‹ Littérature américaineChapitre 41 sur 58 · I.RS POinES · texte numérisé non relu

I.RS POinES

(|iiel([ues-iins de ses vers à une leullle du voisiniifre qui les impriina. D'autres suivirent, et le directeur de la feuille — qui n'était autre que William Llovd Garrison — vint rendre visite î» son jeune et timide collaborateur, que l'on eut peine à faire revenir des champs pour l'occasion. Garrison insista pour que l'on développât l'instruction du jeune garçon. On se décida à le mettre, pour un semestre, dans une académie nouvellenient créée. Grâce ii divers travaux et à des leçons qu'il se procura, il réussit à compléter son année; puis, h vingt et un ans, il trouva un emploi dans les journaux de Boston. Bientôt, il purgea avec ses économies une hypothèque qui grevait la ferme paternelle et il entreprit de la diriger. Dans l'intervalle, il avait publié des vers, s'était fait des amis en même temps qu'il s'était créé une sorte de réputation locale. La mort de son père fit peser sur lui plus de responsabilité, et il reprit un poste directorial dans un journal d'Hartford ; mais sa santé qu'avaient probablement afifaiblie ses premières privations exigea son retour. Pendant ce temps, il avait commencé à prendre intérêt à la politicjue ; il avait publié un pamphlet en vers, de peu de valeur, et surveillé la publication des Literarij Reinalns de son prédécesseur à la rédaction du Mirror, John G. C. Bralnaril.

De 1832 à 183G, ^Vlnltier demeura avec sa mère et une jeune sœur à la ferme d'IIaverhill; puis ils partirent pour le village d'Amesbury, dont le poète allait bientôt laire sa résidence habituelle. Admirateur de Ilenrv Clay et adversaire résolu de Jackson, il projetait de soutenir l'un et de combattre l'autre au (Soutirés. Mais l'influence de Garrison le décida ii prendre rang parmi les abolitionnistes, et son pamphlet Justice and Expediency, paru en

1833, arrêta l'essor de ses succès politiques. Il siégea cependant durant quelques mois de législature. Ses légitimes campagnes ne furent pas sans danger; il en fit l'expérience h Philadelphie, où il rédigea pendant l'année 1838-39 The Pennsyh>ania Freeman, dont l'imprimerie fut saccagée et brûlée par la populace. La bravoure que déploya Whittier en cette circonstance n'étonne nullement de la part d'un homme qui, bien que délicat physiquement, avait montré dans ses écrits une force morale et un courage splendides depuis le jour où il avait décidé quel parti il prendrait dans la controverse qui commençait à diviser le pays.

Il venait d'entreprendre sa série de poèmes contre l'esclavage, et bientôt des strophes claironnantes, comme celles maintenant intitulées « Expostulation », furent répandues par les journaux qui osèrent imprimer ces vaillants appels. Comme il fallait s'y attendre, sa puissance d'expression ne s'accrut pas en proportion de ses généreux sentiments; cependant ses poèmes furent populaires et trouvés assez bons pour qu'on les recueillît, sans son intervention, en 1838. Une autre édition suivit l'année d'après, mais ses Laijs of my Home, parus en 1843, furent le premier de ses livres qui lui rapportât quelque avantage pécuniaire. Il en avait besoin, car depuis 1840 sa santé l'avait forcé, sauf une courte période de présence dans les journaux, à résider h Amesbury continuellement. Il publiait des vers dans les magazines, mais c'était une maigre source de revenus, et il semble qu'il se soit trouvé dans des conditions relativement précaires jusqu'au grand succès de Snow-Bound, qui, en 1866, le tira d'embarras.

Tout le reste de l'existence simple qu'il mena peut être rapidement passé en revue. La fondation en 1847

ilu journal anti-esclavagiste The New Era, où devait paraître plus tard le fameux roman de Mrs. Stowe, lui Inuniit un organe justprà la veille de cette guerre civile qu'il avait contribué h rendre inévitable. Ses meilleurs poèmes libertaires parurent dans ce journal, ainsi que des critiques et d'autres articles, sans oublier son plus important ouvrage en prose, Lentes f'rom Margaret Smidi's Journal, peinture fidèle de la vie au Massachusetts i» la fin du xvii'' siècle. Ni cet ouvrage ni les esquisses biographiques ne valent la peine qu'on discute les essais en prose de Whittier. Vers la fin de ses jours, en 1864, la mort de sa sœur, Elizabeth Hussev Whittier, lut pour lui une perte des plus cruelles. Snow-Boiind fut un beau tiibut payé à la mémoire de la disparue. Il continua à écrire, publiant en 1867 son Tent on the Beacli, où il fait figurer Bavard Tavlor; il collabora à Tlie Atlantic Monthly et fit paraître de nombreux recueils de vers nouveaux ainsi qu'une édition revue de ses œuvres. Dès que la guerre fut finie, ce hardi porte-parole d'un parti, dont les écrits avaient le plus blessé et exaspéré ses adversaires, mit de côté toute tendance peu combative et s'elVorça d'apaiser les mauvaises passions qu'avait engendrées la dispute. Il se préparait ainsi une vieillesse heureuse, dont la dignité et la simplicité ne purent être troublées par les hommages qu'il reçut de toutes parts, même de l'Empereur du Brésil, qui traduisit en portugais quelques-uns de ses poèmes, usant dans oette sélection des prérogatives d'un goût impérial.

