Belle-Grève
BROWNING. - HERVK RIKL iS7
M votre baie, entré libre et jeté Tancre au pied de <i la tour Solidor. Brûler la flotte, ruiner la France ! " Cela serait pis que cinquante la Hogue. Messieurs, « ils savent que je dis vrai ; messieurs, croyez-moi, « il y a un chemin. Laissez-moi seulement conduire
«< la ligne, gouverner le plus fort vaisseau, faire « passer le Formidable, Que les autres suivent mon « vaisseau, et je les conduis, du plus grand au « plus petit, par un passage que je connais bien, « droit à Solidor, au delà de Grève, et je les mets là « sains et saufs. Et s'il advient mal au moindre vais- « seau, qu'une quille froisse seulement contre le « fond, — eh bien I je n'ai à moi que ma vie, voilà « ma tête! » Ainsi s'écrie Hervé Riel.
« Pas une minute à attendre.
« Allons, gouverne ! Fais-nous entrer, petits et « grands. Prends le gouvernail, conduis la ligne, " sauve l'escadre, s'écrie le chef. Capitaines, place « au matelot ! Bref, c'est lui l'amiral. »
« Toujours le vent du nord, grâces à Dieul Voyez le visage du noble gars, qumd le grand vaisseau, d'un seul bond, franchit l'entrée, comme un lévrier, et suit le passage, comme si son filet d'un pouce était l'abîme de la vaste mer I Voyez comme à travers bancs et rocs ils défilent en bande sans danger. Pas un vaisseau à qui mal advienne ; pas une quille qui
238 ESSAIS DE LITTÉRATURE ANGLUISfe
froisse le fond; pas un agrès qui avarie. Voyez! le péril est passé; tous au port jusqu'au dernier. Et juste à l'instant où Hervé Riel jette le cri : A Vancre! — foi de destin I voici les Anglais qui arrivent, mais trop tard.
« Ainsi l'orage s'apaise en calme. Ils voient flotter les arbres verts sur les hauteurs qui regardent Grève. C'est un baume sur les cœurs saignants. « Allons, pour rehausser notre joie, que l'An- « glais enfile la baie, qu'il grince des dents et « que son œil oblique étincelle, tandis qu'il lance « boulet sur boulet ! Sous les remparts de Solidor, « qu'il est bon d'amarrer le long de la Rance ! » Gomme l'espérance succède au désespoir sur le front de tous les capitaines I Tous éclatent d'un seul cri : <. G'est le paradis pour l'enfer. Que la France, que « le roi de France remercient l'homme qui a fait « tout cela ! » Quelle acclamation ! un seul et même cri : Hervé Riel !
« Quand il s'avança pour la seconde fois, pas un symptôme de surprise dans le bleu loyal de son œil breton ; c'est toujours le même homme que devant.
« Alors Damfreville dit : « Mon ami, il faut que je « parle à la fin, bien que je trouve la parole diffieile. « L'éloge monte de plus loin que les lèvres. Vouf