CHAPITRE V
La bataille du grand Zâb fut uoe revanche de la Perse contre i'Arabie victorieuse, revanche bien incomplète, car un peu plus d'un siècle s'était écoulé, et la Perse avait reçu de ses vainqueurs deux empreintes indélébiles : la religion et la langue. L'Avesta, code religieux de la dynastie des Sassanides, renouvellement du vieux culte d'Ahoura-Mazda, avait disparu et n'était plus conservé que dans un petit nombre de pyrées que laissait subsister la tolérance du vainqueur; la langue persane n'était plus qu'une langue parlée, elle avait perdu tout caractère d'une langue littéraire; les Persans n'écrivaient plus qu'en arabe, et l'impression de la langue sémitique fut si forte qu'elle s'est maintenue jusqu'à nos jours. Mais la Perse possédait une autre force, intangible cellelà, c'est son esprit aryen, l'esprit imaginatif, créateur et puissant de la grande famîUe indo-européenne, l'esprit artiste, philosophique et penseur qui, à partir de ce moment, influe puissamment sur la littérature arabe, va lui permettre de se développer sur toute la surface de
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l'empire des khalifes, et de produire cette masse éaorme d'ouvrages dont une grande partie a certes disparu dans les destructions de la conquête mongole, mais dont on a conservé les principaux monuments, et dont l'influence sur l'Europe au moyen âge a été beaucoup plus considérable qu'on ne l'imagine.
En créant Bagdad sur la rive droite du Tigre, les Abbassides semblaient chercher dans ce site un compromis entre les Arabes, créateurs de l'empire des khalifes, et les Persans, auteurs de larévolution qui amenait les fils d'Abbas sur le trône. A droite du Tîgre, c'est la Mésopotamie, sémitique de temps immémorial, et parcourue, depuis la chute des anciens empires, par des Arabes nomades. A gauche, c'est déjà le territoire iranien. Le nom de la ville lui-même est persan et signifie donné par Dieu. Aujourd'hui que la Bagdad des khalifes est entièrement ruinée et qu'il n'en reste qu'un petit nombre de monuments, la Bagdad moderne, située, comme on «ait, sur la rive gauche du Tigre, renferme encore un nombre considérable de Persans.
Au VIII* siècle, l'influence persane, dès le début, se fait si vivement sentir au point de vue politique que Mançour n'hésite pas à se défaire du général Abou-Moslim, qui avait renversé la dynastie oméyyade , par l'assassinat, comme le fera plus tard Haroun er-Rachid à l'égard de la famille persane des Barmékides, qui lui avait donné de trop puissants ministres. Dans la littérature cette influence est immense; elle pénètre tout, la poésie, la théologie, le droit; c'est que les Arabes n'écrivent plus, et que tout, l'administration, les charges de cour, la justice, appartiennent à des non-Arabes, et que la littérature est écrite par des non-Arabes. A partir de ce moment, l'arabe est la langue, l'unique langue de
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l'immeose empire des khalifes ; mais elle est parlée et écrite par des gens qui ne sont pas d'origine arabe, mais seulemeot de culture : tous, Persans, Syriens, Berbères du Maghreb, sont foodus, amalgamés dans ce puissant creuset. De ce mélange, les plus intellectuels s'affranchiront plus tard; la langue persane, qui ne dépouillera plus jamais le manteau dont l'a couverte la domination des Sémites, redeviendra langue littéraire et aura la gloire de susciter autour d'elle d'autres littératures, ses filles, telles que la turque-ottomane et l'hindoustanie; mais en Occident l'arabe ne sera chassé d'Espagne qu'en même temps que les Maures, et le Maghreb conservera à tout jamais la langue de ses vainqueurs, devenue son idiome national.
La poésie change de caractère. La longue qacida du désert, donnée comme modèle aux élèves par les théoriciens, ne fournit plus d'oeuvres originales; elle est vouée à l'imitation servile, donc à la platitude; mais une poésie toute nouvelle naît sur les bords du Tigre, où l'éclat de la splendeur de l'empire attire les esprits d'élite.
Mouti' ben Ayas.
MouTi' BEN Atas était d'une famille de Palestine : son père avait accompagné El-Hadjdjàdj lorsque ce général alla réduire dans la Mecque même le prétendant 'Abdallah ben Zobéïr, et lorsqu'il défit cet autre prétendant, qui, sorti des lointaines contrées de l'Arachosie, faillit renverser le khaltfat, Ibn el-Ach'ath. Quant à lui, né et élevé à Koufa, il s'était attaché d'abord au khalife Wélîd ben Yczid ; mais, après la chute des Oméyyades, il s'adressa
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LES ABBABSIDES «S
à Dja'far, fils du khalife Maoçour, qui le garda à son service oii il resta jusqu'à sa mort : ce qui d'ailleurs déplaisait fort il soD père le khalife. Ses poésies se distinguent par l'élégaace de l'expression et la profondeur du sentiment : sa description des deux palmiers de Holwân suffit à le rendre célèbre. D'une indifféreuce apparente en matière religieuse, il parait avoir dissimulé des croyances hérétiques. On l'accusait de n'être pas au fond un vrai musulman; il se défendait d'être Zindiq (manichéen), mais on le surprit récitant des vers suspects. On fuyait sa compagnie, qui était celle d'un débauché. Ses vers étaient fort libres; il dit un jour à une femme qu'elle n'était pas moins digne que le khalife El-Mehdi de monter dans la chaire du prédicateur, ce qui fit beaucoup rire le souverain.
Abott-Doiama.
Comme farceur et fou de cour il faut citer le nègre abyssin Abou-Dolàma Zend ben el-Djaun, qui avait fait la guerre contre les Oméyyades et était admis aux séances des khalifes Mançour et Mehdi; mauvais musulman, mendiant effronté, mais spirituel. II était le favori de Mançour, à qui il avait sans doute rendu un grand service en le louant, dans un panégyrique, d'avoir mis à mort Abou-Moslim, car le peuple avait peine à comprendre pourquoi les Abbassîdes récompensaient d'une façon aussi ingrate le grand général qui les avait fait monter sur le trône. 11 se moqua du khalife qui avait ordonné à ses sujets de se vêtir de noir, couleur des Abbassides , et pair une saillie spirituelle il obtint, seul de tout le peuple, d'en être dispensé. Lorsque Mousa ben Daoud fit le pèRerinage de la Mecque, il promit au bouffon dix mille
drachmes s'il voulait l'accompagoer ; celui-ci empocha i'argent et disparut dans des villages où il allait boire du vin. Craignant de manquer l'époque du pèlerinage, Mousa se mit en route et rencontra l'ivrogne sur sa route; il le fit lier et jeter dans un palanquin; mais ses impudentes répliques obligèrent Mousa à se débarrasser de lui et à le laisser achever de dépenser la somme qu'il lui avait donnée. Il mourut en 778. Pour payer une somme d'argent a un médecin qui avait guéri son fils, il lui conseilla de citer devant le juge un riche juif, s'ofTrant comme faux témoin pour prouver le dire du médecin; le juge, qui savait à quoi s'en tenir sur la réalité de la réclamation, mais qui craignait la méchante langue d'Abou Dolama, préféra payer de sa poche la somme demandée. C'est ainsi qu'il se fit soigner pour rien. Un jour qu'il avait fait allusion, dans ses vers, h une prétendue parenté existant entre lui et le khalife, El-Mchdi, fort en colère, lui demanda où remontait cette parenté : « A Adam et Eve, » répondit le bouffon ; et cette saillie fit rire le khalife. On disait de lui qu'il ferait rire le diable. El-Mehdi le miten demeure, sous peine de mort, un jour qu'il était en nombreuse compagnie, de satiriser tous les assistants; dans ce péril extrême, Abou-Dolama se sauva par son esprit; il s'attaqua lui-même, s'appela « face de singe coilTéc d'un turban », « précurseur du Jugement dernier », et autres aménités, ce qui amusa beaiicoup l'assistance. A la chasse, le khalife atteignit une gt zelle d'un coup de flèche, tandis que son compagnon 'Ali ben- Soléïmau ne réussissait qu'à frapper un des chiens ctela meute, qu'il tua ; Abou Dolama résuma l'aventure de 'aafta plaisante : « Le khalife tue une gazelle et 'Ali un cjlùtn; bravo! chacun mangera la provision qu'il s'est faHie. > Et El-Mehdi de rire au point de chanceler sur sa P^lle.
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Bachchar ben Bourd.
Bachchar BEN BouRD était un Persan de race, peutêtre même desceadait-il d'une souche royale, comme il le prétendait. C'est aux environs de Bassora qu'il naquît, où son père avait été amené comme esclave; son grand-père avait été fait prisonnier de guerre dans le Tokharistan, au fond du Khorasan. Il était habile dans l'art de pétrir l'argile. Il naquit aveugle. Ayant obtenu plus tard son affranchissement de la femme arabe dont il était la propriété, il vécut tantôt à Bassora, lieu de sa naissance, tantôt à Bagdad. Il connut le théologien Wâçil bea 'Ata, fondateur de l'école des Mo'tazélïtes, qui ; attribuait à ses vers la démoralisation qui régnait à , Bassora, et resta libre penseur; il s'était affranchi de la règle des cinq prières journalières; en réalité il était Zindiq, c'est-à-dire qu'il croyait en secret à la religion de l'Avesta tout en conservant les dehors de l'islamisme. Il fut toujours suspect; son panégyrique du khalife Mehdi lesauva une fois. Le khalife se borna i) lui interdire de parler des femmes dans ses vers, mais ayant eu l'imprudence de s'attaquer au ministre Ya'qoûb ben Daoud, celui-ci s'en vengea en lui faisant donner soixantedix coups- de fouet, traitement dont il mourut; il avait alors quatre-vingt-dix ans (783).
Il était laid, car en outre de son infirmité congénitale, qui faisait voir deux morceaux de chair rouge à la place I Jcs yeux, i! avait le visage ravagé par la variole. Il consi- [jérail l'élément du feu comme supérieur à celui de la Uerre, et justifiait Satan, ange créé du feu, d'avoir refusé Lie se prosterner devant Adam, fait de limon, ainsi que
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le dit le Koran; il a même composé ua vers qui est clairement mazdécn : a La terre est obscure et le feu est brillant; depuis qu'il existe, on l'a adoré ». C'était un misanthrope qui remerciait Dieu de l'avoir privé de la vue, a pour ne pas, disait-il, voir ce que je hais ». Quand il allait réciter udo poésie, il frappait dans ses mains, toussait et crachait a droite et à gauche ; mais dès qu'il avait ouvert la bouche, il provoquait l'admiration. Il avait commencé à composer des vers avant l'âge de dix ans; il se vantait d'avoir connu Djérir et même de l'avoir satirisé, mais le grand poète du désert l'avait trouvé trop jeune : « S'il m'avait répondu, disait Bechchàr, je serais le premier entre tous ceux de l'époque. » Ce que le grammairien A<;ma'ï goûtait le mieux dans ses vers, c'est qu'ils provenaient d'un génie naturel qui se refusait à polir longtemps le vers avant de le publier; ils étaient pour ainsi dire presque improvisés. Quand on lui demandait d'où, provenait la pureté de la langue qu'il parlait, il en faisait remonter la gloire aux vieillards et aux femmes de la tribu bédouine des 'Oqaïl, à laquelle il se rattachait comme ancien esclave affranchi. On lui reprochait cependant de cheviller à outrance et d'introduire dans ses vers des noms d'hommes ou de lieux qui n'avaient jamais existé; il avait donné des surnoms poétiques k plusieurs pièces de sa maison, ce qui plongeait dans une douce stupéfaction les non-initiés à qui il en racontait les beautés.
Merivan ben Abi-Hafça.
MBnWAK BEN Abi-Hafça était le fils d'un juif du Khorasan qui, emmené par Merwân ben el-Hakam, alors gou>
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verneur de Médine, dans le Yémama, en Arabie, comme collecteur de taxes, y avait épousé une Arabe de sang libre. Né en 721, il fut étranglé en 797 par une vengeance particulière, provoquée par des vers ayant une couleur politique et dirigée contre les prétentions des Alides; nous avons les aveux du criminel, qui ne fut pas reconnu. C'était un imitateur de l'ancienne poésie du désert. D'après Ibn-Khallikan, il était arrière-petit-fîls d'Abou-Hafça, affranchi de Merwân, qui lui avait donné la liberté pour les services rendus lors du siège de la maison du khalife 'Othman à Médine : il lui avait sauvé la vie. On dit que c'était un médecin juif qui se convertit à l'islamisme. Le peuple de Médine croyait cependant qu'il était affranchi du fameux poète et châtelain Samaua!. On dit aussi qu'Abou-Hafça fut fait prisonnier lors de la prise de Persépolis sous 'Othman. — Quant à Merwân, qui était né dans le Yémama, il se rendit à Bagdad, composa des panégyriques à la louange d'EUMehdi et de Haroun er- Racbid, écrivit des satires contre les descendants d'Ali. Son morceau le plus célèbre est une qaçida rimée en l composée à la louange de Ma'an, fils de Zaïda, gouverneur du Yémen, dans lequel il chante sa générosité inépuisable : « Quand on lui demande une faveur, Ma'an évite de prononcer le mot non, car ce mot lui semble un mot interdit. » 11 était avare, et venait au palais du khalife vêtu d'une peau de mouton et de vêtements de grosse toile de coton; par économie, il n'achetait que des têtes de mouton et ne mangeait pas d'autre viande, hiver comme été. C'est sur lui qu'on fit ce vers : « Merwân n'a pas de zèle pour la noce, il n'est jaloux que des marmites, n
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Ibn eî-Ahnaf.
A côté du rôle dangereux joué par ces poètes qui consacraient leurs œuvres à la politique, bien plus aimable est l'auteur des poésies amoureuses, Aboul-Fadl el- 'Abbâs Ibn bl-Ahnaf, descendant d'Arabes établis dans le Khorasan et alliés à des familles iraniennes; compagnon du khalife Haroun er-Rachid, il le suivît dans ses campagnes et mourut à Bagdad (807 ou 813). La grâce et l'élégance de sa diction firent la joie des gens de goût. C'était un homme ayant de grandes manières, rien d'un débauché; il était poli, mais il ne sortit jamais du genre de la poésie amoureuse, il ne possédait pas l'art de la satire et du panégyrique. Le seul ennemi qu'on lui connût était le grand théologien mo'tazélite Ibn Hodhéil cl-'Allàf, qui lui reprochait d'avoir affirmé la prédestination dans un de SCS vers.
Abou-Nowâs.
Mais le plus célèbre de cette pléiade est sans contredit Abod-Nowas, le poète bachique et lyrique par excellence, dont les œuvres ont été étudiées par Nôldeke et Alfred von Krcmer. 11 était né en pleine Susiane, à EJ-Ahwaz (vers 75G), d'une mère d'origine persane, qui était laveuse chez des foulons, mais c'est à Bassora qu'il reçut les leçons de son maître le poète Wâliba, qui le présenta aux Barmékides et qui eut plus tard l'occasion de le regretter, à cause de l'ingratitude de son élève; il parcourut un an le désert pour y étudier la pure langue des Bédouins. A
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LES ABBAS9IDBS
Bagdad it fut apprécié des khalifes Haroun et Ernio, malgré ses mauvaises mœurs. Devenu vieux, i! renonça à la débauche et se livra à des pratiques de piété; ses moqueries à l'adresse d'un membre de la famille des Beni-Naubakht le firent maltraiter, ce dont il mourut vers l'an 810. Abou-Nowîis embrassa les genres les plus divers de la poésie arabe : non seulement il chanta le vin comme 'Adi ben Zéïd et Wélid ben Yézid, mais encore il composa, comme ses devanciers, des élégies, des poésies amoureuses, des satires, des panégyriques, des facéties, des poèmes de chasse, où îl renouvela le style des anciens et intrépides chasseurs du désert, et enfin des poèmes dévots qui marquent sa dernière transformation. Sa mémoire était extraordinaire, et, détail non moins remarquable, il ne possédait aucune bibliothèque; à sa mort on ne trouva chez lui qu'une couverture de livre renfermant un cahier de notes de grammaire. Le khalife l'avait fait mettre en prison ; le poète lui écrivit en vers : k Si vous tuez Abou-Nowàs, oii en trouverez-vous un autre? n L'esclave Djénân fut la seule femme qu'il aimât réellement : elle était instruite et spirituelle; elle avait une érudition historique et poétique. Elle partit pour le pèlerinage de la Mecque, et le poète la suivit; c'est alors qu'il dit ces vers : « Ne voyez-vous pas que j'ai passé ma vie à sa poursuite, entreprise diflicilc? Nous avons faille pèlerinage en même temps; ce voyage seul a pu nous réunir. » Djénân ne l'aimait d'abord pas, mais la constance de l'amoureux fit fléchir les rigueurs de la cruelle. 11 est le premier qui employa des métaphores hardies pour décrire les diverses parties du corps de l'amante; entre autres ce vers est de lui : « Elle soufflette la rose avec des jujubes, » c'est-ii-dire la joue avec le bout des doigts. Les scènes qui représentent des buveurs
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intrépides, toujours altérés, qui ne se laissent pas distraire de leurs graves occupations par l'appel à la prière que lance en vain le muezzin du haut des minarets, le chant du hon vin vieilli dans l'amphore recouverte de toiles d'araignée, obtenu à prix d'or du marchand juif ou chrétien, et dont l'éclat réjouit et réchauffe l'obscurité de la nuit, tel est le thème des plus célèbres productions d'Abou-Nowâs, que vient traverser parfois le souvenir triste des temps écoulés et des compagnons disparus, pensée lamentable que refoule bien vite un nouveau coup de la liqueur divine.
