‹ Littérature américaineChapitre 45 sur 58 · I.i;s POHTES · texte numérisé non relu

I.i;s POHTES

du xi\« slrcle. Ses « aclicsses » à la mémoire de Fielding, de Wordswortli et de Colerldge sembleront peut-ôtre supérieures h ses essais littéraires, à cause de leur plus grande concision, et de leur jugement plus sur. Son discours sur la « Democrucv », prononcé a Birmingham le 6 octobre 188't, et (pii fournit deux ans plus tard le titre d'un recueil de ses allocutions de circonstance, représente Lowell sous son plus bel aspect d'homme et de patriote. Il est probable qu'aucun Américain n'a jamais défini avec une telle maturité de pensée, une telle profondeur de sentiment basée sur l'expérience, l'idée de démocratie, ou n'a su de façon aussi adéquate en résumer les manifestations en en soulignant les périls. Ce lut une réponse parfaite à ceux de ses concitoyens qui l'avaient accusé de prétendues bassesses envers le gouvernement britannique à propos de l'arrestation de sujets Irlandais-Américains — la seule difficulté internationale qu'il ait eue à trancher.

Peu avant la fin de sa mission en Angleterre, la seconde femme de Lowell, dont l'état de santé était depuis longtemps la seule inquiétude de sa vie, mourut après une courte maladie. Il revint, très abattu, en Amérique, ne reprit pas son enseignement et laissa ElmAvood h ses locataires. Il se fixa chez sa fille mariée, non loin de Boston, prit part aux ciForts qui furent tentés en vue de régler la question de la propriété littéraire internationale, prononça quelques discours et écrivit un petit nombre de poèmes et d'articles ; il entreprit plusieurs voyages en Europe, fit des conférences sur les vieux auteurs dramatiques et publia ses poèmes Hearlscase and Hue. Le dernier service qu'il rendit ii ses compatriotes fut son opportune et sage adresse, « The Place ofthe Independent in Politics », prononcée devant le Relbrm Club de New

York, le 13 avril 1888. Elle fut insérée peu de temps après dans un volume intitulé Polilicnl Essays. Il se montrait moins confiant que lorsqu'il faisait l'éloge de la démocratie devant son auditoire de Birmingham, moins enclin que ne le sont la plupart des Américains à croire en l'efficacité du système des deux partis. Il analysait avec justesse les torts de la situation politique alors existante, torts mis en lumière par la suite des événements et particulièrement par les incidents de la guerre hispano-américaine ; mais cette annlyse ne fut pas suffisamment radicale puisqu'elle n'exposait pas les raisons pour lesquelles le système des deux partis doit, selon toute probabilité, perdre sou efficacité s'il surgit des questions complexes d'ordre social et économique. Toutefois, cette noble harangue ne constitue pas le moindre de ses titres aux témoignages élogieux qui lui parvinrent de toutes parts h l'occasion de son soixante-dixième anniversaire. Après de bonnes introductions aux classiques anglais, et quelques poèmes, il prépara une édition complète de ses œuvres, en dix volumes; puis, au milieu de ses chers livres, à Elmwood, où il était revenu, projetant même de nouveaux travaux, la mort vint mettre fin à ses jours paisibles, le 12 août 1891. Depuis sa mort, on a publié de lui des poèmes, des articles, des conférences, des Jm'enilia, des écrits anti-esclavagistes et aussi ses lettres, de sorte que ses œuvres se sont augmentées de huit ou neuf volumes qui ne sont pas à dédaigner, même pour le simple lecteur; toutelois ses lettres sont les seules œuvres posthumes qui offrent un réel intérêt.

La critique de Lowell est rendue particulièrement difficile en raison de ce que. plus complètement qu'aucun de ses contemporains, il sut accommoder ses pensées et

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ses sentiments a l'évolution nationale, en sorte qu'il prend cluonologic|ucnient ran<r avec les écrivains nés après que sa Fable for Critirs eut rejeté clans l'oiihli tous les rimailleurs et criticailleurs de la première moitié du XIX* siècle. Quant li son iruvre et h son rang de poète, il y a peu à ajouter ii ce que nous avons déjà dit. En tant qu'humoriste de race et (pie brillant esprit, il n'a pas de maître, et probablement pas de rival, tout au moins au point de vue du lecteur américain, parmi les écrivains de langue anglaise. En tant que satirique il a des supérieurs, malgré l'originalité de ses jeux d'esprit! Pour ce qui est du lyrisme patriotique, il est rarement égalé et plus rarement dépassé pour ce qui constitue probablement le rôle d'un tel genre — savoir : de stimuler l'instinct national de ses compatriotes. Mais au point de vue universel, son Ivrisme ne découle pas d'une souveraine inspiration, et, au point de vue technique, les odes de Lowell sont loin d'être parfaites. Quant au reste de sa poésie, on peut dire qu'elle l'emporte sur celle de tous ses contemporains, sauf Poe, par le rythme plus attirant, par le style plus choisi, par l'imagination plus subtile et plus mûre, et par une intelligence plus profonde et plus féconde. Il est difficile aux Anglais d'apprécier l'œuvre de Lowell au môme point que la poésie plus neuve, plus originale, de Poe et de Whitman. L'art chez le premier, chez le second la force, font une vive impression sur les étrangers.

