V. ESP. -lA- > -/£■-; -UA- > -VE
(j= abid), partieu , etc. Les hiatus -w-, -//a- sont donc devenus -ie-, -ne-.
On pourrait croire que l'hiatus a eu pour effet de fermer simplement l'une des voyelles en contact. Contrairement à la règle générale, cette fermeture aurait affecté la plus ouverte des deux voyelles. La présence de l'accent sur / et u expliquerait ce traitement exceptionnel.
Examinons de près cette difficulté. — Deux explications sont possibles:
1° Ou bien -la-, -l'ia- sont tout d'abord devenus -/V-, -ne-, sans déplacement d'accent. Les faits castillans auraient été, dans cette hypothèse, et à une première étape, parallèles à ceux que M. Leite de Vasconcellos a signalés dans le dialecte moderne de Miranda {Rom., XXVIII, 600) : nùe, lue, sue, où il n'y aurait pas, d'après le philologue portugais, déplacement d'accent, et où Ve final, noté dans les documents mirandais modernes par un simple e {mie, die') serait très proche de Ve d'allemand Tnge, eine.
En réalité, il est certain, bien que la chose ait été révoquée en doute {d. Staaf, Sa, 290; Pidal, Cid, 273), qu'il y a eu déplacement d'accent. La preuve de ce déplacement nous est fournie par v. esp. servias >■ sirvies, servian >■ sirvien. La métaphonie (Umlaiit} ne serait pas intervenue si Vi était resté voyelle. On a donc eu siriies = sirviés, sirvien^ sirvijn, comme on a eu suas >> sués, di'ias > dttés etc. Les rimes relevées par M. Menéndez Pidal {Cid, 274) dans des textes du xiii'' siècle en font foi : sabien : bien ; faiien: bieii.ll faudrait donc admettre que l'étape -ie-, -l'ie-, succédant à -ia-, -ûa- a rapidement fait place ci -ié-, -ué-.
La chose n'est pas impossible, mais l'hypothèse suivante est plus vraisemblable parce qu'elle respecte la règle générale du traitement des voyelles en hiatus.
2° Dans cette hypothèse, -ia-, -ûa-, sous l'influence fermante de l'hiatus, sont devenus -yd-, -wâ-, c'est-à-dire que la plus fermée des deux voyelles en contact s'est consoni-
3 30 X. LES LOIS PHONLTiaUES <( LOIS AVEUGLES »
tiée, perdant son accent, lequel automatiquement s'est reporté sur la voyelle suivante. Cet état de chose est sans doute celui qui est attesté par le manuscrit de Berceo de l'Académie espagnole, où -ia imparfait de l'indicatif et terminaison de substantif ou d'adjectif est régulièrement monosyllabique: S. Demi. 398 b Garcia Muùo^ por nombre (7 syllabes) cité par M. Menéndez Pidal {Cid, 273, n. i). Je relève toutefois quelques exemples de -ia dissyllabiques: notes critiques de l'édition Fitz-Gerald : 7 a auia, 48 c sabici 5 1 a di:{îa. Aux conditionnels la forme dissyllabique est sans doute la plus fréquente: contre 74 b sàbrian, je note : 73 d abria, 73 c querria, 73 b sabria ; le maintien des deux syllabes après consonne -\- r est conforme à notre théorie de la syllabation (v. p. 312).
De toute manière ces hésitations montrent que la phase \a a été sans grande durée en vieux castillan. Bientôt en eftet, par une assimilation progressive, en tous points comparable à celle qui en latin vulgaire a fait passer abyète à abycle,y et lu ont fermé Va suivant en e, d'où sirvies, dues.
Il se peut, comme on l'a soutenu (Hanssen, Das possesivpronotneii in dcvi alfsp. Dial., 22), que 1'^" et 1';/ finales aient joué leur rôle dans cette dernière transformation. Mais l'action des consonnes n'est qu'accessoire.
C'est ce que montrent le languedocien et le gascon.
Un certain nombre de faits bien et dûment observés dans ces deux domaines à l'époque actuelle vont jeter une lumière nouvelle et sur le traitement du vieux castillan et sur le traitement du latin vulgaire, dont les traitements gascon et languedocien ne sont qu'une réplique moderne.
Le languedocien conrdariè de courdaria « corderie », fotinmrié de fournaria, coumpagniè de couiiipagiiia, etc. (Mistral s. v.^, kré~yè de kré~ia « je crovais », bœvxé de bevia c il buvait », koryé de korria « il faudrait » au point 779 de V Atlas linguistique, s. v'\ etc. en regard ôe gle\:;^a, tanla, etc. respectivement glex:(0, taiilo, etc. montrent bien