Mosîim.
Mosuu ben el-Walid, connu sous le surnom de Cari' el-Ghawânl, « la Victime des belles n, que lui avait donné Haroun er-Rachid, était client d'une famille d'Ançàrs ou auxiliaires, c'est-à-dire de ces habitants de Médine qui s'étaient fait une noblesse en soutenant le Prophète contre ses ennemis. Il était né à Koufa entre 747 et 757, d'un père qui exerçait le métier de tisserand, comme Ibn-Qanbar le lui reprocha plus tard cruellement ; «■ Où trouverais-je un être plus infime que ton père? Je me trompe, il en est un, c'est toi. Longtemps il a tissé la trame des manteaux, aussi mal que tu tisses la trame de tes vers. » On ne sait point quels furent ses maîtres; peut-être se rattache-t-il directement aux grands poètes de l'âge héroïque, dont il étudiait les œuvres. Bohème insouciant, dépensier et sans songer au lendemain, il couchait souvent, faute de gîte, sous le ciel étoile, dans l'unique manteau qu'il possédât. Ses protecteurs, le vaillant général Yézid ben Mazyad, Mohammed, fils du kha-
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life Mançour, le mioîslre Fadl ben Sahl le tirèrent de ce mauvais pas; le dernier même n'hésita pas à lui donner UD emploi dans la cour de justice de la province de Djordjàn, puis lui confia les délicates foactions de directeur de la poste aux chevaux dans la même localité; seulement il lui adjoignit un intendant chargé de loucher les revenus des fermes qu'il lui avait données dans les environs d'Ispahan, de prélever la somme nécessaire pour ses dépenses journalières et d'acheter de nouvelles terres avec le surplus économisé. Il était grand amateur du produit des vignes que les Mazdéens cultivaient à Tizenâbàd, et il a chanté les délices du vin : « C'est la fiUe des mages, devenue musulmane par son union avec les convives. Nous l'avons demandée en mariage et le négociateur qui nous l'amène marche d'un pas grave et solennel, n La pièce tout entière est à lire, dans la charmante traduction qu'en a donnée M. Barbier deMeynard. Ses ennemis le raillèrent de sa passion; 'Abbâs Ibn el- Ahnaf l'appelait par dérision « la victime des sorcières n et d'autres disaient « ta victime de la coupe pleine ». Son ivresse était d'ailleurs élégante et son style classique, à la manière des anciens modèles, qu'il suivait de près tout en lançant par le monde de nouvelles métaphores. Ses poésies amoureuses sont moins sincères, et il a reconnu lui-même qu'il chantait l'objet de ses pensées parce que le bon ton l'exigeait, mais que son goût était pour de moins hautes dames. Dans la satire, îl paraît être resté inférieur à ses adversaires; sa dispute avec le poète Ibn- Qanbar fut violente, mais l'avantage de l'insulte, comme l'ont constaté Abou'l-Faradj el-Içfahâni et El-Mobarrad, resta à son adversaire. Il mourut eu 803, étant encore en fonctions, étranger à Djordjûn comme le palmier qu'il a chanté dans son dernier vers. Sur le point de mourir, il
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avait fait jeter dans la rivière le brouillon de ses poésies, à titre de pénitence pour ses compositions bachiques.
Abou'l-Atâhîya.
A la tribu des 'Anézés appartenait Adou'l-Atàhiya Isma'ïl ben Qàsim, né en 748 dans !e Hedjaz, qui vécut à Koufa, se rendit à Bagdad alors que ses vers l'avaient déjà fait connaître, et y tomba amoureux d'une esclave de Mehdi, nommée 'Otba. Il mourut en 828. La caractéristique de son style est l'emploi d'expressions simples et accessibles n tous, parce que ce sont des sermons en vers sur l'instabilité des choses de ce monde; il est à cause de cela l'ancêtre de cette longue série d'ouvrages parénétiques qui fleurit surtout dans la littérature persane. Il évitait les expressions recherchées, de façon à £tre compris par le peuple.
On le surnommait le marchand de jarres (EI-Djarràr) parce qu'il avait d'abord exercé ce métier. On allait l'entendre réciter ses vers, et l'on écrivait, sous sa dictée, les pièces de poésie sur les fragments de poterie brisée ramassés à terre.
Il se vantait de pouvoir mettre en vers toutes ses paroles ; et quand on lui demanda s'il connaissait la prosodie, il répondit : « Je suis supérieur à toute prosodie; » et le fait est qu'il a écrit sur certains mètres de son invention qui ne rentrent pas dans les règles de la prosodie classique. 'Omar ben el-'Alù, gouverneur du Tabaristan, l'ayant libéralement récompensé pour des vers qu'il lui avait adressés, excita la jalousie des autres poètes; il les rassembla et leur tint ce petit discours :
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« Il est étrange que vous autres poètes soyez si jaloux les uns des autres. Quaod l'un de vous vient nous présenter une qaçtda composée en notre honneur, il emploie cinquante vers à célébrer les charmes de sa maîtresse, et ne commence son véritable sujet que quand il a épuisé ses louanges; Abou'I-Atâhiya, au contraire, ne consacre que peu de vers h sa bien-aimée et commence tout de suite son panégyrique. Pourquoi ëtes-vous jaloux de lui? » Sur le point de mourir, il fit venir a côté de lui le grand chanteur Mokhâriq pour lui chanter ces vers qu'il avait composés : n Au terme de mon existence, les peines des femmes qui me pleurent seront courtes. Mon amie cessera de penser à moi; elle oubliera mon amour, et trouvera vite un nouvel ami. y> Sa dernière volonté fut qu'on ioscrivit ces mots sur sa tombe : m Une vie qui se termine par la mort est une vie pleine d'amertume. »Abou-Nowùs lui reprochait son extrême facilité, qui lui permettait de composer cent ou deux cents vers par jour. Lui aussi, il renonça à la poésie sur le tard, par motif religieux probablement, mais cela lui valut d'être enfermé dans la prisoD des criminels et d'être amené en présence d'EI- Mchdi, qui lui donna le choix entre la mort et la continuation de son art : « J'aime mieux faire des vers, » dit le poète, et il fut immédiatement mis en liberté. On lui prêtait l'idée d'avoir adopté les croyances des philosophes grecs, parce que ses vers parlaient de la mort, mais non de la résurrection; on lui reprochait aussi son avarice, d'autant plus incompréhensible qu'il avait amassé de grandes richesses. Le surnom sous lequel il est connu, et qui signifie probablement l'Intrigant, est dû au khalife El-Mehdi. Il se fit des ennemis, tels que 'Abdallah, fils de Ma' an, qui le prit par ruse et lui donna cent coups de fouet, mais très doucement, par crainte de sa vengeance;
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néaoraoias te poète profita de la maosuétude de son eancmi pour l'invectiver davantage, en le comparant à une femme entourée d'eunuques : « Elle m'a frappé de sa main, la fille de Ma'an, elle s'y est fait mal, et je n'ai rien ressenti. » Il prétendait que la plupart des hommes parlaient en vers sans s'en douter, et que s'ils savaient donner à leurs paroles la composition parfaite, ils seraient tous poètes. Le grammairien EI-Asma'ï disait d'Abou'l- Atàhiya : « Ses vers sont eomme la place publique devant le palais des rois, oii il tombe des perles, de l'or, de !a poussière, des débris de poteries et des noyaux. » Abou'l- Atâhiya considérait comme son chef-d'œuvre le vers où il a dît : « Les hommes sont dans l'insouciance, tandis que la meule du destin continue de moudre. » Haroun er- Rachtd le fit aussi emprisonner, quand il voulut se livrer à l'ascétisme, pour le forcer à composer des vers erotiques.
El-Akawwak.
El-*Aka\vwak (le Courtaud], surnom d"Ali ben Djabala, était né dans la classe des afTranchis; sa famille était originaire du Khorasan; aveugle de naissance (ou bien il le devint à sept ans, par suite de la variole), il avait une peau noirâtre et marquée de taches de lèpre. Le khalife Mamoun se mit en colère contre lui à l'occasion d'une pièce de vers qu'il avait composée en faveur de Homéiid et-Toûsi et où le souverain relevait des éloges extravagants, tels qu'on n'en donne qu'à la divinité et parce qu'en parlant d'Abou-Dolaf, il avait dit que tous les Arabes sur la terre empruntaient leurs belles qualités à Abou-Dolaf, sans faire d'exception pour le souverain
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LES ABDASSIDBS 17
lui-même- Le poète se trouvait dans les montagnes de rirak-Adjémi; forcé de fuir, il fut saisi en Syrie, amené a Bagdad et eut la langue arrachée; l'hémorragie amena sa mort, en 828; il était oé en 776.
Abou-Dolaf, qu'il avait loué, entendit, un jour qu'il traversait une ville de l'Irak, deux femmes se dire l'une à l'autre : « Celui-ci est Abou-Dolaf, celui dont le poète a parlé en ces termes : « Abou-Dolaf est le monde entier, « nomades ou citadins ; s'il se détourne de sa route, tout le « monde le suit. » Ce qui fit pleurer le grand seigneur, se repentant de n'avoir pas récompensé BI-'Akawwak comme il le méritait.
Ibrahim et Ishaq eî-Mauçili.
Comme poètes, mais aussi comme chanteurs et compositeurs de musique et incomparables dans ces derniers rôles, sont célèbres deux Persans d'origine, Ibrahih el- Mauçili et son fils Isuaq (mort en 849). Le père n'était pas né il Mossoul, comme son surnom paraît l'indiquer, mais il s'y était enfui pour y étudier la musique; c'est à Koufa qu'il avait vu le Jour d'un noble Persan, Mâhùn (dont le nom iranien fut transmué en Méïmoun], émigré du Fàrs en 742. C'est le khalife El-Mehdi qui commença à goûter sa musique, et sa faveur continua d'augmenter sous ses successeurs; lorsque Haroun er-Rachid se brouilla avec son esclave Màrida, et que Dja'far le Barmékide, dont les Mille et une Nuits ont popularisé le rôle de grand ministre, voulut raccommoder le souverain et sa favorite, il fit écrire par le poète 'Abbàs Ibn el- Ahnaf et mettre en musique par Ibrahim des vers passionnés qui réconcilièrent les deux amants. Son fils.
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Ishaq (né en 767) lui succéda; c'est de lui que le khalife Mo'taçem disait : « Quand Ishaq chante, il me semble que l'étendue de mon empire s'augmente- » 11 perdit la vue deux ans avant sa mort. II était aussi versé dans la science des traditions du Prophète, le droit et la théologie scolnstiquc, que dans la musique. EI-Mamoun disait de lui ; K Si Ishaq n'était pas aussi célèbre comme chanteur, je l'aurais nommé juge, il le mérite mieux que nos cadis actuels, et les dépasse par sa conduite, sa piété, son honnêteté; mais son talent de musicien éclipse tous les autres, n II fut le second a écrire un Livre des Chansons (Kitàb el-Aghâni} où il avait recueilli les morceaux qu'il chantait.
El-Mehdi avait interdît à Ibrahim d'aller voir ses fils Mousa (el-Hàdi) et Haroun (er-Rachid) : l'ayant fait, il fut puni de trois cents coups de fouet et mis en prison. El- Hàdi SG montra plus tard tellement prodigue à l'égard d'Ibrahim, que son fils Ishaq put dire que si le khalife avait continué de vivre, ils auraient pu construire en or et en argent les murs de leur maison.
Di'bil el-Kho^aî.
Parmi les poètes de Bagdad d'origine arabe ou tout au moins sémitique, il faut encore mentionner Di'bil ben 'Ali el-Khozà'î, né en 765 à Koufa ou à Karkisiya (Circesium); il fut quelque temps chargé de fonctions administratives en qualité de gouverneur d'une petite ville du Tokharistan, dans la Perse du Nord-Est; il mourut en 860 en Babylonie; c'était un satirique, qui s'occupa de recueillir dans un livre des biographies de poètes. Méchante langue, il n'épargnait personne, pas même les
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khalifes. Aussi fut-il constammeat en fuite et obligé de se cacher. Son nom était tellement craint qu'ayant un jour rencontré un épileptîque qui se tortîait sur le sol dans une crise de douleur, il lui sufBt. de lui crier son nom dans l'oreille pour le guérir. H avait d'ailleurs d'autres méfaits sur la conscience : il attaqua une nuit un changeur qui rentrait à sa maison, et qu'i! croyait porteur de sa bourse, comme à l'ordinaire; mais ce jour-là il n'avait dans sa manche qu'un chiffon renfermant trois grenades : cependant la victime était morte sur place, et la justice poursuivit l'assassin, qui dut quitter Koufa après s'être longtemps caché.
I) préparait des satires par avance, et quand il avait à se venger de quelqu'un il insérait son nom dans la pièce préparée. El-Bohtort préférait Di'bi! à Moslim, parce que la langue qu'il écrivait et le caractère de ses poésies étaient mieux dans le goût arabe.
Il disait, dans sa vieillesse : « Il y a plus de cinquante ans que je me promène avec ma croix sur mon épaule, mais personne n'a encore pu m'y clouer. » C'était un ami de Moslim, qui lui avait donné de profitables conseils. Cependant quand Moslim fut chargé du gouvernement d'une ville en Perse, 11 ne voulut plus le reconnaître, ce dont Di'bil se vengea par une mordante satire. C'était un chiite convaincu, partisan des droits d'Ali au khalifat.
C'est lui qui &t sur le khalife Mo'taçim le vers qui cingle comme un coup de fouet : « Les Abbassides sont au nombre de sept, d'après les livres, qui ne nous parlent pas d'un huitième, à moins que ce ne soit comme les Sept Dormants dans leur caverne, sept braves gens, dont le huitième était un chien. » I! est vrai que plus tard il se défendit de les avoir faits.
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'Ali ben el-Djakm.
'Ali ben el-djahh, surnommé Es-Sàmi parce qu'il descendait d'une branche des Qoréïchites de ce nom, commensal et compagnon du khalife Kl-Motawakkîl, était né dans le Khorasan, d'où El-Mamoun l'avait amené à Bagdad. Il était l'ennemi des Chiites; il a écrit de nombreux vers contre les prétentions des A)ides ; II insultait également les chrétiens, entre autres le fameux médecin Bokhtyëchou', et les Mo'tazélites. Pour une satire qui déplut au maître qu'il avait d'ailleurs mécontenté par des dénonciations incessantes contre ses compagnons, il fut emprisonné et exilé. Rentré dans son pays que gouvernait Tâhir, il fut, sur l'ordre du khalife, un jour tout entier attaché nu à une croix, comme il l'a raconté luimême : « Ce n'était pas une personne d'un mérite inférieur ou un homme inconnu qu'on a crucifié à Chadyakh le lundi soir. Par cette exécution, ils ont satisfait leur vengeance; mais, grâce à Dieu, leur victime était un homme d'honneur et respectable. » De là il se rendit en Syrie, et c'est en se dirigeant d'AIep vers l'Irak qu'il tomba en se battant contre un gkazou de bédouins (en 863). Quand les secours arrivèrent on le trouva mourant, mais prononçant encore des vers : « A-t-on ajouté de l'obscurité à la nuit, ou le torrent a-t-il emporté le matin ? Je pense aux gens de la rue de Dodjaïl à Bagdad, mais comme j'en suis loin ! » Les Orientaux admirent cette pensée délicate : a L'inimitié d'un homme sans honneur ni religion est une affliction sans égale, car il vous abandonne sa propre réputation tandis qu'il attaque ta vôtre, que vous préservez si soigneusement. »
LES ABBASSIDB8 81
Il a lui-même raconté que sa vocation poétique se manifeRta pour la première fois lorsque son père le fit enfermer dans l'école où il se rendait. Il écrivît alors à sa mère pour se plaindre de l'inhumanité de son père ; a Tous les élèves ont quitté l'école, et moi j'y reste emprisonné sans avoir commis de faute ! » Sa mère obtint alors sa liberté; mais sa réputation de menteur était telle que l'on prétendit que ces vers avaient été composés à soixante ans, et que par conséquent il n'avait pu les écrire étant à l'école.
