‹ Littérature américaineChapitre 44 sur 58 · I.i:s POÈTES · texte numérisé non relu

I.i:s POÈTES

trouve plus tle t-hanue a la description poétique et émue (.lu mois de juin qu'il la morale de la légende elle-même.

On a lait étudier à la jeunesse américaine Sir Launfiil en éditions classiques annotées : c'est là un exemple, Tort excusable, de ce que l'on pourrait appeler « une erreur patriotique » en matière de littérature; mais on ne peut nier qu'en ajoutant ce poème au petit nombre de ses bonnes compositions lyriques et morales, et à ses chefs-d'œuvre de satire spirituelle, Lowell avait partait dès sa trentième année une œuvre qui promettait, pour l'avenir, peut-être plus qu'elle ne devait tenir.

Ses succès littéraires ne furent pas anssi fructueux, pécuniairement parlant, qu'ils l'eussent été trente ans plus tard ; h vrai dire , quelques années après son mariage, le revenu de Lowell était plutôt mince. Il suffisait, cependant, et, malgré la mort de sa mère et celle d'un autre enfant, l'intervalle de 1845 à 1851 fut une époque heureuse pour l'homme et favorable pour l'écrivain. Sa femme n'était pourtant pas très robuste, et au printemps de 1851 il fut décidé que la petite famille irait passer quelque temps en Europe. Elle s'embarqua en juillet et jamais bateau n'emporta du Nouveau-Monde un homme plus apte à profiter de l'ancien continent sans le moindre risque de perdre ce qu'il avait acquis dans le nouveau. « Leaves from my Journal » et la correspondance de Lowell décrivirent si joliment ses impressions qu'il est inutile de s'attarder sur son séjour à Home, attristé par la perte d'un jeune (ils, non plus que sui' les autres incidents de ce voyage qui dura ([uin/c mois; il se termina par une visite en Angleterre, où Lowell vit Landor. Pendant ces pérégrinations, Lowell n'avait pas eu le plaisir d'écrire, mais il ne manqua pas de réunir des matériaux pour nourrir

les facultés poétiques qu'il avait révélées clans la partie des « Pictures from Appledore » écrite avant son départ. A son retour, il reprit ses travaux avec une nouvelle énergie, bien qu'il n'ait achevé que trois ans plus tard l'admirable poème, un peu trop dilué toutefois, que nous venons de mentionner. Sa femme était morte un an après leur retour, et, par suite de ce deuil, ses dispositions d'esprit ne l'incitaient qu'aux vers élégiaques. Il restait seul dans la vieille maison avec une toute jeune fille, et son vieux père ni sa sœur ne pouvaient guère lui dispenser les consolations dont il avait besoin. Il surmonta pourtant peu à peu sa tristesse, et il reprit sa collaboration au Painarns Magazine, commencée en 1853 avec son agréable a Mossehead Journal ». Au début de 1855, il fit sur la poésie, devant le Lowell Institute de Boston, douze conférences qui eurent tant de succès qu'on lui offrit peu après la chaire de Longfellow h Harvard. Les travaux pédagogiques qui avaient rebuté le vieux poète furent un fardeau léger pour son successseur. Lowell trouva plus de plaisir h faire ces cours académiques qu'il n'en avait éprouvé dans ses tournées de conférencier dans l'Ouest, où les salles trop chauffées et les auditoires trop froids avaient mis sa belle humeur à une rude épreuve. Comme professeur, il ne semble pas qu'il ait, au début, provoqué grande émotion dans sa classe, ou fait preuve d'une érudition spéciale ; mais ses élèves se sont plu à reconnaître sa bonté, son talent d'intéresser sur n'importe quel sujet, le mérite et l'attrait de son enseignement discursif, et, par-dessus tout, sa parfaite connaissance de Dante.

Avant de prendre possession de son nouveau poste, Lowell repartit pour l'Europe et resta absent un an; le fait le plus considérable de son nouveau voyage

fui probablement son passage a Chartres, dont il tira profit ({uelcpies années pins tard, dans son long poème à la façon de Browning, The Cathedral (1870).

Lowell, tout en préparant ses cours, préparait également l'importante collection des essais littéraires qu'il composa durant les vingt-cinq dernières années de sou existence. En outre, il s'assura une vieillesse heureuse en se remariant, en 1857, avec une femme charmante autant qu'intelligente. La même année, il prit la direction de The Atlantic Monthly, dans lequel parurent désormais presque toutes ses productions en vers et en prose. Lorsque, en iSGl, par suite d'un changement d'éditeurs, V Atlantic passa sous la direction experte de James T. Fields, Lowell ne dut guère regretter son poste. Sa production poétique s'était beaucoup ralentie depuis qu'il s'occupait de juger celle d'autrui, et il ne retint, pour l'édition définitive de ses œuvres qu'une minime partie de ses nombreux articles et critiques.

Pendant la guerre civile et la période de reconstitution qui s'ensuivit, les écrits politiques pullulèrent. Lowell avait un tempérament trop ardent pour ne pas introduire dans ses articles une somme considérable d'esprit de parti, et il était trop ami de la facétie et de la saillie pour que ses écrits pussent avoir une grande et sérieuse influence sur le populaire. Les interminables dissertations de cette nature qui remplissent un volume de ses œuvres sont évidemment intéressantes, mais elles n'ont pas la puissance entraînante des discours politiques qu'il rédigera vingt ans plus tard. La suite des Biglow Papers, parue dans V Atlantic en 1862 et 1863, n'a pas autant de rigueur et d'humour que la série qui fut provoquée par la guerre du Mexique.