L'appréciation des mérites littéraires que possèdent les poèmes de Whittier a été beaucoup simplifiée par la façon dont les a présentés le poète lui-même. Laissant de côté les œuvres de jeunesse, les vers recueillis après sa mort et le dernier volume, fort pr<q)rcmcnt intitulé At

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Sundown, nous avons h passer en revue cinq cents poèmes, dont beaucoup sont simplement de circonstance par leurs sujets ou la manière de les traiter. Les poèmes purement religieux et les Songs of Labour and Reform ne nous arrêteront pas, malgré l'incontestable piété de Whittier et sa sympathie pour le labeur honnête. Le groupe intitulé Poems of Nature ne saurait être aussi sommairement écarté bien qu'il soit difficile de démontrer que Whittier ait fait preuve d'un talent remarquable dans le genre préconisé par \VordsAvorth et Brvant. Mais ces poèmes aux descriptions fidèles procurent une lecture agréable, et même à l'occasion, comme « Sunset on the Bear Camp », « StMartin's Summer » et « A Summer Pilgrimage », sont excellents dans leur genre.

11 reste quatre grands groupes de poèmes, car nous ne mentionnerons à nouveau Tlie Tent on the Beach que pour dire qu'il contient un intéressant portrait de AVhittier tracé de sa main, et aussi le populaire «AVorshipofNature ».

Le groupe intitulé « Ballads and Narrative Poems » renferme la plupart des morceaux les plus connus de Whittier : « The Angels of Buena Vista », « Maud MuUer », (( Skipper Ireson's Ride », « Barclav ol Urv » et environ une douzaine d'autres. Ils sont simples de sujet et de forme, laissent voir clairement l'influence de Walter Scolt et d'autres modèles, et dénotent un cercle considérable de lectures dans les œuvres des vovaoeurs et des historiens. Mais quand nous aurons reconnu la force et l'intérêt de beaucoup de ces ballades, et l'exceptionnelle beauté de quelques stances du poème « Among the Hills », il apparaîtra que nous avons à peine le droit de qualifier de grande cette importante partie de l'œuvre de Whittier. Ses ballades dénotent plus de facilité que d'inspiration.

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Les « Personal Poems » renferment des compositions Je valeur inégale à l'atlrcssc de personnages plus ou moins oubliés de nos jours. Les vers à la mémoire de Charles P. Storrs, ceux qui commémorent le philanthrope anglais .losepii Sturge, honorent dignement leur auteur ou leur sujet. Mais le grand poème de ce groupe, presque le seul poème de Whittier auquel on puisse sans hésiter appliquer cette épithète, est le fameux « Icliabod », écrit après que Webster eût trahi les espérances des anti-esclavagistes.

Quelques années plus tard, dans « The Lost Occasion », Whittier donnera cours a des pensées et des sentiments plus justes à l'égard de Webster. Avec quelques autres poèmes spontanés d'une réelle puissance, « Ichabod » donne l'impression que l'inspiration poétique de Wiiittier fut plus profonde et plus sincère que celle de tous ses contemporains en Nouvelle-Angleterre, et que s'il avait pu éduquer convenablement ses dons d'artiste, il aurait atteint un loul autre degré de supériorité.

Cette puissance spontanée se trouve naturellement plus développée dans le groupe des « Antislavery Poems », particulièrement dans le chaleureux « Massachusetts to Virginia », dans l'émouvant « Randolph of Roanoke », dans « The (^risis », « M(doch in State Street » et, parmi les poèmes guerriers, dans « The Watchers » et dans « Barbara Frietchie ». f^a profondeur et la sincérité des sentiments, ainsi que la cadence et le rvthme qui font valf)ir ces vers, sont bien plus indispensables que limagination ou la subtilité de la pensée ou de l'expression. Wiiittier possédait plus ([u'aucun de ses contemporains les qualités requises pour le poète martial et le partisan. Que le « Tvrlée de l'Amérique » ait été

le plus distingué des poètes quakers, c'est au premier abord le plus bel exemple d'ironie; mais à se rappeler combien cette secte avait souffert de la tyrannie, il n'est pas surprenant qu'elle ait fourni au monde l'un des poètes libertaires les plus connus.