La poétesse Fadl et Mahboubé.
Sous le règne de Motavrakkil, prince artiste, ami des jeux et des bouffonneries, qui fut le premier à les introduire dans le palais des khalifes, la musique et la danse se développèrent encore plus que par le passé. Parmi les poètes de cour, nous trouvons à cette époque une femme originaire de l'Arabie centrale, menant à Bagdad une vie assez libre; sa liaison avec le poète Sa'id ben Harotd, d'origine persane, et d'opinions religieuses très orthodoxes, qui fut chef du bureau des dépêches sous le khalife Mosta'in, tandis que la chanteuse était chiite, remplit toute l'histoire de sa vie. On la faisait venir dans le harem du khalife pour j charmer les belles favorites. C'était une femme d'un esprit prompt, d'une riposte alerte; elle était calligraphe. Son ami Sa'id avait fini par s'apercevoir qu'insensiblement il copiait son style. Elle allait librement le voir; un jour qu'elle entrait, Sa'id se leva avec empressement, la salua et l'invita à rester chez lui : « Un envoyé du palais, répondît-elle, vient d'ar-
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LITTERATURE il
river chez moi, il ne m'est donc pas possible de rester; mais je suis montée chez toi, parce qu'il me répugnait de passer devant ta porte sans venir te voir. » Et Sa'id d'improviser : n Tu es comme le soleil qui éclaire le monde, et dont la lumière semble tout près de nous ; mais oïl est la possibilité de l'atteindre! » L'attachement de Sa'id n'empêcha pas l'inconstante FadI d'accepter les hommages du jeune chanteur Buunân; mais au moins elle n'agissait que sous l'empire d'un sentiment vrai et sincère; quelle différence avec les musiciennes esclaves, qui, suivant la poétesse elle-même (nous savons par d'autres témoignages que c'est vrai), « reçoivent le pauvre comme un chien, et ne demandent jamais que des mines d'or »! Sur le point de mourir, Fadl voulut encore une fois revoir son ami, et elle eut la force de lui écrire : « Ma patience est ii bout, et mes soufirances ne font que s'accroître; ma maison est proche, il est vrai, mais lu en es encore bien loin! » C'était sous le khalifat de Mo'tamid, en 873. Dans le harem même de Motawakkil, on admirait la chanteuse Mahboubé, née h Bassora, mais d'origine étrangère. Elle composait des vers qu'elle chantait en s'accompagnant sur le luth; mais on préférait sa poésie à son chant, qui était médiocre. Quand Motawakkil fut assassiné, Mahboubé garda le deuil et renonça à tout plaisir jusqu'à ce qu'elle mourût. EUe déplut par cette fidélité persistante au nouveau maitre à qui elle était échue en partage lors de la dispersion du harem du khalife ; mais un officier d'origine turque l'ayant demandée en cadeau, l'affranchit, lui rdonna de quitter Sàmarra et de s'établir où elle voudrait. Elle mourut à Bagdad dans la plus profonde obscurité.
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LES ABBASSIDBS
Ibn er-Roumi.
IsH BB-RoDMi, le fils du Grec, surnom qu'il devait à son grand-père Djoraïdj ou Georges, né à Bagdad en 836, fut empoisonné par le ministre du khalife Mo'tadîd, Abou'I-Hoséïa Qâsïni ben ■Obéïdallah, qui avait peur de tes satires. Celui-ci suborna un domestique qui lui remit OD biscuit préparé. Quand Ibn er-Roumi l'eut maugé, il ■ aperçut qu'il était empoisonné et se leva pour partir : « Ou allez-vous? dit le ministre. — A l'endroit où vous m'avez envoyé. — Bien, répliqua le vizir, vous présenterez mes hommages à mou père. — Je ne prends pas la route de l'enfer, » répondit le poète, qui se retira chez lui, se fit soigner par un médecin qui, dit-on, se serait trompé de drogues, et mourut quelques jours après.
Ses vers sont admirables pour la beauté de l'expression et l'originalité de la pensée ; on y remarquait surtout la nouveauté des idées. II bafoua la manie des Orientaux de se teindre la barbe : k Quand les cheveux d'un homme continuent d'être noirs bien que sa jeunesse disparaisse, ce ne peut être qu'une teinture artificielle. Comment un vieillard peut-il s'imaginer qu'on prendra pour naturelle cette couleur noire, ou qu'on le considérera comme jeune ? n
El-Bohtori.
EL-BoBTOni (Wéltd ben 'Obéïd), de la tribu de Taï, né à Manhidj ou dans le voisinage en 820, compagnon d'abord de son compatriote Abou-Temm5m, se rendit plus
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84 LtTTBRATVRB ADABE
tard à Bagdad et y vécut longtemps comme panégyriste de Motawakkil et de ses courtisans ainsi que des chefs de l'administration civile. Il mourut en 897, soit dans sa ville natale, soit à Alep. Comme Abou-Temroâm, dont le plus beau titre de gloire est d'avoir recueilli le Hamàsa, il réunit aussi un livre de ce genre ; ses poésies d'ailleurs sont une imitation de l'ancien style. Il parle fréquemment d'Alep et de la plaine qui l'entoure, car il avait pris ce pays en affection. C'est Abou-Temmâm qui, l'entendant réciter à Homs un poème de sa composition, devina son talent poétique, et comme il était pauvre, Abou-Tcmmnm écrivit aux habitants de Ma'arrat en- No'mân une missive pour le leur recommander; sur cette lettre, ceux-ci lui firent une pension de quatre mille dirhems; c'était le premier argent qu'il gagnait. Abou'I- 'Alâ el-Ma'arri considérait Abou-Temmâm et Moténabbi comme deux moralistes, tandis qu'il voyait le vrai poète dans El-Bohtori. Il était très avare, portait des vêtements malpropres et laissait mourir de faim son frère et un domestique qu'il avait chez lui. Il a peu laissé de satires; son Ris a raconté que son père lui avait recommandé, à son lit de mort, de brôler toutes celles qu'il avait faites dans un moment de colère et sous l'empire de sentiments de vengeance, et cela pour éviter à son fils les difificultés provoquées par des ressentiments. Mais Abou'l-Faradj el-Içfahàni a établi, par les fragments connus de satires d'El-Bohtori, qu'il avait été tout à fait inférieur daos ce genre.
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LBS ABRASSIDES
Ibn el-Mo'ta-:^^, le khalife d'un jour.
Les fiU des rois eux-mêmes s'en mettaient, 'Abdallah Ibn el-Mo'tazz, fils du khalife El-Mo'tazz, né en 8G1, meoa sous le règne d'El-Mo'tadid une vie libre de poète et de savant. Après la mort du khalife, il fut mêlé aux intrigues de cour ; les mécontents de la politique de Moqtadir, livré aux femmes et aux eunuques, choisirent 'Abdallah pour khalife sous le nom d'EI-Mortadi (17 déc. 908), mais la garde du khalife eut l'avantage sur ses partisans; son règne ne dura qu'un jour; Ibn el-Mo'tazz s'enfuit dans la maison d'un joaillier, y fut bientôt découvert et étranglé le 29 décembre par l'eunuque Mounis, chambellan et trésorier du khalife. Sa poésie, dans le genre d'Abou-Nowâs, a renoncé à toute imitation des anciens poètes-, c'est avec une élégance aristocratique qu'il écrit de petites pièces charmantes de circonstance. A coté de cela, il s'occupa de l'histoire de la littérature et écrivit le premier en langue arabe un grand ouvrage sur la rhétorique (Kitâb el-badi', conservé à l'Escurial). Ses vers offrent un sens clair et un style aisé.
Il avait formulé les règles de la saine rhétorique par ce dicton : « L'éloquence est l'expression juste des idées au moyen de peu de mots. » Il eut des poètes qui pleurèrent sa mort tragique, comme 'Ali ben Mohammed Ibn Bassùm, l'élégant et subtil, et son ami Ibn el-'Allàf Hasan ben Ali, poète aveugle de Nahréwan, qui pour éviter les persécutions écrivit sa fameuse élégie sur la mort d'un chat, de son chat favori, qui avait l'habitude d'entrer dans les pigeonniers voisins et d'y dévorer les
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pigeons, et qui fut méchamment tué par les propriétaires : « Tu nous as quittés, minet (hirr), et ne reviendras jamais plus! Tu étais comme mon enfant! Comment pouvons-nous cesser de t'aîmer, toi qui étais pour nous une sûre protection! u Ibn el-Mo'tazz aimait à boire du vin le matin, dans les prairies de Matira, près de Sàmarra, non loin du couvent chrétien d'Abdoûn : « Que de fois, à l'aurore, je fus éveillé par la voix des moines à leurs prières ! Vêtus de robes noires, ils chantaient matines, la cordelière autour des reins, les têtes rasées cerclées d'une couronne de cheveux. »
Ibn el~Hadjdjâdj.
L'administration des Abbassides peut revendiquer le mohtasib, commissaire chargé de la police des marchés, de la surveillance des poids et mesures et des mœurs à Bagdad, Ibn BL-HAnjDJADj, plus tard destitué et qui mourut en l'an 1000. Ses poésies légères eurent un succès et une célébrité considérables; on en vantait le tour aisé et enjoué. On l'a comparé à Imrou-oul-Qaïs dans ce sens que, comme lui, il a créé un nouveau genre de poésie dans lequel il est resté sans rival. C'était un chiite convaincu, et il prescrivit par ses dernières volontés d'être enterré aux pieds de l'imam Mousa, dont le tombeau est non loin de Bagdad. A côté de lui il faut rappeler le chérif Mohammed er-Ridà, un des descendants du Prophète ; son père Tahîr avait exercé les fonctions d'inspecteur de la descendance d'Ali, de premier président de cette sorte de cour de cassation que l'on appelait el-Mazhâlîm, et de chefde la caravane des pèlerins. Il avait
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tES ABBASSIDES
commencé très jeune à composer des vers, et il continua toute sa vie à en produire un nombre considérable. Il s'occupa aussi d'exégèse coranique et écrivit des ouvrages sur la rbétorique du livre sacré; il mourut à Bagdad en 1015.
Mihyar ben Mar:^oûyè.
Un de ses élèves, Mibvar ben MARzoî)Yà, fut par lui converti à l'islamisme; car c'était un mazdéen, né dans te Déïlem ou région montagneuse au sud du Guilan, sur les côtes de la mer Caspiennne, et qui mourut à Bagdad en 1037. Il était secrétaire pour la langue persane, et étudia la poésie avec le chérif Er-Ridâ. Ses opinions chiites révoltaient les Sunnites, dont l'un d'eux finit par lui dire : n Mihyâr, en vous convertissant, vous n'avez fait que passer d'un coîn à l'autre de l'enfer. » On admirait, dans ses vers, la délicatesse de la pensée et la remarquable douceur de l'expression.
Les provinces.
La capitale n'était pas seule à attirer les génies poétiques dont les œuvres se manifestaient d'un bout à l'autre de l'empire. Pour des motifs politiques ou religieux, ou pour d'autres raisons personnelles, ils restèrent éloignés du centre et se contentèrent delà protection des gouverneurs de provinces. Le Sbid Himyakite, Isma'ïl, né à Bassora vers 729, dut à cause de ses opinions chiites quitter cette ville pour Koufa; il reconnut Abou'l-'Abbâs SaSab lors de la prise de cette ville, mais se tint à l'écart
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de lui et de ses successeurs quand il les vit persécuter les Alîdes, et mourut en 789 à Wùsit. Ses poésies se distinguent par la simplicité de la langue, comme celles d'Abou'l-'Atàhiya et de Bachchâr ben Bourd.
Lui qui était né de parents kharédjites, de la secte des Ibàdites, il célébra pendant plus de quarante ans, dans d'innombrables pièces de vers, les gloires de la maison d'Ali, avec un talent quî força l'admiration de ses ennemis. Il a raconté lui-même que c'était à la suite d'un songe qu'il s'était converti aux croyances de la secte des Kéïsànites, partisans de Mohammed, âls de la Hanéfîte. Son teint bronzé attestait les croisements de races qui s'étaient produits dans le sud de l'Arabie. II était grand et bien fait; il avait les dents belles et la chevelure ahoudante. Il se distinguait par la fécondité de son imagination et l'énergie de la pensée; les Bédouins eux-mêmes prisaient son style. Ses habitudes d'ivrognerie lui valurent d'être arrêté une nuit par la police en flagrant délit dans les rues d'EI-Abwaz, en Susiane. Dans ses satires, animées d'une haine violente contre les compagnons du Prophète, il alla jusqu'à comparer 'Aïcha <( au serpent qui cherche a dévorer ses petits u.
Abou'ch-Chiç Mohammed ben 'Abdallah s'attacha comme panégyriste à l'émir de Raqqa, Oqba ben Dja'far ben el-Acb'nth el-Khozà'!, écrivit des poésies bachiques, et des élégies sur la perte de sa vue, qui lui arriva avec l'âge; il mourut en 811. Cousin de Di'bil el-Khozù'i, il était resté obscur a côté de MosHm ben el-Wélid, d'Achdja' et d'Abou-Nowàs. L'émir de Raqqa était riche et généreux, et ses dons maintinrent le poète auprès de lui. 11 avait la pensée prompte et composait très vite.
Dans la péninsule arabique nous ne trouvons plus de poètes : c'est ii peine si l'on peut citer Ibn Harma
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LES ABBASStDES
Ibrahim ben 'AH, né en 685, qui vécut à Mcdine, partisan des Alidea, grand ami du vin, mort en 767; eu revanche, la Syrie continue de briller d'un grand éclat. Abou Temmâm Habib ben Aus, né en 807 dans le voisinage du lac de Tibériade, d'un père chrétien nommé Tadoùs le droguiste (Thaddée), voyagea beaucoup; étant jeune il était a Homs où le poète El-Bobtori le rencontra jouissant déjà d'une renommée poétique; cependant quelques-uns prétendent qu'étant enfant il distribuait de l'eau dans des mosquées du Caire. li est certain que c'est en Egypte que ses productions littéraires furent tout d'abord appréciées. Étant venu à Damas sans pouvoir y trouver de prolecteur, il profita d'un voyage que fit £l-Mamoun en Syrie pour aller le trouver sans pouvoir obtenir d'être reçu. Parvenu à Mossoul il fit une excursion en Arménie où l'attendaient les riches présents du gouverneur Khâlid ben Yézid. La mort du khalife £l-Marooun le ramena à Bagdad où il trouva un accueil favorable auprès d'El-Mo'taçim; aussi lui consacra-t-il de nombreux poèmes, ainsi qu'à ses courtisans. La renommée grandissante d"Abdallab ben Tafair, qui était presque indépendant en Khorasan, l'attira auprès de lui; à son retour, retenu ii Hamadan par une tourmente de neige qui avait rendu infranchissables les passes du Zagros, il y fit la connaissance de l'érudit Abou'1-Wéfa ben Salama, qui lui ouvrit toutes grandes les portes de sa bibliothèque, ce qui lui donna le goût de rechercher et réunir les poésies des anciens poètes arabes et lui permit de composer, entre autres, son Hamâsa qui nous a conservé la notion d'une foule de poètes et de poésies de l'ancienne époque arabe. Comme poète, il aurait peut-être été vite oublié; mais comme compilateur du Hamâsa, il est resté célèbre, et son commentateur Tébrizi a pu dire : « Abou-Temmàm, en réunissant cette antho-
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logie, s'est montré meilleur poèlc que dans ses propres vers. » Cependant l'on disait aussi de luî qu'il surpassait ses contemporains par la pureté de son style, le mérite intrinsèque de ses poésies, et la manière excellente dont il savait traiter un sujet. Ibn-Khallikao a établi qu'Abou Temmàm avait passé les derniers jours de sa vieâMossoul où Hasan ibn Wahb, secrétaire du directeur de la chancellerie, l'avait envoyé comme directeur de la poste aux chevaux : fonctions de toute confiance dans l'empire des Arabes, car ce fonctionnaire, en outre de son service public, renseignait l'autorité centrale sur ce qui se passait dans les provinces; il mourut dans cette ville vers
Dik el~Djinn.
