‹ L’intoxication fongique: ses causes, ses effets, son traitementChapitre 24 sur 55 · LA PHALLINE · texte numérisé non relu

LA PHALLINE

Le toxique actif des Amanites mortelles et des Volvaires est encore insuffisamment connu. Letellier crut l’isoler, en 1827, sous le nom d’amanitine, et Boudier, en 1866, sous

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celui de bulbosine. Des recherches plus complètes de Robert (1890-1891-1899) isolèrent de l’Amanita phalloides deux substances toxiques : 1° un alcaloïde; 2° une toxalbumine : la phalline, Celle-ci est, contrairement à la muscarine, alcaloïde chimiquement bien défini, assez mal connue. Elle constitue également le toxique actif de l’Amanite citrine, de l’A. printanière et des Volvaires.

Les diverses parties des cryptogames mortels (volve, bulbe, chapeau) renferment toutes de la phalline. Le chapeau et la cuticule en sont particulièrement riches. C'est peut-être là ce qui explique le préjugé populaire, qui prétend que l’ablation de la pelure colorée du chapeau rend les champignons inoffensifs. Il est facile de comprendre l'efficacité relative de cette mesure, qui serait bonne s'il ne restait dans la pulpe du chapeau des toxines en quantité plus que suffisante pour déterminer la mort.

Kobert avait remarqué que cette toxine adhérait au coagulum des matières albuminoïdes, provoqué par l’action de la chaleur ou de l’alcool : aussi l’avait-il, la considérant dès lors comme d’origine albuminoïde, classée parmi les toxalbumines.

M. Pouchet l’a rapprochée des toxines microbiennes avec lesquelles elle présente certaines ressemblances, entre autres la résistance au chauffage (thermostabilité) avec conservation des propriétés toxiques.

W. Fort (1906-1911) considère la toxine de l’A. phalloïde comme un glucoside auquel il donne le nom de Amanitahémolysine; cet auteur a également retrouvé ce glucoside dans Amanita rubescens Pers., qui est cependant considéré comme comestible.

Quoi qu’il en soit, cette toxine «ne peut être neutralisée ni par ébullition prolongée, ni par le tannin, le café fort (contre-poison efficace de beaucoup de plantes vénéneuses), ni enfin par le charbon pulvérisé » (GUÉGEN).

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3 grammes d'Amanite phalloïde tuent un moineau par ingestion en vingt à quarante minutes.

Il en faut 4 grammes pour faire périr un chat et 25 grammes environ pour un chien.

Par injection, la toxicité est encore plus effrayante. Un demi-milligramme de phalline par kilogramme d’animal suffit pour tuer le chat et le chien. Si l’on prélève du sang presque immédiatement après l'injection, on constate, après centrifugation, que le sérum a une coloration rouge cerise (hémoglobinhémie) et que les globules hémolysent dans les solutions salées, même hypertoniques.

Parisot et Vernier ont montré que, d’une façon générale, le chauffage à l’autoclave, pendant vingt minutes, abolit généralement ce pouvoir hémolytique; dans certains cas, cette opération doit être renouvelée plusieurs fois.

D'autre part, Raday et Sartory (11 déc. 1911) ont montré que l’A. phalloïde (soit fraîche, soit même desséchée depuis un an) conserve toute sa toxicité après vingt minutes de coction à plus de 1009 et que le poison est retenu dans la trame fongique. Seuls certains principes âcres, thermostabiles, disparaissent, mais la phalline persiste. Cette constatation montre le danger qu’il y a à répandre dans le public la notion inexacte que les champignons vénéneux peuvent être rendus inoffensifs par le traitement à l’eau bouillante, suivi de lavages à l’eau froide (Raspair, GÉRARD, FABRE, etc.). Par contre, cette précaution est plus efficace à l’égard des champignons contenant certains poisons fixes (muscarine, acide helvellique) parce qu'ils sont tous solubles dans l’eau bouillante et restent dans l’eau de coction. Il faut sans doute voir en ce fait les origines de la créance apportée par le public à l’épreuve du « blanchiment » des champignons. De même, les expériences ont montré que si le charbon est capable de retenir une partie des toxines de certaines plantes (comme la belladone, par

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