L EPOQUE D ALPHONSE ET DE SON* FILS SANCHE
étrangers tels que les romans bretons, les lais de Marie de France et les poèmes de Chrétien de Troie démontre que l'exemple d'Alphonse le Savant avait porté ses fruits. Ticknor et Gayangos, sans avoir étudié le livre, le supposaient une imitation d'Amadis de Gaula et, sauf la circonstance qu'elle postdate de deux siècles l'époque de composition, cette conjecture téméraire est plus près de la vérité qu'on ne s'y serait attendu. En effet El Cavallero Cifar est un roman de chevalerie, et même davantage : dans les caractères de Cifar ou de Roboân et de leur compagnon le ribaldo, l'auteur ébauche les types du chevalier errant et du picaro, devançant ainsi les deux genres de fiction — chevaleresque et picaresque — dans lesquelles l'Espagne allait se distinguer. Cervantes a-t-il lu les aventures de Roboân et de son écuyer si prodigue en proverbes? Si la réponse à cette question était affirmative, on pourrait considérer ce couple comme la rude esquisse primitive de Don Quichotte et de Sancho Panza, et alors, comme l'a remarqué M. Wagner, il serait difficile d'exagérer l'influence littéraire du Cavallero Cifar. Dans tous les cas une grande importance historique s'y attache, car c'est le premier ouvrage espagnol que l'on puisse appeler un vrai roman.