Avec Dik el-djinn (le Coq des génies, ainsi surnommé parce qu'il avait des yeux verts et était très laid] Abdessélâra ben Raghbàn nous avons un exemple de cet intéressant mouvement d'idées qui souleva contre les Arabes d'Arabie et leurs prétentions à la supériorité et à la noblesse toutes les races vaincues qui relevaient la tète, et qui trouvaient des rhéteurs pour défendre leurs droits, d'ailleurs purement imaginaires; on appelait ces gens des cho'oûbiyya. Ils n'oubliaient qu'une chose, c'est que leur patriotisme ne pouvait se manifester qu'en langue arabe, et que l'emploi de cette langue était la marque indélébile de la conquête. Le Coq des génies était un fameux Cho- 'oûbî; né à Homs en Syrie, pays qu'il ne quitta jamais, il plaida la supériorité des Syriens; il était en même temps chiite et composa des élégies sur la mort lugubre de Hoséïn, (ils d"Ali, a la bataille de Kerbéla. Il mourut en
LES ABBASSIDBS
849 âgé de plus de soixante-dix ans. I! avait dissipé tout son patrimoine dans le désordre et les plaisirs. Il avait une esclave nommée Dounyâ, dontil était passionnément amoureux, et à qui il consacra de nombreux poèmes; mais dans un accès de passion criminelle et de jalousie, il la mit à mort sur un soupçon qu'il avait conçu à l'égard de la conduite de la servante envers un esclave nommé Waçif ; crime dont il se repentit amèrement plus tard.
L'épanchement de sa douleur nous a valu les vers où il exhale sa plainte : « 0 branche de dattes ! la destruction est tombée sur toi! J'ai arrosé de ton sang la terre... » Son image venait le visiter pendant la nuit : « Elle visita ma couche après ses funérailles... et je lu! dis : Joie de mes yeux! tu m'es rendue enfin! mais comment est-ce possible? Et elle répondit : Là-bas mon corps est déposé, mais ceci est mon âme qui vient te visiter. » On remarquera l'expression des regrets; celle du remords est absente; en accomplissant cet assassinat le poète ne faisait qu'user du droit que la loi lui reconnaissait; sa conscience était tranquille.
Les Hamdânides à Alep.
Le règne des Hamdânides à Alep créa dans cette ville un mouvement littéraire des plus importants, dont In célébrité ne tarda pas à se répandre dans tous les pays où l'on parlait l'arabe. Séïf-Eddaula, qui s'y établit alors que le khalifat de Bagdad était disputé entre des chefs militaires d'origine turque ou persane, eut à défendre l'État qu'il avait créé contre bien des ennemis extérieurs, et surtout contre les troupes romaines de Byzance; néanmoins il vit fleurir autour de lui plusieurs
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poètes, doDt les plus célèbres sont Moténebbî et Abou- Firâs el-Hamdânï.
MoT^NBBBi, Ris d'un porteur d'eau, était né à Koufa en 905 ; il passa son enfance en Syrie et parmi les Arabes du désert. Étant jeune homme, il se crut prophète, fonda une nouvelle religion dans les plaines qui entourent la petite ville de Sémâwàt sur l'Euphrate, eut des révélations dans le genre de celles du Koran, et réunit quelques sectateurs autour de lui ; mais au bout de fort peu de temps, il fut défait par Loulou, le général des Ikhchidites commandant à Homs, et mis en prison ; de là son surnom de Moténebbî, « celui qui se prétend prophète n. La prison dont il ne sortit qu'après avoir reconnu la vérité de l'islamisme, lui révéla son génie de poète. En 948, arrivé à la cour de SéiT-Eddaula, il composa pour le louer des poèmes tellement beaux que les noms de l'auteur et du protecteur sont indissolublement liés l'un à l'autre .
Leur bonne entente toutefois ne dura que neuf ans. A la suite d'une dispute avec le philologue Khàlawalh, Persan de Susiane, qui s'emporta jusqu'à le frapper au visage avec une clef, il quitta Alep et alla offrir ses services à l'ennemi de la dynastie des Hamdànides, à l'eunuque nègre Knfour et à Anoûdjour, ministres des princes Ikhchidites qui s'étaient rendus indépendants en Egypte; seulement les résultats de sa démarche trompèrent son attente; furieux, il s'enfuit et se rendit a Bagdad, oii commandait de fait le ministre El-Mohallabt, qui aurait bien voulu être l'objet des louanges de l'illustre poète ; mais celui-ci ne lui accorda pas la gloire qu'il sollicitait, de sorte que le poète alla rechercher en Perse, à Chiraz, Adod-ed-Daula, le Bouïde, qui le récompensa généreusement. C'est en revenant de le visiter
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qu'il tomba, aoa loin de Bagdad, au milieu d'une expédition de brigands bédouins et fut tué (965).
Les poésies de Moténebbi ont été applaudies et critiquées outre mesure dans le monde arabe et dans le monde européen . Le cadi Abou'l-Hasan se vantait de tenir le milieu entre les admirateurs et les détracteurs du poète, les premiers lui donnant la préférence sur tous les autres poètes de son temps et l'élevant au-dessus de tous ses rivaux, tandis que les seconds prétendaient que ses discours n'étaient qu'un bavardage, ses expressions que des barbarismes. Tha'âlibi, l'auteur du Yatimet-ed-Dakr, trouvait à juste titre que la division des esprits sur ce sujet est la preuve la plus évidente de son mérite et de sa supériorité ; il vantait aussi son habileté : a la rime est soumise à son empire et les pensées sont ses esclaves ». Quand on examine de près l'opinion des critiques orientaux, on voit que ce qu'ils louent le plus dans Moténebbi, c'est la recherche de l'expression, l'abandon de l'antique simplicité pour l'afTéterie, l'accumulation d'images hétéroclites; c'est ainsi qu'il fut le premier à composer des vers dans le goût de celui-ci ; a II marcha à la tête d'une armée soulevant un nuage de poussière qui obscurcit la vue ; il semblait que les soldats vissent avec leurs oreilles ; n et cela parce que l'obscurité était telle qu'on ne pouvait voir avec ses yeux! Ce» fâcheuses inventions du pseudo-prophète et de ses contemporains eurent un succès tel qu'elles régnèrent en maîtresses sur la poésie orientale, que nous allons voir verser de plus en plus dans la boursouflure et les images forcées. Comme preuve de la popularité de Moténebbi, Ibn Kballikan cite ce fait que, pour expliquer ses poésies, on a écrit plus de quarante commentaires; cela tient surtout à ce que les expressions rares et recher-
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LtTTBIlATDRE ARABE
chées dont il abusait avaient begoln d'Être expliquées pour être comprises. L'avarice était le seul défaut qu'on put lui reprocher : sa conduite morale frappait au milieu des plaisirs et des débauches de la cour de Séïf-Eddaula ; un rigide musulman remarqua même que quoiqu'il ne jeûnât pas, ne fit pas les cinq prières canoniques journalières, ni ne lût pas le Koran, il ne disait cependant jamais de mensonge.
D'autre trempe était Abou-Fibàs el-Hamdàni, qui était de la famille même de ces princes d'Alep et cousin de Séïf-Eddaula, qui l'avait nommé gouverneur de la ville de ManbidJ, et qu'il accompagna dans ses luttes contre le Domestique, général en chef des troupes romaines d'Asie. Fait prisonnier en 959, à la chute de la forteresse qu'il défendait, il fut conduit à Constantinople et y resta jusqu'à sa mise en liberté en 965. Pendant sa captivité il composa de nombreuses élégies adressées aux membres de sa famille, parmi lesquelles un poème célèbre adressé à sa mère à Manbidj, qui a été traduit en allemand par Ahlwardt. A la mort de Séîf--Eddaula (967), il prétendit au trône de la principauté de Homs, mais i! périt dans un combat avec les troupes envoyées contre lui par le fils de Séif-Eddaula. Abou-Fîrâs était un brave guerrier, dont les poésies, dépourvues d'appareil pédaotesque, respirent des sentiments vrais et francs exprimés dans une langue noble et élevée ; elles forment le journal de sa vie accidentée.
A côté de ces deux maîtres de la langue, on peut encore citer, dans l'entourage de Séïf-Eddaula, Es-Sari br-Reppà, ainsi nommé parce que dans sa jeunesse il avait été stoppeur ou repriseur d'étoffes à Mossoul; après la mort de Séïf-Eddaula il se rendit à Bagdad auprès du ministre El- Mohallabi ; Tha'àlibi lui a reproché de nombreux plagiâtes.
LES ABBA58tDB9
Il avait pris pour modèle Kochàdjim, alors célèbre en Orient; il avait contracté l'habitude, pour augmenter le volume des copies qu'il faisait de cet auteur, d'insérer ses propres vers au milieu des siens. En-Nâmi (Abou'l-' Abbâs Ahmed], successeur de Moténebbi comme poète de cour, mourut à Alep entre 980 et 1008; on l'appelait El-Misstsi parce que sa famille était originaire de Mopsueste en Cilicie. On a conservé de lui les vers spirituels qu'il a consacrés a un seul cheveu noir qui était resté sur sa tète chauve : « Je dis à mes cheveux blancs, efirayés de la présence de cet étranger : Je vous en prie, respectezle. Une épouse noire d'Afrique ne restera pas longtemps dans la maison où la seconde femme est blanche de peau. » Abou'l-Faradj , qu'on surnommait El-Babbaghâ (Perroquet) à cause d'un défaut de prononciation, était de Nisibine; après la mort de son protecteur il se rendit à Mossoul et à Bagdad, et mourut en 1007. Ez-Zâhi Ali ben Ishaq ne séjourna à Alep que temporairement : il vivait ordinairement à Bagdad, où il était né et où il tenait une boutique de marchand de coton ; il y consacra des poèmes aux Abbassides et au vizir El-Mohallabi; il mourut en 963; il est célèbre par ses descriptions : on cite les vers qu'il a consacrés à la violette, a. fleur d'azur dont la tige semble trop faible pour supporter la fleur », au vin « si transparent dans la coupe qu'il en semble lumineux m, aux belles « dont les yeux semblent brandir des sabres et dégainer des poignards, dont le visage voilé rappelle le croissant, et dévoilé, la pleine lune ».
L'Egypte échappait de plus en plus à l'action du khalifat de Bagdad; les Toulounides et les Ikhchidites s'y étaient rendus indépendants ; les temps n'étaient pas loin où les Fatimides, venus d'Afrique, allaient y établir un khalifat chîïte. Passant sur le kâlib ou secrétaire
Hâchid ben Ishaq, qui florissait vers 850 et a laissé ud diwan plein d'obscénités qui est conservé à la bibliothèque de Berlin, nous pouvons noter le chérif Abou'l- Qàsim Ibn Tadâtabâ, qui remplissait les fonctions d'inspecteur des descendants d'Ali; tl mourut en 956. Ses poésies sont surtout mystiques et ascétiques ; ou cite cependant sa description d'une longue nuit : a Les Pléiades semblent cette nuit avoir voyagé tout le jour et être arrivées fatiguées à leur station du soir. Elles ont dressé leurs tentes pour que leur caravane puisse reposer, aucune planète ne roule dans son orbite, aucune étoile ne se bâte dans sa voie nocturne (tellement la nuit est noire). »
Abou'l-Qàsim Mohammed ben Hâni' el-Andalousi était né k Séville, mais son père était originaire d'un village des environs de Mahdia en Tunisie. Banni de sa ville natale à vingt-sept ans, parce que la dissipation dans laquelle il s'était plongé l'avait fait accuser de partager les opinions des philosophes grecs, lui avait valu la haine du peuple et avait contraint son protecteur, qui craignait d'être accusé de pactiser avec ses idées, de le prier de s'éloigner quelque temps, il se rendit auprès de Djauhar, le général du Patimide El-Mançour, puis auprès du (ils de celui-ci, El-Mo'îzz, quand il remplaça son père en 95.3, et l'accompagna lorsqu'il se mit en route pour la conquête de l'Egypte en 969. Au bout de quelque temps il retourna au Magreb rejoindre sa famille et l'amener en Egypte; il fut en cours de route assassiné à Barqa dans l'ancienne Cyrénaïque (973), jeune encore, ayant au plus quarante-deux ans.
El-Mo'izz, en entrant en Egypte, apprit la mort de son protégé ; il en fut extrêmement afQigé : « Nous espérions, dit-il, mettre cet homme en compétition avec les poètes d'Orient, mais ce plaisir nous a été refusé, n Abou'I-'Ala
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el-Ma'arri, qui n'aimait pas les vers d'Ibn Hâni', les comparait à des grains de blé broyés par ta meule, à cause de la dureté de sa phraséologie.
tÉmu, second fils du khalife fatimidc El-Mo'izz, né en 948, composa des dithyrambes consacrés à son frère le khalife EI-'Aziz et mourut en Egypte en 985. Celui-ci, qui avait succédé à El-Mo'izz après avoir été désigné de son vivant comme héritier présomptif, était aussi poète. Témim a écrit des poésies amoureuses, tout en imitant les poètes du désert dans ses descriptions de gazelles souETrant de la soif. A côté de lui nous pouvons citer Ibn-Wakî', né à Tinnis près de Damiette, mort dans la même ville en 1003; on appréciait en lui l'originalité de la pensée. Compilateur remarquable, il a consacré un ouvrage à rechercher les plagiats attribués il Moténebbi. Un défaut de prononciation l'avait fait surnommer El-' Atis (Celui qui éternue). Il a chanté les délices de l'amour refroidi ; « Mon cœur, jadis aimant, est maintenant délivré de ton amour, et ne sent plus pour toi ni inclination ni désir. Ta cruauté m'a réconcilié avec ton absence; un parent peut cesser de regretter la mort d'un enfant revéchc. n 11 était d'ambition modeste : « Une position obscure satisfait mes souhaits, qui se détournent d'un rang élevé. Cependant ils n'ignorent pas combien les grandeurs sont douces, mais ils préfèrent la santé, m
ABOu'a-RAgA'MAQ était originaire d'Antioche, Établi en Egypte, il adressa des louanges aux souverains fatimides et aux grands de ce pays ; il y mourut en 1008. Et-Tihami (Abou'I-Hasan 'Ali ben Mohammed) n'a pas produit un gros volume, mais la plus grande partie des pièces qui le composent sont exquises, àla manière orientale, c'est-àdire pleines de comparaisons exagérées et imprévues.
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Célébrant la libéralité d'uD ministre, il s'écrie : « Comparés à sa magni&ccnce, le nuage gonflé n'est plus qu'une vapeur, et les mers de simple» ruisseaux. » Mais il a composé une fort belle élégie sur la mort de son fils encore jeune, et l'on prétendit que ses péchés lui avaient été pardonnes pour avoir écrit une si belle pièce de vers. Le rôle politique qu'il joua fut cause de sn perte. Étant arrivé secrètement en Egypte porteur de lettres de Hassan ben Mofarridj, chef de la tribu de Taï, adressées aux Beui-Qorra qui habitaient la province de Barqa, l'ancienne Cyrênaïque, et venaient de se révolter contre les Fatimides en faveur d'un descendant des Oméyyades, il fut arrêté et jeté dans une prison du Caire où il fut mis à mort en secret en 1025.
Toghrai.
