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I.ITTKHATURK fspagnolk

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tirail des sept cercles planétaiies, la grandiose vision du J passé, du présent et de l'avenir. Œuvre d'un poète érudit " qui se prend trop au sérieux, le Laberinto est d'un ensemble ennuyeux; et cependant, bien que l'art de Mena ne parvienne pas à rendre réelles ses abstractions, bien qu'il s'embarrasse de traits d'esprit inutiles, il atteint parfois une grande hauteur. La fougue de son imagination, 1 la beauté marmoréenne de ses effets, la perfection incon- 1 testée de sa facture et l'ardent patriotisme qui inspire ' ses meilleurs passages suffisent à expliquer son renom. Vrai poète par tempérament, excellent ou même admi- J rable par intervalles, Mena est alourdi par une fidélité trop grande à des principes esthétiques qui l'entraînaient à un échec assuré. Doué de conscience, de scrupule et d'ambition, il aurait accompli beaucoup plus s'il avait tenté beaucoup moins.

L'influence de Mena est des plus sensibles dans les Copias del contcmpto del mundo, de ce pittoresque Dom Pedko, connétable de Portugal et roi d'Aragon (1429-1466), celui à qui la fameuse lettre de Sanlillana fut adressée. Chassé de son pays en 1449 par des infortunes politiques, le connétable passa en Espagne près de huit années pendant lesquelles il acquit une connaissance parfaite du castillan. Dans ces Copias y le royal poète célèbre les | désenchantements de la vie avec une certaine réserve et une noble mélancolie. Sa Satijrn de felice e infelice ^'ida, allégorie en prose et en vers, fut à tort et sur la foi de son titre prise pour une satire; avec la même légèreté sa Tragedia de la insigne lîcyna Do/'ui Ysahel a été classifiée comme une tragédie. Le premier de ces ouvrages est une imitation du Sicrvo libre de Amor, de Rodriguez de la Câmara; le second, fait de réminiscences de Job, de Boèce ctdeBoccace, est une lamentation personnelle sous forme

de dialoffue et sans la moindre trace d'intention dramatique. En prose, le connétable a quelques-uns des défauts de Mena ; en vers il a la plupart des qualités de ce poète. Ses pensées sont élevées, sa langue est pure, et — point ayant un intérêt historique — il est le premier Portugais qui prenne un rang eminent dans l'histoire de la littérature espagnole.

Pendant ce temps la prose castillane continue à se développer d'après les modèles établis par Avala. La Crônica anonyme de Jean II, compilée probablement par ilvar Garcia de Santa Maria et des auteurs inconnus, est m excellent ouvrage d'historiographie officielle . Des léclamations passionnées et d'une haute valeur se trouvent lans la Crônica de Don Alvaro de Liina^ œuvre d'un [avocat habile qui met ses talents au service de son esprit le parti. La dernière grande scène, l'exécution du connéible,est racontée dans un passage fameux avec une sim- >licité pleine d'art. Personne ne fut jamais aussi bon ni lussi grand qu'Alvaro de Luna tel qu'il est dépeint dans la Crônica, et pourtant la conviction du narrateur inconnu îst exprimée avec une force et avec une éloquence qui tous font presque accepter comme authentique le portrait d'un héros incompris.

Il est maintenant hors de discussion que la Crônica del ^id (publiée pour la première fois en 1512 par Juan Lôpez le Velorado, abbé de Cardena) est basée sur la Estoria V Espanna d'Alphonse le Savant. Mais elle n'envient pas lirectement, étant empruntée d'abord à un remaniement laladroit de VEstoria intitulée Crônica de Castilla, fait lur l'ordre d'Alphonse XL On peut classer en trois catégories les variations de la version primitive : corruptions lu texte, citations plus longues d'après les romances, et ehangements produits par l'insertion des légendes popu-

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laires d'une date postérieure. Précieuse parce qu'elle contient les plus anciennes versions de nombreuses traditions qui allaient se répandre h travers les romanceros, la Crônica del Ciel n'a qu'une autorité historique des plus relatives,