Il ne reste plus qu'à parler des ce Poems Subjective and Reminiscent ». Parmi ceux-ci, à la douceur de « Memories » peuvent être jointes les charmantes strophes de « In my Schooldays ». Mais la perle du groupe, h vrai dire le plus artistique, le plus soutenu et en bien des sens le plus important des poèmes de Whittier, c'est cette admirable idylle de la vie champêtre, Snoiv-Bound. Il n'est pas toujours prudent de prêter attention aux comparaisons entre productions littéraires américaines et œuvres d'auteurs britanniques, mais on ne peut craindre de dire que la comparaison si souvent établie entre le meilleur poème de Whittier et « Gotter's Saturday Night » de Burns, non seulement est justifiée, mais encore n'est pas tout h fait il l'avantage du grand poêle écossais.

Toutefois il faut admettre que Whittier ne mérite pas plus que Longfellow d'être classé parmi les vraiment grands poètes, et sa propre estime, toute modeste, pour sa poésie est plus proche de la vérité que l'opinion de ses enthousiastes admirateurs.

On s'est demandé souvent si la réputation du troisième membre de notre groupe de poètes, Oliver Wexdell Holmes (1809-94) résisterait victorieusement aux atteintes du temps. On n'a pas mis en question sa constante urbanité, son humour rarement en défaut, ni son heureuse éloquence dans le genre familier; mais la rareté chez lui des « modes plus élevés », la monotonie des

rythmes nu'il emploie et, jusqu'i» un certain point, des sujets nuil traite, — le lait que le goût populaire en matière d'humour est sujet ii de rapides changements et ([ue la plupart des œuvres de Holmes sont h ce point locales qu'elles en sont même provinciales à l'excès — tout cela a suggéré à certains critiques des doutes sur la solidité de son œuvre. Naturellement, nous avons une édition complète de ses écrits d'oîi l'on n'a même pas omis ses articles médicaux ni ses Essais de circonstance dans les magazines; mais la place accordée à un auteur, sur les rayons de leur bibliothèque, par les hommes de sa génération n'en impose pas forcément h la suivante. O. W. Holmes naquit à Cambridge, le 29 août 1809; son père était le Dr. Abiel Holmes, excellent compilateur d'importantes Annals of America. Par ses origines, il appartient à cette caste brahmine, si bien décrite par lui dans le premier chapitre dCElsie Venner, et contre la rigide théologie de laquelle il opposa toute l'animosité dont sa nature généreuse le rendait capable. C'est dans le calme village académique de Cambridge qu'il grandit et reçut sa première instruction; puis il entra a Harvard, obtenant son diplôme avec cette promotion de 1829 célébrée par lui dans ses poèmes. C'est à cette promotion qu'appartient aussi le Dr. Samuel F. Smith, qui, trois ans après avoir quitté lUniversité, écrivit les strophes que, laute de mieux, les Américains ont adopté comme hymne national. Holmes était admirablement désigné pour devenir un lauréat de concours, car il continua à résider près du collège, s'abreuvant de ses traditions. Et, par la suite, ii mesure (|ue le groupe des anciens condisciples diminua, son habileté ii exprimer l'émotion des souvenirs communs et les sentiments de solidarité fit de lui le poète idéal pour les pièces commémoratives

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et de circonstance. Ces poèmes de circonstance forment une part importante de ses œuvres poétiques et sont aussi voisins de la perfection que de telles pièces peuvent l'être. Parfois, comme dans le « Voyage of the Good Ship Union » de d862, il s'élève ii une puissante poésie; et il reste toujours d'une lecture agréable.

Pendant qu'il était étudiant, Holmes, naturellement, écrivit des vers, les uns humoristiques, les autres sentimentaux, et plusieurs de ses compositions lurent publiées dans une revue de collège. C'est un an après qu'il eut pris son diplôme qu'il écrivit « Old Ironsides », populaire plaidoyer pour la conservation de la vieille frégate « Constitution » qui avait joué un si grand rôle dans les combats maritimes de la guerre de 1812. L'année suivante vint « The Last Leaf », spécimen presque parfait de poésie descriptive et sociale; peu de temps après, « The Comet » montre ce dont il était capable dans le sens d'un « jeu dosprit » comique. Il avait auparavant olTert à ses amis, dans « 1 hc llcighl of the Ridiculous », un échantillon de son humour extravagant.