Abou Isma'il el-Hasan TochiiàÏ était d'origine persane, né à Ispahan; à la fois poète, savant et homme d'Etat; son surnom signifie : Celui qui trace le togkrd, sorte de dessin formé de lettres entrelacées qui se place en tête des diplômes et actes officiels et sert à lui donner le caractère d'authenticité. Le calligraphe qui le trace est en réalité le chancelier de l'Etat. C'est à Bagdad qu'il composa la Ldmiyyat el-'Adjam (l'ode rimée en / des non-Arabes) par opposition à la célèbre Lâmiyyat el-'Arab, dont l'auteur est Chanfara; c'est une élégie sur le malheur des temps. Plus tard le sultan seldjoukide Mas'oud le prit pour son ministre, dans sa capitale de Mossoul. Lorsque celui-ci fut défait à ta bataille d'Hamadan (1121) par son frère Mahmoud, le poète fut fait pri-
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soDDÎer et exécuté sur le conseil du vizir Souméïrami, souB le prétexte d'athéisme. Son diwan contient de nombreux panégyriques du sultan Sa'id, fils de Mélekchah, et du grand ministre Nizhiim el-Molk. Les orientalistes Pocock et Golius se sont exercés à traduire en latin ta Lùmiyya de Toghràï.
Un copiste et libraire de Bagdad, Abou'l-Ma'àli Sa'd el-Haziri (f 1172), surnommé Dellàl el-Kotob (le Courtier de livres], a réuni ses propres poésies sous le titre de Loumah-el-moulah, par ordre alphabétique, ainsi qu'un recueil d'énigmes qui se trouve au Caire. Nous n'avons plus son Zînat ed-dahr, anthologie des poètes de son temps et de leurs prédécesseurs, ornée de biographies, non plus que ses nombreuses compilations. Ses compositions abondent en pensées gracieuses exprimées avec beaucoup d'élégance.
En l'honneur du grand ministre des Seldjoukides, r^izhàm el-Molk, Mou'in-Eddin Ahmed ben 'Abderrazzàq bt-Tamtakâni rima son ode à échos [tardji') que Silvestre de Sacy a fait connaître et a traduite dans sa Chrestomalhie arabe.
oAbou'Valâ el-Ma'arrî.
La Syrie avait alors vu naître un philosophe qui fut le dernier des grands poètes de la langue arabe, et dont le pessimisme, exprimé en beaux vers, provoqua l'admiration de nombreuses générations.
Abou'l-'alâ el^Ma'aruî, né àMa'arrat-en-No'man, dans la Syrie du Nord, en 973, était d'une famille qui se rattachait à la tribu yéménite de Tanoùkh. A l'âge de quatre ans, il fut atteint de la variole et perdit un œil ;
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plus tard l'œil resté sain fut détruit à son tour et il devint totalement aveugle. Malgré cela il reçut une éducation soignée à laquelle veilla son propre père, dont il a éternisé la mémoire dans une élégie. Après avoir continué ses études à Alep, ît lit un premier voyage à Bagdad, qui ne lui réussit pas, car il s'y sentait étranger et ne rêvait que de sa ville natale; il y revint cependant l'année suivante pour y faire la connaissance d'Abdessélâm de Bassora, directeur de l'une des grandes bibliothèques de la ville. Celui-ci réunissait chez lui, chaque vendredi, une société de libres penseurs dont Abou'l- 'Atù fit bientôt partie : les uns étaient rationalistes, comme les Mo'tazclites, d'autres purement matérialistes; cette fréquentation eut une grande influence sur la direction de son esprit. Cependant, au bout d'un an et sept mois, rappelé à Ma'arra par la nouvelle de la maladie de sa mère, il arriva trop tard pour recueillir son dernier soupir, pleura sa mort dans des vers pleins de sentiment, et ne quitta plus sa ville natale. Ses poésies de jeunesse ont été rassemblées sous le titre de Sitjl azzand (les Etincelles du briquet) et celles de son âge mùr, BOUS celui de Luzoâm mû lam yalzatn (Obligation qui n'est pas indispensable), ainsi appelées d'après la difficulté vaincue d'une double ou triple rime, ce qui n'est pas indispensable en prosodie ; il a laissé un recueil de lettres, un traité de l'ascétisme et de la prédication en prose rimée et en vers. On dit qu'il avait écrit un Koran, imitation de celui du Prophète et qui n'était peut-Atre que le persiflage d'un libre penseur. Comme on lui objectait que l'ouvrage était bien fait, mais qu'il ne produisait pas l'impression du vrai Koran : « Laissez-le lire pendant quatre cents ans dans les chaires des mosquées, répHquat-il, et TOUS m'en direz des nouvelles. »
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Ibn Kocb&djin Mahmoud a aussi laissé un diwaa ou recueil de poésies rangées par ordre alphabétique. Il était le petit-hls d'ua Indien des bords du Siode, et vivait à Ramla. Il mourut vers 961.
Abou'UFaradi Mohammed bl-Wa'wa' de Damas était un poète précieux et délicat, qui abusa des descriptions et des métaphores; il est l'auteur du vers fameux : « Elle fit pleuvoir des perles du narcisse, arrosa la rose et mordit les jujubes avec ses grêlons, » qu'on pourrait prendre pour la description d'un nuage, mais a tort, car il s'agit d'une femme : les perles sont les larmes, le narcisse l'œil, la rose est la joue, les grêlons les dents, et les jujubes ne sont autre que les lèvres roses. Ces facettes durent paraître charmantes quand on les inventa; plus tard, répétées ii satiété par des milliers de poétaillons en persan, en hindoustani et en turc, elles forment la plus fastidieuse répétition de formules creuses qu'on peut imaginer. Il mourut à la fin du x° siècle.
A Bagdad vécut Abou-' Abdallah el-Ablah, qui y naquit et y mourut; c'est vers 1183 que ce dernier événement arriva. Ses poésies, dont quelques-unes ont été conservées au British Muséum, unissent la tendresse du sentiment à l'artifice du style. Elles n'étaient pas très nombreuses, mais elles eurent un grand cercle de lecteurs ; les musiciens s'en emparèrent et les chantèrent sur de vieux airs; ils s'empressaient autour de lui pour lui réclamer des poésies nouvelles. En 1160, le Kâtib 'Imàd- Eddîn, auteur de la Kharîda, entendit réciter ses vers. Son surnom d'Ël-Ablah signifie le Sot; mais on s'est demandé si on ne le lui avait pas donné par antiphrase; c'est ainsi que les Arabes appellent un nègre Kàfour (Camphre], et nous Boule-de-neige.
Ibn bt-Ta'.IwidhI (Abou'1-Fath Mohammed) était le fils
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lOS LITTÉRATURE ARABB
d"Obéïd-allah, qui s'appelait proprement NoAchtékin et était un esclave turc affranchi; par sa mère il était le petit-âls du célèbre ascète Ibn et-Tâ'àwidhi, d'où son suraoiB. Né en 1125 à Bagdad, il fut élevé par les soins de son grand-père maternel, devint secrétaire à l'administration des (iefs : en 1183, il perdit la vue; il se lamente, dans nombre de ses poèmes, sur la privation de l'usage de ses yeux et regrette les jours de son active jeunesse. Avant cette calamité, il avait réuni ses poésies en un diwan, qu'il compléta plus tard, en y ajoutant ce qu'il appelait Ziyâdât ou Additions. Quand il devint aveugle, il occupait encore son poste dans l'administration; il obtint que son nom fût remplacé, sur les registres du personnel, par ceux de ses fils; néanmoins il paraît que ceux-ci se montrèrent ingrats et ne nourrirent pas leur përe, qui adressa au khalife Nàçîr-Lidînillah une plainte en vers si touchante, pour demander une pension viagère pour lui-même, que le khalife ta lui accorda, u Si cette pièce de vers avait été récitée à un roc, dit Ibn Khallikan , elle l'aurait amolli, n On admira son style aisé et gracieux; la correction et la douceur de l'expression s'y alliaient à la subtilité de la pensée, on les trouvait charmantes au plus haut degré. Sa mort arriva en 1188.
Idm el-Mo'allim (le Fils du professeur] est le surnom d'Ahou'l • Ghanùïm Mohammed el-Horti , de Hort près de Wàsit, né en 1108, mort en 1196. Dans ses poésies, c'est le sentiment pathétique qui domine, ainsi qu'une délicatesse naturelle de la pensée; elles appartiennent aux genres amoureux et panégyrique; le style en est aisé et les pensées justes; elles eurent un succès considérable, se répandirent au loin et procurèrent à leur auteur l'estime publique, l'aisance et l'influence. On les apprenait par cœur avec plaisir, et tes prédicateurs les
citaient dans leurs serinons. Chaque ode qu'il composait était immédiatement apprise par cœur par les derviches appartenant à l'ordre religieux des Rifù'iyya, qui les chantaient dans leurs assemblées pour se procurer l'extase mystique. Le chant de l'amour charnel les menait sur la voie de l'amour divin. Il régnait une jalousie mutuelle entre Ibn el~Mo'allim et Ibn et-Ta'ùwidhi, qui s'adressèrent l'un à l'autre des satires. Un jour que le premier passait it un endroit où le chéïkh Ahou'l-Faradj Ibn eUDjauzi avait l'habitude de prononcer de pieuses exhortations, il vit une foule nombreuse assemblée et s'informa du motif qui produisait l'encombrement de la rue. On lui apprit que c'était une prédication d'Ibn el- Djauzi qui allait avoir lieu. 11 réussit à se faire place et s'approcha du prédicateur assez près pour l'entendre dire : « Ibn cl-Mo'altim a exprimé une pensée fort belle dans ce vers : La réputation de ton nom renouvelle, pour mon oreille, le plaisir de l'entendre, et celui qui le répète me parait charmant. » L'auteur fut délicieusement frappé de s'entendre ainsi citer, mais ni le prédicateur ni personne de l'assemblée ne sut qu'il était là.
'Isa ben Sindjar BL-HiDjiai était comme son père un soldat des troupes régulières turques. Il naquità Arbèles. Un frère d'Ibn Khallikan, nommé Diyâ-Eddin 'Isa, était lié d'une étroite amitié avec Ël-Hùdjiri ; quand le biographe arabe quitta Arbèles en 1229, le poète était alors détenu dans la citadelle de cette ville, » pour des motifs qu'il serait trop long de rapporter »; il trompait son ennui en composant des vers sur sa captivité. Plus tard il obtint sa mise en liberté et entra au service de Mozhaffar-Eddin Koûkbouri (le Loup bleu], qui régnait à Arbèles depuis 1190; il fut en faveur et adopta le costume des soufis. A la mort de son maître en 1232, il quitta cette ville
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et il n'y retourna que quand Bàtikin, esclave arménien, fut chargé de l'administrer au nnm du khalife. Il y résida constamment pendant longtemps. Un jour, en sortant de sa maison, il fut poignardé par un assassin qui l'épiait depuis quelque temps. Il expira la même journée, en juin 1235, après avoir écrit, malgré son affreuse blessure, un appel en vers à la vengeance de Bàtikin ; il avait ii peine cinquante ans. Son surnom d'Ël-Hàdjirî se rapporte à El'Hâdjir, village dans le Hedjaz ; il n'y était pas né, mais bien à Arbèles ; on le lui donna à cause de la mention fréquente qu'il en faisait dans ses vers, ce qui indique bien tout ce qu'il y a d'artificiel dans la poésie de cette époque, oii les auteurs, par esprit d'érudition, citaient des endroits qu'ils n'avaient jamais vus, où ils n'avaient jamais mis les pieds et qu'ils ne connaissaient que par la lecture des anciens poètes arabes : telle la Grèce pour les poètes français du xvii' siècle. Son diwan a été recueilli et mis en ordre par 'Omar ben cl-Hosémi de Damas, qui l'a rangé en sept chapitres : les ghazels ou poésies amoureuses, celles du temps de sa captivité, les mokhammasdt ou stances de cinq vers, les vers isolés, les satires, les poésies populaires appelées maivdli, et enfin les quatrains ou doù-béït; il a été imprimé au Caire en 1888.
Un autre poète d'origine turque, Aïdamir el-Mohyawî, surnommé Fakhr bt-Turk (la Gloire des Turcs), était un affranchi de Mohyî-Eddin Mohammed ben Sa'îd. Il florissait dans la première moitié du xiii' siècle. C'est le poète des jardins et des fleurs ; il a aussi écrit des poésies populaires dites Mowachchah. Dans ce même genre on remarque Ifan el-Halâwî de Mossoul (Ahmed ben Mohammed), né en 1206, qui fut le poète de cour de Bedr-Ëddin Loxyloa, atâbek de Mossoul, et qui mourut en 1258; c'était
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LES ABBASGIDES 105
UD des élégants de la ville, d'une fréquentation aimable et agréable, mais d'un esprit fort léger; il a chanté, dans ses odes, les khalifes et les rois de son époque, tels que Mélik-Nàçir Dâoud, seigneur de Karak. Lorsque le prince de Mossoul se rendit en Perse à la rencontre de Houlagou, le pelit-61s de Tchinguiz-Khan, qui marchait à la conquête de Bagdad, son poète favori l'accompagna; mais celui-ci tomba malade en route et mourut dans les environs de Salmâs, à l'âge de près de soixante ans. Tout d'abord Bedr-Eddin Loulou, loin d'avoir en lui un "confident Intime, ne l'admettait môme pas à sa table et dans sa société; il l'employait à réciter, les jours de fête, les panégyriques qu'il avait composés; mais à la suite d'une saillie spirituelle du poète à propos de son bidct que le prince avait rencontré malade dans un jardin, il le prit dans son cercle de commensaux habituels et lui attribua une pension.
Si nous citons encore les noms du poète chiite 'Izzeddîn 'Abd-el-Hamid Ibn Abi'l-IIadîd (■}■ 1258), auteur de sept poésies appelées ea-sab' el-'Alaiviyyâl, sur les louanges du Prophète, la prise de Khaïbar et de la Mecque, la mort de Hoséîn fils d'Ali, et le panégyrique du khalife Nàçir-Lîdinillah, dont un manuscrit existe à Leyde; de Djémùl-Ëddin Yahyà eç-Çarçari, originaire de Çarçar dans le voisinage de Bagdad (7 1258), qui fit le tour de force de composer, à la louange de Mahomet, un poème dont chaque vers renferme toutes les lettres de l'alphabet et de résumer le droit hambalite en vers sur le mètre tatvil; de Medj-Eddin el-Wà'îzh ei-Witri, prédicateur de Witr (-}- 1264), auteur de vers à la louange de Mahomet et sur les mérites du pèlerinage; de Chems-Eddin el- WîVizh el-Koùfl (prédicateur de Koufa), mort à quatrevingts ans en 1276, dont les poésies existent en manus-
lOe LITTÀRATORB ABADE
crit à Gotha, et de Medjdeddin Ibn Abi-Chùkîr d'Arbêles, qui vivait encore en 1277 et dont un poème, Tadhkiret el-artb, se trouve à la Bibliothèque Nationale, nous aurons passé en revue le mouvement poétique qui a Bagdad pour siège.
Là Perse.
La ville de Bost, dans le Sidjistan, qui fut brillante au moyen âge par sa prospérité et sa science, et dont les ruines inexplorées gisent dans les espaces déserts qui séparent la Perse de l'Afghanistan, donna naissance en 971 à Abou'1-Fath 'Ali el-Bosti, qui dans ^ jeunesse fut secrétaire du chef de cette ville, BatyoAr, et passa au service du chef turc Subuk-Tékin, le père du fameux Mahmoud le Ghaznévide, lorsque le prince de Bost fut défait par lui. Il mourut à Bokhara en 1010, sous le règne de Mahmoud. Ses œuvres en prose et en vers étaient surtout admirées pour l'emploi, disons l'abus, qu'il faisait de l'allitération. Un extrait de son diwan est conservé à Leyde; sa qaçida la plus célèbre, que l'on connait sous le nom de Qaçidat el-Bosti, et qui a été plusieurs fois commentée, est assez répandue dans les diverses bibliothèques d'Europe.
Abou-Mançoùr 'Ali ben el-Hasan est connu sous le surnom de Sorr-Dorh (Bourse de perles), qui lui fut donné à cause de son talent poétique, tandis que son père avait été surnommé Sorr-Baar (Bourse de fiente) à cause de son avarice; c'est ce qu'Abou-Dja'far Mas'oûd el-Bayadi nous a fait savoir par ses vers satiriques; il a eu seulement le tort d'ajouter : « Ce que votre père avait amassé, vous, l'ingrat, l'avez dispersé, et vous l'appelez poésie; »
LES ABB49SIDB9
c'est injuste, car les vers de Sorr-Dorr sont charmants. Nous ne savons presque rien de sa vîe; il naquit antérieurement à l'an 1009; il était à Wâsit lorsque Fakhr- Ëddaula Mohammed beo Djéhlr fut nommé vizir, et le félicita de sa nomination. Il mourut par accident en 1072 ; une fosse pour prendre les lions avait été creusée près d'un village sur la route du Kborasan, et il y tomba.
