‹ Littérature arabeChapitre 17 sur 37 · LA DYNASTIE DES OUETYADES · texte numérisé non relu

LA DYNASTIE DES OUETYADES

patronage qui le relevait de la condition singulièrement abaissée, à cette époque, de vaincu, même devenu musulman de religion], qui habitait à Persépolis, était, suivant quelques personnes, né à Ispahan et mourut dans le Khorasan en 689. Son éloge funèbre de Mohalleb ben Abi-Sofra emporta tous les suffrages ; « Dis aux caravanes que la bravoure et la générosité ont été enterrées â Merv de la façon la plus claire, u Son talent poétique surmontait une difficulté d'élocution qui le gênait, et on lui reprochait une prononciation patoise; il n'articulait pas la lettre 'Ain, ce pbonème caractéristique de la langue arabe, qui est le grognement du chameau qu'on charge, et prononçait mal le cad ou s emphatique j il ignorait l'A du gosier.

Voici un autre Persan devenu poète arabe, Isma'ïl ben Yasàr, client d'une tribu arabe et partisan des Zobéïrides. Ayant accompagné 'Orwa, fils de Zobéïr, dans son voyage auprès du khalife Wélid, il composa une élégie sur le fils de son protecteur tombé d'un toit au milieu d'un troupeau de chevaux qui le déchirèrent de leurs ruades. Plus tard il rendit encore visite à Wélid, quand celut-cî était à la Roçàfa de Syrie, construite par Hicham à l'occident de Raqqa. C'est là que du temps de ce prince, au lieu de chanter ses louanges, il se mit ii célébrer les Persans. Le khalife entra dans une violente colère et le fit jeter dans une pièce d'eau, d'où on le retira à moitié asphyxié pour l'exiler dans le Hedjaz. 11 avait deux frères, Mohammed et Ibrahim, tous deux poètes également, et qui sortaient des esclaves enlevés dans la province du Fars. Isma'ïl est le premier exemple de ces Cho'oâbiyya, fanatiques de leur race, qui, malgré leur éducation arabe, prononçaient hautement qu'ils étaient d'une autre origine que leurs grossiers vainqueurs.

Entre autres poètes étrangers à la race arabe, que l'ascendant de la conquête et de la poésie du désert avait convertis à la langue du Koran, il ne faut pas omettre Abou-Alà Aflah ben Yasâr. Son père était un Indien des bords du Sind; les hasards de l'existence firent naître l'enfant à Koufa, mais il parla toujours mal l'arabe, observation déjà faite à propos des Persans qui avaient adopté la langue triomphante. Panégyriste des Oméyyades, il eut à diriger contre les Abbassides les traits de ses satires; il vécut assez pour voir ceux-ci, vainqueurs, grâce à l'appui des Chiites de Perse, fonder Bagdad sur les bords du Tigre, car il ne mourut que sous le khalifat de Mançour, en 774. Sa prononciation était tellement défectueuse qu'il fut obligé de faire réciter les poésies qu'il composait par un esclave barbarin qu'il possédait et qui était doué d'un bel organe. Les panégyriques qu'il adressa à Mançour ne plurent pas au khalife, qui ne pouvait oublier qu'il avait pleuré en vers la mort de Naçr ben Sayyàr, l'adversaire d'Abou-Moslim. Aussi, rejeté par l'Abbasside, le poète se vengea par ses satires; il se moqua de l'arrêté qui prescrivait au peuple de porter des vêtements noirs, couleur des Abbassides,

Le khalife Wélid était poète, compositeur de musique et chanteur. Avec sa nature d'artiste, il se livra de bonne heure aux plus grands excès; il buvait du vin pendant son pèlerinage à la Mecque. Abandonné par l'affection du peuple, il fut tué par les Yéménites en 742, un an après la mort de son oncle Hicham. Comme auteur de chansons bachiques, il avait pris pour modèle 'Adi-ben- Zéïd et il eut pour successeur, dans ce genre, le grand poète Abou-Nowâs. Bel esprit et pourvu de toutes les qualités extérieures, maïs débauché et ébonté, ce kbalife devait déplaire aux musulmans; aussi l'accusa-t-on de

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pactiser avec la religion des Persans et d'y croire en secret. II a composé de nombreux airs ; il savait jouer du luth, marquer le rythme sur les timbales, marcher cq cadence au son du tambour de basque; il s'en cachait, il est vrai, et interdisait à ses compagnons d'en parler. A la Mecque il n'eut rien de plus pressé que de mander le meilleur chanteur de la localité, un certain Yahya, qu'on appelait l'Éléphant (Fil), et de prendre leçon de lui. Yahya, enthousiasmé, demanda au khalife d'être compris dans sa suite, pour pouvoir profiter des leçons d'un artiste renommé qu'il reconnaissait comme maître.

