CAUSES DES MOUVEMENTS SÉMAXTIQ.UES
Le latin cibata « ration », déverbal de cihare « nourrir y), a pris, dans le langage des éleveurs ou des conducteurs de chevaux, ici, le sens particulier d'avoine, prov. c/rûty^, parce qu'en France on a de tout temps donné de l'avoine aux chevaux, mais là, le sens différent mais non moins restreint d' « orge », esp. cehada, parce qu'en Espagne c'est d'orge qu'on les nourrit principalement.
Inversement, un mot qu'une langue commune emprunte à un parler spécial, revêt par cela même une acception plus générale. Ainsi pecunia a dépouillé l'idée de pecus qui a existé tout d'abord dans la langue des éleveurs latins. hovs(\\x *arnpaye a passé de très bonne heure de la langue nautique à la langue de tout le monde, il a pris un sens qui n'a plus rien de nautique, ir. arriver, prov., cat. arribar. Et il est curieux de voir l'espagnol et le portugais, échappant à cette extension sémantique, conserver à arribar le sens de « aborder », mais employer un autre vocable nautique dans l'acception générale : llegar, chegar = plicare [veJa^ ou {ap^pUcare \nave))i\, c'est-à-dire « arriver [au port »]. Les faits de ce genre sont si fréquents qu'on les voit se reproduire dans les langues les plus diverses. Ils ont été analysés dans leur ensemble par M. A. Meillet qui leur a consacré un article important dans V Année sociologique, 1905-é (voir Ling., p. 230 suiv.).
A ces exemples de restriction et d'extension de sens, il serait loisible d'en ajouter un grand nombre d'un caractère différent: ils montreraient que des changements de signification, des substitutions, des créations, des déchéances de mots ou de significations, des mouvements lexicologiques ou sémantiques de tout ordre peuvent être dus soit à des causes sociales du genre de celle qui vient d'être indiquée, soit à des causes psychologiques individuelles généralisées et consistant dans un jeu complexe d'associations et d'aperceptions.
Très souvent ces innovations se produisent initialement