L'étude du droit chaféîte n'empêcha pas les talents poétiques d'Abou'I-Hasan 'Ali el-Bakhaiizi de se développer; il s'était exercé à l'art de la calligraphie, et fut employé occasionnellement dans les bureaux de la secrétairerie d'État. II était né à Bùkbarz, chef-lieu d'un canton entre Nisapour et Hérat, dans le Kborasan. Il passa sa vie dans des alternatives de richesse et de pauvreté, et éprouva de surprenantes vicissitudes dans ses voyages et ses séjours dans les villes. It écrivit, en dehors de son propre diwan, une continuation, jusqu'il l'an 450 de l'hégire, du Yatimat eddahr de Tha'àlibi, sous le titre de Doumyal-el-qaçr (Statue du palais) ; c'est, comme l'ouvrage qu'il continuait, une anthologie poétique. Il fut assassiné dans sa ville natale, au milieu d'une partie de plaisir, dans l'été de 1075, et te crime resta impuni.
Un membre de la sainte famille de Hachim, un descendant d'Ibn 'Abbâs, le chérif Abou Ya'la Mohammed, mieux connu sous l'appellation d'IaN el-Habd&riyya, était né à Bagdad. Poète de grand talent, il avait la langue acérée; ses satires n'épargnaient personne. Il faisait partie du cercle de poètes qui entouraient le grand ministre des Seldjoukïdes, Nizhàm el-Motk; les genres de composition qu'il affectionnait étaient la satire, les pièces humoristiques et obscènes : « Quand it veut bien consentir à respecter la décence, ses poésies sont hautement belles, M dit te Kàtib 'imâd-Eddtn dans sa Kkarîda.
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108 LITTéRÀTURE ARABB
Nïzbûm el-Molk avait pour lui une indulgence poussée à la limite la plus extrême. Un esprit de haine et de jalousie s'était élevé entre ce ministre et Tadj el-Molk Ifan Darest, secrétaire de Turkan-Khatoun, épouse de Mélek-Chah, et qui d'ailleurs lui succéda après sa mort. Celui-ci demanda à Ibn el-Habbâriyya de composer une satire sur Nizhâm cl-Molk, lui promettant, s'il y consentait, une récompense considérable et l'appui de sa faveur. « Comment, dit le poète, pourrai-je attaquer un homme aux bienfaits de qui je dois tout ce que je vois dans ma maison? » Néanmoins Ibn Darest ayant insisté, le poète composa ces vers : « Quoi d'étonnant que Nizhâm el- Molk gouverne et que te destin l'assiste? La Fortune est comme ta roue hydraulique qui sert à faire monter l'eau du puits, les bœufs seuls peuvent la faire tourner. » Quand on fît part au ministre de cette méchante attaque, il se contenta de faire observer que le poète avait simplement voulu faire allusion à son origine : il était de la ville de Tous dans le Khorasan, et le proverbe populaire disait que les gens de Tous sont des bœufs (nous dirions des ânes); non seulement il s'abstint de punir le poète, mais il le récompensa et le traita avec plus de faveur encore qu'auparavant. C'est là une noble conduite, et une marque d'extrême indulgence, que les Orientaux, peu coutumiers de faits pareils, irascibles et prompts à la vengeance, admirent à cause de leur rareté. Comme exemple de ses vers humoristiques, on cîte les suivants : « Quand Abou-Sa'id s'aperçut que, pendant une année entière, je m'étais abstenu de boire du vin, il me dit : « Quel est le chéîkh qui vous a converti à une vie plus honorable? n Je répondis : « Ce cheikh, c'est la pauvreté. »
L'une de ses productions tes plus originales est un
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LES ABBASSIDBS
recueil d'apologues, de fables et de maximes morales sur le plan de Kalila et Dimna; cet ouvrage porte le titre A'Eç-Çâdih wal-bâghim (Celui qui parle bas et murmure); il est entièrement en vers sur le mètre radjaz, au nombre de deux mille, et sa composition occupa l'auteur dix ans. Il le dédia à Abou'l-Hasan Sadaqa el- Mazyadi, seigneur de HiUa, ville qui occupe le site de l'antique Babylone, et lui envoya le manuscrit par son fils, en s'excusant de ne pouvoir s'y rendre lui-même; il obtint en revanche une ample récompense. Ce livre est connu aussi sous le titre de Natâïdj-el-fiuia (Résultats de la discorde). Le poète raconte qu'une fois, au cours d'un voyage, il s'éveilJa ta nuit et entendit une dispute entre un Indien et un Persan sur la prééminence de leurs patries respectives; chacun, pour soutenir son dire, racontait des fables et des apologues. Tel est le canevas de cet ouvrage, dont Hammer a traduit en vers allemands un morceau considérable dans les Wiener Jahrbiicher; il a été imprimé au Caire et à Beyrouth. Quant à Tbn el- Habbùriyya, il mourut en 1110 à Kirman, où il passa les dernières années de sa vie, après avoir résidé quelque temps à Ispaban.
De pure race arabe et d'origine aristocratique était Abou'l-MozhaSar Mohammed bl-Abiwardi, qui appartenait à la famille des khalifes oméyyades et à la tribu de Qoréïch, quoique né sur le sol iranien, à Koùfàn, petit village du Khorasan à six lieues d'Abiward . Il s'acquit une grande célébrité comme poète, mais il fut en même temps érudit, traditionniste et généalogiste. Ses pièces de vers sont classées sous trois rubriques différentes : 'Iraijit/ûl (pièces relatives à l'Irak), poésies de jeunesse, panégjTÎques des khalifes et de leurs ministres ; Nedjdiyâl (poésies qui chantent le Nedjd ou Arabie centrale, l'Ar-
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cadie des poètes orientaux) ; Wedjdii/ât (pièces erotiques) . Nous n'avons plus, malheureusement, son Histoire des villes d'Abiivard et de Nasa. Sou origine illustre l'avait rempli d'une vanité exagérée, d'orgueil et d'arrogance; dans ses prières, il avait coutume de dire : « Dieu toutpuissant! fais-moi roi de l'Orient et de l'Occident de la terre! » Dans ses vers le descendant des Oméyyades transparait parfois : « Nous régnâmes sur les royaumes de la terre, a-t-îl dît, et leurs grands se soumirent à nous, bon gré mal gré. n Sa vîc fut vertueuse et sa conduite exemplaire. Il mourut empoisonné à Ispahan, dans l'après-midi du 4 septembre 1113,
D'origine syrienne était Idn bl-Khayyat (le fils du tailleur), né à Damas en 1058; il avait obtenu le titre honorifique de Chihàb-eddin (flambeau de la religion), et était employé d'administration lorsqu'il se mit à voyager; troubadour errant, il composait des éloges des grands personnages qu'il rencontrait sur sa route, et finit par aboutir en Perse, où il mourut en 1123. A Alep, il avait rencontré le poète Abou'l-Fityân Ibn Hayyoûs, et lui avait présenté ses vers; ce qui fit dire au vieux poète d'Alep que la venue de ce jeune homme lui annonçait sa mort prochaine parce qu'il était rare, dans une profession, qu'un auteur de chefs-d'œuvre parât sans que ce fût l'annonce de la disparition prompte du doyen des maîtres. Son diwan, réuni l'année même de sa mort et qui a été, au moyen âge, extrêmement répandu, est conservé à l'Escurial et à Copenhague.
En ce même temps, la ville de Gaza en Palestine avait aussi produit son poète dans la personne d'Abou-Ishaq Ibrahim ben Yahya el-Kelbî bl-Gbazzî, né en 1049; il vint à Damas en 1088 pour y étudier le droit, puis se rendit à Bagdad et s'établît pour plusieurs années dans
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le collège Nizhâmiyya, où il composa des élégies et des panégyriques ; enfin il partit pour le Khorasan oii il trouva matière à louer des princes qui le récompensèrent généreusement de ses éloges ; c'est là que ses compositions commencèrent à trouver des admirateurs. It fit lui-même un choix de ses meilleures poésies et les réunit en un volume qui contient environ cinq mille vers. 11 voyageait continuellement et pénétra jusque dans le Kirman, dont il célébra le gouverneur, Naçr-Eddin Mokram ben el-'Alâ,
Il mourut sur la route entre Merv et Balkh en 1130, et fut enterré dans cette dernière ville. Quand il sentit les approches de la mort, il s'écria : « J'espère que Dieu me pardonnera pour trois raisons : je suis compatriote d'Ech- Cfaàféï, je suis un vieillard, et loin de ma famille. »
Nàçih-Eddio BL-AnnADJÂKi appartenait à une famille qui faisait remonter sa noblesse aux Ançàrs ou auxiliaires de Médine qui prirent le parti de Mahomet contre les Mecquots. Il fut magistrat, cadi suppléant de Chouster et d'Asker-Mokram ; né en 1068 à Arradjùn près d'El-Ahwaz en Susiane, il fit ses éludes au collège Nizhàmiyya d'Ispahan ; il commença à composer quelques années postérieurement à 1087, vers la période de la mort de Nizhàm el- Molk, et continua jusqu'à sa mort en 1149. Sa suppléance des cadis en titre l'amusait ; il y a fait allusion dans ses vers : « Que je puisse être suppléant dans une telle profession est un des tours de la fortune. C'est un miracle que j'aie assez de patience pour endurer de tels changements! » Il a dit encore ; a Je suis sans contradiction le plus poétique juriste de l'époque, et au moins le docteur en droit le plus instruit parmi les poètes. » Son diwan, qui se compose surtout d'apologies assez longues, a été réuni par son fils.
'Amid ed-dîn As'ad ben Naçr bl-Abahzî, né à Abarz
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us LITTERATURE ARABB
dans le Fars, fut ministre de l'Atabek Mozhafler-Eddîn Sa'd ben Zenguî ; sous Abou-Bckr, le protecteur du poète persan Sa'di, il fut destitué et enfermé,, sous l'accusation de trahison, dans la prison d'Etat d'Ochkonwân, l'une des trois forteresses qui couronnent le site de Pcrsépolis (fin de 1226) et y mourut quelques mois après. Pendant sou internement, il composa une ode qui a été recueillie par son fils Tadj-Eddin Mohammed et qui est restée célèbre en Perse. Elle est remarquable par son style contourné et diffus, cl rempli de formules de convention apprises à l'école, au milieu desquelles il passe parfois un souffle de vraie et de franche poésie. Elle a été publiée et traduite en français par l'auteur de ces lignes.
Parmi les poètes persans qui ont écrit en arabe, on ne peut oublier Sa'di, le délicieux auteur du Guliatan et du Boûstan, ces deux fleurs jumelles de la littérature iranienne. Sa'di a composé des tjacidas arabes, dont la première est une élégîc sur la prise de Bagdad par les Mongols et la mort du dernier khalife abbasside. Il écrivait dans cette langue comme dans la sienne propre, avec cette simplicité merveilleuse, ce naturel inimitable qui le distinguent entre tous ses confrères de l'Iran; en même temps ses vers sont remplis de sentiments pathétiques et touchants. Ses odes sont au nombre de vingt. Sa'di, né à Chiraz, capitale du Fars, vers 1184, perdit de bonne heure son père attaché au service de l'atabck Sa'd ben Zenguî, alla suivre à Bagdad les cours de l'université Nizhùmiyya, fit plusieurs fois le pèlerinage de la Mecque, exerça, par esprit de charité, la profession de distributeur d'eau dans les marchés de Jérusalem et des villes de Syrie, fut fait prisonnier par les Francs et obligé de travailler avec des juifs à nettoyer les fossés de Tripoli de Syrie; il fut alors racheté par un Alépin qui lui donna
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s ABBASStOBS
sa fille eQ mariage. Il raconte lui-même avoir visité Kachgar dausIeTurkestan.l'Abyssinie etl'Asie Mineure^ il parcourut l'Inde eu passant par l'Afghanistan. Il finit sa vie de voyageur en rentrant s'établir à Chiraz dans un ermitage en dehors de la ville, près des sources du canal de Rokn-Abàd; c'est là qu'il mourut (1291), plus que centenaire, et qu'il fut enterré.
L'Arabie.
L'Arabie n'est plus ce qu'elle avait été naguère, le berceau delà poésie j cependant son (lambeau n'est pas entièrement éteint; au Yémen, nous trouvons encore, vers 1058, un poète indigène, 'Abd-er-Rabim BL-Botrn'î, dont les vers sont pleins du sentiment religieux et mystique; cent ans plus tard, dans la même région, un autre poète soufi, Abou'I-Hasan Ibn Khoumârtâch l'Hîmyarite, composa à vingt-deux ans une ode mystique commentée plus tard. Dans la province de Babréïn, nous trouvons comme poète 'Ali ben Moqarrab ben Mançour el-lbraliimi, qui appartenait à cette famille des 'Oyoùnides qui avait fondé, après l'expulsion des Carmathes, un État vassal des khalifes de Bagdad; après avoir vécu à la cour de son grand- oncle Mohammed et du fils de celui-ci, Mas'oùd, il se brouilla avec ce dernier et s'enfuit à Mossoul oii le géographe Yâqoût le rencontra en 1220, puis à Bagdad oii il mourut probablement en 1234. Ses panégyriques se sont adressés successivement à ses parents les 'Oyoùnides, au khalife abbassidc Nàçir Lidinîllah et à Bedr-Eddin Loulou, prince de Mossoul. Enfin un Syrien d'origine, Emin-Eddaula Abou'l-Gbanâïm Moslim,
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LITTERATURE ARARE
qui était de Chaïzar sur l'Orontc, dédia au dernier des princes éyyoubites du Yémeu, MéHk-Mas'oùd Salàh- Eddio, son authologic poétique intitulée Djamharat elialttm.
L'Egypte.
Alexandrie donna lejouren 1137à Ibn-Qalâqis (Abou'l- Fotoùh Naçr-allah), que l'on appelait encore El-Qddt el-a'azz (le Juge le plus illustre) et qui avait si peu de barbe que sa face en paraissait toute glabre, ce dont on se moquait beaucoup . C'était cependant un poète de talent. Ayant quitté l'Egypte à la suite des troubles qui suivirent t'établisscmcnt de Saladin, il se rendit en Sicile où il 5t la connaissance d'un chef musulman nommé Abou'l-Qâsim bcn cl-Hadjar, ce qui prouve que sous Guillaume II, le troisième roi normand de cette île, des chefs musulmans y avaient conservé une haute position. Traité généreusement par lui, il lui dédia le Zakr~el~bâaim (la Fleur qui sourit), que nous n'avons plus. 11 y avait alors en Sicile un ambassadeur égyptien ; Ibn Qalàqis voulut profiter de son départ pour s'en retourner à Alexandrie, mais comme c'était la saison d'hiver, les vents contraires ramenèrent à son point de départ le navire qui les portait. Plus tard le poète se rendit au Yémen et vécut quelque temps à Aden; puis 11 voulut rentrer en Egypte, maïs son vaisseau fit naufrage près de l'île de Dahlak dans la mer Rouge et il fut forcé de revenir à Aden après avoir perdu toute sa fortune, fruit de la générosité d'Abou'l-Faradj Yâsir, ministre du souverain d'Aden (11 août 1168). Il retourna presque du auprès de son protecteur.
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Le 29 mai 1172 il mourut à 'Aïdhâb, petit port près de Djedda. Ses nombreux voyages lui ont fait dire de lui-mSme : « 11 y a beaucoup d'hommes dans le monde, mais je suis destiné à n'avoir pour compagnons que des matelots et des conducteurs de chameaux. i>
Un autre magistrat égyptien que ses graves occupations n'empêchaient pas de cultiver avec succès les belles-lettres, c'était Hibat-Allah Ibn Sanà-el-Molk , que l'on surnommait El-Qddies-sa'ïd (le Juge fortuné). Il était né en 1150; en mars tl76, il se rendit en Syrie, oii son protecteur Ef-Qâdi el-Fâdil Modjir-Eddin d'Ascalon, ministre de Saladin , avait accompagné son maître et où sa réputation l'avait précédé; le Kùtib 'imàd-Eddin, auteur de la Kharlda, l'y rencontra et le trouva une merveille d'intelligence. Son mérite et ses talents le menèrent seuls au rang émînent qu'il occupa, en même temps qu'ils lui valaient les faveurs de la fortune. Il mourut au Caire en
Celui de ses diwans qui nous a été conservé, le Ddr et- {!><£« (Dépôt de broderies), est composé en grande partie de poésies populaires dites Mowackchahât; le Focoûç elfoçoûl est une anthologie de morceaux de vers et de prose extraits de sa correspondance littéraire. 11 faisait partie, au Caire, d'une société de poètes qui tenaient des séances pendant lesquelles ils échangeaient des conversations agréables; c'étaient des académies bénévoles, auxquelles il ne manquait qu'une organisation pour devenir peut-être aussi célèbres que beaucoup d'autres.