El-Koméit connaissait les divers dialectes de l'Arabie, il savait l'histoire de ses guerres; partisan fanatique des tribus de la race de Modar, il célébra leurs exploits en raillant les tribus du sud. Il s'était attaché à la famille de Hàchem, aux descendants du Prophète, et ses plus beaux panégyriques lui sont adressés. Son amitié avec le poète Tirimmâh est restée proverbiale, et ce phénomène était d'autant plus curieux qu'ils étaient d'opinions diamétralement opposées, Koméït étant chlïte et tenant pour les gens de Koufa, tandis que Tirimmâh était kharédjîte et tenait pour ceux de Damas, ville dont il était originaire. On leur demanda : « Étant différents en tout, comment pouvez-vous vous entendre ? — Nous avons de commun la haine du vulgaire, » répondit Koméït. Odi profanum vulgus et arceo : tout poète est un aristocrate. Ses attaques contre la dynastie régnante lui valurent d'être arrêté et emprisonné par l'ordre d'HicIiam, qui voulait lui faire couper la langue et la main; il fut sauvé par le dévouement de sa femme, qui lui prêta ses vêtements pour s'enfuir de la geôle. Masiama, fils du khalife, obtint ensuite son pardon en l'honneur de l'éloge funèbre que le poète avait fait de Mo'àwîya, son grand-père.

éloge que l'on dît avoir été réellement improvisé. Il mourutde mort violente en 743; il fut tué par les troupes de Khâlîd lors d'un soulèvement.

C'est à cette époque que florissait un homme remarquable, Hamhad ben-Sabour, surnommé Er-Rawiya ou le Citateur, parce que sa mémoire extraordinaire avait conservé des milliers de vers arabes anciens et des poèmes entiers. C'est a lui que l'on doit la cooservalion d'une grande partie des poèmes antéislamiques; c'est à lui qu'on est redevable de la réunion en un livre des sept Mo'allaqas. C'était un Iranien; son père Sabour (Sapor), fait prisonnier dans les guerres, appartenait à cette redoutable race des Déîlémites qui, bravant les Arabes, se maintenait indépendante dans les montagnes inaccessibles du Guilan et qui plus tard, sous le nom de Bouïdes, devait s'emparer de Bagdad et réduire le khalifat à une souveraineté purement spirituelle. C'est également à Koufa que naquit ce commentateur, cet érudit des premiers temps, qui trahissait son origine étrangère par ses fautes de langage. La faveur que lui avait réservée Yézid lui avait attiré le mécontentement de Hicham; à l'avènement de celui-ci, il dut se tenir caché un an dans sa maison, n'en sortant que secrètement pour voir des amis auxquels il pouvait se fier; mais le nouveau khalife ne tarda pas à l'appeler à Damas. On donne comme la date de sa mort 771 ou 774. Son érudition s'étendait à l'histoire légendaire des Arabes antéislamiques, à leurs poésies, à leurs généalogies, à leurs dialectes. Il savait distinguer le style ancien du style moderne; il se vantait de pouvoir réciter cent odes longues, du temps du paganisme, rimant sur chaque lettre de l'alphabet. C'était une encyclopédie vivante. Il avait commencé par être un mauvais sujet et un voleur; des vers qu'il trouva sur un homme

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qu'il dépouilla au milieu de la nuit éveillèrent sa vocation. I) composa lui-même des poésies; EI-Mofaddal ed-Dabb{ l'accusait de mêler ses imitations aux vers des ancieus poètes, de façon à ce qu'on ne pouvait plus les distinguer, et l'on prétend même que, pressé par le khalife El-Mehdi, Hammâd aurait avoué ses supercheries.