FernAn Pérez de Guzman (? 1376- ? 1458), neveu d'Ayala et oncle de Santillana, écrivit des vers à l'ancienne mode galicienne et pratiqua aussi les nouvelles méthodes de l'école italienne; mais ses modestes productions comme poète s'effacent devant ses brillants exploits d'historien. Il est l'auteur d'un ouvrage intitulé : Mar de Historias, comprenant trois divisions. Dans la première, il s'occupe des empereurs et des rois, d'Alexandre au roi Arthur, de Charlemagne h Godefroi de Bouillon; dans la deuxième, il traite des saints et des sages, de leurs vies et des livres qu'ils composèrent; et ces deux divisions ne sont qu'un arrangement fait d'après une version française du Mare Historiariun de Guido délie Colonne. La troisième partie, connue sous le titre de Generaciones y Semhlanzas, est l'œuvre originale de Pérez de Guzman. Des critiques étrangers l'ont comparé à Plutarque et h Saint-Simon; si hardi que soit le parallèle, il peut se soutenir; ce qui revient h dire que Pérez de Guzman est un maître-portraitiste, et c'est précisément ce qu'il est. Examinons au hasard quelques figures de sa galerie : Enrique de Vi- Ucna, gros, court et blond, glouton, libidineux, toujours dans les nuages, maladroit en pralicpie et rusé par nature ; Niinez de Guzman, dissolu, colossalement fort, le ton cassant, jovial et tapageur; le roi Henri, le visage grave, la parole amère, solitaire, mélancolicjue; Catherine de Lancaslre, grande, belle, le teint veiineil, grande iiuveuse de vin et finalement paralytique ; le connétable Lôpcz Dâvalos, bel homme, séduisant, gai, aimable, combatif,

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prudent, mais — car les dieux nous confèrent quelques défauts pour faire de nous des hommes — astucieux et adonné ii l'astrologie. Les portraits de ce genre abondent chez Pérez de Guzman : le modèle est pris sur le vif sans excès de couleur et sans qu'il lui manque rien d'essentiel, et quand l'écrivain a parlé, il ne reste guère autre chose h ajouter. Il sait haïr et le laisse voir quand il prend à partie les courtisans, car il éprouvait pour le parvenu tout le mépris d'un Saint-Simon. Mais l'histoire a confirmé la réelle justice de ses verdicts, l'artiste en lui l'ayant toujours emporté sur le partisan. A ses dons d'observation et d'intelligence, à son savoir, Pérez de Guzman joint une maîtrise parfaite de la prose castillane énergique et claire.

La Vida y Hazanas del gran Tamorlàn, publiée pour la première fois en 1582, est une narration personnelle intéressante. Dans cet ouvrage, Ru y Gonzalez de Clavijo (m. 1412) raconte le voyage qu'il fit de 1403 à 1406 à travers la contrée qui s'étend « de Samarcande, ville de la soie, au Liban, pays des cèdres », et davantage. Clavijo relate avec un curieux mélange de crédulité et de scepticisme, ses courses vagabondes parmi les tribus de Tamerlan; cependant son témoignage est au moins aussi digne de foi que celui de Marco Polo, et son récit est mieux rédigé que celui du Vénitien. Une relation d'aventures autrement curieuse est la Crônica del Conde de JJuelna, Don Pero Nino, 1375-1446, par Gutierre Diaz GAmez, ami et porte-fanion de Pero Nino. Le sous-titre actuel, le seul authentique — El Victorial — révèle que l'auteur se propose de représenter son chef comme le héros de triomphes innombrables sur terre et sur mer. Diaz Gîimez, curieux de savoir et ayant beaucoup lu, cite le Liùro de Alexandrey parsème ses pages d'allusions

littéraires ou de couleur locale, fait intervenir des termes techniques français : sanglieres, mestrieres, cursieres, destrieres. 11 se peut qu'il exalte h l'excès son capitaine, mais il nous donne de brillants aperçus d'une existence I de folies et de fanfaronnades, et il atteint à une grandiloquence hautaine dans ses diatribes chevaleresques, dont l'une a été empruntée sans être grandement améliorée par Cervantes dans le fameux discours sur les lettres et les armes que prononce Don Quichotte.

Un troisième livre dans le même genre, intitulé Andanças e Viajes, est dû au chevalier sévillan Perd Tafur (? m. 1460) qui, ayant servi dans la campagne de 1431- 1432 sous la bannière du maître de Calatrava, Luis de Guzman, quitta l'Espagne en 1435 pour faire ce tour du monde dont il a laissé un récit délicieusement naïf. Les lecteurs du xx*^ siècle ne s'intéresseront cfuère aux grands personnages — le pape, l'empereur, le roi de Chypre, et tant d'autres — auxquels Pero Tafur eut l'honneur d'être présenté; l'attrait de l'histoire est ailleurs : dans la personnalité de l'écrivain lui-même, ses réflexions spontanées, sa curiosité qui l'induisit à pousser ses explorations jusqu'au vallon d'Ebron, lieu charmant où (toujours selon le plaisant et gentil voyageur) « on dit que se trouvent les tombes d'Adam et d'Eve ». La phrase est savoureuse : on pressent vaguement l'approche de l'esprit critique qui se garde de trop affirmer.

