SYMPTOMES
La date de début du lipome de la langue est difficile à déterminer. Il est bien probable que le malade porte déjà depuis longtemps une petite tumeur, soit dans l'épaisseur de la langue, soit sous la muqueuse, lorsqu'il s’aperçoit de sa présence. Cette découverte est due le plus souvent à l'effet du hasard comme pour la plupart des tumeurs au début. Il peut se faire cependant que le siège particulier dans un organe aussi mobile que la langue permette d'arriver plus tôt à la constatation du mal que dans d'autres parties du corps.
Ce seront du reste, ordinairement, les troubles fonctionnels qui ouvriront la scène. Légers au début, puis s’accroissant avec le volume de la tumeur, ils finissent par prendre une importance considérable. Nous ne devons pas oublier cependant qu'ils peuvent manquer lorsque le lipome est petit, logé profondément dans l’épaisssur des masses musculaires, son accroissement pourra être gêné et son évolution se faire pendant des années sans que le malade accuse aucune gêne, aucun trouble des tonctions auxquelles préside la langue.
I1 peut arriver que le lipome reste des années stationnaire évoluant sans douleur, sans troubles d’aucune sorte
ayant un accroissement extrêmement lent et pour ainsi dire insensible. Puis tout à coup, sous une influence inconnue, on peut observer une sorte de poussée aiguë, une évolution rapide qui lui fera atteindre une taille quelquefois énorme, relativement surtout à l’organe qui le porte. Ces faits ne sont pas très rares.
Le plus souvent pourtant, l’évolution sera très régulière, très lente ; le malade pourra s’habituer peu à peu à sa tumeur et attendre souvent des années avant de se décider à venir trouver le chirurgien et lui demander l’extirpation du néoplasme. Il est exceptionnel de voir un patient réclamer une thérapeutique active pendant la première année de son affection. Le plus souvent, il porte sa tumeur depuis 10, 15, 20 ans ; on a vu des cas où il s'était écoulé un temps plus long depuis le début: 22,25, 27 ans même; il s'agissait dans ce dernier cas d'une femme qui portait depuis sa naissauce un lipome de la langue.
Les signes fonctionnels tiennent au siège particulier de l'affection qui nous occupe ; nous savons que localisé à la plupart des organes le lipome ne produit généralemént aucune réaction, ne traduit sa présence par aucun trouble subjectif, Ici il n’en est plus de même,
La douleur a été signalée dans certains lipomes en différents points, soit qu'il fussent en rapport avec des troncs nerveux et il s'agissait alors de névralgies par compression irradiant souvent loin du joint comprimé, soit qu'ils fussent libre de tout rapport nerveux et alors, cette douleur est d’une explication plus difficile.
Dans très peu d'observations de lipome lingual nous n'avons trouvé signalée cette douleur particulière ; il est
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probable cependant que dans quelque cas elle doit pouvoir se montrer et l'on comprendrait difficilement qu'il pût en être autrement dans un organe aussi riche en filets nerveux que l'est la langue ; les tissus sont par ailleurs assez serrés, pour que nulle part mieux qu'ici, tout ne soit disparu pour permettre à une tumeur bridée par les fibres musculaires de compressions les troubles nerveux.
La douleur du lipome de la langue peut tenir à une cause qui est propre à cette localisation. Le voisinage des dents permettra facilement à ces organes d’ulcérer la tumeur proprement dite ou la muqueuse qu’elle avait soulevée dans sa fosse intentitielle. Ces ulcérations peuvent être particulièrement douloureuses. Et l’on pourra même noter cette étiologie dont certains auteurs ont voulu faire la caractéristique de l'épithélioma, et qui, en fait, appartient à toutes les ulcérations linguales. Nous rappellerons
“qu’elle sont dues aux anastomoses existant entre le lin” gual et la corde du tympan.
Ce ne sera pas le seul symptôme dû la présence des ulcérations; par action réflexe nous pourrons observer aussi une salivation exagérée qui ne tiendra jamais probablement celle observée dans le cancer.
La sensibilité spéciale de la muqueuse linguale pourra être atteinte. L'anatomie pathologique nous montre l'atrophie des papilles, la dégénérence des filets nerveux. I1 en résultera des troubles de la fonction du goût; la langue pourra ne plus percevoir aucune saveur, ou bien l'agrément ne sera pas complet, il y aura seulement diminution de la fonction. Quant à la perversion du sens elle n’a pas été observée.
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La sensibilité tactile si exquise.de la langue pourra aüsst
disparaître ou, tout au moins, être considérablement di-:
minué. Et le fail est d'autant plus explicable que la tumeur siège le plus souvent à la pointe de la langue liens de localisation par excellence des sensations tactiles. La.disparition ou la diminution de la sensibilité tactile, ainsi que la perception des saveurs ne s ‘accompagnent d’ aucune diminution de la sensibilité générale. C’est du moins ce qui résulte de toutes les observations recueillies jusqu'ici. Ces troubles sont infiniment plus fréquents que les sensations douloureuses dont nous avons parlé plus haut.
