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mentaires et de phrases détachées; néanmoins on rencontre parfois des passages d'une beauté et d'une élévation de pensée et d'expression véritablement remarquables. Les principes de la réglementation religieuse, civile et pénale de la nouvelle société sont presque tous contenus dans trois des plus longs chapitres, les second, quatrième et cinquième, qui forment à eux seuls près d'un dixième de la totalité du livre sacré.
Le texte du Koran, à n'en pas douter, n'avait point été rassemblé du vivant du Prophète ; seuls quatre disciples, Obayy ben Ka'b, Moàd ben Djabal, Zéïd ben Thâbît et Abou- Zéïd Ançâri, en avaient réuni des collections plus ou moins complètes. La lutte contre le faux prophète Moséïlima avait conduit à la mort nombre de ceux à la mémoire de qui le texte était confié, lorsque Abou-Bekr, sous l'impulsion d'Omar, qui avait vu de ses yeux disparaître ces précieux témoins, ordonna de réunir ce qu'on pouvait rassembler de textes écrits, et il confia cette mission à Zéïd, que Mahomet avait eu pour secrétaire. Omar, qui eut la haute main sur cette rédaction, n'y admit que les passages écrits, corroborés par la déclaration affirmative de deux témoins ; c'est dire que bien des fragments de la révélation, qui ne pouvaient s'appuyer sur ces deux ordres de preuves, bien que peut-être authentiques, ne furent pas admis; c'est ce qui permit plus tard aux Chiites de prétendre que le texte sunnite était incomplet, et qu'on en avait retranché tout ce qui avait rapport à la mission providentielle d"Ali et de sa famille. Ce recueil n'avait rien d'officiel, et ce qui le prouve, c'est qu'à la mort d'Omar il devint la propriété de sa fille Hafça.
Pendant les guerres d'Arménie et d'Azerbaïdjan, les soldats venus de l'Irak et ceux de la Syrie disputèrent sur la vraie manière de lire le Koran ; leur chef Hodhaïfa
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soumit la question au khalife 'Othmâo, qui chargea Zéïd ben Thâbit et quelques autres Qoréïchites de rédiger un texte définitif. Cette commission fit réunir tous les exemplaires existants, mais reconnut comme base celui d'Abou-Bekr, conservé par Hafça; une fois le travail terminé, 'Othmân fit détruire tous les textes, à l'exception de celui d'Abou-Bekr, qui d'ailleurs ne tarda pas à être détruit n son tour par Mcrwân, gouverneur de Médine; de sorte que toutes les copies du Koran répandues aujourd'hui dans le monde musulman sont, sans aucune exception, la reproduction de celle d"Othmân.
Mahomet, qui n'aimait pas les poètes païens et qui craignait toujours que ses adeptes ne l'abandonnassent pour retourner écouter les chants rhytmés qui avaient bercé leur enfance, trouva des poètes pour célébrer ses louanges. Lébid a un de ses poèmes comptés parmi les Mo'allaqàt. Il appartenait à une famille considérée des Benî-Dja'far; son père Rébi'a avait mérité, par sa générosité, le surnom de Rébi'a des indigents ; né vers l'an 560, il vécut très âgé, jusqu'au commencement du khalifat de Mo'âwiya, vers 661 ; la légende prétend qu'il vécut cent quarante-cinq ans. Il entendit la prédication de la Mecque, mais n'en fut nullement touché; lorsque Mahomet se fut retiré à Médine, 'Amir, oncle de Lébid, qui devait à ses prouesses le sobriquet de Jouteur des lances, tomba malade et envoya son neveu con sulter le Prophète sur son cas; c'est alors que Lébid entendit réciter le Koran, et cette récitation, faite avec l'aspect sérieux et sombre des gens convaincus, fit la plus profonde impression sur son esprit. On cite même le passage qui entraîna son adhésion définitive à la nouvelle religion :
i( Ce sont eux qui ont acheté l'erreur avec la monnaie de la vérité, mais leur marché ne leur a point profité: ils
