SCÈNE IV
MAXI.MIN, ROURE,
MAXIMIN
Savez-vous ce qu’ils me. proposaient, ces farceurs-là ’
Parbleu I de me faire faire le tour do la fourmilière.
MAXIMIN
Pas tout à fait, mais |>resquo.
ROURE
De fiers gredins, que messieurs te.s amis !
MAXIMIN
Dame! aussi, vous allez voir les demoiselles avec des sacoches pleines d’écus!
ROURE
Non, vraiment je regrette do te trouver en aussi triste compagnie.
MAXIMIN
Sapristi ! Comme vous êtes devenu difficile I Dites donc, papa, c’est donc sérieusomenl que nous sommes converti ?
ROURE
Très-sérieusement... Et si tu veux, je peux te montrer ce qui a opéré ma conversion.. (Tirant un paroissien de sa poche] Tu vois ça! Sais-tu ce que c’est?
MAXIMIN
Un livre de messe, parhleul
ROURE
Tu n’y es pas, mon fils. C’est le Code Pénal.. . Tu ne l’as jamais lu, je suissiir, ce livre-là; moi, depuis dix ans, je n’en lis pas d’autre Seulement, comme je suis devenu dévot et que je suis toujours fourré dans les églises, le commerce, tu comprends, j’ai fait dorer mon code sur tranches et je l’emporte aux offices comme un paroissien,
UAxiMiN, riant.
Ah! ah! le paroissien de monsieur Roure... Voyons.
USE TAVERNIER
ROURE
Un fameux livre! va.ctqui voiisen dit long sans beaucoup de phrases. Si je l’aviis eu (|uaml j’étais jeune.. Enfin, ce qui est fait est fait. . En ce temps-là je péchais par ignorance, maintenant je connais mon affaire, et je les défie bien do me l ejiincer
MAxiMix, feuilletant le litre.
C’est dans votre paroissien que vous avez appris tout ça?
ROIRE.
Oui, mon garçon, c’est là que j’ai appris ce qu’on avait oublié de m’apprendre, c’est-à-dire à connaître les lois do mou pays et la manière de s’en servir, à distinguer le bien du mal, le permis du défendu, quelquefois il n’y a qu’un cheveu qui sépare les deux choses; pour tout dire en un mot, ce livre-là, c’est ma conscience... Je n’en ai pas d’autre, et quand il ne me reproche rien, je mange tranquille et je dors sans remords,
■MAX IM IN
Dormez bien, mon oncle... Canaille pour canaille, j’aime encore mieux l’étre h ma manière, ce n’est pas si fatigant.
ROURE, rama^nant son litre.
Tu as tort .. voyons, mets-toi là et parlons raison. Où penses-tu que cela pmit te conduire, la vie que tu mènes maintenant?... Te voilà associé à deux sacripants qui ne demandent que plaies et bosses. . Pour le moment, c’est bon, on couche sur une meule à la belle étoile, on boit du vin volé. Maraude par ici, rijiaille par là .. tout ça va bien .. oui, mais prends garde, un do ces jours vous ferez une farce un peu trop lourde et tu en auras pour tes vingt ans, sans savoir seulement d’où ça t’arrive. Remarque bien, mon cher enfant, que ce que je t’en dis est dans ton intérêt. Si je suis ici en ce moment, ce qui n’est guère !a place d’un fournisseur de l’évôché, c’est parce que tu es mon neveu et que je t’ai gardé de l’affection.
MAXIMIN
Farceur!
USK TAVERNIKH.
nouRE.
Danio ! Jo n’avais qu’à te dénoncer à la marine et à t'envoyer une demi-douzaine de gendarmes à ma place.
MAXIMIN
Allons donc! Vous savez bien que si vous m’aviez joué ce lour-làjevousen auraisjouéun autre... Dans deuxjours toute la ville aurait connu l’iiistoire de monsieur Roure, et vous auriez été obligé de fermer boutique. Vous êtes un malin, mon oncle, mais comme vous dites, je suis votre neveu.
ROURE
Eh bien ! si tu os mon neveu ouvre l’œil et regarde-moi.. J’ai une affaire superbe à te proposer. Il y a de l’autre cAté de ce mur une vieille fille...
M.WIMIN.
Je la connais.
ROURE
Tu connais .son histoire aussi? ^
M.VXIMIN.
Une ancienne Ursuline... Parfaitement.
ROURE
Et ceci ! Est-ce que lu le connais ? ( /< lire une des bu relies.)