Kémal - Eddin Ibn en-Nabih fut le panégyriste des princes eyyoubites. Plus tard il entra au service d'El-Mélik el-Achraf Moùsa, prince de Nisibe, en Mésopotamie, comme secrétaire rédacteur, et il mourut dans cette ville en 1222. Son diwan a été imprimé à Beyrouth en 1882;
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une de ses poésies a été traduite en anglais dans les Spécimens of arabian poetry de Carlyle. Ses poésies légères sont pleines d'afféterie et de jeux de mots.
'Omab Ibn el-Farbd, le plus grand poète mystique arabe, naquit au Caire en 1181 et mourut dans la même ville en 1235, après un séjour de quelque temps à la Mecque. Son dïwan a été recueilli et mis en ordre par son petit-fils 'Ali. Ses œuvres sont, en langue arabe, un modèle parfait du style que les soufîe employaient pour décrire leurs extases. On sait que ces philosophes panthéistes chantaient l'amour de la Divinité et le désir de la réunion avec le grand Tout en empruntant à la vie humaine les peintures les plus enflammées, et qu'ils n'hésitaient pas à chercher dans l'usage et l'abus du vin une exaltation qu'ils s'imaginaient les rapprocher de l'Être suprême. C'est ainsi qu'une des odes d'Ibn Fâred est consacrée aux louanges du vin.
BbhI-Eddin Zohéïr el-Mouhaltabt , secrétaire dans l'administration égyptienne, poète de cour des Eyyoubites, mourut en 1258, laissant un diwan publié et traduit en anglais par E. H. Palraer. C'est chez lui qu'on saisit combien la langue arabe était devenue souple et se prétait aux mille délicatesses de sentiments affinés par une civilisation brillante, celle des successeurs de Saladin.
Chéref-Eddin Mohammed bl-Bouçiri s'est acquis, dans le monde musulman, une renommée universelle par son ode au manteau du prophète {Qaçidet el-Bourda), imitation du panégyrique de Ka'b ben Zohéïr. Il était né en 1211 et mourut en 1294. De nombreux commentateurs ont expliqué les beautés de cette œuvre; M. R. Basset en a donné une traduction française ; il en existe des traductions allemandes et une anglaise. Bien plus, des poètes se sont amusés à en écrire des paraphrases, ce qu'on
appelle takhmis, et qui consiste à écrire trois distiques de remplissage, ce qui, avec les deux distiques du vers arabe, fait cinq. D'autres panégyriques du Prophète sont encore sortis de la plume îuspirée de Bouçiri : ce sont l'ode appelée Omm-el-Qora (la Mère des villes, surnom de la Mecque), et quatre autres pareilles.
Djéroal-Eddin Yahya Ibn Matrouh naquit dans la haute Egypte, à Syout, le 8 juin 1196. C'est là qu'il passa sa jeunesse et poursuivit des études qui le firent entrer dans l'administration civile. Après avoir occupé divers emplois, il fut attaché au service du prince Éyyoubite El-Mélik eç -Çùlih Nedjm-Eddin, fils de Mélik-Kâmil et son lieutenant pour l'Egypte, et il l'accompagna lorsque ce prince fut chargé par son père d'aller administrer ses nouvelles acquisitions d'Orient, en Irak et en Mésopotamie (1231); il le suivit également lorsqu'il rentra en Egypte (1240) et fut nommé intendant du trésor. Quand son maître fut, pour la seconde fois, investi de la principauté de Damas, Ibn Matrouh fut chargé d'administrer cette ville et son district avec le titre de vizir, puis il eut l'ordre d'aller reprendre, a la tête d'une armée, la ville de Homs, tombée entre les mains de Mélik-Nàçir; c'est pendant le siège de cette ville que le sultan apprit que les Croisés se réunissaient dans l'Jle de Chypre pour attaquer l'Egypte : il retira ses troupes en hâte et les ramena dans ce dernier pays, tandis qu'lbn Matrouh tombait en disgrâce pour certains actes qui avaient déplu ; néanmoins il continua, malgré sa défaveur, son service auprès de son maître. Saint Louis avait pris Damîette le 11 juin 1249; EI'Mélik eç-Çâlih vint camper à Mansoura et y mourut le 23 novembre 1249; Ibn Matrouh retourna alors au Vieux- Caire et y resta dans sa maison jusqu'au jour de sa mort le 19 oclobre 1251. H était l'ami d'Ibn Khallikan, qui dit
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qu'il possédait de grands taleals, uo caractère aimabie et unissait à ses mérites les plus estimables qualités du cœur. Ils restèrent en correspondance quand ils se furent séparés; quand ils se réunissaient, ils passaient le temps en réunions littéraires et en conversations amusantes. Ibn Matrouh récita ses vers à son ami, qui en a inséré un certain nombre dans son dictionnaire biographique. Quand il se fut retiré de la vie publique à la suite de la mort de son patron, son désceuvrement lui pesa; il souffrit d'une maladie d'yeux qui devint incurable et le priva de la vue. Il avait connu tout jeune, dans la haute Egypte, Béhâ-Eddin Zohéïr; ils étaient comme deux frères. Plus tard ils entretinrent entre eux une correspondance versifiée. Son diwan a été publié à Constantinople en 1881. On y trouve une pièce sur la bataille de Mansoura, gagnée par Mélik-Mo'azbzham et oà saint Louis fut fait prisonnier.
La Syrie.
A Damas était né on 1161 Ibn es-SÂ'âti, que sa filiation permet de croire d'origine iranienne, car son père s'appelait Rustem et son grand-père HardoOz; par suite de circonstances inconnues, c'est en Egypte qu'il passa sa vie, c'est ce pays qu'il chanta dans ses vers, c'est là qu'il mourut, au Caire même, en mars 1208. 11 laissa deux recueils de poésie, un grand qui est conservé à la mosquée de Sainte-Sophie, et un petit qui porte le titre de Moqattaât-en-Nil (Fragments relatifs au Nil) et dans lequel il a décrit, entre autres, en termes élégants et fort admirés, les délices d'un jour et d'une nuit qu'il passa
à Syont, daas la haute Egypte. Ses vers aboadent en idées que les Orientaux trouvent charmaDtes, et dous précieuses et affectées.
Nous n'avons plus le diwan en quatre volumes de Chihâb-Eddin Yoàsouf ben Ismâ'ïl d'Alep, surnommé Ech-Chawwâ {le Rôtisseur). Né en cette ville vers l'an 1166, il acquit une grande habileté technique dans la versification; il aimait à introduire des termes de grammaire dans ses vers; il composait de petites pièces de deux ou trois lignes, contenant des idées originales et recherchées. Il se lia d'amitié avec le biographe Ibn Khallikan, qui aimait à discuter avec lui sur les difiicultés et les subtilités de la grammaire arabe; ils devinrent compagnons inséparables depuis l'an 1236 jusqu'à ta mort d'Ech-Chawwà en 1237, un an après. Il était de ces sectaires qui ont adopté les plus extravagantes doctrines des sectes chiites, c'est-à-dire qu'il croyait qu'Ali et les imams, ses descendants, étaient des incarnations de la Divinité.
'Abdbl-Mohs)n ben Hamoûd ct-Tanoûkhi, né en 1174, s'était instruit par de nombreux voyages et était entré au service du Mamelouk 'Izz-Eddin Aïbek, prince de Sarkfaad, dont il fut d'abord secrétaire, puis ministre, fondions qu'il occupa jusqu'à l'assassinat de ce prince en 1229. H mourut lui-même en 1245, laissant, entre antres ouvrages, le Miflâb el-Afrâh fi'mlidâk er-rdh (Clef des joies, louanges du vin), recueil de poésies bachiques à la façon d'Abou-Nowâs.
Noùr-Eddin Mohammed eUls'irdi, né à Séert en 1222, fat l'un des poètes les plus appréciés de Mélik en-Nàçir l'Eyyoubite, prince d'Alep, auquel il s'était particulièrement attaché et auquel il dédia ses Ndçiriyyât, panégyriques conservés à l'Escurial. Il était effronté et sans
vergogne. Une de ses odes est consacrée à défendre le vin contre le hachlch. Il mourut en 1254.
Ibn eç-Çaffnr (le Fils du chaudronnier] de Mardïn, autrement dit Djélal-Eddin 'AH ben Yoùsouf, né dans cette ville en 1179, fut secrétaire-rédacteur au service du prince Orlokide el-Mêlik el-Mançour et périt lors de la prise de la forteresse par les Mongols en 1260. Ses poésies, légères et erotiques, font partie des manuscrits conservés h Gotha.
Nedjm-Eddin Abou'l-Maâli Ibn Isràïl (Mohammed ben Sawwar), né à Damas en 1206, mourut dans cette même ville en 1278; c'était un derviche, qui se retira du monde et voyagea. Son dîwan est à l'Escurial.
Ibn Monir ET-TARABOtosi (Ahou'l-Hoséïn Ahmed] était fils d'un chanteur ambulant qui récitait des poésies dans les marchés de Tripoli de Syrie; il naquit dans cette ville en 1080; en grandissant, il apprît le Koran par cœur, étudia la grammaire et la philologie, et commença à tirer des poésies de son propre fonds; il se rendit à Damas et s'y établit. En religion il professait des opinions chiites. Le nombre de ses satires et la causticité de son langage étaient sî excessifs, que Bourî, fils de l'atabek Toghtékin et prince de Damas , le tint emprisonné quelque temps et avait l'intention de lui faire couper la langue; de puissantes interventions sauvèrent le poète de ce supplice; on se contenta de le bannir de la ville. Celui-ci se rendît alors à Alep, oii il mourut en 1153; il fut enterré sur la colline de Djauchan, en dehors de la ville, et le biographe Ibn Khallikan y visita son tombeau. L'atabek 'Imad-Eddin Zengui assiégeait le château de Djabar lorsqu'il entendit son musicien chanter des vers d'Ibn-Montr qui lui plurent : il donna l'ordre de faire venir l'auteur d'AIep en toute hâte; mais la même nuit
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OÙ Ibn MoDtr arriva au camp, l'atabck fut assassiné, et l'armée reviot à Alep, ramenant le poète décooGt. Son ennemi Ibn el-Qaïsarùni, dont ÎI 9'était si souvent moqué en prétendant qu'il avait le mauvais œil, le félicita ironiquement de sa belle équipée. La poésie d'Ibn Monîr est éminemment raffinée; la bibliotbëque de Berlin a conservé sa qaçlda et-Tatarit/t/a, ode de quatre-vingtonze vers sur son esclave Tatar, qu'il avait envoyé porter des présenta au chérif El-Moùsawî et que celui-ci avait retenu; il y laisse entendre qne, pour rentrer en possession de son serviteur, il serait disposé a renoncer à sa profession de foi chiite.
Ibh Hattous, qui vit le jour à Damas le 27 décembre 1003, était le fils du chef d'une tribu arabe du désert, ce qui le fit surnommer El-Emir, et s'appelait proprement Abou'l-Fityàn Mohammed ben Soltnn; Hayyoûs était son aïeul. Il fut en relations avec un grand nombre de princes et de personnages importants, qui le récompensèrent généreusement des louanges qu'il leur prodigua, mais il s'attacha particulièrement aux Beni- Mirdas, famille qui régnait alors à Alep, ville où il se rendit en 1072. L'un des princes de cette dynastie, Mahmoud ben Naçr, lui avait fait un présent de mille pièces d'or. A la mort de Mahmoud (1075), il alla trouver son fils et successeur Djélal-Eddaula Naçr pour lui présenter, en vers, ses compliments de condoléance; dans le cours de son poème il disait : u Mahmoud m'a donné mille pièces d'or de son trésor ; je sais bien que son fils Naçr en fera autant. » L'élégie plut tellement à Xaçr qu'il s'écria : « S'il avait dit que Naçr doublerait plusieurs fois cette somme, au lieu de dire qu'il en ferait autant, je l'aurais certainement fait. » Les bienfaits de la famille de Mirdas permirent au poète de se faire bâtir
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une maison à Alep, sur la porte de laquelle il fit inscrire des odes de sa composition pour célébrer « la bonté de ceux qui l'avaient délivré de l'adversité et de la tyrannie de la fortune ». Il y mourut en janvier 1081.
DjaTar bcn Chems-el-Kbilàfa el-Afdali tirait son surnom d'EI-Afdal Emîr-el-djoyouch, ministre d'Egypte, au service duquel il avait été. Né en 1148, il mourut au Caire en 1225. Copiste de mérite, les ouvrages transcrits par lui étaient recherchés pour la beauté de l'écriture et leur correction, qualités qui, en Orient, s'excluent presque toujours l'une l'autre. La plupart de ses ouvrages sont des compilations où l'on ne peut louer que le bon goût qui présida au choix des pièces qu'elles renferment. Cependant il a également laissé des compositions poétiques; H^idji-Khalfa mentionne son diwan. On a admiré les vers où il dît que « la misère est suivie par le bonheur; considérez que le mal qui a cessé est préférable à la joie qui est en train de disparaître ».
Séïf-Eddin el-Mochidd était un Turcoman d'origine qui s'appelait 'Ali ben 'Omar ben Qyzyl ben Djildak el- Yaroùqi; il naquit au Caire en 1205, puis fut appelé à Damas en qualité d'inspecteur {mockidd) du bureau des administrations publiques par El-Mélik en-Naçir Yoùsouf ; il mourut en cette ville en 1258. C'était un homme d'une fréquentation agréable et d'un entretien spirituel. Od peut trouver son diwan à l'Escurial et au Britîsh Muséum.
De cette époque nous ne retiendrons encore que les noms d'Ibn ez-Zaqqàq el-BoIqini, mort en 1134 à moins de quarante ans, et connu pour ses mowachckakdf, de Zhàfir el-Haddâd d'Alexandrie, mort au Caire en 1135, dont le diwan, composé en grande partie de panégyriques et d'élégies, est à Berlin ; d''Ali el-Hamadâni es-Sakhàwî,
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auteur de sept odes à la louange du Prophète, commentées plus tard par 'Abd er-Rahman beu Isma'îl ben cl- Maqdîsi, dans un texte conservé à Paris; de Zéïn-Eddin Katâkit, originaire de Séville, né en t208 et mort au Caire en 1285, dont la bibliothèque de Gotha possède de« poésies; de Nàçîr-Eddin Ibn en-Naqib cl-Nafisi, mort au Caire en 1288, qui avait composé des poésies fragmentaires, dont quelques-unes se retrouvent dans le Fatvât el-Wafayât d'El-Kotobî, et une anthologie intitulée Mandzil el-Ahbâb, dont un exemplaire peut être consulté dans la bibliothèque de la mosquée Nouri-Osmanié à Constantinople ; de Siràdj-Eddin el-Warrâq, poète copieux et abondant, né en 1218, mort en 1296, qui était calligraphe et expéditionnaire au service du gouverneur du Caire, et dont les poésies, excessivement nombreuses et formant environ trente volumes, avaient été réduites par lui-même en un diwan de sept épais volumes; nous n'en avons plus qu'un extrait fait par Çafadi en 1346.
Chihâb-Eddin et-Tella'farî (Mohammed ben Yoûsoul) naquit à Mossoul en 1197; les panégyriques qu'il adressa au prince Mélik-el-Achraf ne l'empêchèrent pas d'être exilé de cette ville parce qu'il était adonné aux jeux de hasard, interdits par la loi musulmane : les sommes que lui donnait son protecteur étaient immédiatement dissipées par lui au jeu; il se transporta alors dans la ville d'Alep, fut d'abord bien accueilli par le prince, puis mérita sa défaveur par le même défaut; on fut obligé de faire annoncer par le crieur public que quiconque serait vu jouant avec lui aurait la main coupée.
It ne fut pas plus heureux à Damas oîi, perdant au jeu l'argent qu'il soutirait aux grands personnages, il en fut réduit à coucher dans les fours à chauffer les bains publics. Enfin on le retrouve à la cour du prince de
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Hama, ville où il mourut en 1277. Ses poésies sontàl'Eiacurîal et à Berlin ; sortant des mètres classiques, il a écrit également des chansons populaires appelées motvackchahtît.
