I.F.S POKTES
Comme romancier, il n'eut pas i>rantl succès. Son héroïne n'est pas précisément laite pour séduire ; elle est trop visiblement une création de l'anatomiste, du fin observateur de la vie, de l'humorisle, et pas assez du conteur expert. Cependant, dans son genre, le premier roman de Holmes est loin d'être nul; ses tableaux de la vie de village dans la Nouvelle-Angleterre ne sont peutêtre pas 1res réalistes, mais au lieu d'être niais, comme ceux de Longfellow, ils amusent délicieusement. Six ans après Elsie Venner, Holmes puldia un autre roman, T/te (jiiardian Angel. De nouveau, son choix se porte sur un thème anormal digne d'intéresser un docteur, et de nouveau il se révèle caricaturiste, satiriste et psychologue — tout hormis romancier. Ses autres ouvrages exigent peu de commentaires. The Poet at tJie Breakfàst- Table paraît en 1872, et dix-huit ans après, avec O^er the Tea-Cups, le vieillard toujours enjoué s'éverlue à séduire les enfants et les petits-enfants de ses admirateurs de jadis. A différentes reprises, il publia également des recueils de ses essais variés, et rédigea sans beaucoup de succès des biographies de ses amis Motlev et Emerson. Un troisième roman, A Mortal Antipai/nj [iSSb), est moins intéressant que les précédents. Deux ans plus tard, dans Onr Hundred Days in Europe, il relate un voyage au cours duquel il avait été l'objet des plus délicates attentions. Enfin, quatre recueils peu volumineux de poèmes ne font ni tort ni honneur h sa réputation. La mort vint le prendre à Boston le 7 octobre 1894. Dernier survivant de son groupe, il en fut aussi le membre le plus gai, le plus aimable et, à tout prendre, le plus humain. Bien que très bostonien, Holmes compta trop d'expériences et de relations variées pour que son caractère lût limité par les préjugés religieux, politiques ou
sociaux craucune cité, crauciin Etat ou d'aucun parti; il fut, dans toutes les acceptions du mot, un Américain de grand cœur, accueillant h tous, même aux fâcheux. Son existence fut un long bienfait; sa vieillesse fut exceptionnellement belle et agréable.
Quelle est la valeur durable de l'œuvre d'Oliver Wendell Holmes? Dans sa poésie, maints passages d'un caractère exquis, ou sentimentaux ou pathétiques, suffisent non seulement pour satisfaire les anthologistes, mais pour remplir un petit volume. Pourtant, il faut confesser que la lecture de ses Poetical Works devient une tâche impossible, que ses railleries ont perdu parfois leur sel et que ses longs poèmes sont fatigants.
En ce qui concerne la prose d'Holmes, le verdict de la postérité lui sera plus favorable. Ses mélanges, ses biographies, ses romans, même les trois derniers volumes de sa série de « Propos de table » perdent vite de leur attrait, mais le lecteur résistera dilficilemcnt au mélange d'humour, de philosoj^hie et de poésie de YAutocrat.
Et, auréolé du prestige d'une humanité charmante, l'indulgent et spirituel docteur Holmes se présentera au jugement des générations en offrant d'une main son inimitable Aulocrat et de l'autre une gerbe de ravissants poèmes.