‹ Lipoïdes et paratoxineChapitre 4 sur 15 · AUTO-PROTECTION DE L’ORGANISME PAR LES LIPOÏDES · texte numérisé non relu

AUTO-PROTECTION DE L’ORGANISME PAR LES LIPOÏDES

Actuellement, il est admis par tout le monde, physioloistes et cliniciens, que le foie est le défenseur de l’économie ontre les infections et les intoxications. Mais bien peu d’au- 3urs se sont préoccupés de chercher comment cet organe git pour remplir son rôle, et le mécanisme de l’auto-protecon organique est resté, jusque dans ces derniers temps, à eu près complètement ignoré. On s’est demandé quels (aient, parmi les nombreux produits qui sont sécrétés par le )ie, ceux qui possédaient ce rôle antitoxique, et jusqu’à pré- *nt personne n’avait encore conclu.

Nous avons vu que Phisalix avait cru tenir la solution du roblème en démontrant que la cholestérine, considérée jusju’alors comme un produit excrémentitiel, neutralisait Lac- Ion antitoxique du venin de cobra. Les recherches personples que nous avons entreprises depuis plus de sept ans nous ht permis de nous rendre compte que la cholestérine possède rtainement un pouvoir antitoxique, mais infiniment moins pnsidérable que celui d’autres substances que l’on trouve sociées à elle dans les lipoïdes biliaires et qu’on a désihécs sous le nom d’oxy-cholestérine, éther-oxyde de cholesrine, etc. L’ensemble de ces substances est caractérisé par ce it qu’elles sont solubles dans l’éther de pétrole qui dissout i même temps les graisses et les phosphatides à l’exclusion :s produits acides engendrés par l’autolyse, et nous les ons désignées sous le terme générique de paratoxine.

Leur action antitoxique s’exerce de plusieurs façons mais pose avant tout sur ce fait que leurs propriétés sont sur-

lout antihémoly tiques, c’est-à-dire qu’elles s’opposent au' diverses causes de destruction des globules du sang. A côt d’elles on trouve dans la bile d’autres produits, tels que le phosphatides, auxquels on avait voulu reconnaître une actioi antitoxique.

Toutes ces substances antitoxiques sont solubles dans le corps gras. Elles entrent dans la constitution des substance lipoïdes, qui se trouvent ainsi formées d’une partie grasse qu sert de véhicule et d’une partie active complexe, les anti toxines.

Nous avons certainement été les premiers à attirer l’atter lion sur le rôle de défense. que remplissent ces corps, extrait de l’économie. Depuis la publication de nos travaux su l’extrait biliaire antitoxique ou paratoxine, bien des public, tions ont eu lieu en France, mais surtout à l’étranger, qui 01 démontré que les composés cholestériques se diffusaient dai i l’économie tout entière et apportaient à chaque organe k éléments dont il a besoin pour se défendre contre les proce sus d’infection ou d’intoxication. On n’a qu’à se reporter au faits que nous avons cités dans le chapitre précédent pour s rendre compte que Fermi, Raubitschek, Pribam, Landsteinei Erlich, Iscovesco, Chauffard, etc., etc., ont apporté de mu tiples observations expérimentales ou cliniques qui sont v< nues confirmer notre thèse. Ces auteurs, et bien d’autrt | encore qu’il serait trop long de citer ici, ont démontré d’ur façon certaine que les lipoïdes contiennent des substance antitoxiques et que c’est à eux qu’est dévolue l’auto-prote<

lion de l’organisme.

