‹ Littérature américaineChapitre 21 sur 58 · LA PROSE DE LA DERMKHF PERIODE COLONIALE · texte numérisé non relu

LA PROSE DE LA DERMKHF PERIODE COLONIALE

« Grand Réveil » ; ce sont A Narratii>e of Siirprising Conversions, longue épître adressée à Colman (173G), et Thoughts on the Revival ofBelii^ion in New England(il^2). Les spécialistes peuvent seuls se mêler de critiquer ces ouvrages éminents, mais il est permis de dire que, même pour les profanes, l'auteur de la lettre à Colman n'est pas un scolastique, faiseur de miracles comme Cotton Mather, mais un observateur et un psychologue des plus pénétrants, même alors qu'il croit sérieusement que l'esprit de Dieu a pu se manifester visiblement dans la très étonnante conversion d'un enfant de quatre ans.

Aujourd'hui, ceux qui veulent réveiller des sentiments relicrieux usent encore du ton comminatoire dans leurs sermons; il n'est pas surprenant qu'Edwards, en bon calviniste confiant dans la puissance divine, ait renchéri sur les tableaux sinistres des horreurs de la damnation tracés par ses prédécesseurs et par lui-même, ce matin de juillet 1741, en plein milieu du second « Réveil », dans son fameux sermon d'Enfield. Il est fort possible que ce sermon ait produit les effets qu'on lui attribue couramment, quoique le grand prédicateur l'ait lu sans doute posément, en s'abstenant des artifices employés par ses successeurs. Ces pages sont empreintes d'une imagination d'autant plus efficace qu'elle est plus retenue. Il y a plus de traits communs entre l'auteur de Lear et le prédicateur d'Enfield que ne l'ont pensé bien des lecteurs et des critiques; et cependant ils n'ont, à les écouter, aucun rapport entre eux. Sans le secours d'une parfaite mise en scène et de somptueux costumes, le spectateur, sous le règne d'Elisabeth, put donner un libre cours à son imagination et, nous n'en pouvons douter, fut tout de bon enlevé par le tourbillon de la fureur de Lear; le fidèle du Connecticul, qui se rendait à l'église,

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sans éducation littéraire, sans idées générales, sans raffinement esthétique susceptible d'amoindrir ou d'atténuer ses émotions, ne put pas davantage résister à l'emprise de son cœur et de son imagination; il eut, tout entière, l'horreur du gouffre béant de l'enfer au-dessus duquel le prédicateur le tenait suspendu.

Mais les réveils ont toujours été suivis de réactions. Dans le cas d'Edwards et de Northampton, la réaction fut particulièrement douloureuse; nous ne pouvons ici qu'y faire une rapide allusion. Edwards adressa des remontrances à quelques-uns de ses jeunes paroissiens, qui se plaisaient à lire des œuvres prétendues impures et qui, pour nous, ne seraient que romans d'une niaiserie banale. Les parents ne le soutinrent guère et, ii son grand chagrin, le mal se propagea rapidement. Il voulut alors remettre en vigueur une règle longtemps négligée d'après laquelle la profession personnelle et publique des convictions religieuses était indispensable pour être admis à la communion. Défenseur, dès lors, du passé et de l'avenir, Edwards ne fut pourtant pas suivi par la majorité de ses paroissiens. La malheureuse controverse qui s'ensuivit ne se termina que par sa soumission (1750). La postérité se range naturellement du côté du vaincu, qui partit, un an après, pour aller évangéliser les Indiens de Stockbridge ; mais des historiographes consciencieux assurent, nous pouvions nous y attendre, que tous les torts n'étaient pas du côté de la congrégation de Northampton.

Cet exil fut d'ailleurs un bien pour l'humanité; de pasteur prédicant, Edwards devint le théologien et le métaphysicien que nous savons. L'important Treatise concerning tJie Heligious Affections (1746) vint après le Réveil et avant l'exil; de même Vlnqiiiry into the Quali-

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ficutions for Fuit Communion in the Church, et sa Life of David Brainerd (1749), biographie qui n'oflVe pas d'intérêt spécial. En 1754 parait Freedom ofthe Will, le plus connu Je ses ouvrages, le plus strictement logique, et celui oii ressortent le mieux ses qualités de métaphysicien. Quatre ans après, A Treatise on Original Sin, sans être l'unique production de cet intervalle de temps, concentre l'attention des théologiens sur le nœud du système calviniste. Mais h peine était-il installé comme président au nouveau collège de Princeton, à la place de son beau lils, le Rév. Aaron Burr, père du célèbre politicien, que, par manque de précaution, il contracta la petite vérole et succomba au mal. Son épitaphe déclare qu'il (( ne le cédait h aucun mortel », déclaration qui paraît avoir représenté l'opinion de ses contemporains.

Une autre colonie de la Nouvelle-Angleterre, le Massachusetts, a produit, trois ans après la naissance d'Edwards, un homme qui a exercé, somme toute, une influence universelle. En sa qualité d'utilitarien et de scientifique, Bknjamin Fhaxklix n'avait pas besoin d'un fonds de culture plus étendu que celui d'Edwards; avant d'entrer dans la carrière de la diplomatie, il avait amassé, par des lectures judicieuses, des voyages et l'étude du genre humain, un savoir assez considérable et très réel. Son état d'esprit était d'ailleurs très éloigné de celui d'un colonial, dans le sens péjoratif du mot, et il y a lieu logiquement de le rattacher ti la Période Révolutionnaire. Peu après 1750 il acquit un renom universel par ses découvertes en électricité; les services rendus à son pays avant cette date et des œuvres écrites en un style remarquable nous autorisent donc à le placer ici côte à côte avec son grand contemporain, Edwards, dont il

présente comme la contre-partie. Sa carrière de diplomate, d'homme d'Etat, de sage universel, toute notoire et intéressante qu'elle soit, paraît n'avoir été que le complément de son œuvre réelle. Ses écrits politiques, de toute façon, ne constituent pas la majeure partie de son œuvre littéraire; en ce qui nous concerne, nous n'avons pas à le considérer comme un demi-contemporain de Jefferson. Aucun Américain du xix' siècle n'a autant vécu pour ses concitoyens futurs que Benjamin Franklin; il paraît y avoir deux raisons principales de ce fait : la première, c'est que comme incarnation de la pratique des choses, de l'esprit naturel le plus fin, le plus loyal, le plus patriote, il est le prototype de ce que ses concitoyens se plaisent à appeler le « vrai américanisme w. L'autre c'est qu'il est peut-être, pour tous les pays, le plus exact représentant de son siècle. Si cette assertion peut paraître téméraire aux admirateurs de Washington, du Dr. Johnson, de Frédéric le Grand ou de Voltaire, on peut alléguer en réponse que, chez aucun de ces hommes éminents, l'expression littéraire de la raison en son plein développement ne trouve un pareil interprète : Washington appartient à tous les siècles; le Dr. Johnson ne représente pas suffisamment son époque, dans le sens matériel; Frédéric le Grand offre une combinaison par trop extrême de gravité audacieuse d'intentions et d'affectation mesquine; Voltaire est h la fois trop emporté et pas assez radical, c'est aussi trop spécialement un homme de lettres. Franklin, au contraire, représente intimement son époque par son sens pratique, par sa dévotion à la science, par sa curiosité en matière intellectuelle, sa conception humanitaire dépourvue de tout spiritualisme, son contentement tranquille de soi-même, — en un mot, par son culte pour la prose comme expression de la

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