‹ Linguistique et dialectologie romanes problèmes et méthodesChapitre 89 sur 149 · LOIS PHONETIQUES ET (( ACTIVITÉ CEREBRALE · texte numérisé non relu

LOIS PHONETIQUES ET (( ACTIVITÉ CEREBRALE

De l'activité cérébrale ? répondrons-nous. Certains développements phonétiques en supposent au moins autant que ces faits de lexicologie et de sémantique pour lesquels les géographes réservent leur admiration.

Car enfin quelle comparaison peut-on établir, si l'on se place au point de vue de l'activité cérébrale, entre l'application d'un des principes généraux de la phonétique qui viennent d'être exposés et les principes de l'homonymie ou principes analogues que la Géographie linguistique a la prétention d'avoir découverts ?

Doit-on s'émerveiller de voir certains patois désireux d'échapper aux dangers d'une étymologie populaire, remplacer // pleut par // mouille ou // tombe de Tenu {Faillite, 89) ? Et doit-on considérer comme sans importance et sans intérêt l'étude des lois phonétiques générales, dont une ou deux à peine ont été bien insuffisamment esquissées, pour ce qui concerne une faible partie du domaine roman, dans ce chapitre déjà trop long ?

Le principe de substitution lexicologique sous l'influence de l'homonymie, lequel régit, au dire des géographes, la lexicologie et la sémantique, met en jeu une activité intellectuelle à, vrai dire enfantine.

L'application de principes tels que la différenciation ou la syllabation, pour ne prendre que ces deux exemples, exige de la part des sujets parlants un travail délicat d'appréciation, d'évaluation, de compensation, outre la notion plus ou moins nette d'un système abstrait véritablement complexe.

Ce travail, pour s'exercer dans le domaine du subconscient — dont font partie d'ailleurs les principes d'évolution lexicologique soi-disant supérieurs — n'en atteste pas moins une a activité cérébrale » collective, dont l'étude se signale comme étant des plus attachantes. Et, s'il n'y a de philosophie que du général, n'est-ce pas à propos de ces lois phonétiques « aveugles » — dont certaines sont si clairvoyantes — qu'il est loisible de faire de la philosophie?

« Les principes lexicologiques de l'homonymie, de l'étymologie populaire, nous dira-t-on, sont généraux aussi, puisqu'ils se vérifient pour plusieurs mots en plusieurs régions et qu'ils existent en dehors de ces mots particuliers, de ces régions particulières, où on en constate l'application. » — Il n'en est pas moins vrai que ces principes ne trouvent leur application que dans des faits fragmentaires, dans des mots plus ou moins isolés, à propos desquels on les vérifie chaque fois à l'exclusion de tous les autres. Les principes phonétiques au contraire exercent leur action sur des séries de mots, non seulement dans tous les cas où apparaît un seul et même phonème placé dans les mêmes conditions, mais encore sur des classes entières ou des catégories entières de phonèmes placés dans les mêmes conditions.

Les progrès de la lexicologie sémantique, où la géographie linguistique a eu, comme nous le verrons bientôt, une si grande part, n'annuleront pas l'intérêt des recherches phonétiques.

Le lexicologue qui a reconstimé la généalogie d'un mot, de deux mots, de dix mots ou plus, au prix des recherches les plus patientes, avec une subtilité prodigieuse, est vraiment digne d'éloges.

Et l'on pourrait en dire autant du juge qui a instruit le procès et retracé les faits et gestes d'un ou de plusieurs individus.

Mais le sociologue qui, s'élevant au-dessus des contingences particulières, pose les lois de la criminalité ou de tels autres faits sociaux de nature générale et d origine consciente, subconsciente ou inconsciente, n'exerce-t-il pas son activité cérébrale dans un domaine où les problèmes qui se posent ont une plus haute portée philosophique ?

Page 1