La seconde série des Biglow Papers ne fut pas la seule

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contribution de Lowell à la poésie qu'inspira la guerre civile. En 18G3 il écrivit une ode patriotique à la mémoire du colonel Robert G. Shaw, et, deux ans plus tard, il en récita une autre à la cérémonie commémorative qui eut lieu a Harvard en l'honneur des élèves morts pendant la guerre. En tant que poème, la « Commémoration Ode » est trop longue et souvent trop subtile de pensée ou d'expression. De même que les odes que composa encore Lowell (les Three Mémorial Poenis, comme il les appela lors de leur publication, en 1877), elle manque de cette harmonie soutenue et de ces heureuses qualités de diction et de rythme que l'on rencontre dans quelques-unes des meilleures odes anglaises. Mais l'ensemble de ces poèmes exprime si brillamment l'idéal national qu'il serait difficile h un Américain de ne pas s'en montrer ému.

Revenant ii l'époque de la guerre, en 1863, nous trouvons Lowell qui essaie, avec le professeur Charles Eliot Norton, son plus actif collègue, de relever la vieille et respectable mais peu prospère North American Review. Il y fit passer de nombreux articles, parmi lesquels certains de ses meilleurs essais politiques et littéraires. En 1868, il rassembla en un volume, qu'il intitula Under thc Willows^ les poèmes publiés ici et là au cours des vingt dernières années, mais ce recueil ne pouvait le classer au nombre de ceux qui étaient les porteparole de la jeune génération. Il ne traite pas, comme Matthew Arnold, des inquiétudes religieuses de son époque; il ne sonde pas les âmes comme Browning; il ne satisfait pas les aspirations esthétiques et spirituelles avec le calme et la douceur de Tennyson, mais il offre à ses lecteurs une extrême variété de sujets et plusieurs excellents poèmes. Heartsease and Rue, volume qui en 1888 réunit ses poèmes de vingt autres années, ne pro-

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diiit pas une impression très dillérente. On v sent moins Teflort, saut dans la longue ode à la mémoire du grand naturaliste Agassiz. Dans ce dernier recueil, plusieurs poèmes révèlent un goût plus raffiné pour la forme poétique et particulièrement Ivrique qui caractérise la poésie britannique et américaine pendant le dernier quart du xix* siècle. Son génie subit jusqu'il la lin des influences diverses, mais au moins deux fois — dans les Bii^lo^v Papers et dans les odes — il secoua toute contrainte et se plaça peut-être au-dessus de tous les autres poètes américains, à l'exception de Poe et de ^VIlitman. Dans les deux cas, ce fut son amour pour son pays qui porta le coup libérateur.

Dans l'intervalle, la réputation de Lowell comme prosateur et comme critique avait dépassé sa réputation de poète. En 1867, il avait commenté Lessing et Rousseau, et donné son ravissant portrait d'Edmund Quincv, « A Great Public Character ». Au cours des années suivantes, il exprime son amour et sa connaissance de la nature dans c( My Garden Acquaintance », puis vient : ic On a certain Condescension in Foreigncrs », et enfin un essai intéressant, mais parfois erroné, sur Chaucer, qui parut dans lu Nortli American. Ses principales œuvres en prose, groupées dans Ainona my Books (1870) et Mi/ Sliidy Windows (1871), prouvèrent aux Américains que leur distingué poète était aussi leur plus éminent critique et de beaucoup leur plus grand homme de lettres, dans le sens le plus technique du

terme. Pourtant l'insuffisance de ses cfains littéraires

l'obligea il vendre une partie d'Elmwood en 1871, en vue de se procurer un revenu convenable.

En 1872, il résigna ses fonctions de professeur et passa il l'étranger deu.x années agréables. A son retour,

il reprit ses travaux, publia une seconde série de Among my Books (1876) et écrivit ses Mémorial Poems. La politique corrompue de la seconde administration de Grant l'incita à se mêler quelquefois aux luttes politiques du moment. Peu de temps après, grâce h ses amis et surtout à Mr. William Dean Howells, on lui offrit la légation d'Autriche. Il déclina l'offre, mais en insinuant qu'il aimerait voir jouer une pièce de Calderon, son poète favori.

En conséquence, il fut nommé ministre en Espagne et rejoignit son poste en juillet 1877. 11 le garda trois ans, étudiant faits et gens, envoyant d'excellents rapports h Washington, montrant de la bonne grâce dans ses relations avec la cour, perfectionnant ses connaissances dans la langue et la littérature qu'il affectionnait tant et trouvant le loisir de voyager. Nulle question internationale particulièrement menaçante ne s'étant élevée au cours de cette mission ni au cours de celle plus importante dont il fut chargé à Londres de 1880 h 1885, il est impossible de déterminer jusqu'à quel point il était qualifié pour la tâche particulièrement délicate de la diplomatie.

Pourtant Lowell rendit d'éminents services à son pays en Grande-Bretagne. A bien des égards l'Amérique n'avait jamais envoyé à la mère-patrie de représentant plus autorisé. Il fut le champion de la culture américaine près d'une nation qui n'était pas bien sûre que l'Amérique pût exporter cet article. Il avait montré par ses critiques politiques et littéraires qu'en appréciant comme il convenait les gloires britanniques, il n'en avait pas moins une très haute opinion de celles de son propre pays. Bref, il réussit à établir les bases solides de cette amitié entre la Grande-Bretagne et l'Amérique dont le développement rendit mémorables les dernières années

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