‹ Lions et renards comedie en cinq actes, en proseChapitre 6 sur 138 · ACTE PREMIER · texte numérisé non relu

ACTE PREMIER

tuteur, et personne ne songeait à l'épouser, quand tout à coup, l’an dernier, il lui arriva un héritage de neuf millions.

SIMON

Excusez du peu I Ce n'est pas à moi qu'une pareille cheminée tomberait sur la tête!

MARIETTE

Vous n'avez pas une tête à ça, mon cher; et puis votre arrière-grand-oncle n’aura probablement pas songé à émigrer dans les Indes orientales.

SIMON

Est-ce que nous avons des arrière-grands-oncles, nous autres !

MARIETTE

Comme le cher homme, dont on n’avait pas eu de nouvelles depuis la Révolution, est mort sans faire de testament, il sest trouvé que mademoiselle était sa seule héritière. Pour lors, elle s’est dit, je suppose : « On ne voulait pas de moi quand j’étais pauvre, on ne m'aura pas maintenant quo j'ai de quoi vivre...» Et elle a monté sa maison sur ce pied-là.

SIMON

Elle a de la tête. J'aime ça. 11 doit y avoir de fameux profils chez vous!

MARIETTE

Pourquoi donc?

SIMON

Tiens I les amoureux...

MARIETTE

Mademoiselle est la sagesse même, mon cher. Cela vous étonne?

SIMON

Ça me change!... pas do mari et pas d’amoureux? 11 y avait do tout ça dans la maison d’où je sors. — Mais qu’est-co quo les gens de la société disent de cette manière do vivre?

MARIETTE

Que voulez-vous qu’on dise? Il n’y a rien à dire.

SIMON

Co n’est pas une raison.

MARIETTE

Excepté de se marier, mademoiselle a fait toutes les con- \ cessions possibles au qu’en dira-t-on. Elle continue à demeurer avec son tuteur : seulement , elle a acheté l’hôtel, elle s'est installée au rez-de-chaussée, et le comte de Prcvenquière

est devenu son locataire. Elle s'est donné uno vieille dame de

compagnie, madame Ilélier, qui habite avec .elle et la suit partout, dans le monde, au spectacle, en voyage...

SIMON

Comme qui dirait une tante en location.

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