A M. Pierre WolfT, du a mai[i83a], Briefe, I
a. Nous le rencontrons également à la Salpêtrière où il se prête à des expériences touchant Tefiet de la musique sur une grande agitée.
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L'influence de Lamennais fut plus sérieuse et plus profonde. Lamennais entrevoyait entre l'art et la religion une collaboration dont l'idée devait également séduire un artiste pieux, voire même mystique ; Lamennais critiquait la doctrine stérile de l'art pour l'art, au moment où Liszt se sentait lui-même éloigné de la virtuosité pure dont il avait déjà épuisé les ressources et les triomphes ; Lam.ennais assignait à l'art pour objet suprême le perfectionnement moral de l'homme, à l'heure oîi Liszt, dans l'enthousiasme assuré de ses vingt ans, voulait remplir la musique d'idées et de sentiments. Pour Liszt, Lamennais était l'apôtre tout ensemble de son art et de sa foi ; pour Lamennais, Liszt était un jeune héros en qui s'incarnait son idéal de l'artiste. Ils entretenaient l'un avec l'autre une correspondance et des relations suivies ; Liszt fut l'hôte de Lamennais à la Chênaie, dans l'automne de i834- C'est dans cette même année que Liszt venait d'écrire pour la Gazette musicale un fragment, publié plus tard, sur l'ennoblissement de la musique d'église, fragment terminé par cette formule qui semble une devise de Lamennais : « Le peuple et Dieu ». C'est dans cette même année, après les troubles ouvriers dont la ville de Lyon avait été ensanglantée, qu'il écrivait pour le piano une page héroïque et
sombre, Lyon, qui porte en épigraphe le cri de ralliement des Lyonnais :
Vivre en travaillant, — Mourir en combattant.
et dont la dédicace est à M. F. de L... *,
Cette universelle curiosité, même un peu brouillonne, avait pour premier avantage de mettre le jeune homme en relations d'amitié avec les hommes les plus distingués de son temps et lui assurait une société d'amis telle qu'aucun musicien ne pouvait encore se flatter d'en avoir eu. Comparez l'entourage d'un Mozart, d'un Beethoven, voire d'un Schumann, d'un Mendelssohn et d'un Wagner, à celui d'un Liszt. D'ailleurs, pour que ces poètes, ces écrivains, ces philosophes l'admissent ainsi dans leur amitié, ne fallait-il pas que l'on sentît, que l'on reconnût déjà en lui, autre chose qu'un virtuose supérieur? Les poètes, avec Emile Deschamps, saluent comme un des leurs :
Liszt, Liszt qui changerait, sans changer de délire, Les notes pour les vers, le clavier pour la lyre *.
I. Lamennais. — Lyon est le premier des morceaux dont se composent les Années de Pèlerinage : affaire d'inspiration, comme on le voit, non moins que d'itinéraire. Jusque dans sa vieillesse, Liszt aimait à rappeler son amitié avec Lamennais.
a. Emile Deschamps, Œuvres complètes (Paris, 1873, Le- ■xerre, t. IV, p. 41).
