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CHAPITRE XV

Nous avons déjà parlé de l'a Anthologie des poètes américains », de Goodrich et Kettle, publiée en 1829, et nous avons dit la médiocre valeur de cet ouvrage au point de vue critique. Pendant les vingt années qui suivirent, les meilleurs poètes d'Amérique — Longfellow, Emerson, Poe, Holmes, Whittier et Lowell — posèrent les premiers jalons de leur renommée et, à bien des égards, dépassèrent Brvant, le seul poète qui s'était fait remarquer durant la période précédente. Cependant l'avènement de poètes d'une réelle valeur n'eut pas pour corollaire un déclin marqué de l'esprit colonial. Cet esprit se retrouve très nettement dans deux anthologies publiées respectivement en 1842 et 1849.

La première, qui a pour titre Poets and Poetry of America, fut compilée par le Rév. Rufus Wilmot Griswold (1815-57), fameux h cause de ses relations malheureuses avec Poe. La seconde est un livre moins travaillé, mais encore formidable, Poets of America, par le Rév.

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George B. Cheever. Ces antholos-istes eurent du moins le mérite de passer sous silence un grand nombre de bardes recrutés par Goodrich et Kettle; mais, à une foule de versificateurs insignifiants qui étaient leurs contemporains, ils accordèrent l'espace que l'on doit réserver aux vrais poètes. Poe mourut en 1849; Cheever, cependant, ne cite pas un de ses poèmes; GrisMold, lui, ne trouve de place que pour trois d'entre eux. Dans ces deux recueils, Bryant, Halleck, llillhouse, Percival, Pierpont et Mrs. Sigourney, les versificateurs les plus connus de la génération précédente, occupent une place importante; dans l'un ni dans l'autre, Longfellow, Emerson, Whittier ou Lowell ne sont représentés en proportion de leur œuvre, bien que, en ce qui les concerne, Griswold soit beaucoup moins en faute que son collègue.

De ces versificateurs, connus et inconnus, grands et petits, la Nouvelle-Angleterre continua à fournir plus que sa part. Les principaux magazines et journaux de l'époque, le Knickerbocker, le Mirror et le Graham's, rédigé par Poe et Griswold, furent la plupart publiés h NcAV York et à Philadelphie, mais ils accueillaient toutes les collaborations, et les feuilles locales ouvraient leurs colonnes aux poésies de toutes sortes avec une générosité à peine croyable. On lisait de tous cotés de la poésie, et il en résultait des réputations éphémères, accordées h des rimeurs ambitieux. Mais dès 1850, grâce en partie aux attaques de Poe, grâce aussi au bon sens inné de la population et aux fructueuses entreprises du temps, six poètes étaient sortis du rang des versificateurs et avaient pris place aux côtés de Bryant. C'étaient Emerson, Poe, Longfellow, Whittier, Holmes et Lowell. Quelques autres, comme Halleck, avaient acquis une réputation qui, bien

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(jn'olle dût être clisculée, n'en tlevalt pas innliis (liu'cr. l/im d'eux, au moins, Nathaniel l^irkcr Willis, jouissait de la célél)rité temporaire que procure une brillante facilité.

Le doyen des principaux poètes de la Nouvelle-Angleterre, après Emerson, dont les vers restèrent de longues années sans être recueillis, fut Henry Wadsavokth LoNCFELLOw (1807-1882), le plus populaire de tous, et l'un des poètes de langue anglaise les plus célèbres et les plus aimés du xix^ siècle. Il naquit d'une excellente famille à Portland, Maine, le 27 février 1807. De bons livres, de bons parents, de bonnes études, en firent un aimable garçon, plein de promesses; l'existence indépendante, sans contrainte, qu'il mena, errant sur les quais en la compagnie des marins, dans le décor de la magnifique rade de Portland, favorisa son penchant naturel à rimer. En 1822, il entra en seconde année au collège Bowdoin, où il eut pour camarade Hawthorne. Il y reçut une instruction solide sinon très étendue, lut énormément et envoya à un magazine de Boston des vers qui furent très admirés. Ils n'ont pas de valeur propre, bien (ju'on constate avec surprise leur peu de rapports avec la poésie romantique alors en vogue. Somme toute, Longlellow eut un tempérament paisible ([ui le porta vers les choses sentimentales plutôt que vers la passion violente.

