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PROGRES DUS A LA GEOGRAPHIE

Epris de logique, M. Gilliéron écarte de parti pris « le jeu du hasard » {Abeille, 148). Dans le mouvement du vocabulaire, dans le développement des significations, il s'attache à retrouver un enchaînement rationnel. Et, si les solutions qu'il propose ne sont pas toujours définitives, du moins a-t-il le mérite dans nombre de cas particuliers d'avoir été l'un des premiers, sinon souvent le premier, à signaler les problèmes.

Sans aller jusqu'à prétendre, comme il le fait ^Faillite, 94) qu' « il n'est pas un mot gallo-roman dont on sache l'histoire, et que tout ce qui a été fait à ce sujet est quelquefois à reprendre, presque toujours à refaire du tout au tout », on peut dire sans exagération que la géographie linguistique, telle que l'a imaginée l'auteur de ï Abeille, a renouvelé l'étude du vocabulaire.

Il est vrai que la géographie ne supplée pas à tout. De même que la phonétique géographique ne constitue pas, comme nous l'avons vu, toute la phonétique, de même la lexicologie géographique n'est pas la somme de la lexicologie.

On peut même assurer que la lexicologie géographique, telle que l'a conçue et pratiquée M. Gilliéron, est elle-même dans un certain sens géographiquement incomplète.

En effet, si l'on considère que la lexicologie englobe l'étude des mots et de leurs significations — deux objets à peu près inséparables — la recherche peut et doit se poursuivre à l'intérieur de ce domaine dans deux directions opposées.

D'une part, il est possible d'étudier la signification des mots et les changements que ces significations ont subies dans le temps et dans l'espace. Cette partie de la lexicologie est ce que Michel Bréal appelle la séinnutiqiie et que les Allemands ont décoré du nom de séniasiologie. D'autre part il est pos-

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sible de cataloguer les mots servant à traduire une idée donnée et qui peuvent différer dans l'espace et dans le temps même à l'intérieur d'une seule famille de langues ou d'un groupe relativement cohérent de patois. Cette partie de la lexicologie est ce que l'on a nommé Vononiasiologie.

De ces deux disciplines, la première part de la forme matérielle du mot pour aboutir à la pensée (--^y.aT'ia « signification », ffr,;j.av:'./.Y; Tr/vr;) ; la seconde part de la pensée, de la signification, pour aboutir au mot (;vo;j.asia « appellation, dénomination »).

Or c'est la répartition géographique des dénominations que nous fournit V Atlas linguistique. C'est sur la géographie onomasiologique que sont bâties les études linguistiques de M, Gilliéron.

On peut concevoir des cartes sémasiologiques ou sémantiques, donnant la répartition dans le monde roman du sens des mots latins ; et, comme pour certains mots, ces sens seraient extraordinairement nombreux et complexes, il devrait dans plusieurs cas y avoir nécessairement plus d'une carte sémasiologique pour un même vocable. Il ne serait d'ailleurs possible de dresser ces cartes qu'après une première enquête onomasiologique et phonétique.

Quelques difficultés pratiques que doive présenter l'établissement d'un atlas sémasiologique, celui-ci n'en éclairerait pas moins certains faits obscurs de la vie des mots.

Il est juste de reconnaître que l'auteur de V Abeille s'est plus d'une fois placé sur le terrain sémasiologique. Certaines cartes jointes à ses études de géographie linguistique sont même .parfois, au moins partiellement, des cartes sémantiques. Mais ce foitest exceptionnel, et d'une manière générale on peut regretter l'absence d'une collection de. cartes de ce genre qui permettrait, par contre-partie, la vérification des théories exposées par l'auteur.

Les dictionnaires des langues, dialectes ou parlers

GEOGRAPHIE SEMANTIQUE ET ONOMASIOLOGIdUE 34 1

romans peuvent compenser dans une certaine mesure, à la condition d'être maniés judicieusement, l'absence d'atlas sémantiques. La pratique de la méthode géographique ne peut dispenser le lexicologue de recourir à cet élément d'information, pas plus qu'elle ne l'autorise à perdre de vue les faits de vocabulaire attestés en latin. On ne saurait trop le répéter, la cartographie dialectale moderne ne doit pas masquer les points de repère précieux que la connaissance de la latinité fournit au lexicologue tout aussi bien qu'au phonéticien.

C'est ainsi que M. Gilliéron est frappé de l'aspect incohérent des aires géographiques de venche et de pervenche (^Abeille, 2^1, suiv.) : « L'ensemble des pays romans ne connaît que le type pervinca : le type vinca n'existe qu'en langue d'oïl, et là, il n'est que sporadique, quoique déjà ancien. Or il est invraisemblable : i°que le territoire de la Romania occidentale, le plus récemment romanisé, ait vinca, tandis que les autres auraient exclusivement pcrf/wm ; 2° que ce territoire le plus récemment romanisé ait les deux types à la fois; que ceux-ci y apparaissent... en des aires séparées, non contiguës, qu'enfin pervenche semble y être antérieur à venche d'après les textes que nous fournissent nos dictionnaires. »

Nous reviendrons (p. 3 5 5) sur cette question de la date de romanisation, dont on nous semble tirer dans ce cas particulier comme dans beaucoup d'autres, des conséquences excessives.

Mais, pour expliquer la configuration irrégulière des aires de notre mot, point n'est besoin de recourir à un raisonnement compliqué (ib., 231-7), à l'hypothèse d'une étymologie populaire, où l'adjectif /)t'r^ désignant une couleur jouerait un rôle doublement louche, sémantiquement et morphologiquement, à l'artifice d'une fausse coupe per -\- venche, etc.

Il suffit de savoir que la « pervenche » ne s'est dite en

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