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ne sont plus dirigés dans la droite voie. lia ressemblent à celui qui a allumé du feu ; lorsque le feu a jeté sa clarté sur les objets d'alentour et que Dieu l'a enlevée soudain, laissant les hommes dans les ténèbres, ils ne sauraient voir. Sourds, muets, aveugles, ils ne peuvent plus revenir sur leurs pas. Ils ressemblent à ceux qui, lorsqu'un nuage gros de ténèbres, de tonnerre et d'éclairs, fond du haut des cieux, saisis par la frayeur de la mort, se bouchent les oreilles de leurs doigts, à cause du fracas du tonnerre, pendant que le Seigneur enveloppe de tous côtés les infidèles. Peu s'en faut que la foudre ne les prive de la vue; lorsque l'éclair brille, ils marchent à sa clarté; et lorsqu'il verse l'obscurité sur eux, ils s'arrêtent. Si Dieu voulait, il leur ôterait la vue et l'ouïe, car il est tout-puissant. 0 hommes I adorez votre Seigneur, celui qui vous a créés, vous et ceux qui vous ont précédés; peut-être le craindrez- vous. »
* Après la mort de son oncle il accompagna a Médine une députation de sa tribu et se convertit alors publiquement; devenu musulman, il n'attacha plus aucun prix à ses poésies, et n'en parla plus que malgré lui. Ce qu'il admirait le plus dans le nouvel ordre de choses, c'est l'organisation de la société qu'il voyait succéder à la vie de misère, de luttes et de rapines qui avait été jusque-là le lot des Arabes de la tente ; il trouvait admirable qu'il y eût a une force publique établie pour protéger les hommes les uns contre les autres, des maisons de secours d'où un employé sortaiit avec des besaces, distribue la subsistance à ceux qui ont besoin, enfin un trésor public où chacun reçoit le salaire auquel il a droit ». Cela en dit long sur l'état de la péninsule avant le Prophète.
Lébid avait un frère, Arbed, qui fut frappé de la foudre au retour d'un voyage ' à Médine, où il avait
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cherché, dît-on, à surprendre le Prophète et à le tuer; cette mort subite fut attribuée à la vengeance céleste. Le poète pleura longtemps son frère; il a composé sur lui de tristes élégies où il chante le néant de la vie : « L'homme n'est qu'une flamme légère : après s'être élevée en l'air, elle se convertit bientôt en cendres. » Il prescrivit à ses deux filles, avant de mourir, un deuil d'un an : « Gardez-vous de vous déchirer le visage ou de raser votre chevelure ; dites plutôt : Notre père était un homme qui jamais n'a abandonné son allié, ni trahi la confiance de son ami. Répétez ces paroles jusqu'à ce qu'un an soit révolu, puis allez en paix, car celui qui a pleuré un an entier, a satisfait a son devoir et ne mérite aucun reproche. »
Mais à Hassan ben Thabit était réservée la gloire d'être le panégyriste du Prophète et de chanter ses succès. Il était né à Médine, avait dans sa jeunesse visité Hira et Damas, puis il s'attacha à Mahomet comme poète de cour, chargé de répondre à ceux que les députations des tribus, qui venaient se soumettre, amenaient avec eux. A côté des grands modèles du paganisme, Hassan est bien pâle et son style bien simple; mais le sujet qu'il a traité lui a assuré, chez les musulmans, une renommée immortelle. Ka'b bbh Zobéïb, le fils de l'auteur de la Mo'allaqa, avait commencé par se moquer du nouveau prophète; la conversion de la tribu de Mouzéîna, à laquelle il appartenait, celle même de son frère Boudjéïr ne firent qu'exciter sa verve railleuse. Cela déplut à Mahomet, et cela pouvait devenir dangereux, à cause du pouvoir de la poésie sur l'esprit des Bédouins; il le condamna à mort. Il fut difficile au poète d'échapper à l'exécution de ce terrible jugement; il y parvint néanmoins habilement. Les louanges qu'il adressa au triomphateur
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lui plurent tellement qu'il fit présent à Ka'b de son propre manteau (fourt^a), cadeau qui assura la renommée de l'auteur des vers et dont il le remercia par un poème, connu par ses deux premiers mots : « Bânat So'dd.... » qui a été lu et admiré dans tout l'Orient musulman.