Une juste appréciation de la prose de Lowell est plus facile, et il se présente là un important problème. On ne saurait douter que Lowell ait été l'écrivain le plus cultivé, l'érudit le plus accompli, l'homme de lettres le plus expert qu'ait jamais produit l'Amérique. Il fut aussi l'orateur académique le plus consommé et, bien qu'il y

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ait de plus grands écrivains politiques, il fut l'un des plus sagaces et des plus stimulants. Nous n'avons pas le loisir de rechercher si, en tant qu'essaviste, la combinaison qu'il représente d'humour capricieux et vif, de brillant esprit, de vaste érudition, de subtile observation et d'un ;imour universel de la nature et de la créature, est un exemple unique qui l'emporte sur l'urbanité, l'humour délicat, la paisible sympathie et le pathétique tendre d'Irving. Il est presque certain, toutefois, que les qualités qui font le charme des essais littéraires moins techniques de Lowell, comme « My Garden Acquaintance », ont une apparence plus personnelle et moins démodée que celles qui réjouirent les lecteurs d'Irving trois générations auparavant. Ces qualités attirent certainement de notre temps un plus grand nombre de lecteurs ; mais en sera-t-il de même dans l'avenir, voilà ce qu'il y a lieu de se demander. Beaucoup d'admirateurs de Lowell, cependant, ont coutume de parler de lui comme d'un grand prosateur et d'un grand critique; ils forcent ainsi h faire la comparaison avec Matthew Arnold, sans parler des autres écrivains éminents de l'Angleterre. Il est difficile de dire jusqu'à quel point la comparaison est en faveur de I^owcll.

Les ouvrages en prose de Lowell peuvent avoir l'originalité du style, l'ordre et la qualité d'imagination, qui permettent à un écrivain de passer à la postérité, mais ses amis doivent s'attendre à rencontrer sur leur route de péreniptoires dénégations. Ses essais offrent trop d'efFets de clinquant, ils renferment souvent des éléments poétiques qu'il eût été plus avantageux d'utiliser en vers, et ils sont par trop fréquemment interminables, pour ne pas dire traînants. D'un autre côté, ils sont tellement imprégnés dune saveur et d'un charme indéfinissables,

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si admirablement lumineux parfois, si abondants eu surprises, en pensées heureuses parfaitement exprimées, qu'ils sont à même de répondre à tous les défis, avec quelque chose de cette belle humeur, — le propre de la supériorité, — dont leur auteur fut coutumier sa vie durant.

Mais LowoU fut-il un grand critique? Oui et non. Comme curieux passionné de tout ce qui s'était écrit de mieux dans les principales littératures, comme écrivain capable d'inspirer i\ autrui son propre amour des bons livres et des bons auteurs, réussissant souvent si merveilleusement à révéler lesprit des ouvrages et des hommes dont il s'occupa, h éclairer, h stimuler, à interpréter, — peu de critiques n quelle époque qu'ils appartiennent ou quelle que soit leur nationalité, l'ont jamais surpassé. Mais si l'on considère le juge impartial et sûr, le chercheur philosophique et scientifique des faits de l'histoire littéraire, le créateur ou même le metteur en œuvre d'une méthode rigoureuse; bref, le critique dans les verdicts duquel on peut avoir foi et dont les analyses objectives peuvent servir de modèles pour estimer la valeur et apprécier ])lus intimement la puissance et le charme de ce (|u il lit, — Lowell ne peut figurer parmi les maîtres du genre. Il est juste d'ajouter qu'il n'émit jamais pareille prétention, et que seuls, peut-être, ses plus enthousiastes admirateurs l'ont formulée pour lui.

Lowell est surtout un causeur, un commentateur de livres, tirant de son esprit merveilleusement meublé ce qui lui paraissait le plus à propos et le plus amusant, et non pas un critique ordonné, analysant soigneusement et méthodiquement ses sujets. Seule l'hypothèse qu'il n'écrivit souvent que pour remplir les pages de la Nortk American Revicw peut expliquer l'apparence informe

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d'un essai tel que celui sur Dante, par certaines parties excellent en son genre.