Nous-mêmes avons démontré que ces antitoxines se di fusent dans tout, l’organisme et vont se déposer là où lei présence est nécessaire. Si l’on se reporte au tableau de diffi sion que nous avons dohné plus haut, on arrive à cette con tatation très curieuse : c’est que les organes qui, par lei situation ou par leur fonctionnement, sont plus exposés au

atteintes des agents infectieux ou toxiques, sont précisément ceux qui contiennent la plus grande quantité de lipoïdes. Ce qui est plus intéressant encore, c’est que leurs lipoïdes sont les plus riches en composés cholestériques. Par exemple, le poumon, qui est très exposé aux infections venues de l’extérieur, est très riche en lipoïdes actifs, il en est de même pour la prostate, qui est située sur le chemin des infections urinaires ascendantes. Inversement les os et la moelle osseuse profondément situés et relativement à l’abri des causes d’infection n’en contiennent guère ou pas du tout : les lipoïdes ju’ils fournissent contiennent surtout des graisses neutres. Les centres nerveux, organes fragiles, très sensibles aux ictions novices et qu’il faut protéger à tout prix, sont très iches en lipoïdes, et leurs lipoïdes sont eux-mêmes très iches en substances antitoxiques.

Bien plus, non seulement les organes contiennent les déments de défense dont ils ont besoin, mais encore ils oient ceux-ci s’accroître en quantité et peut-être même en ualité, quand ils sont directement touchés par une infection. )ans ce cas, les graisses des autres parties de l’économie se nobilisent en quelque sorte et leur apportent les principes ctifs qu’elles contiennent. On sait, en effet, que les organes ireclement touchés par une maladie infectieuse ou toxique ont souvent le siège d’une accumulation de graisse que l’on onsidérait jusqu’à présent comme le résultat d’une dégénéescence des cellules. Or les idées que nous venons de déve )pper nous permettent au contraire de considérer cetle ccumulation de graisse comme un apport de substances poïdes, chargées d’antitoxines destinées à lutter contre ïs actions pathogènes dont l’organe malade est le siège.

Les travaux tout récents de divers auteurs (Lebedeff, osenfeld, Leick, Winkleb) ne laissent aucun doute sur existence de ce transfert de graisse qui paraît être en rap- >rt avec la présence dans le sang d’une quatité de graisse

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en circulation plus considérable qu’à l’état normal. 11 n faut pas oublier que Je foie se charge de graisse et parfoi même d’une façon considérable, au cours de la plupart d< maladies toxiques et infectieuses. Dans bien des cas, ce n’esj là qu’une apparence de dégénérescence et l’on doit plutf considérer cette accumulation de matières grasses comm| destinée à former des lipoïdes et à servir de vecteur aux sub tances agissant comme antitoxiques.

Les organes directement touchés par un processus patho logique sont souvent eux-mêmes chargés de matières grasse qui ne sont autres que les lipoïdes défenseurs. Cette faço d’interpréter les faits modifie totalement les idées actuelle sur la dégénérescence graisseuse organique et montre qu’eli est en réalité le résultat d’un processus éminemment actif < agressif et non d’un processus de déchéance.

Les lipoïdes sont donc les agents primordiaux de ] défense de l’organisme mais, point important à considère! iis ne le sont pas tous. En effet, à côté des lipoïdes qi empêchent la destruction des globules sanguins il en exisl d’autres qui la favorisent : à côté des lipoïdes antihémoh tiques, il existe des lipoïdes hémolytiques. Les recherch< que nous avons entreprises nous permettent de dire que 1< lipoïdes antihémolytiques, c’est-à-dire les seuls qui possèdei une propriété franchement antitoxique, sont ceux qui coi tiennent les produits que nous avons isolés dans la bil< cholestérine, oxy cholestérine, éther cholestérique, etc. L< lipoïdes destructeurs des globules sanguins et paraissai dépourvus de propriétés défensives, sont ceux qui eontiennei surtout de la lécithine ou plutôt des phosphatides.