MoTÂHHiH ben Nowaïra s'est rendu célèbre par les élégies, pleines d'une émotion profonde, qu'il a consacrées à pleurer la fin tragique de son frère Màlik. Celui-ci était le chef de la tribu de Yarbou', branche des Témim; il s'était converti à l'islamisme, et on avait fait de lu! un percepteur d'impàts. Après la mort du prophète, quand les Arabes cessèrent de sentir le poids de la main qui les avait réduits au silence, il fut un de ceux qui se soulevèrent contre le khalife Aboo-Bekr, son successeur, et tentèrent de se soustraire à une autorité qui leur semblait oppressive ; on sait que ce mouvement fiit promptement enrayé par les généraux du khalife; Màlik fut battu, se rendit à Khâlid et, quoique musulman, paya de sa vie sa rébellion.
Abou-Mihdjan avait attendu, pour se convertir a l'islamisme, que la tribu de Thaqîf, à laquelle il appartenait, eût été convaincue, par la force des armes, de la mission du Prophète; mais il conserva toujours, de ses erreurs païennes, un amour immodéré du vin, ce qui lui valut quelque temps de prison de la part des maîtres de la nouvelle religion, qui ne badinaient pas sur ce sujet; incorrigible, il fut enfin relégué par le khalife 'Omar sur les frontières de l'Abyssinie, oii il ne tarda pas à mourir. C'était un brave guerrier, comme il le montra dans la guerre de Perse, à la bataille de Qâdisiyya. Nous n'avons que par fragments ses poésies bachiques.
Djarwal ben Aus avait été surnommé le Nabot, el- HoTAî**; il fut un des maîtres de la satire. Troubadour
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errant de tribu en tribu, se rattachant tantôt aux Benî- 'Abs, tantôt à d'autres tribus, il gagnait sa vie au moyen des présents que lui faisaient les grands et les riches, en récompense de ses louanges ou par crainte de ses attaques mordantes. Son talent dans ce genre, en soulevant les colères autour de lui, le firent considérer comme un homme dangereux que, dans un intérêt de sécurité publique et de paix générale, le khalife 'Omar fut obligé de mettre en prison. D'autres, comme Aboo-Dhodaïh, de la tribu des Hodhéïlîtes, s'étaient engagés dans l'armée conquérante; il accompagna 'Abdallah ben Sa'd dans le nord de l'Afrique, fut député par ce général au khalife 'Othman pour lui annoncer la prise de Carthage. Il avait eu le malheur de se voir enlever par la peste, en Égjrpte, ses cinq fils, et il consacra une élégie à ce triste souvenir. Avec Abou'l-Asouad Dodali nous abandonnons le désert, car il était habitant des villes; c'était un notable de Bassora, qui est connu par le rôle politique qu'il joua auprès du khalife 'Ali, dont il était le partisan ; il figura à ses côtés pendant cette longue bataille de ÇilBn qui fut le prélude des malheurs des Alides. C'est à lui qu'on attribue l'invention de la grammaire arabe, et cela lui a valu quelque renommée qui a rejailli sur ses vers, d'ailleurs assez médiocres. Les critiques considèrent comme supposées les poésies attribuées à Abou-Tàlib, oncle de Mahomet, et avec encore plus de certitude celles qui ont été mises sous le nom du khalife 'Ali, et dont les tendances chiites ont promptement démontré qu'elles avaient été composées, on ne sait à quelle époque, pour les besoins de la cause des Alides.
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