‹ Litérature espagnoleChapitre 32 sur 42 · Voir In Revue hiipanique (1903), vol. X, pp · texte numérisé non relu

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elle lui est venue, car il n'est pas plus indécent que ne le sont généralement les romans picaresques. Lôpez de Ubeda n'a guère d'esprit ni d'invention; son style est défiguré par du pédantisme, des excentricités verbales et des inversions peu naturelles. Mais son vocabulaire capricieux, ses provincialismes bizarres lui donnent une certaine importance philologique qui expliquent les réimpressions de ce terne récit. Lôpez de Ubeda devance l'insignifiante découverte que fit Cervantes des versos de caho roto, et, d'après l'attaque courroucée du Viaje del Parnaso^ il semble que Cervantes se soit irrité d'avoir été prévenu par un confrère qui avait peut-être lu Don Quichotte en manuscrite

Un essai du même genre, mais plus heureux, fut tenté dans les Relaciones de la vida del Escndero Marcos de Oi/e^i'on (1618), par Vicente Martinez Espinel (1550-1624), qui fut étudiant à Salamanque, d'où il fut expulsé temporairement en 1572. En 1574 il devint marin, puis se rendit à Seville, y mena une vie scandaleuse, s'embarqua pour l'Italie en 1598, passa alors aux Pays-Bas, revint en Espagne vers 1584, et entra dans les ordres quelque peu avant le 4 mai 1587. En 1591 Espinel fut nommé aumônier de l'hôpital à Ronda ; il resta h Madrid, se contentant de recevoir les revenus de sa grasse prébende, et enfin, quand il dut forcément se fixer à Ronda, sa conduite desordonnée amena en 1597 une plainte formelle de la part des magistrats municipaux. En 1597 il fut privé d'un autre bénéfice qu'il avait; mais la fortune

1. A leur insu prohnbleinent, Lôper. de Ubeda et Cervantes avaient tous deux été devancés par Alonso Alvarez de Soria, qui fut pendu en 1607. Voir Gallardo : Ensayo de una liiblioteca espanola, Madrid, 1863, vol. I, col. 285, et M. Rodriguez Marin : El Loaysa de « El Celoio Extremeho », Seville, 1901.

le favorisait encore. Il fut bon musicien, inventeur, diton, de la cinquième corde de la guitare; et en 1599 ce mauvais prêtre obtint le poste d'aumônier et de maître de chœur auprès de l'évêque de Plasencia.

Les Diversas Rimas (1591) d'Espinel sont des exercices corrects et pleins de verve; ils renferment des versions d'Horace qui, au xviii' siècle, donnèrent lieu à d'ardentes polémiques entre Iriarte et Lôpez de Sedano. Pourtant c'est par son Marcos de Obregôn qu'il est le plus connu. Voltaire prétendit que Gil Bias n'était qu'une traduction du livre espagnol qui fut traduit en français l'année même de sa publication; le seul point exact de cette opinion fantaisiste est que Le Sage emprunte des épisodes h Espinel comme à beaucoup d'autres. L'ouvrage est excellent en son genre, clairement écrit, plein d'inventions ingénieuses, d'observations spirituelles, et exempt des longues digressions qui font tort à Guzman de Alfarache. En somme Espinel savait comment on construit un récit et comment on le suit, de sorte qu'on le lit encore avec plaisir.

Le roman picaresque devait fournir la substance de la Vraie Histoire de Francion de Charles Sorel, et du iRoman comique de Scarron. De même V Almahide de [M'" de Scudéri et la Zaïde de M™* de Lafayette dérivent lu roman historique hispano-mauresque dont l'invention est due à un favori de Voiture, GixÉs Péhez de IIita, de Murcie (vers 1604), qui servit contre les Maures dans les Alpujarras. Ses Guerras civiles de Granada furent publiées en deux parties (1595 et 1604). L'auteur feint de traduire un ouvrage arabe d'un prétendu Ibn Harain, mais cette allégation est réfutée par le fait que l'autorité des chroniqueurs espagnols est invoquée comme définitive et que le point de vue de l'écrivain est manifeste-

ment chrétien. L'intérêt historique de l'ouvrage de Pérez de Hita est mince, mais la valeur réelle réside dans le tableau qu'il présente de la vie à Grenade pendant les dernières semaines qui précédèrent la capitulation. Défis, duels, intrigues, meurtres, joutes, divertissements et fêtes, tandis que l'ennemi est aux portes : tels sont les sujets du récit qui est écrit avec une grâce et un tact inaccoutumés. Les archéologues se joignent aux arabisants pour critiquer les détails de Pérez de Hita, et les historiens sont scandalisés par son dédain des faits; cependant, il paraît à la plupart plus maure que les Maures, et sa vive peinture d'une grande civilisation en ruines est plus impressionnante qu'aucune de celles que permettrait de faire un monceau de chroniques littérales. Son style est meilleur dans la première partie que dans la suite, où il est gêné par sa connaissance d'événements auxquels il prit part; toutefois il ne manque jamais d'intéresser et le charme de son style est permanent. On dit que Walter Scott déclara un jour que, s'il avait connu plus tôt les Guerras civiles de Granada, il aurait choisi l'Espagne comme cadre d'un de ses romans. Que ce soit vrai ou non, nous ne pouvons douter que Sir Walter n'ait lu avec délices le brillant ouvrage de son prédécesseur dans le domaine du roman historique.

Le Romancero general, publié à Madrid en 1600 et 1605, est souvent décrit comme une collection d'anciennes ballades. Ce terme d' « anciens » appliqué aux romances, nous l'avons déjà dit, a une signification toute relative '. Mais, dans son sens même le plus restreint, ce mot peut difficilement s'appliquer aux poèmes du Romancero general qui est, dans une large mesure, composé d'œuvres

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