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tant ne nous arrête; mais en 1649 un certain colonel Henry Norwooil écrivit, pour le compte de son parent William Berkeley, gouverneur de la colonie, une relation de son Voyage to Virginia (U)49). Le style en est net et clair en comparaison de l'inextricable phraséologie des premiers aventuriers.
Les quelques recueils de prose qui suivirent celui de Norwood ollVcnl naturellement un caractère politique. Durant rinterrègne d'Angleterre , période pendant laquelle Berkeley fut privé de son poste, nous n'avons h signaler aucun ouvrage important; et quand la Restauration le réintégra dans son gouvernement, il n'était pas d'humeur h patronner les lettres. La célèbre réponse aux questions posées en 1670 par les commissaires des Plantations montre bien l'esprit peu libéral avec lequel il avait repris sa charge de gouverneur à la tête d'une colonie qui ne devait son rapide développement qu'à l'expatriation de milliers de royalistes : « Mais, Dieu merci! il n'y a pas cV écoles libres ni cV imprimeries, et j'espère que nous n'en aurons pas d'ici cent ans; car l'instruction a apporté la désobéissance, l'hérésie et les dissensions religieuses dans le monde, et l'imprimerie les a répandues en diffamant le meilleur gouvernement. Dieu nous garde de ces maux! »
Son ignorance et son intolérance, jointes à rimbécillité et à l'iniquité qui caractérisaient la politique de Charles II envers ses sujets, aussi bien en Angleterre qu'en Amérique, mirent bientôt en danger l'administration de Berkeley. Les massacres d'Indiens en 1676 et la présence à la tête des colons d'un chef énergique précipitèrent la crise. Nathaniel Bacon, jeune homme riche qui avait reçu une excellente éducation en Angleterre, se mit en campagne contre les Indiens malgré le gou-
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verneur et, jusqu'à sa mort mystérieuse quelques mois plus tard, dirigea cette éphémère et peu héroïque « Rébellion ». En fait Berkeley n'avait pas tout à fait tort quand il lança contre Bacon son assez éloquente proclamation; mais ce dernier avait de bien plus réels criefs contre le vieil et irascible cavalier. Nous n'avons pas h apprécier les détails de l'affaire et nous nous occuperons seulement des récits contemporains qui en lurent faits, tels que VHistory of Bacon s and Ingraui's Rébellion, rédigée selon toute apparence par un certain Cotton, d'Acquia Creek, mais plus connue sous la désignation de The Biwwell Papers *. C'est une narration très étendue et d'une lecture assez facile.
Le seul autre ouvrage qui traite de la « Rébellion » de Bacoii et qui soit digne de mention est à la fois plus court et plus récent. Il fut écrit en 1705 à la requête de Harley, plus tard Lord Oxford; on suppose que les initiales de son auteur, '\\ M., sont celles de Thomas Matthews, qui habitait le comté de Stafford au moment des désordres qu'il rapporte dans un style simple et sévère.
Un autre personnage presque aussi intéressant et certainement beaucoup plus marquant pour l'histoire du développement littéraire, le Rév. James Blair (1656- 1742), nous a laissé cinq volumes de sermons sur les Béatitudes. Mais l'œuvre réellement importante qu'on lui doit fut, après bien des déboires, la fondation à Williamsburg, en 1693, du collège William et Mary, le premier et longtemps le seul centre d'enseignement et de culture dans les colonies du Sud. Le pieux et zélé
1. Du fait que, jusqu'au xix° siècle, le manuscrit resta entre les mains d'une famille virginienne de ce nom qui était apparentée au fameux rebelle.
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Révéreiul présida pendant un denii-sièclc son collège, qui relrouvc de nos jours sa prospérité d'autrelois. Blair s'obstina dans son entreprise lïialgré le peu d'enct)uragemcnts qu'il rencontra; quand, par exemple, il sollicita l'appui de Sir Edward Seymour pour obtenir la charte royale, l'attorney général de Guillaume III s'exclama en réponse aux arguments du Révérend qui invoquait les besoins spirituels des colons : « Les àmcs?... Au diable vos ànies! Plantez du tabac! » Les colons continuèrent à cultiver le tabac sans qu'au début le collège ait suscité chez eux des vocations littéraires. Mais ils y trouvèrent une admirable école de science politique et de vertu civique d'où sortirent, avant qu'un siècle se fût écoulé, des hommes d'Etat comme Thomas Jefferson, qui devaient faire expier à l'Angleterre les péchés du conseiller de Guillaume III.