C'est sous le règne des Oméyyades que l'on voit poindre l'histoire. L'on dit que Ziyàd, frère de Mo'àwiya et son lieutenant, avait écrit un livre sur les prétentions des familles arabes, destiné à servir d'arme entre les mains de ses descendants contre ceux qui attaqueraient sa propre origine (il était fils d'Abou-Sofyân, père de Mo'àwiya, et d'une esclave), mais ce n'est pas sûr, bien que l'attribution ait pour elle l'autorité du Fihrist. 'Abîd ben-Chariya était un Arabe du sud ; appelé de Sanaa à Damas par Mo'àwiya, il lui racontait les histoires des rois du Yémen et les légendes bibliques, ainsi que Wahb ben Monabbib, juif d'origine, converti à l'islamisme, ou peut être sabien.ou chrétien de saint Jean-Baptiste. Son surnom d'Abnâwi indiquait qu'il descendait de cette colonie perse laissée dans l'Arabie du Sud par les troupes envoyées par Chosroès I" AnouchirwâQ contre les Abyssins. \\ a joué un grand r61e dans l'élaboration de la jurisprudence et de la théologie musulmane, qui, après le Koran, reposent sur les kadith ou traditions du Prophète; Wahb est un des plus anciens et des plus populaires traditionnistes. Né à Dhimàr, près de Sanaa, il mourut nonagénaire en 728. Abou Mikfanaf Loùt ben Yahya écrivit trente -trois traités sur des personnes et des événements différents; ils sont consacrés surtout à l'histoire de la conquête de l'Irak, pour laquelle il fut, dans les premiers temps, l'auteur incontesté; il mourut en 774.

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Mohammed ben Moslim ez-Zohri, qu'on appelait Iba- Chihùb, du nom d'un de ses ancêtres, est un de ces savants qui se plongèrent dans l'étude des traditions du Prophète. Il était de Médine, mais n'appartenait pas à ce parti irréconciliable qui considérait comme des usurpateurs les Oméyyades établis à Damas. 11 se rendit en Syrie, fut choisi par le khalife Hicham comme précepteur de ses enfants et entra dans la magistrature sous Yézid II. Ses attaches avec la dynastie des Oméyyades peuvent faire suspecter les tendances dans lesquelles il dirigea sans doute inconsciemment ses études théologiques. Le khalife 'Omar II recommanda par lettre aux diverses provinces de l'empire de prendre l'avis d'Ez-Zohrî sur les ditBcultés juridiques qui se présenteraient, «car on ne trouvera personne , dit-il, connaissant mieux les usages des temps passés n. Quand il restait à la maison, il se plongeait tellement dans la lecture des livres qui l'entouraient que le monde n'existait plus pour lui, à tel point que sa femme s'écria un jour : « Ces livres m'ennuient plus que les trois autres femmes que la loi lui permet d'avoir, bien qu'il n'en ait qu'une! » 11 mourut à soixantetreize ans en 742, dans sa ferme d'Adama, en Arabie, entre le Hedjaz et la Syrie.

La conquête de la Syrie et le choix de Damas comme capitale du khalifat avaient mis les musulmans en relations intimes avec les chrétiens. Saint Jean Damascène, dont le père était reçu à la cour d"Abdel-Mélik, écrivit une défense de la religion chrétienne contre les dogmatistes musulmans. En Irak c'était le grand théologien Hasan Baçri, mort en 728, qui régnait sans conteste sur l'enseignement de la doctrine ; il parlait l'arabe avec une pureté et une élégance qui sont restées célèbres; il était aussi très beau de visage, mais un accident le fit tomber

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de sa monture, lui écrasa le nez et le défigura. Son père habitait la Méeène et fut fait prisonnier et esclave lors de la conquête de cette province par Khàlid en 633. Son élève Wâçtl ben 'Ata se sépara de lui et fonda l'école des Mo'tazélites, sorte de rationalistes. Il grasseyait, et comme il ne put jamais surmonter ce défaut, il s'astreignait en parlant à éviter l'emploi de mots oii figurait la lettre r;U avait un long cou, et l'on se moquait un peu de lui à ce propos; il mourut en 748. Mais les ouvrages théologiques de ces époques lointaines ne nous sont pas parvenus. On commença à s'occuper de rassembler des proverbes arabes; le prince Khàlid, fils de Yézid, s'occupait d'alchimie, science que lui avait enseignée un certain moine Marianus; il écrivît trois traités, dont le premier traite de son professeur et de l'enseignement qu'il lui donna.

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