Il est bien rare que les mouvements de la langue soient gênés au début de l'affection, mais quand la tumeur aura acquis un certain volume, il en résultera une inhabilité de l'organe qui pourra troubler profondément ses fonctions. On saisirait difficilement qu'il en fût autrement
lorsque la tumeur a acquis la taille d'un œuf de poules -
comme le fait est relaté dans certaines observations et en particulier celle de Kirchkoff. Mais il n'est pas besoin de ces dimensions extraordinaires et que l’on ne s'explique guère que par une insouciance incroyable du patient. Dés que le volume a dépassé celui d’une noisette, d’une noix, la gène est déja notable et les fonctions sont troublées. Ces troubles sont éminemment variables, du reste, comme intensité. Ils se produisent peu à peu, ce qui fait que le malade peut s’accoutumer à son mal et ne s’en apercevoir que tardivement.
La phonation semble tout d’abord être touchée; les linguales t, u, d, sont prononcées difficilement ; les voyelles : et e ne sonnent plus aussi clair. Il en résulte un certain
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bredouillement qui gène particulièrement le malade appelé par profession à exercer sa parole.
La mastication sera moins troublée ; cependant il y aura une certaine maladresse de la langue à ramener le bol alimentaire, à le presser contre la voûte du palais. Cette maladresse se fera aussi sentir dans le passage des aliments dans le pharynx: ils seront pressés moins régulièrement et parfois il pourra en résulter la chute de quelques débris dans le larynx. En somme, ces troubles sont légers et peu importants. L’attention ne sera guère appelée non plus sur les troubles de la succion qui, chez les adultes, n'atteindront jamais une grande importance. Il n’en sera pas de même chez l'enfant, et dans les cas de tumeurs -congénitales, lipomes purs ou fibro-lipomes, la succion pourra être assez entravée pour que l’on doive recourir à un mode de nourriture autre que le sein. C’est là une cause d’entrave à la tétée à laquelle le praticien devra toujours songer chez le nouveau-né, faute de trouver ailleurs l'explication des troubles de succion.
Chez le nouveau-né aussi, chez l'enfant en bas âge, on pourra observer des troubles de la respiratiou dus au volume dela tumeur. Ces troubles seront rares chez l'adulte. Ils ont été vus cependant, principalement dans le cas de tumeur de la base de la langue. Dans les petits lipomes de la pointe on ne les a guère vus ; mais en revanche, on comprend difficilement que leur présence, au moins à un certain degré, ne soit pas notée dans l'observation de Kirchkoff, où le volume de la tumeur devait emplir complètement la bouche. Dans un cas semblable, la res-
ET k à : À NE Pi piration doit se faire exclusivement par le nezet l'on voi
l'importance que peut acquérir alors un simple coryza.
Tous les symptômes fonctionnels que nous venons de passer eu revue peuvent manquer, ou être très atténués, Lessignes objectifs, au contraire, sont absolument constants.
Nous savons que la tumeur peut être intra-musculaire ou au contraire siéger directement sous la muqueuse. Dans le premier cas, la palpation dénotera tout d’abord unepetite masse molleau milieu des muscles de la langue cette tumeur sera le plus souvent unilatérale, siègeant à la pointe ou tout au moins dans la moitié anterieure de l'organe. La délimitation en sera faite assez facilement. Après un temps variable, d’ailleurs le plus souvent la tumeur évoluera vers l’extérieure viendra faire saillie sous la muqueuse et se confondra alors par ses symptômes avec la seconde variété. l
Celle-ci apparaîtra d'emblée sous la muqueuse linguale ; les symptômes physiques fonctionnels y seront beaucoup plus précoces et plus accusés que dans le lipome interstitiel, les symptômes physiques, à leur tour, le ferait reconnaître beaucoup plus rapidement et attireront promptement l'attention du malade.
Le siège est généralement à la pointe de la langue, lorsqu’il s’agit d’un lipome ; s'agit-il d'une tumeur mixte dans laquelle l'élément graisse est joint à une quantité plus ou moins grande de tissu fibreux, de cartilage, on pourra le rencontrer presque en tous les points de l’organe, mais principalement à la base de la langue, au niveau de la fossette glosso-épiglottique.
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Si la tumeur est très petite, elle est sensible, plus tard, elle offrira une certaine tendance à se pédiculiser à prendre l'aspect d’un petit polype mou. Sien même temps, il y a implantation vers la partie postérieure de la langue, il pourra se produire une chute du lipome dans le pharynx par suite des réflexes plus ou moins gênantes, des crises de suffocation même parfois, s'il y a irritation du larynx.
Le volume est extrêmement variable, la forme généralement arrondie. On a pu observer des lipomes gros comme des œufs de poule : c’est le cas de Kischtroff, de Follin, de Gross. Et plus souvent nous avons vu que lorsque la tumeur avait acquis la grosseur d'une noisette ou d'une noix, les troubles fonctionnels étaient assez marqués pour que le malade vint demander le secours du chirurgien.