Les ouvrages eu prose que produisirent, pendant le xvii" siècle, les colonies voisines de la Virginie au nord et au sud — Maryland et les Carolines — ne nous retiendront pas longtemps. Les Carolines furent fondées vers la fin du siècle et ne fournirent que de très prosaïques relations ou narrations descriptives, encore qu'à coup sûr le médiévisme attardé des fameuses Constitutions Fondamentales de Locke y ait offert un merveilleux aliment à la satire. Les mesquines querelles que les habitants du Maryland avaient entre eux et avec leurs voisins donnèrent naissance à des écrits d'un intérêt purement historique. Ces écrits se complètent heureusement d'un libelle curieusement optimiste intitulé Leah and Rachel, écrit à Londres, en 1656, par un certain John Hammond qui souhaitait vivement voir émigrer vers les fertiles colonies le pauvre peuple qu'il rencontrait de toutes parts dans la mère-patrie. Le petit livre
2fi LA l'Ér.lOÛE COLOMALE (1GU7-1764)
intitulé A Ckaracter of tlie Province of Maryland, publié dix ans plus tard par George Alsop, présentait un caractère plus bizarre encore.
Treize ans après la fondation de Jamestown, une petite congrégation de la secte des Brownistes débarqua à Plymouth Rock et devint, pour la postérité du moins, les Pèlerins. Ils ne provenaient pas d'une souche dont on pût attendre beaucoup sous le rapport littéraire; mais ils n'étaient dépourvus ni d'intelligence ni d'imagination; du reste, placés h l'avant-garde des champions de la liberté religieuse et civile, il leur fallut aussi recourir à la plume afin de mieux encore défendre la cause pour laquelle ils avaient bravé l'exil. S'ils avaient continué h vivre en Europe, leurs faits et gestes, comme leurs idées et leurs convictions, nous auraient sans doute été moins connus; au lieu que les luttes de la jeune colonie, comme les coutumes et les pensées des pieux colons, sont relativement familières a leurs descendants. La prudence de Bradford et la vaillance de Miles Standish, la destruction de Morton et de ses hommes à Merrymount, la vertu des femmes qui renoncèrent aux ornements superflus du costume et celle des hommes qui pratiquaient la prière, le jeûne et les exhortations avec un zèle digne du temps de Pierre l'ilermite, sont devenus des lieux communs pour la plupart des Américains. Par cela même, l'importance de la petite colonie de Plymouth est couramment surfaite, car la véritable création de la Nouvelle-Angleterre prend place en 1629-1630, alors que John Winthrop et ses compagnons, dont beaucoup étaient riches et sortis de Cambridcre, fondèrent la colonie de Massachusetts-Bay. Pendant les dix ans qui suivirent et qui correspondent à la période de politique « h outrance » préconisée par Laud et Wentworth, des
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niilllors de puritains anglais traversèrent l'Allaiitiquc et formèrent des congrégations dans le Massachusetts. Puis l'émigration s'arrêta, mais les colons se multiplièrent et, suivant une tendance ([ui devint habituelle aux Américains, créèrent de nouveaux centres de population. Les villes du Connecticut se groupèrent en une colonie ; celles de Rhode Island, en une autre; le Massachusetts absorba Plymouth et engloba les « settlements » qui devinrent par la suite le New Hampshire et le Maine. Ces colonies lurent pendant longtemps non seulement une Confédération, mais un groupe de communautés qui possédaient maintes caractéristiques communes. Les gens du commun étaient pieux, opiniâtres et économes, tirant leur subsistance d'un sol revèche ou de la mer, ou bien sappliquant à des métiers utiles dans les petites villes. Au-dessus de cette classe, comme maître spirituel sinon comme administrateur légal, il v avait un clergé très savant qui, dès le début, forma ce que par la suite un de ses membres les plus fameux appela une « caste de Brahmines ». A ce clergé étaient alliés de dévots magis-
trats laïques; et toutes les classes — fermiers, marins, pêcheurs, artisans, ministres du Verbe, juges, conseillers et gouverneurs — se confondaient pour former la pure et véritable Eglise de Dieu édifiée sur le sol libre et béni de la Nouvelle-Angleterre. Pour se défendre contre les ennemis du dehors et les sectaires du dedans, pour entretenir le patriotisme de la génération naissante, pour relater sous une forme durable les multiples miséricordes divines, les deux classes savantes, et spécialement le clergé , eurent sans cesse recours au livre . Comme nous l'avons vu, ces auteurs ne dédaignaient pas de composer des vers, mais les soucis d'art leur étaient étrangers parce que leur imagination était préoccupée
de prophéties et de prodiges, de combats contre les démons et du service de l'Eglise Militante qui deviendrait en temps marqué l'Eglise Triomphante. Pour leurs fins, le sermon, la brochure de controverse, la relation historique sous iorme d'annales étaient les instruments littéraires convenables, et ils produisirent ces divers ouvrages par quantités telles que les rares livres ou brochures des colonies du Sud en sont rejetés dans l'ombre. Il est impossible d'examiner en détail cette prose volumineuse, mais nous ferons ici et dans le chapitre suivant une brève analyse de ses principaux monuments.