Après avoir obtenu son diplôme, il rêva naturellement une existence littéraire; mais, par contre, son père désirait fort le voir embrasser la carrière du droit. Heureusement, on lui donna a entendre que s'il travaillait dans ce sens, on lui réserverait la chaire de langues modernes qu'il était question de créer ii Bowdoin. Son père lui fournit l'argent nécessaire et Longfellow partit pour

l'Europe en 1826. Il y resta trois ans, s'adonnant principalement, comme Irving, à la culture romantique, plutôt que, comme Ticknor, à l'érudition allemande. Il passa cependant quelque temps en Allemagne; mais l'influence allemande, qui par la suite s'affirma, lut d'abord neutralisée par celle de la France et de ses voisines, l'Espagne et l'Italie. Tout en étudiant avec zèle la langue et la littérature des pays qu'il traversa, Longiellow se pénétra également de l'esprit national de chacun d'eux — il fut tout ensemble pèlerin sentimental et étudiant. Son Outre-mer, a Pilgriinage heyoncl the Sea (1835), tel qu'il fut tiré de ses articles de magazines, ne démontre pas qu'il ait beaucoup mieux qu'Irving apprécié le charme de l'ancien continent; mais il prouve que Longfellow appartenait à une génération nouvelle, plus impressionnable, pour ne pas dire plus sentimentale. On y trouve également les preuves de ce désir de culture étrangère, si caractéristique de cette époque transcendantaliste avec laquelle, au point de vue philosophique et Imaginatif, Longfellow avait pourtant si peu d'affinités. Si donc cette œuvre peut sembler à présent d'une faiblesse toute juvénile, son importance d'actualité pour les contemporains encore un peu primitifs de Longfellow ne peut être mise en doute.

De 1829 à 1834 il mène la vie routinière du professeur, se heurtant à d'autant plus de difficultés que son programme était relativement nouveau. 11 traduisit et rédigea les manuels et ouvrages indispensables pour ses élèves, prépara ses cours, écrivit des articles de revue sur des sujets spéciaux qui embrassaient toute la littérature européenne, — du moyen âge jusqu'à son temps — bref, se montra professeur et homme de lettres dans toute l'acception du mot. 11 fit à la même époque un

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heureux mariage et on lui offrit la suecession ilc Tickuor, à Harvard, l'^ii avili 1835, il emmena sa femme en Europe, avec l'intention cette fois de consacrer ses études surtout à l'Allemagne.

L'Angleterre, le Danemark, et la Suède attirèrent tout d'abord les voyageurs, la poésie suédoise exerçant sur Longfellow une influence dont il ne put se défaire. En Hollande, sa femme mourut; cet événement, assurent ses biographes, lut un moment critique de son existence; sa nature douce et émotionuable en fut profondément alTectée ; il éprouva le besoin de s'épancher, il écrivit pour se consoler et il réussit n consoler les autres. Il se laissa aussi volontiers envahir par le charme sentimental de la littérature allemande.

Sur la fin de 183G, il prit possession de sa chaire d'Harvard, qu'il garda jusqu'en 1854. Cette tache pédagogique lui fut fastidieuse, et Jjien qu'il s'en soit consciencieusement acquitté, le poète et l'homme de lettres, qui subsistaient sous le pédagogue, semblent avoir prédominé en lui. L'organisation du collège était encore assez primitive; mais Longfellow y avait déjà assez à faire pour trouver la besogne pénible. D'un autre côté, la fonction était assez rémunérée pour lui permettre de vivre confortablement a la célèbre Craigie House, sans avoir a recourir aux travaux sur commande. Enfin, Cambridge et le voisinage de Boston lui ofîVirent une société conforme à ses goûts ; un second mariage lui apporta l'agrément et les joies de la famille. Ce fut, sous bien des rapports, une vie idéale pour un homme qui ne possédait ni un grand esprit ni une volonté supérieure, mais qui était doué d'une sensibilité exceptionnelle.