D’après nos recherches et d’après celle des auteurs qui sont occupés après nous de cette question, nous pensons quj la défense de l’organisme (auto-protection) peut être sch matiquement envisagée de la façon suivante :

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On doit considérer le foie comme le centre de cette déferis»

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ar c’est lui qui élabore les antitoxines dont elle a besoin. ,a bile qui les contient et qui les solubilise, va inonder la urface de l’intestin où elle se résorbe. Par cette voie, les nbstances antitoxiques pénètrent dans les systèmes sanuin et lymphatique et vont se diffuser dans tous les organes. Mes accomplissent cette migration sous la forme de subsances lipoïdes et, très vraisemblablement, les phosphatides ont on a signalé le rôle hémolytique remplissent ici une anction utile en favorisant le passage des lipoïdes à l’état olloïdal sous lequel leur diffusion et leur action doivent tre augmentées. Ces antitoxines ainsi véhiculées par les poïdes entrent dans la constitution des divers organes dont lies assurent la protection contre les agents pathogènes. Cette façon d’envisager l’auto-protection de l’organisme est-à-dire sa défense par des substances élaborées dans son in, peut paraître très théorique, surtout telle que nous exposons succinctement ici. Mais il ne faut pas oublier n’elle repose sur des expériences très nombreuses qui sont onfirmées les unes par les autres et nous pensons que avenir démontrera que nous portons en nous-mêmes, pour ssurer notre défense contre les intoxications et les infections, es produits bien supérieurs à ceux que nous avons été isqu’ici chercher au dehors.

Importance primordiale des conditions

de préparation

des lipoïdes destinés à l’expérimentation.

Nous avons vu que la différenciation des lipoïdes est seuinent établie sur les variantes de leur procédé d’extraction ms lequel on utilise un dissolvant des graisses. Or la compotion du produit obtenu varie d’après la nature du dissolvant ioisi et aussi suivant qu’on opère sur des organes recueillis

immédiatement après que l’animal a été abattu ou sur dé

organes autolysés. Lorsque nous avons utilisé, pour la prépiî ration de la paratoxine, l’éther de pétrole à l’exclusion d

tout autre disolvant et, en particulier, de l’éther ordinain nous avions des raisons capitales pour le faire. C’est ainsi qi I l’emploi de l’éther de pétrole dissout, sans les modifier, 1< phosphatides non saturés, qui sont très sensibles, au contraire à l’action oxydante de l’éther ordinaire. Ce dernier a aus l’inconvénient de dissoudre des corps du groupe des lip< chromes et certains acides tous composés susceptibles d’am< lier des accidents lorsqu’ils sont administrés par la voie hyp< dermique. Justement, l’un de nous vient de publier L

premiers résultats de ses recherches sur les composés étraij gers introduits dans les lipoïdes par un dissolvant mal choisi surtout quand on opère sur des organes non traités imm diatement après leur excision. ( Société de Biologie, déc. 1911 ô En effet, on sait que les modifications dues à Faut ‘s lyse sont rapides et que, dans ce processus, il se forme d acides lactique, formique, et des acides gras libres. Ensomm l’action physiologique d’un lipoïde donné est en rappo intime avec son procédé d’extraction ; c’est ce qui expliqi les résultats quelquefois discordants publiés par certahp

auteurs qui ont méconnu l’existence, dans les lipoïdes, de c|

composés divers entraînés par le dissolvant et dus à la raj ,

dité du processus autolytique.

Atténuation de la tuberculine par l’extrait éthé

de bile (paratoxine).

Dans une communication faite à la Société Médicale dl Hôpitaux, en février 1909, nous avons établi l’existence d’uifl atténuation de la tuberculine laissée pendant quarant huit heures en contact avec des extraits éthérés biliaii I |i

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[riches en lipoïdes, mélangés à du sérum. Avec le mélange ainsi obtenu, nous avons pratiqué des cuti-réactions en nous servant comme témoins des tubes à cuti-réactions du coinmerce. Nous avons ainsi obtenu des réactions heaucoup plus faibles du côté où la tuberculine avait été mélangée avec les extraits biliaires.

On aurait pu nous objecter, qu’étant donnée la variabilité des tuberculines, il nous était difficile de comparer une solution du commerce avec celle préparée par nousmêmes.