Mais nous ne voulons pas quitter Lowell sur celte discussion. Il vaut mieux garder de lui cette impression qu'il eut une influence décisive sur la culture intellectuelle de la nation qu'il aima si profondément.

En passant de James Russell Lowell a Nathaniel Parker Willis (1806-1867), il semble non seulement qu'on retourne en arrière de plus d'une génération, mais que l'on descende du sublime au trivial, sinon au ridicule. Willis naquit à Portland, Maine, environ un an avant son fameux compatriote, Longfellow. Il descendait d'une famille d'énergiques Puritains, et il hérita des instincts de journaliste transmis par trois générations successives. Son père, un Nathaniel aussi, qui survécut à son fils et mourut ii quatre-vingt-dix ans, fut un pionnier du journalisme religieux et juvénile : Tlie Yoi/th's Coinpanion^ qu'il fonda à Boston en 1827, existe encore et demeure dans son genre un périodique important. Le jeune Willis fut élevé sévèrement, mais, à l'âge où il quitta Yale pour chercher fortune h Boston, il était déjà un versificateur facile, un mondain aimable, un amateur de luxe et de bien-être, un admirateur sentimental des femmes, bref un petit maître ayant le sens de la mesure, et pas mal d'esprit pratique. Quand il obtint son diplôme en 1827, il jouissait de la réputation de collégien la plus brillante qu'aucun Américain ait peut-être jamais atteinte, si ce n'est Alexander Hamilton.

A Boston, bien qu'il ait montré quelque habileté dans la direction d'un magazine et qu'il ait inauguré sa prolifique carrière par un volume de Fugitwe Poetry (1829), Willis ne tarda pas à se sentir dans un milieu défavo-

rable. II vint alors à New York, s'y mit en relations avec Tlie Mi/rur, o{ peu aurès partit pour l'Rurope comme correspondant de journaux. Il se mêla aussitôt au monde de la mode, se lança dans le mouvement et le luxe qu'avait tant désirés son imagination assoifîee. On a tort critiqué, et non sans motifs, les moyens par lesquels il fit son entrée dans ce monde et sa façon de s'y tenir. Les détails qui remplissent ses cinq années de succès mondains et littéraires sur le continent et en Angleterre sont toutefois d'aussi peu d'intérêt pour la plupart des lecteurs de nos jours que ses Pencillings by tlie Way (1835), longtemps populaires et encore intéressants, dans lesquels il retrace ses impressions, ou que ses histoires extravagantes de la même époque, intitulées The Slingsby Paper s.

La suite de sa carrière en Amérique n'a pas laissé d'empreinte profonde dans l'esprit du public. Il prouva néanmoins qu'il n'était pas qu'un simple reporter ou qu'un parasite social, en décrivant les mœurs champêtres dans ses jolies Letters from under a Bridge (1839) et en témoignant parfois d'une véritable inspiration poétique, comme dans son beau poème lyrique, ce Unseen Spirits ». De 1840 il 1850, il fut probablement l'auteur le mieux payé et certainement l'une des principales célébrités de New York. On se rappelle encore la phrase attribuée à quelque opulent marchand de Boston qui disait : a Je suppose que « Go-èthe était le N. P. Willis de l'Allemagne », mais nous devons à l'infortunée victime de ce parallèle bien-intentionné de rappeler que Willis montra une infatigable comphiisance à user de toute son influence pour venir en aide aux elforts de ses confrères. Nous n'oublierons pas non plus qu'à l'heure où sa santé était dangereusement compromise, Willis déploya, dans sa

lutte pour gouverner sa dernière barque, The Home Journal, parmi les eaux furieuses de la guerre civile, des qualités que n'hésiteraient pas à qualifier d'héroïques les lecteurs de sa biographie.

Si les vers autrefois fameux de Willis ne méritent qu'un aussi tiède éloge, que reste-t-il h dire de la foule des riraeurs contemporains auxquels il prodigua ses encouragements ? Lequel peut-on défendre contre les flèches de Lowell, ou mieux encore lequel peut être tiré des limbes de l'anthologie de Griswold : Poets and Poetry'.* Mr. Stedman, dans son American Anthologi/ de 1900, a recueilli la plupart de ces « poetio minores » qui fleurirent ou languirent après 1850. 11 fit de son mieux pour insérer au moins un poème de chacun des principaux favoris de Griswold, mais il dut renoncer à citer plusieurs anciennes célébrités. Malgré toute sa libéralité, il est encore extrêmement douteux que beaucoup des bardes auxquels il accorde l'hospitalité des premières pages de son anthologie aient même le plus modeste titre au nom de poète.