Holmes, à vingt-trois ans, avait déjà bien indiqué l'œuvre pour laquelle il était né et il y avait déployé une remarquable dextérité. Il allait s'essayer ii d'autres formes de la poésie, et réussir ;i l'occasion ; mais il ne devait jamais atteindre à la réputation d'un poète de talent éminent et varié. Il révéla aus.si, à une période de sa vie remarquablement précoce, son très remarquable don de prosateur, dans les deux articles intitulés « The Autocrat of the Breakfast-Tablc », et publiés dans le New England Magazine à la fin de 1831 et au début de 1832 ; mais un tel genre exigeait de la maturité et de l'expérience avant qu'il put y être question de maîtrise.

Holmes choisit une carrière (|ui oOVe à ses adeptes une

connaissance aussi vaste que profonde de la nature humaine. Après son diplôme, il étudia la médecine à Boston et, en 1833, partit pour compléter ses études à Paris. De retour, un peu plus de deux ans après, il pratiqua a Boston jusqu'en 1847, et lut ensuite nommé à la chaire d'anatomie et de physiologie à Harvard. Il avait occupé déjà une situation analogue au collège de Dartmouth. Entre temps, il publia aussi des dissertations médicales couronnées en certains concours, des essais et des conférences consacrés à la fois au côté scientifique et au côté littéraire de sa profession. Son premier volume de vers avait paru en 1836. Il en fit paraître un autre qui contenait, avec la plupart de ses vers de jeunesse, les poèmes de circonstance composés depuis lors, et ce recueil d'un poète de quarante ans ne renfermait guère de promesses éblouissantes.

De 1847 à 1882, le Dr. Holmes remplit avec conscience et succès ses fonctions à Harvard, prouvant sa largeur d'idées et sa pondération en ne s'opposant pas aux changements qui convertirent le petit collège de ses jeunes années en la grande université de sa vieillesse. Entre autres travaux scientifiques, on lui doit au moins une brochure médicale de quelque importance, et il obtint le respect des autres médecins de son temps. Son long poème Astnca (1850) ne dut guère lui gagner de nombreux admirateurs, mais les conférences qu'il fit à Boston sur les poètes anglais modernes lui valurent une réelle célébrité. Cependant, en 1857, et presque providentiellement, semblerait-il, l'occasion s'offrit à lui d'exercer une influence beaucoup plus vaste.

The Atlantic Monthhj, récemment fondé, était l'organe de la nouvelle littérature et avait détrôné The Dial. Lowell, le premier directeur, demanda de la copie à

Holmes; celui-ci déterra Va Autocrat », un essai de jadis, vieux déjà de vingt-cinq ans, lui donna du corps en y introduisant des personnages, le compléta de tout ce qu'il avait acquis de sagesse, d'humour et de maturité d'esprit, et il devint dès ce jour l'ami d'élection et le conseiller de milliers de lecteurs en Amérique et en Grande-Bretagne.

Par sa publication de The Autocrat (1858) et de The Professor at tJie Break fast-Table (1860), Holmes prit place d'une façon décisive parmi les grands écrivains de la Nouvelle-Anorleterre et il continua de s'attirer une croissante afl'ection de la part de ses concitoyens, h mesure que disparaissaient, l'un après l'autre, tous ses égaux. Ce renouveau de célébrité lui donna une énergie littéraire que l'on rencontre rarement chez les hommes qui ont dépassé la cinquantaine. Le Professor, moins brillant peut-être que l'^-lM^ocra^, s'agrémente de l'intérêt d'une sorte d'intrigue. Il est dès lors assez naturel que Holmes se soit essayé à un roman. Elsie Venner parut en volume en 1861. La même année, un nouveau recueil de poèmes, Sangs in Manij Keijs^ consolida sa réputation de poète qui s'affirmait déjà par les poèmes contenus dans y Autocrat et le Professor. « The Chambered Nautilus » et « The Deacon's Masterpiece », inclus dans ce recueil, comptent vraiment parmi les meilleurs poèmes d'Holmes; le premier se distingue par le charme du sentiment, le second par un mélange rare de pure moquerie cachant un sens profond. Et c'est certainement tout l'art du poète satirique que fut Holmes, que tant de lecteurs puissent se délecter à la lecture de « One-Hoss Shay » sans se douter que l'ouvrage est une satire des idées théologiques au milieu desquelles vivait le vieux professeui'.

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