La recherche des aventures se manifesta sousth-s formes diverses. Pendant que Pero Tafur se préparait pour son voyage, les chevaliers errants pullulaient par toute l'Espagne et, par une chance heureuse pour celui qui veut s'informer de leurs faits, le récit du plus insensé et du plus grand tournoi qui fut jamais a été écrit dans le l^ihro del Paso honroso par un témoin oculaire, Pero

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Rodriguez de Lena. Le notaire Lena nous dit comment le démon de la chevalerie s'empare de Suero de Quinones, qui, voulant se libérer de l'engagement qu'il avait pris de porter chaque jeudi une chaîne de fer en l'honneur de sa dame, ne put trouver de meilleur expédient que d'offrir, avec neuf autres chevaliers, de tenir le pont de San Marcos, à Orbigo, contre les paladins d'Europe. La joute, qui dura du 10 juillet au 9 août 1434, est décrite sans la moindre prétention par Lena, qui considère les six cents combats singuliers comme la chose la plus naturelle du monde ; mais son récit ingénu est intéressant comme document, et il témoigne — ce que laisse déjà deviner Froissart — que les romans de chevalerie l'étaient guère éloignés de la réalité.

Le XV* siècle trouve le roman chevaleresque installé en

Espagne; nous pourrons mieux rechercher comment il

vint quand nous en serons au meilleur exemple du

renre : Amadis de Gaula. Pour l'instant il suffit de dire

lu'il y eut probablement une première version espagnole

V Amadis qui aurait disparu, et que la démarcation entre

les annales (surchargées d'impossibles mythes) et les

récits chevaleresques est des plus ténues. Elle est si

ténue que plusieurs de ces derniers : Florisel de Niquea,

imadis de Grecia et Rogel de Grecia, prennent des airs

listoriques et s'intitulent crônicas; tandis que des com-

)iIations telles que la Crônica del rey Don Rodrigo^

[de Pedro del Corral, sont de simples inventions che-

raleresques. h' Amadis i^er^w n'est mentionné ici que pour

Tinfluence qu'il dut avoir h son époque, influence dont

[les manifestations pratiques seraient les exploits insensés

[de Suero de Quinones, de même que quelques gronde-

Iments précurseurs dans les chapitres sérieux de Diaz

îamez annonceraient le prochain détraquement littéraire.

Tandis qu'à la cour et clans les palais on lisait le premier Amadis de Gaula, les écrivains contemporains exploitaient des filons dilTérents. Alfonso MartInez de Toledo (? 1398- ? 1470), archiprèlre de Talavera et chapelain de Jean II, est l'auteur d'un ouvrage qu'il écrivit en 1438, ouvrage « sans baptême, qui portera le nom Arcipreste de Talavera partout où il sera lu ». La postérité en a disposé autrement, car le livre est généralement connu sous le titre de Reprobaciôn del amor mnndano ou ElCorhacho. Ce dernier titre a fait penser à une imitation de Boccace, mais la ressemblance entre le Corhacho et le Corhaccio est purement superficielle. Sauf qu'il naquit probablement à Tolède, qu'il fit ses études à Salamanquc, qu'il résida en Aragon jusque vers 1420, et qu'il parvint enfin aux dignités déjà notées, on sait peu de chose sur la vie de Martinez. Il commence par bhimer les faiblesses des deux sexes, mais il abandonne bientôt cette dénonciation générale pour se livrer h une série d'invectives contre les femmes. On eût deviné qu'il avait lu l'archiprôtre de Hita, môme s'il ne le citait pas deux fois : il n'a pas l'urbanité diabolique de Ruiz, mais il rivalise avec lui d'esprit malicieux, de parodie perverse, d'intentions malignes, et il est plus riche en sarcasmes, en adages, en proverbes. L'opulence de son talent atrabilaire fournit au moins un passage h l'auteur anonyme de la Cclcstina \ et, même aujourd'hui, malgré leur manque de discernement, leur brutalité, leur diction parfois embrouillée, les satires cinglantes de Martinez évcillcnl un intérêt aussi âpre qu'exceptionnel.

Le bachelier Alfonso de la Torre (vers 14(U) revient h la manière didactique de BoOce dans sa Vision deleilable de la Filosofia y artes libérales, traité composé pour l'éducation du prince de Viana. D'après son titre,

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le bachelier nous oflVe un roman philosophique et allé- ::orique; en réalité, son œuvre est une encyclopédie

médiévale. On ne saurait, certes, la recommander comme lecture divertissante, mais elle est précieuse pour ceux

[ui étudient la prose castillane au xv* siècle. Il serait j»ar trop sévère de juger cet ouvrage comme sans importance et l'auteur comme antipathique; car il est érudit, intelligent et ingénieux; de plus sa forme est large et forte.

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