Nous ne nous étendrons pas davantage sur la biograplîie de Longfellow qui, i» part la mort tragique de sa

seconde ("emme dans un incendie, fut peu accidentée et en entière harmonie avec son caractère paisible. Il visita de nouveau l'Europe en 1842, l'année qui précéda son second mariage, et y revint en 1868, sept ans après sa seconde catastrophe domestique. 11 ne cessa pas de publier des volumes de vers à des intervalles assez rapprochés, presque jusqu'à la veille de sa mort, qui survint le 24 mars 1882. La partie la plus active de sa carrière occupe la période comprise entre la mort de ses deux femmes. 11 ne prit pas, autant que Whittier et LoAvell, un intérêt palpitant aux affaires publiques, mais tous ses contemporains de distinction l'estimèrent, et le grand public, en Amérique comme en Angleterre, lui rendit un hommage plus affectueux peut-être Cjue s'il avait été d'un caractère plus rude. Les critiques, celles de Margaret Fuller et de Poe en particulier, ne lui aliénèrent aucun de ses lecteurs et si, depuis sa mort, ses titres h la prééminence se sont trouvés discutés, nul n'a discuté ses titres à l'affection et h la gratitude de ses concitoyens.

L'énumération complète de ses ouvrages n'est pas plus indispensable que l'exposé des simples annales de sa vie domestique; mais il y a lieu de commenter quelques-uns de ses principaux écrits. En 1839, il publia Hyperion, a Romance, — et Voices of the Night; le premier est le fruit de ses études allemandes et de la mélancolie de son veuvage, le second est une collection de poèmes parmi lesquels se trouvent le Psalrn of Life et quelques autres qui assurèrent sa popularité. Hyperion est en partie auto-biographique et entièrement sentimental. 11 obtint une vogue qui paraîtrait surprenante si nous perdions de vue le caractère de l'époque à laquelle il parut et surtout des concitoyens de Longlellow auxquels il s'adres-

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sait. Il peut iMU-ori' séchilrr de tout jeunes gens, mais ceux tle leurs aînés qui le parcourraient en retireraient probablement l'impression d'une sorte de chaos pleuiard. Kai'ana^h môme, histoire romanesque et peu intéressante, qui fut publié dix ans plus tard, est, à côté d'//?/perion, un modèle de narration bien ordonnée.

L'effet produit par Voices of the Night et Ballads and other Poerns (1841) fut plus légitime. La popularité de poèmes comme « Hymn to the Night », « A Psalni cl Life », <( Flowers », « The Village Blacksmith » et « Excelsior » ne dépendait pas uniquement de leurs enseignements moraux — si chers aux Américains de ce temps. On y rencontre une grande fraîcheur de sentiment, beaucoup de belles idées et enfin un rvthme admirable qui motive les préférences de maints lecteurs de nos jours.

Les Poeins on Slavefij, le l)eau mais injoual)le drame intitulé The Spanisk Sludent, l'excellente compilation The Poets and Poetry of Europe, ne nous retiendront pas. Mais nous nous arrêterons sur The Belfry of Bruges and other Poeins de 1845, parce que, outre des poèmes d'une saveur exotique qui poursuivent l'œuvre entreprise avec Outre-Mer de révéler aux imaginations des Américains le charme de l'Europe, il contient deux pièces lyriques (( The Bridge » et« The Day is done », qui ont mis Longfellow en meilleure posture que tout ce qu'il a jamais écrit. Toutes les deux sont didactiques ou, du moins, ont de fortes tendances h moraliser, mais cela ne leur a pas nui, ou peut-être n'a fait qu'aider à les répandre. Elles sont imprégnées d'un sentiment de tristesse, sincère chez LongfelloNv, et que nous sommes presque tous appelés h partager avec lui.

Ce fut dans sa quarante-unième année que Long-

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fellow atteignit l'apogée de sa popularité, avec sa pathétique idvlle Evangeline (1847). Ses recueils de vers ne contenaient que peu d'éléments strictement américains, et leur forme métrique, bien que d'excellente tenue, ne pouvait être spécialement rattachée à son nom. Mais quand il obtint d'HoAvthorne l'autorisation de traiter un sujet qui avait séduit AYhittier, et quand il s'appropria l'hexamètre qu'il avait rencontré dans la poésie narrative suédoise et allemande ; quand, en outre, il réussit à écrire un poème soutenu de convenable longueur, ses concitoyens sentirent qu'il avait vraiment accompli quelque chose dont ils pouvaient être fiers avec lui. L'odieux traitement des Acadiens aurait pu fournir à un poète plus vigoureux le thème d'une tragédie; Longfellow se borna a écrire une idylle, mais sa douce héroïne ainsi que ses autres personnages valent la peine qu'on fasse leur connaissance.

