de / -f- ^' ^'""^ ^^^^^ vulgaire nous autorise à le croire, miihérc est une forme originaire d'un parler où / -|- y ont été maintenus plus longtemps distincts, chose qui s'est produite à Rome même dans une classe sociale plus relevée. Ce qui montre bien que l'influence de 1'/ est intervenue dans les cas de mulyére, niulère, c'est la divergence des traitements du y dans niiikre d'une part et dans abéte, paréte, arête de l'autre. Ici le y est tombé. Là il s'est conservé dans la mouillure de 1'/.
Si donc nos vues sont exactes, la divergence du traitement des deux séries ah(^y)éle, par{\)éte, ar(^y)éte ; muJxére d'une part, et de jilyblu, lintyàlu ; iimUre d'autre part, s'explique essentiellement par la différence des conditions phonétiques. Dans la première série la fermeture de la
328 X. LES LOIS PHONÉnaUES « LOIS AVEUGLES »
voyelle qui a pris l'accent s'explique par une assimilation progressive exercée par le y. Dans la deuxième série la voyelle n'a pas subi cette assimilation, soit en raison de sa nature plus réfractai re à l'action an y {-ydlti), soit parce que ce v a perdu de sa force palatalisante et fermante par le fait qu'il s'est combiné avec / Çnuiljre).
Mais ces deux séries de mots offrent un trait commun : c'est le déplacement de l'accent. Ici une même cause a provoqué le même phénomène : le déplacement de l'accent est la conséquence inéluctable de la consonification de la voyelle accentuée. Et cette consonification est le résultat des lois générales de la syllabation s'exerçant sur le traitement des vovelles en hiatus.
La tendance qui poussait la plus fermée des deux voyelles en hiatus à se consonifier a produit tous ses effets dans ces proparoxytons abïétem, fiUôlnm devenus abycle, fil\ohi. Cette même tendance n'a produit qu'un effet incomplet dans le cas des paroxytons. Le latin vtani est véa en latin vulgaire, lequel est devenu via dans une partie du domaine rorçan (prov. esp. ital. via), avec simple fermeture, sans consonification, àtVé fermé en hiatus. L'accent n'avait pas à changer de place. La différence du traitement de v'iam et de abletem a sa cause dans le fait que l'accent du paroxyton est plus énergique que celui du proparoxyton : cf. la diphtongaison de ë en italien : piede << pëdem mais tèpido << tëpidum (voir Bull. Hisp., XXIII, 7-|-5)-
Les faits sont donc moins complexes et moins contradictoires qu'il ne paraît de prime abord. Ils deviennent plus clairs encore si on les rapproche de faits analogues qui s'observent ultérieurement durant la période romane sur différents points du domaine néo-latin.
A la vérité le traitement des hiatus -îa- et -ùa- en vieil espagnol n'est pas exempt d'obscurités. Dans le poème du Cid, le manuscrit de Per Abbat porte dues (= duas), auie