Aussi avons-nous institué l’expérience contrôle suivante : jnous nous sommes servis comme témoin d’une solution au j centième, préparée avec la tuberculine sèche du commerce. De même que dans les expériences précédentes le mélange ! l’expérimentation était constitué par huit centimètres cubes à ï pour 80, plus un centimètre cube de paratoxine, plus jun centimètre cube de sérum frais ; le tout était laissé à : i’étuve pendant quarante-huit heures.

Nous avons fait des cuti-réactions chez douze malades, sept tuberculeux cliniquement et cinq non tuberculeux. Avec la tuberculine au centième nous avons obtenu deux réactions Portes, quatre réactions moyennes, deux réactions faibles. Le jnélange de tuberculine, d’extrait biliaire et de sérum nous a [donné seulement une réaction moyenne et sept réactions jaibles.

Cette expérience n’était donc que la vérification des précélentes, en nous plaçant toutefois dans des conditions plus

Iigoureusement exactes et scientifiques.

Dans une deuxième série d’expériences, nous avons recherhé l'influence du temps de contact des extraits biliaires et lu sérum avec la tuberculine sur l’atténuation de celle lernière.

Nous avons gardé le mélange, fait dans les mêmes confiions que précédemment, et la tuberculine au centième peu

dant huit jours à l’étuve à 5^°, puis pendant huit autres jourl à la température du laboratoire. La cuti-réaction a été prajl tiquée sur trente malades, douze tuberculeux et dix-huit noii tuberculeux cliniquement. La tuberculine au centième non i

a donné six réactions fortes, six réactions moyennes, cm

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réactions faibles, treize réactions négatives.

Avec la tuberculine mélangée aux extraits biliaires nou

avons obtenu : une réaction forte, deux réactions moyennes;^ six réactions faibles, deux réactions très faibles et dix-neui réactions négatives.

Par conséquent, dans six cas la réaction a été négativH du côté où la tuberculine avait été mélangée à la paratoxinc ■ riche en lipoïdes, et au sérum, alors qu’elle était positiv I

pour la tuberculine au centième. Cette abolition de I j réaction ne s’est pas manifestée uniquement lorsque 1 j

tuberculine au centième avait donné une réaction faible. E

effet, pour ces six cuti-réactions négatives nous relevons djl l'autre côté une réaction forte, une moyenne et quatre faible-

Enfin, les deux réactions très faibles correspondent à un réaction forte et à une réaction moyenne de la tuberculine a centième.

Cette expérience confirme donc l’action qu’exerce la Par; ] toxine en présence du sérum sanguin sur les solutioC de tuberculine. Lorsqu’on prolonge la durée du contac celle atténuation peut être tellement marquée que la tubei eu line ainsi traitée ne donne plus la cuti-réaction.

Ces faits montrent toute l’importance des lipoïdes biliam dans la lutte de l’organisme contre la tuberculose. Ils semblen au premier abord, être en contradiction avec la commun cation de MM. Calmette et Guérin (Académie des Science j (S mars 1909). Ces auteurs ont montré, en effet, que la bile d< animaux tuberculeux peut véhiculer les bacilles de Kcc sans les tuer, et ils voient dans ce fait un mode très impoj tant de propagation de la tuberculose, puisque les bacille

modifiés par la bile sont plus facilement absorbés par la muqueuse intestinale. Cependant cette contradiction n’est llqu’apparente. En effet, les extraits biliaires isolés n’ont pas ' l’action, et !MM. Calmette et Guérin ont oublié que ce n’est [ue lorsqu’ils sont en contact avec du sérum frais qu’ils icquièrent leurs propriétés antitoxiques et bactérioly tiques.

C’est ainsi que la tuberculine n’est pas atténuée par l’addiion de la seule paratoxine tandis qu’en la mélangeant en outre ivec le sérum frais on est certain d’obtenir cette atténuation.

D’autre part, nous avons déjà fait cette remarque que la ule d’un animal détruit les bacilles d’un animal d’une autre Ij'spèce, ce qui confirme nos recherches cliniques sur Faction les extraits biliaires animaux sur la tuberculose humaine.

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