Malgré son extraordinaire fécondité, cette période fut lamentablement faible, mais l'on ne saurait taxer d'insensés les engouements du public d'alors.

11 y a tout lieu de penser que Griswold se conduisit vis-à-vis de son temps comme beaucoup d'entre nous vis-à-vis du nôtre. On peut même trouver d'excellentes raisons aux choix, à première vue, ineptes de Griswold. Par exemple, la place qu'il donne à Charles Fenno Hofïraan (1806-1884) de New York, auteur du roman Greyslaer et de relations de voyages dans l'Ouest, et premier directeur de The Knickerbocker, semble absurde tout d'abord; mais après avoir lu les poèmes posthumes d'Hotfman, on se rend compte qu'il possédait une note

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lie Ivrisnic presque complètement ignorée clans rAniérique de son temps, llofl'man, par sa pauvreté sous d'autres rapports, ne pouvait guère prétendre à mieux qu'à être en meilleure place parmi des contemporains médiocres. Griswold fit œuvre de bon critique en attirant l'attention sur les qualités harmonieuses d'un auteur qui devait bientôt partager le triste sort de Collins. Parmi les favoris de Gris-wold, d'autres, à en juger par l'espace qu'il leur accorde, semblent lui avoir paru plus dignes encore d'attention. Par exemple, Epes Sargent (1813-1880), de Boston, fut fort apprécié de son temps comme dramaturge, biographe, auteur de mélanges et journaliste; ses Songs of the Sea dénotent en outre quelque habileté poétique.

Sargent nous rappelle qu'il ne fut pas le seul, avec Park. Benjamin, auteur de « The Old Sexton », des « poètes à poème unique » de cette période. A cette catégorie appartiennent aussi le professeur Clément C. Moore, de New York, hébraïsant presque oublié dont le « 'Twas the Night before Christmas » est resté classique. De Philip Pendleton Cooke, de Virginie, on ne connaît plus à présent que le charmant et sentimental poème « Florence Vane ». C'est encore le cas d'un autre poète du Sud, Richard Henry Wilde (1789-1847); son poème « My Life is like the Summer Rose » est resté populaire; comme Wolfe, le jeune poète d'origine irlandaise, auteur du fameux « Burial of Sir John Moore », il fut accusé de plagiat, parce qu'une adaptation anonyme de son œuvre avait été publiée.

11 nous reste à mentionner ici deux auteurs qui, prétend-on, ont inspiré Poe. Le Dr. Thomas Holley Chivers, de Ceorgie, a fait ('videmment des emprunts à Poe, dont il fut l'ami; il est moins évident qu'il l'ait

inspiré; mais il mérite d'être noté comme une rare curiosité de la littérature. C'est en effet un poète d'un lyrisme remarquablement mélodieux et avec cela d'une incohérence d'esprit presque absolue. Que Poe doive réellement quelque chose de son a Corbeau » au second de ses prétendus inspirateurs, Albert Pike (1809-91), c'est là une affirmation que nous nous a])stiendrons de discuter tant elle est peu fondée.

La carrière même de Pike, très mouvementée, et ses relations avec un autre grand poète, en font presque un personnage intéressant. De bonne heure il subit l'influence de Coleridge, et plus encore celle de Keats; il écrivit des Hymns lo the Gods, qui parurent à Boston dans le magazine de Willis et plus tard dans le Blackwood's (1839).

Mais nous devons heureusement clore cette étude par un poète plus intéressant que tous les versificateurs secondaires de son temps. En 1843, le Dr. Thomas William Parsons, de Boston (1819-1892), qui mourut presque en même temps que son ami Lowell, publia une traduction des dix premiers chants de VEnfer de Dante en quatrains à la manière de Dryden et de Gray. Il avait d'abord écrit le poème que connaît surtout de lui le grand public, « Lines on a Bust of Dante », dont l'idée, le sentiment et l'expression sont excellents.

Parson avait fait ses études à Boston, et, en 1836, il partit pour l'Europe où il entreprit son ouvrage sur le grand poète italien, ouvrage qui ne devait se terminer qu'à sa mort. Il choisit une profession que n'illustre pas souvent l'érudition, celle de dentiste, qu'il pratiqua à Londres et à Boston. Ses vers assez originaux atteignent rarement un niveau d'excellence bien remarquable. Mais il mit tout son cœur à la traduction de Dante, h laquelle il travailla lentement, avec une fidélité

("harnianto. A la fin de sa longue existence il n'avait pas terminé la Dànne Comédie; VKiif'cr, une grande partie du Purgatoire, et quelques fragments du Paradis restent cependant, qui attestent le mérite de son patient labeur.

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