Le poème à' Evangeline fut suivi à deux années de distance par Kavanagh, qui montre à quel point les facultés narratives du poète étaient diminuées quand il s'attaquait à la prose, dont s'accommodait mal son génie. Puis vint la suite de poèmes intitulée The Seaside and the Fireside (1849), où l'on remarque le « Building of the Ship », d'un ton noble bien que traînant un peu en longueur, avec sa conclusion patriotique, et « Résignation », tendrement pathétique, avec ses vers consolateurs souvent cités.

La foi simple, qui lui fit écrire cette apostrophe si ardemment accueillie par les âmes aussi sincères que la sienne, lui fournit également le thème et le prétexte de son œuvre suivante, Tlie Golden Legend (1851).

Ce morceau devait dans son idée constituer la seconde partie d'un long poème qui aurait porté le nom du Christ et dont le sujet eût été la Chrétienté à l'époque aposto-

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licjuc, au moyen Age et dans les temps modernes. I/idce lui en était venue en 1841, et elle aboutit finalement à la publication du Christus en 1873. La première partie, T/te Dù'ine Tragedy, adaptation en vers de scènes des Evangiles, fut terminée on 1871 ; la troisième partie, The New En^land Tragédies, comprenant « John Endicott » et « Giles Corev ol" the Salem Farms », avait précédé la première de plusieurs années. Un drame supplémentaire, Judas Maccabeus, fut composé en 1871. Il est impossible de parler autrement qu'avec respect d'une œuvre ou d'une série d'œuvres aussi noblement conçues et laborieusement exécutées, mais il est tout aussi impossible de ne pas sentir que Lougfellow se trompa en entreprenant une tâche qui réclamait un génie au moins égal à celui de Milton. La seconde partie de l'œuvre : Tlie Golden Le^e/ul^ a pour point de départ Der Anne Ileinrich de Hartmann von der Ane : un doux Lucifer lutte pour la conquête de l'àme d'un prince Henry sans intérêt, pour lequel une douce paysanne, Elsie, consent à faire le sacrifice de sa jeune existence. Dans une série lie scènes qui rappellent les « miracles » du moven âge, on voit défiler un moine ami de la dive bouteille, une confrérie de religieux bruyants dans leur réfectoire, une pieuse abbesse dans son couvent — bref, c'est une excellente peinture d'un moyen âge de convention.

Bien plus populaire fut le poème épique indien Hiaivatha, paru en 1855, plein de superstitions étranges et attirant par ses héros primitifs aux noms mélodieux. Un nouveau mètre — les tétramètres trochaïques non rimes — emprunté au Kalavala finnois, des svmétries et des répétitions dérivées de la même source, lui donnent un certain air de nouveauté, alors que le sujet était, en un sens au moins, américain. Quelle ([ue soit la conscience

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qui a présidé a l'élaboration de Hiawatha, Longfellow n'échappa pas entièrement aux faiblesses d'une facilité artificielle. Une telle accusation ne peut être portée sur le poème qu'il offrit ensuite au public, l'admirable Courtship of Miles Standish (1858), œuvre plus vraiment américaine que les autres pièces en hexamètres, Evangeline ou Iliawatlia, mieux conçue aussi, plus humoristique et plus dramatique. Le fougueux capitaine puritain, le personnage de Priscilla, le modeste John Alden, se rangent parmi les types favoris de la littérature américaine et Longfellow n'a jamais rien écrit de mieux que ce poème.

Cinq années se passèrent avant la publication de la première série des Taies of a Wayside Inn (1863). De tels contes en vers sont toujours en mauvaise posture, parce qu'on est tenté de les comparer à ceux de Chaucer. La seconde et la troisième séries vinrent près de dix ans plus tard, et la plupart des lecteurs se contentent probablement d'en extraire « Paul Révère » et « King Olaf », laissant à leur sort les autres contes — ce qui est à la

fois bienveillant et saire.