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Sans doute la séduction de sa personne était ici pour beaucoup, mais le caractère de ses écrits, livres, articles, lettres, où dans un désordre souvent incommode, du moins les idées abondent et les images scintillent, leur exubérance même témoigne de l'éclat que devait avoir sa conversation. Le sarcastique Heine l'ayant raillé de vouloir ainsi goûter à toutes les idées, toucher à tous les systèmes, Liszt lui réponditunjour, non sans vérité ni sans noblesse: « Vous m'accusez d'avoir un caractère mal assis et pour preuve vous énumérez [les] nombreuses causes que j'ai, selon vous, embrassées avec ardeur, les écuries philosophiques où j'ai tour à tour choisi mon dada. Mais dites ? Cette accusation que vous faites peser sur moi tout seul, ne devrait-elle pas, pour être équitable, peser sur notre génération tout entière?,.. Ne sommesnous pas tous assez mal assis entre un passé dont nous ne voulons plus et un avenir que nous ne connaissons pas encore ? Vous-même.,, vous qui avez une haute mission de penseur et de poète, avez-vous toujours bien discerné les rayons de votre étoile?... Le siècle est malade, nous sommes tous malades avec lui et, voyezvous, le pauvre musicien a encore la responsabilité la moins lourde, car celui qui ne tient pas la plume et ne porte pas l'épée peut s'abandon-
ner sans trop de remords à ses curiosités intellectuelles et se tourner de tous les côtés où il croit apercevoir la lumière *. » De fait, cette curiosité encore un peu erratique se fixera bientôt sur l'art musical : lorsque, en i84o, mourra ce Paganini tant admiré par lui en i832, Liszt tournera en manifeste son oraison funèbre : « Le vide que laisse après lui Paganini sera-t-il bientôt comblé?... La royauté artistique qu'il avait conquise passera-t-elle en d'autres mains ? L'artiste-roi est-il encore possible ? Je n'hésite pas à le dire, une apparition analogue à celle de Paganini ne saurait se renouveler... Que l'artiste de l'avenir renonce donc, et de tout cœur, à ce rôle égoïste et vain, dont Paganini fut, nous le croyons, un dernier et illustre exemple; qu'il place son but non en lui mais hors de lui; que la virtuosité lui soit un moyen et non une /?«, qu'il se souvienne toujours qu'ainsi que noblesse et plus que noblesse sans doute : Génie obligea »
1. De Venise, le i5 avril i838. Pages romantiques, pp. 201 et suiv. (F. Alcan).
2. Revue et Gazette musicale, 1840, pp. 43i-432; il faut anticiper de quelques années si l'on veut demander à Liszt lui-même un témoignage sur cette période de sa formation intellectuelle et artistique. L'ordre de la chronologie en souffre; mais la vérité de la psychologie y gagne.
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Tandis que son esprit s'imbibait ainsi de toutes les idées romantiques, absorbant à la fois l'art, la philosophie, la religion, la sociologie, la littérature, Franz passait d'une adolescence débile à une robuste virilité; et il y mettait une grâce irrésistible. Dès 1829, on fait sur lui des vers :
En vain tu te tais, jeune homme amoureux ! Tes grands yeux cernés, ta démarche lente, Ta joue empourprée et ta voix absente, Va, tout nous apprend que tu fus heureux...
En 1882, Devéria fixe, sur un charmant dessin, l'image de cette langueur qui se trempe, appelant et promettant à la fois la caresse. C'est encore un enfant, déjà c'est un homme. Elégiaque et hoffmannesque, il est mince, mais il est grand; une longue chevelure encadre son visage pur, aux traits candides, au profil marqué ; il semble nonchalant, mais ses deux mains déchaîneront à l'instant des tempêtes qui doivent gronder dans son cœur. S'il paraît frêle, on le devine pourtant robuste ; ou bien c'est le contraire : tout à l'heure il allait fracasser son
Erard et c'est lui maintenant qui tombe évanoui*. Qu'il semble expirer et l'on voudra se pâmer avec lui; mais que soudain se réveille l'ouragan de son génie et l'on succombera tout de même. Pour les femmes nées au moment d'Austerlitz, ce jeune homme est bien intéressant. Nous venons de voir d'ailleurs que, depuis quelques années, son existence l'a préparé à partager les folies qu'il peut susciter : saturé de phraséologie, le voici mûr pour les amours*.
Déjà il a passé l'hiver de i832-i833 chez la comtesse Adèle Laprunarède, entre une jeune femme, un barbon et une vieille tante, dans un château perdu des Alpes et bloqué par les neiges. On sait à Paris et on ne se fait pas faute de dire qu'une passion a provoqué cette éclipse de l'astre : à son retour, de quelle auréole nouvelle ne rayonne-t-il pas ? C'est à ce moment que le dieu des amours romantiques va le présenter à la comtesse d'Agoult et à George Sand.
Marie de Flavigny, fille d'un émigré français et d'une jeune veuve allemande issue de la famille Bethmann, était née en i8o5 à Francfortsur-le-Mein. Mariée en iSaS au comte Charles