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LES AUTRES PROBLÈMES

LE PROBLEME LEXICOLOGiaUE ET SEMANTiaUE

Comme le dit avec beaucoup de vérité M. Terracher {B. S. L., XXI, 152), on a publié dans le domaine de la linguistique romane trop de prétendus traités de « phonétique » où le développement propre à chaque langue n'apparaît pas ou bien n'est marqué « que dans des notes éparses, sans cohésion ni principes directeurs ».

Il est vrai que mieux vaut encore trouver dans ces ouvrages des tableaux tout nus de correspondances phonétiques matériellement exactes, que les plus séduisantes théories du monde fondées sur des « principes directeurs » radicalement faux (v. p. 139 suiv., 251, 262, 26e suiv.).

Mais enfin,, dans un cas comme dans l'autre, — et plus encore dans le second que dans le premier — , la phonétique, science de l'évolution des phonèmes, risque d'être remplacée, selon l'énergique expression qu'a employée M. Grammont (i?. L. R., XII, 586), par une véritable « caricature de la phonétique » .

Il serait exagéré de dire que la lexicologie, sans la géographie, n'est qu'une caricature. Mais on peut hardiment affirmer que, depuis la naissance et les progrès de la géographie linguistique, cette dernière discipline est devenue l'auxiliaire indispensable de la sémantique et de la lexicologie.

C'est grâce à la géographie que cette partie de la science

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338 XI. LE PROBLEME LEXICOLOGIQUE ET SEMANTIQUE

linguistique qui est consacrée à l'étude diachronique du vocabulaire et des significations des mots, a véritablement pris conscience d'elle-même. Il fut un temps où « la vie des mots » et les évolutions sémantiques étaient considérées comme foisant partie d'un domaine de la linguistique où la fantaisie et le hasard régnaient en maîtres.

On constatait la naissance des mots, on s'amusait à suivre les péripéties réelles ou supposées de leur existence, on enregistrait leur mort, et là se bornait h peu près le travail du linguiste. Au petit bonheur, on remarquait que ponere « placer », dans son passage du latin au français pondre, a subi une restriction de sens, et qu'inversement lat. colare « filtrer », aboutissant à fr. couler, a vu sa signification s'élargir.

Mais le pourquoi et le comment de ces extensions et de ces rétrécissements sémantiques, les lois de la naissance, de la vie et de la mort des mots, étaient laissés dans l'ombre.

Un des principaux mérites de M. Gilliéron, parmi tous ceux qu'une critique impartiale ne peut manquer de lui reconnaître, est d'avoir tourné l'attention des linguistes vers l'étude méthodique et raisonnée de ces phénomènes, et d'avoir voulu expliquer des faits, qui non seulement étaient restés sans explication jusqu'à lui, mais que personne n'avait sérieusement songé à expliquer d'une manière scientifique.

Il est le premier à avoir posé et il est le premier à avoir essayé de résoudre le problème sémantique et lexicologique.

La partie de son œuvre qui n'est pas purement documentaire, mais qui est théorique et consacrée à l'interprétation des matériaux de V Atlas, doit le plus clair de sa valeur à cet effort puissant, à cette « bewunderungswûrdiger Folgerichtigkeit » que M. Meyer-Lûbke admire en lui à juste titre.

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