Il reste peu à dire des autres ouvrages de Longfellow. Ses recueils de poèmes variés, tout en contenant d'excellentes pièces, ne rehaussent ni ne rabaissent sa réputation; toutefois ils donnent la certitude qu'il excella dans le sonnet. Ses drames religieux, nous l'avons vu, furent loin d'être des succès; ce fut aussi le cas du drame inachevé Michael Angelo, lequel néanmoins, au point de vue purement poétique, renferme maints passages égaux, sinon supérieurs en dignité de pensée et d'expression, à ce qu'il a pu faire de mieux. A vrai dire, le plus important travail de Longfellow, après la mort de sa seconde lémmc, fui sa traduction de la Divine Comédie (1867-70),

entreprise, de même que la IraJuclion d'Homère de Bryant, comme source de consolation.

Que dire h présent du poète chez Longfellow? — Car, de l'homme aimable, on n'a pu faire que des éloges, et du prosateur, nous avons probablement assez parlé. Est-il le facile et banal poète que prétendent certains critiques sévères, l'organe trop vanté d'un peuple et d'une génération naïfs et arriérés? Un tel jugement, malgré les apparences, est peut-être un peu sommaire. Ni dans ses détails ni dans son ensemble l'œuvre poétique de Longfellow ne procure des impressions assez fortes pour qu'on puisse la qualifier de grande. Son imagination n'était pas puissante, ni son goût exquis, ni son intelligence remarquablement élevée. Peut-être ncst-ce que par sa maîtrise du rythme qu'il approcha non pas des grands maîtres du lyrisme, mais des poètes du rang second. Des faiblesses se remarquent chez lui et dans le vers blanc narratif et dans la Ibrme lyrique plus chantante. Son inspiration se ressent aussi de la culture européenne; il doit beaucoup aux poètes anglais. Et même dans ses poèmes narratifs plus particulièrement américains malgré la nouveauté des sujets et de la forme métrique, il ne semble pas aujourd'hui qu'il ait été une personnalité littéraire d'une originalité puissante. Ceci n'est pas pour le discréditer mais pour expliquer la dépréciation qu'il n'est pas rare depuis quelque temps de voir s'attacher à son œuvre. Néanmoins, tout compte fait, n'oublions pas que, par son éducation première, par sa vaste culture, par ses voyages en Europe et sa nature impressionnal)le, il devait lui paraître tout aussi naturel d'appliquer à ses sujets les méthodes poétiques anglaises et européennes, que pour Irving les méthodes des essayistes et historiens anglais. Si le résultat littéraire

ne fut jamais de tout premier ordre, cela tient surtout à ce que ni l'un ni l'autre ne fut un grand génie. Tous deux firent ce qu'ils purent et leurs œuvres furent en somme excellentes dans leur genre.

Le 17 décembre, anniversaire de la naissance de Longfellow, vit aussi naître un poète bien plus viril, qui se partagea avec lui l'affection du peuple des Etats libres — John Greenleaf Whittier (1807-92). L'enfance de ces deux hommes diffère tout autant que leur caractère. Whittier naquit h East Haverhill, Massachusetts, dans une maison qu'avaient habitée ses ancêtres quakers, sans avoir pu réussir, comme ceux de Longfellow, à acquérir la fortune. Son père était un petit fermier à qui ses embarras pécuniaires ne permirent de donner à ses enfants qu'une mince instruction et peu de livres à lire. Cependant le premier entourage de Whittier, plus tard si fidèlement dépeint dans Snow- Boundy lui forma le caractère; et on pourrait douter que le courage intrépide, la noble simplicité, la constante piété, la calme clairvovance qui caractérisèrent le poète de la liberté, eussent été aussi développés en lui, si ses débuts avaient été moins durs. Et après tout, il n'y a rien d'exceptionnel dans les principaux traits de sa carrière. Il n'est qu'un de ces nombreux Américains qui, après avoir, jeunes gens, lu leur Bible et respiré l'air de la liberté, se sont attachés, devenus hommes, à rendre le monde plus habitable pour leurs concitoyens.

Les journaux des premiers Quakers et les poèmes de Burns, après la Bible, développèrent chez Whittier une juvénile inclination à la poésie; ces influences, accrues plus tard de celles de Shakespeare et de Walter Scott, se sentent dans tous ses écrits. Sa sœur envoya

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