‹ Littérateurs et artistes: Émile BlémontChapitre 2 sur 13 · LA PRISE DE LA BASTILLE. — LE PORTE-DRAPEAU · texte numérisé non relu

LA PRISE DE LA BASTILLE. — LE PORTE-DRAPEAU

On y voyait surgir de lugubres images, Des moribonds mangés à moitié par les rats, Des tronc» décapités battant Tair de leurs bras, Les yeux tout grands ouverts d'une tête coupée, Des lèvres appelant la Pompadour Poppée, Des porte-clefs forçant des captives, des fbus Tout nus et s'esclaffant de rire sous leurs poux, Des squelettes encor chargés de lourdes chaînes, Des fantômes tordus au loin, comme des chênes Sous un vent orageux, et hurlant : Dieu n'est pas !

Qui eût tenté de s'attaquer à ce monstre de pierre ? Or, c'est sous la menace de la Cour, des régiments étrangers, que le peuple marche contre la Bastille. Le poète eonte ce fait d épopée en un langage simple, populaire. On s'élança 1 ce fut insensé, mais sublime.

Or, le peuple étant fou d'héroïsme, d'espoir, Il arriva ceci, que sous son granit noir La Bastille devint folle de peur...

La Bastille, perdant le cœur, perdant l'esprit, Soudain trembla, baissa son pont-Ievis, ouvrit Toute grande sa porte, et livra son tonnerre Au tragique torrent révolutionnaire ..

C'est la victoire pour la France, et aussi pour le monde. Par une noble invocation, le poète montre, en ce triomphe, Prométhée même brisant enfin ses chaînes, et chassant le vautour si longtemps nourri de son cœur. Et ces beaux vers, pleins de vigueur et de lyrisme, retrouvent rétincelle de la Révolution :

... L'amour Triomi^ait de la haine, et l'aube des ténèbres. Lt laurier l'emportait sur les cyprès funèbres,

£t le peuple héros sur le peuple ralet.

L'énorme cachot noir du Passé s^écroulait,

Du fracas de sa chute ébranlant tout un monde.

L'Avenir, rayonnant de lumière féconde,

Apparaissait, avec ses magiques lointains,

Ses vignes s*étageant sur les volcans éteints,

Ses champs de blonds épis remués par les brises.

Ses vergers pleins d'oiseaux jaseurs et de cerises,

Ses bois pleins d*ombre verte et de fraîches amours,

Ses fleuves d'argent clair en ses prés de velours.

Ses fermes, ses hameaux couverts de tuiles roses,

Ses villes célébrant dans les apothéoses,

Au lieu des conquérants, les pacificateurs...

Le peuple, en prenant la Bastille, a gagné le droit d'aYoir une âme. — Certes,

Le travail est encor l'esclave de l'argent, Qui n'est pas un bon maître...

L'ignorance, la haine et le crime aux yeux faux Rôdent encore autour des rouges échafauds ; La Guerre enfin, qu'on voit, prostituée ignoble. Fouler, comme au pressoir les grappes du vignoble, Les cœurs pleins d'un sang pur sous ses talons d'acier, La Guerre, vieille gouge aux dents de carnassier, Aux yeux froids et perçants comme des baïonnettes, Qui se range, fait des calculs, met des lunettes, Et gagne un argent fou pour des cuistres hautains, La Guerre est le suprême arbitre des destins !..

N'importe I la Révolution est le lever d'un beau jour qui brillera encore :

Le germe indestructible est semé dans les cœurs. Malgré le vent, la grêle et les oiseaux moqueurs,

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