I.A PnoSE DE LA DElîMlMU; PEIUODE COLONIAtJ
raison à l'encontre de la poésie et de la foi aveufrle. Une revue des faits les plus importants de son existence pourrait confirmer cette proposition.
Cette revue est h peine utile ici, carV Autobiograp/iy est un de ces ouvrages classiques que l'on lit réellement. Rappelons pourtant que Franklin est né à Boston, le 17 janvier 1706; que son père était un fabricant de chandelles chargé de famille et peu à même de lui donner une instruction convenable; qu'il fut de bonne heure mis en apprentissage chez son frère, imprimeur. Il lut Defoe, Tjocke, Addison, Bunyan et Shaftesbury; écrivit des Essais a la façon d'Addison, et les fit paraître anonymement dans le journal de son frère, 7/ie lYeivs England Courant. Il faut ajouter, à ce propos, qu'avec Franklin, commença pratiquement le journalisme américain. Le premier numéro des Public Occurrences paru à Boston en 1690, fut aussi le seul, le journal ayant été aussitôt supprimé. Ce n'est que quatorze ans plus tard que le Boston News-LeUer commença une carrière qui n'eut pas de rivale pendant quinze années. A partir de ce moment, le développement de ces feuilles, petites et timides, mais créées cependant pour défendre la cause de l'unité coloniale, se poursuivit d'un pas ferme et constant, et, au moment de l'acte du Timbre, plus de quarante avaient été fondées. Comme en Angleterre, le magazine vint plus tard; Franklin lui-même lança le premier à Philadelphie, en 1741, sous le titre un peu long de The General Magazine and Historical Clironicle for ail the Britisli Plantations in America. Le contenu en était quelconque, mais le titre contenait déjà un germe de nationalité.
L'arrivée de Franklin à Philadelphie fait aujourd'hui partie de l'histoire littéraire. Nous pouvons suivre l'apprenti fugitif, en qui l'on soupçonne déjà le philo-
sophe déiste, à New York et de là à la capitale de la Pennsylvanie, à travers ses propres pages, plus facilement que l'on ne peut suivre les premières étapes de Johnson à travers les pages de Boswell. Whittington et son chat entrant h Londres sont h peine plus pittoresques que Franklin et ses trois petits pains, un sous chaque bras et le troisième dans sa bouche, déambulant le long de Market Street et s'exposant aux regards narquois, d'une jeune personne qui était destinée à devenir sa lemme. En 1723, année de l'arrivée de Franklin, Philadelphie était une cité relativement cosmopolite, grâce à ce fait qu'une partie considérable de la population n'appartenait pas il la secte quaker. Elle abritait des hommes intéressants, occupés à écrire et à imprimer des choses qui n'ont plus à présent grande valeur, mais qui eurent une certaine influence à leur époque. Nous ne citerons que l'Ecossais-Irlandais James Logan, représentant de Penn et sa famille, qui employait les loisirs que lui laissaient ses travaux officiels h correspondre avec des savants étrangers, ii des recherches scientifiques, à l'étude des langues, et à publier des traités latins et des traductions latines telles que celle du Cato Major de Cicéron. Franklin ne devait pas tarder à éclipser dans les sciences, non seulement Logan mais encore John Bartrain, le Quaker, naturaliste et explorateur; John Winthrop, le savant professeur de mathématiques et de philosophie naturelle au collège d'Harvard; John Clayton, le botaniste virginien; et tous les autres provinciaux américains qui s'efforçaient de pénétrer les merveilles de la nature dans le Nouveau-Monde ; mais la valeur de son œuvre ne doit pas nous faire oublier qu'il fut, après tout, dans le domaine où s'exerça sa curiosité intellectuelle, primiis inter pares.