Le premier écrit de la Nouvelle-Angleterre est probablement un journal composé par William Bradford (1590-1G57), qui fut presque toute sa vie gouverneur de la colonie de Plymouth, et par Edward Winsloav (1595- 1655), homme d'action et diplomate remarquable. Ce journal fut publié en 1622 et, par suite d'une erreur, on le connut longtemps sous le titre de Mourt's Relation. L'histoire de la fondation de Plymouth s'y déroule, simple et intéressante, du 9 novembre 1620, jour où les passagers du « Mayflower » aperçurent la terre, à travers les péripéties de l'hiver qui suivit le débarquement et jusqu'à la fin de 1621. Outre l'intérêt que présente ce sujet, les auteurs du journal méritent des éloges pour la relative clarté de leur récit et pour les sentiments humains bien plus que puritains dont ils font preuve. Les pages rédigées par Winslow révèlent plus de qualités de style que celles de Bradford; tout au moins retrouve-t-on ces qualités dans les Good News from New England du premier (1624), par lesquelles Winslow continue la Relation. Ces Good News racontent de façon attrayante les rapports que l'auteur entretint
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:ivor les Iiuliens. Plus tard Winslow composa d'autres livres, mais sans renjouemcnt et la verve de ce journal. C'est en 1630 que le gouverneur Bradford commença son livre; il y travailla pendant vingt ans, terminant son récit en JGU», bien qu'il ait eu l'intention de le mener plus loin. Proibndément consciencieux, il lait le meilleur usage de docunieiils de toute autorité, et se met à la portée de ses lecteurs par un style direct et une simplicité rare à cette époque. Parfois, cependant, il se laisse dominer par cette émotion spirituelle qui n'abandonne pas longtemps le vrai Puritain, et ses pages sont animées d'accents pathétiques et dignes qui ne perdent rien dans leur forme surannée. Des livres plus ennuyeux encore que celui de Bradford ont été écrits par des historiographes américains; mais, peut-être, l'histoire de son manuscrit oilVira-t-elle plus d'intérêt que tout ce qu'il peut contenir. Il semble que son neveu, Nathaniel Morton, s'en soit considérablement inspiré dans son volume du Neiv E/if^IancVs Mémorial (1669) qui jouit longtemps d'une célébrité basée sur un éclat d'emprunt. Au siècle suivant, le manuscrit devint la propriété de l'historien Prince cjui, ainsi que le gouverneur Hutchinson, en tira tout ce dontil avaitbesoin. Prince dut le remettre à la bii)liothèque qu'il avait formée dans la tour de l'Old South Church, h Boston. Après les c{uerres de la révolution, le manuscrit demeura introuvable et ce ne fut qu'en 1855 que, en lisant une courte étude de l'évoque Wilberforce sur l'Eglise épiscopale en Amérique, un Américain, rencontrant certains passages désignés comme ayant été tirés d'une histoire manuscrite de Plymouth à la bibliothèque de Fulham (Londres), les rapprocha des extraits de Bradford cités par des historiens américains. La trace ainsi découverte fut suivie ; possédant la preuve que le manuscrit en question était bien
celui de Bradford, l'évêque de Londres accorda la permission de le copier et de l'imprimer, et c'est ainsi qu'en 1856 fut comblée une regrettable lacune de notre littérature primitive. Finalement, en 1897, l'évêque Creighton remit gracieusement le manuscrit a la garde du gouverneur du Massachusetts.
11 est inutile de s'arrêter longuement sur le traité topographique et ethnologique de William Wood, New Englancfs Prospect, bien qu'il soit plus intéressant que ne le sont généralement les ouvrages de cette utile catégorie. 11 ne convient pas davantage d'analyser les narrations personnelles de toutes sortes qui ont été tirées de l'oubli par les soins dévots des sociétés paléographiques et historiques . On peut cependant rencontrer de temps en temps, dans ces récits, quelque passage qui jette un jour intéressant sur l'aptitude de l'esprit puritain à voir dans d'heureuses coïncidences l'influence divine. Ce fut, par exemple, une heureuse inspiration pour la femme du capitaine John Underhill de persuader ce valeureux guerrier de porter son casque dans son expédition contre les Indiens Pequots ; grâce à cette précaution sa vie fut sauve et il put donner au monde son ouvrage News from America. Plusieurs années après, un collègue d'Underhill, le capitaine John Mason, écrivit une relation de la même expédition, dans laquelle il expose d'une façon pleine de noblesse ses idées sur la tactique militaire ; son récit se poursuit en phrases nettes et simples et exprime toute la confiance d'unJosué dans l'intérêt que prend Jehovah à son entreprise.
Bien plus important que ces chefs militaires nous apparaît le gouverneur John ^YI^THROP, le pacifique fondateur du Massachusetts. Winthrop appartenait à une classe sociale plus élevée que son collègue Bradford; il