‹ Liola ou Légende indienne [microforme]Chapitre 2 sur 6 · RL LS · texte numérisé non relu

RL LS

Lorsque son vol s'abat semblable à la colombe

Qu'un chasseur a blessé au sein des bois verdis.

Ah ! c'est que ce bonheur n’est qu'un riant mensonge, Que son aile se heurte à la réalité |

C'est bien la voix des flots qui là-bas se prolonge

Et qui dans son oreille a, comme un glas, tin Non ! ce n’est pas le ciel de sa chère Provence,

Son clair ruisseau qui court sous l’amandier fleuri,

Ce ne sont pas les lieux aimés de son enfance 1...

Pourtant quelle nature à ses yeux a souri| Le rivage escarpé de pins verts se parfume, La chute devant lui dénoue au chaud soleil Sa robe d’émeraude et de flottante écume, Car de l’orient a jailli le jour vermeil :

Tout s'éveille et l'air frais frémit de chants et d'ailes.

Quelle est celle qui dort sous ces berceaux en fleurs ?

Ce n’est pas un enfant voilé de ses dentelles

Ni sa mère dont ses baisers ont bu les pleurs, ON ! non ! c’est Liola, l'innocente victime, Qu'il a laissée, hier, dans les bras de la nuit. Quelle sérénité son front candide exprime !

Qu’'une pure lumière autour d’elle aussi luit !

Mais au lever du jour, d'une aurore divine, |

Le sacrifice doit pour eux se consommer.

Toute à cette pensée, hélas ! elle devine,

A la main qui la touche, en s’entendant nommer, Que tout est bien fini, que c’est l'heure fatale !..... Et comme la nature au baiser du soleil

S'éveille, éblouissante, allègre, virginale,

Aux yeux de Lionel, elle sort du sommeil

Plus que jamais aimable, et fraîche et reposée.

“ Ami, c’est ta voix qui m'appelle pour mourir | Ah ! lorsque chaque fleur s’entr'ouvre à la rosée, Mon âme à son matin ne pourra pas fleurir |

Et plus qu’elle pourtant tu dis que je suis belle

Et plus doux que son miel est pour toi mon amour.

Vois donc comme l’azur de pourpre et d'or ruisselle !

Faut-il qu’un jour si beau soit notre dernier jour? ?

“ Le dernier ici-bas ; le premier dans un monde Où la clarté,” lui dit-il, ‘ jamais ne s'éteint. Que sont toutes les fleurs de la terre féconde, Les gouttes de rosée où le ciel bleu se peint, Les notes que l'oiseau dans l'air limpide égrène, Auprès de la beauté de cet autre séjour

Où l’âme s’embellit de lumière sereine

Et soupire les chants de l’éternel amour ?

Oui ! sans doute qu’il est dûr de quitter la vie, Surtout lorsqu’en tes yeux elle vient m'éblouir ! Mais volontiers je l'offre et je la sacrifie

Pour le salut des tiens : puissent-ils en jouir ! Ah ! qu'avec notre mort une autre ère commence Pour tout ce continent par l'erreur habité !

Que notre jeune sang soit comme une semence

Qui fasse épanouir l'amour, la vérité !

82 LIOLA

Quelque chose me dit que, semblables aux astres, Les lumières du Christ iront du monde ancien Jusqu'à ce nouveau monde à l'heure des désastres, £t qu'en elles, trouvant un céleste soutien,

Les peuples formeront des families de frères,

Fonderont sur ce sol des empires puissants ! ”

Cependant la tribu, malgré des vents contraires, Entoure déjà l’île en ses canots glissants :

Car le jongleur a craint de voir s'enfuir sa proie. Le premier de la troupe, il entre dans le port Et vers les condamnés, à la hâte, il envoie

Ceux-là dont la main doit les parer pour la mort.

O funèbre parure ! O perfdes guirlandes !

On couvrait la victime ainsi jadis de fleurs : Sous les lis du vallon et les roses des landes,

A l'œil des dieux jaloux, elle cachait ses pleurs.

Pour leurs fronts purs qu’est-il besoin d’une couronne ? De colliers pour leurs cous par l'amour enchaînés ? Lentement la tribu pourtant les environne

Et s'avance vers eux, les regards détournés.

Voyez cette tunique et ces plumes si blanches,

Ces habits ravissants comme la pureté :

Ne semblent-ils pas pris à la neige qu'aux branches

L'hiver suspend et faits pour orner la beauté ?

Que les temps sont changés ! Cette fraîche parure, Destinée au grand jour, servira de linceuls,

Et ceux, que des amis, un tendre amour conjure De rester en ces lieux, bientôt partiront seuls... Oh ! mille voix avec des soupirs et des larmes Font entendre déjà leurs lamentations.

Que l’hymne des adieux apaise leurs alarmes,

Comme la mer s'endort au chant des alcyons !

LIOLA.

A LIOLA.

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