Le lipome est généralement unique ; on a pu observer des lipomes bilatéraux, parfois aussi on en trouve simultanément sur certains points du corps.
La tumeur peut être lisse ou revêtir un aspect plus ou
moins lobulé; à son niveau la muqueuse apparaît lisse,
tendue. Les papilles sont considérablement atrophiées à son niveau. Le fait visible à l'œil nu apparaît encore mieux si l'on observe la muqueuse à la loupe. Cette atrophie papi!! ‘:> 2pparait d'autant plus distinctement qu'on a souvent pu noter à la périphérie de la tumeur une hypertrophie marquée des papilles, visible aussi à l'œil nu et pouvant occasionner la sensation particulière observée dans d’autres cas d'hypertrophie papillaire, en particulier dans le diabète.
Si le lipome est interstitiel, au début, la muqueuse con-
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servera Sa couleur rouge ; lorsqu'il sera devenu superfñciel on notera un aspect différent et très caractérisque : la saillie prendra une couleur jaunàtre presque pathognomonique. Sous la muqueuse amincie et presque transparente, on pourra percevoir nettement cette couleur. Elle n'est pas absolument constante pourtant: dans un cas de Bouisson, l'aspect était plutôt grisâtre. C’est là une exception.
À la palpation, le doigt percevra une mollesse particulière et de plus une sensation très nette de fluctuation. On verra sans peine que la tumeur n’est pas adhérente aux muscles sous jacents. Elle ne fait pas corps, mais glisse facilement sous la muqueuse et est nettement limitée. Si nous avons affaire à un fibro-lipome, à un lipome où se trouvent des portions enchondromateuses calcifiées, les sensations perçues seront un peu différentes relativement à la consistance qui, par place, sera absolument molle, dure et résistante. C'est probablement par le fait de ces transformations du tissu de la tumeur qu'on doit expliquer le fait noté par Guelliot d'une tumeur d’abord molle, puis devenue très dure. Enfin la fluctuation peut parfois manquer.
Les complications du lipome de la langue sont bien rares. Dans le cas d'un lipome ulcéré, les douleurs excessives pouvaient véritablement mériter ce nom. L'inflam-
mation, la suppuration sont possibles ; elles pourraient.
apparaître spontanément ou se montrer à la suite d’une intervention, d'une ponction exploratrice faites sans le secours d'une antisepsie absolue. En fait nous ne croyons pas qu'il yen ait d'exemples dans la littérature médicale.
La multiplicité des tumeurs est rare et pourrait être
aussi signalée comme complication. Nous savons que le lipome ordinairement unique pent parfois être multiple. Les cas de Follin où il y en avait 30 sur le même individu, celui de Broca où ce nombre dépassait 2000 sont classiques. Ni l’un ni l’autre de ces observations ne mentionne le lipome de la langue. Nous ne mentionnons dans la multiplicité que comme une chose possible. En fait elle a été observée une fois au moins par Denando. Mais nous dévons faire certaines réserves, car il s'agit du lipome congénitaux et nous savons que ces tumeurs appartiennent plutôt au groupe des néoplasmes de nature mixte.
Les hémorrhagies sont rares ; elles pourraient se montrer dans le cas d'ulcération et revête alors l'aspect d’un suintement plutôt que d'un écoulement abondant de sang.
Dans le cas de Follin on a pu les noter, mais il est probable que lorsqu'elles sont assez abondantes pour mettre la vie en danger il s'agit d’une prédisposition particulière du malade : hémophilie le plus souvent.
Kirchoff signale dans son observation une complicatiôn mécanique intéressante. La tumeur en s’accroissant, avait, par son volume peu à peu écarté les dents de leur position normale et celles-ci se trouvaient désormais très inclinées en-avant. De plus une grande quantité d’entre elles avaient été chassées même de leurs alvéoles.
Nous ne ferons que signaler le cas de Sveisen où il y avait des accidents de. folie qui ont cessé complètement
après l’oblation des lipomes, dans l’état actuel de la science:
ces faits sont difficiles à expliquer.
Le lipome est une tumeur essentiellement bénigne ; il
est exceptionnel d'observer sa transformation cancéreuse,
les cas où le fait a été signalé sont sujets à caution et demanderaient un examen histologique plus approfondi. Mais le cancer paraît se rencontrer chez un sujet prédisposé porteur d’un lipome de la langue. Et le frottement des dents déterminent une ulcération ne sera pas d'importance probablement comme étiologie d’une tumeur de mauvaise nature greffée au niveau de la saillie faite par le néoplasme bénin,
Il n'est pas d'exemple que la tumeur ait diminuée ; l'écrasement est lent, recevant quelquefois un coup de fouet sur uneinfluence encore indéterminée, toujours continue.
La récidive est exceptionnelle lorsque la tumeur a été complètement extirpée. Elle devra toujours faire songer à une erreur de diagnostic et à la possibilité d’une tumeur
mixte.