'Afif-Eddin Soléïmân et-Tilïmsâni, né en 1213, vécut au Caire et à Damas tantôt comme soufi, tantôt comme écrivain, et mourut dans cette dernière ville en 1291. Sa famille était originaire de Koufa; il prétendait au mysticisme, employait volontiers les expressions particulières dont se servent les soufis : on le soupçonnait même de tendre vers les croyances des Nosaïris ou Ansariéa. Quand il mourut, il prononça ces paroles : « Celui qui connaît Dieu ne saurait le craindre; je suis au contraire joyeux d'aller le retrouver, u II était à Damas huissier du percepteur du trésor public. Son fils, Mohammed ben Soléïmân, le doux poète, dont on disait qu'il pénétrait dans les cœurs avant d'avoir frappé les oreilles, composa des vers élégants qui firent l'admiration des Damasquins. On l'avait surnommé Ech~Ckâbb ez-Zharlf {le Jeune homme spirituel). Né au Caire en 1263, il mourut en 1289 à Damas; il n'avait que vingt-six ans.
A côté de ces noms, ceux d'Abdallah el-Khafûdji [f 1074), qui célébra les louanges du grand émir Sa'd- Eddaula Ali benMounqïdh, deMa'dàn ben Ketbîr el-Bûlisi, dont on ne connaît rien en dehors de ses panégyriques et élégies conservés à Gotha, du prince Bahrâm-Chah ben Farroukh-Chah, petit-neveu de Saladin, qui régnait ù Baaibek en 1182 et fut assassiné en 1230 en laissant un diwan composé de poésies amoureuses et de poèmes chevaleresques qui est à la Bibliothèque nationale; ceux encore de Çadr-Eddin el-Baçrl, qui dédia au prince d'Alep Mélik-Niîçir Abou'l-Mozhaffar Yoùsouf son Hamdsal el- Baçriyya; de Tadj-Eddin de Sarkhad, né en 1201, pro-
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fesseur de droit hanéSte à Damas, où il mourut eu 1275; de Chems-Eddiu el-KhafiFaf, panégyriste du Prophète, nous font passer en revue les petits poètes de cette époque en Syrie.
La Sicile.
Abou-Ishaq Ibrahim ei-Housri, poète de Kairouan en Tunisie, y était né et y mourut en 1061; il a composé des poésies sur sa ville natale, que l'on retrouve à l'Escurtal; il a laissé trois anthologies de différents formats : le Zakr el-Adâb (Fleurs de la littérature), imprimé à Boulaq sur les marges de V Iqd-el-Férid d'Ibn 'Abd-Rabbihi, le Kitab el-maçoûn (Livre bien gardé) et le Noûr etïor/'(Lumière du regard).
Un prince qui fut aussi poète un jour, c'est El-Mo'izz Ibn Bâdis, ce membre de la dynastie des Zîrides qui propagea dans l'Afrique du Nord le rite malékite à l'exclusion du rite hanéfite qui avait dominé jusqu'alors, et qui se sentit assez puissant pour rompre les liens de vassalité qui l'attachaient aux Fatimides d'Egypte et pour reconnaître publiquement la suzeraineté, purement fictive, du khalife de Bagdad. Né en 1007, il mourut en 1061 après un très long règne. Pour célébrer sa déclaration d'indépendance relativement aux Fatimides, il composa une ode, appelée Nafakdt-Qodaiyya (Effluves sacrés), qui se trouve à l'Escurial.
Ibo Charaf el-Qaïrawâni cl-Djodbâmi était borgne ; il fiit en lutte littéraire avec Ibn Rachiq, qui composa contre lui des satires; il mourut en 1068- L'Escurial a conservé de lui une Séance littéraire sur les poètes les plus célèbres. Il est l'auteur d'un vers gracieux sur le
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ISe LITTERATrRE ARABE
bois du luth : « Quand il était frais, les oiseaux chaotaient sur ses branches; maintenant qu'il est sec, ce sont les bommes qui chantent en s 'accompagnant sur lui. »
Abou 'Abdallah Mohammed ech-Choqrâtîsi, mort dans le Djérid (Tunisie) en 1072, auteur d'une ode à la louange du Prophète, souvent commentée, Abou'l-Fadl et-Toûzéri, né vers 1041, mort en 1113, qui composa une ode intitulée el-Monfaridja, fréquemment commentée, amplifiée et imitée; Abou'l-Hasan Hâzim el-Qartâdjini, né en 1211, mort à Tunis en 1285, auteur de plusieurs odes à la louange du souverain Hafside de Tunis El- Mostançir-BlUah, terminent la liste des poètes qui fleurirent dans l'Afrique du Nord du xi° au xiii' siècle.
'Abdeidjabbàr Ibn Hamdis était né en Sicile; jeune encore, il se 6t connaître par ses productions poétiques. II avait une trentaine d'années lorsque les Normands conquirent l'île sur les Arabes, en 1078; il s'enfuit à la cour du khalife d'Espagne El-Mo'tamid, fut bien accueilli par lui et l'accompagna en captivité lorsque le prince africain Yodsouf ben Tàchifin s'empara de lui en 1091. Le khalife mourut au bout de quatre ans, et le poète resta à Mehdia en Tunisie. Plus tard nous le retrouvons à Bougie où il mourut, octogénaire et aveugle, en 1132; certains disent qu'il mourut dans l'île de Majorque. Son diviran a été publié à Palerme par Monçada et son chansonnier à Rome par Schîaparelli.
L'Espagne
Dès le premier siècle qui suivit la conquête de l'Espagne, les vainqueurs y cultivèrent avec succès la poésie; cependant ce n'est qu'avec lexi' siècle que nous trouvons
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des renseignements suffisants sur le mouvement littéraire dans ce pays. Nous rencontrons au début YoAsouf ben Haroùn er-Ramâdi, poêle de Cordoue, qui y mourut pauvre en 1013, après avoir eu un grand succès ; il fut remarqué à cause du nombre de ses productions et de la rapidité avec laquelle il énonçait ses idées ; it ne reste cependant de lui que quelques vers épars dans les anthologies, ainsi qu'une ode composée par lui pour charmer ses loisirs pendant qu'il était en prison. Ensuite vinrent 'Abdallah ben "Abdes-Sélam, auteur du Dorr el-manzkoum (Perles rangées en ordre], diwan par ordre alphabétique et composé de panégyriques et de félicitations pour l'an nouveau ; Abou'I-Fath Ibn el-Hasina vers 1048, 'AH el- Mayorqi, originaire des Baléares, qui mourut à Bagdad en 1084, le khalife abbadide de Séville El-Mo'tamid, ami et protecteur des lettrés, poète lui-même, Ahmed en- Noméïri au début du xii* siècle, et Abou'l 'Abbûs et-Totili el-A'mà, l'aveugle de Tudèie, mort jeune en 1126, qui chanta l'AImoravide 'Ali ben Yoùsouf ben Tâchifin et composa des mowachchahât.
Ibn-Zérdoun (Abou'l-Wélid Ahmed) était d'une famille considérable de Cordoue, où il naquit en 1103. Le rôle important qu'il jouait encore jeune dans sa ville natale attira sur lui l'attention de Wallâda, fille du khalife oméyyade El-Mostakfi, assassiné en 1025. Leurs amours furent traversées par Abou'l-Hazm ben Djahwar, alors maitre de Cordoue, qui le fit jeter en prison; il s'enfuit, mais le désir de revoir Wallâda le ramena dans la même ville. A la mort de son persécuteur, le fils de celui-ci, Abou'l- Wélîd, étant monté sur le tràne, rappela Ibn-Zéïdoun et fît de lui son vizir. Abou 'Amir ben 'Abdoùs s'étant porté candidat à la main de Wallâda, Ibn- Zéïdoun lui adressa, au nom de celle-ci, une épître
ISS LITTÉRATORB AUBE
célèbre oh elle refusait sa demande en mariage. Les rapports qu'il entretenait avec le prince de Malaga, Idrîs II, ami des arts, le rendirent également suspect à son protecteur Abou'l-Wélid, qui le bannit. Il se rendît alors à Séville oii régnait El-Mo'tadid, qui lui réserva une brillante réception et le choisit bientôt après pour réunir sur sa tète les chaînes de premier ministre et de commandant des troupes. Il réussit à tel point dans ces fonctions que le successeur de Mo'tadid, El-Mo'tamid, les lu! conserva jusqu'à sa mort en 1070. La lettre à Ibn-Abdoùs a été publiée et traduite par Reiske en 1755 ; plus tard l'orientaliste hollandais Weijers s'est occupé de lui, et plus récemment encore M. Besthorn a étudié sa vie et a publié la lettre adressée à Ibn Djahwar.
'Abd-el-Medjid Ibn 'Abdoùn, né à Evora, attira de bonne heure sur lui l'attention d"Omar ben Aftas, alors gouverneur de cette ville. Quand celui-ci succéda à son frère Yahya, il fit venir le poète à Badajoz et lui confia les fonctions de secrétaire. Lorsque l'irruption des Almoravides fit perdre à ce prince ses États et sa vie, en 1092, Ibn Abdoùn entra en la même qualité au service de Sir ben Abi-Bekr, commandant les troupes d'Afrique; puis il passa au Maroc où le fils de Yoùsouf ben Tâchifin l'employa aussi comme secrétaire. 11 mourut dans sa ville natale, où il était venu revoir sa famille, en 1134. L'ode qu'il a composée sur la fin de la famille d'Aftas devint célèbre; elle a été commentée par Ibn Badroùn et par Isma'ïl Ibn Athir.
Entre Jativa et Valence se trouve Jucar, que les Arabes appelaient une île parce que ce village est entouré par les eaux de la rivière du même nom. C'est là qu'en 1058 naquît Ibn Khafûdja (Abou-Ishaq Ibrahim); c'est là qu'il vécut sans essayer de courtiser les roitelets
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qui s'étaient partagé la contrée, et qui cependant mettaient leur gloire à patronner les lettres. Toutefois il adressa de nombreux panégyriques à Abou-Ishaq Ibrahim ben Yoùsouf ben TâchiGn, comme nous le voyons par son diwan qui a été imprimé au Caire en 1869.
Médecin et poète a la fois était cet Espagnol d'Almeria qui entra au service du sultan seidjoukide Mahmoud ben Mélekchâh en 1127 et installa pour lui un hôpital de campagne monté sur quarante chameaux; il se nommait 'Obétdallah ben Mozhaffar; né en 1093, il entreprit le pèlerinage de la Mecque en 1122, séjourna à Damas et à Alexandrie, vécut quelque temps comme professeur à Bagdad et retourna ensuite à Damas, ob il mourut en 1154. De ses vers, en dehors de ceux qui sont cités dans les anthologies, il n'est guère resté qu'un poème dans le mètre radjaz, Ma arret-el-béît, qui se trouve dans un manuscrit de Berlin.
Abou-Bekr Mohammed Ibn Guzman, troubadour ambulant, allait de ville en ville célébrer les grands dans ses panégyriques et vivait des récompenses qu'il obtenait par ce moyen . 11 a écrit des poésies populaires dans la forme dite zadjal, jusqu'alors réservée aux improvisateurs, et qu'il a élevée à la dignité de mode littéraire; aussi a-t-on pu le considérer comme l'inventeur de ce genre de poésie. Il l'a employé même pour célébrer les panégyriques des princes, tandis qu'avant lui la noble qaçlda avait seule été réservée à cet usage. Le manuscrit unique du Musée asiatique de Saint-Pétersbourg a été publié par M. D. de Gunzbourg.
Abou-Ishaq Ibrahim Ibn Sahl, israélite de Sévîlle, se convertit plus tard à l'islamisme. Il pérît noyé, en même temps qu'Ibn Kballas, gouverneur de Ceuta, en 1251 ou 1260; il avait un peu plus de quarante ans. II fréquen-
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ISO LITTÉIUTUIIE ARABE
tait la société musulmaDe avant sa conversion, et composa même un poème en l'honoeur de Mahomet avant d'entrer au nombre de ses sectateurs. Cependant sa conversion a laissé des sceptiques, qui avaient remarqué qu'il ne se privait pas de boire du vin. Il a écrit des poésies sur le mètre populaire dit movfackchah, qui ont été réunies par Hasan ben Mohammed el-'Attâr et lithographiées au Caire.
L'administration espagnole pouvait revendiquer à bon droit Abou-Zéïd 'Abd-cr-Rahman Ibn Yakhlaftan qui, après avoir été employé comme secrétaire par différents princes arabes, fut exilé par l'Almohade EI-MamoAn. Réfngié au Maroc, il se raccommoda avec le sultan en 1230, mais sans grand profit pour lui-même, puisqu'il mourut trois mois après. Ses œuvres complètes en prose et en vers ont été rassemblées par un de ses élèves en un volume qui se trouve à Leyde et dont le contenu est relatif à l'édification et à l'ascétisme; du même genre sont les pièces de vers renfermées dans un manuscrit de l'Escurial, auxquelles il faut joindre un certain nombre d'odes à la louange du Prophète. Un auteur de poèmes soulis sous la forme populaire du motvachchah est cet Espagnol né à Chouchtar, localité du Wadi-Ach en Andalousie, mort à Damiette en 1269, Abou'l-Hoséin 'Ali ech-Chouchtarl. Un habitant de Malaga, Abon'l- Hakam Mâlîk Ibn el-Morahhal, écrivit le panégyrique du Prophète en vers populaires.
La prose élégante et rîmée.
La même époque vit composer des ouvrages de prose qui peuvent être mis à côté des œuvres poétiques. La prose rimée, dont le chef-d'œuvre est le Koran, avait
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LES ÀBBÂSSIDES 1S1
perdu sa vogue d'avant l'islam et était totalement délaissée, lorsqu'elle retrouva un renouveau avec les prônes (Khotba), l'art épistolaire et les compositions poétiques devenues célèbres sous le nom de Séance» (maqâmât).
Ibn NoeiTA, né à Méyyâfàriqta en Mésopotamie (d46), prédicatenr à la cour de Séïf-Eddaula à Alep, mourut dans sa ville natale en 984; on l'appelle El-Khatîb, le Prédicateur, pour le distinguer de son homonyme Ibn Nobâta, le Poète, qui vivait également à la cour de Séïf-Eddaula. Une grande partie des sermons d'Ibn Nobâta sont consacrés au devoir de la guerre sainte; ils étaient destinés à encourager le peuple et à le stimuler à porter secours à son prince, dont nous avons vu plus haut les luttes continuelles avec les troupes romaines de Byzance. Le plus célèbre de ses sermons est celui qui est connu sous le nom de Sermon du songe ou de la vision, composé pendant un rêve où le prédicateur crut voir lui apparaître le Prophète en personne ; il a été publié et traduit par Mac-Guckin de Slane dans le Journal Asiatique de 1840. Quant au poète du même nom, il allait de pays en pays réciter aux princes et aux grands personnages les poèmes qu'il avait rimes à leur gloire. Né en 938, il mourut à Bagdad en 1015. C'est à lui qu'il arriva une étrange aventure racontée par Ibn Khallikan. Faisant un jour la sieste dans le vestibule de sa maison, un individu arrivé des régions de l'Orient vint lui demander s'il n'était pas l'auteur des vers où il est dît : « Celui qui ne meurt pas par l'épée mourra de quelque autre façon ; les modes sont différenu, mais le malheur reste le même; » et avant la fin de la même journée, un habitant de Tiaret en Algérie vint lui poser la même question ; ce qui surprit fort Ibn Nobâta, c'est que la célébrité d'un de ses vers eût atteint
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1» LITTÂUTVBE ARABB
à la fois les extrémités est et ouest du monde musulmaD. Abou-Bekr bl-KhArizmi avait pour mère la propre soeur de l'historien Tabari; né en 935, il est le premier auteur qui nous ait laissé un recueil de lettres. C'est un épistolier qui avait eu de nombreuses aventures. Il était d'origine persane; son père était du Khârizm, aujourd'hui Khanat de Khiva, sa mère du Tabaristan ou Mazandéran au nord de la Perse; dans sa jeunesse il vécut quelque temps à Alep à la cour de Séïf-Eddaula, se rendit à Bokhara auprès d'Abou-'Ali el-Bal'ami, se sépara bientôt de lui, séjourna à Nisapour dans le Khorasan ainsi que dans le Sidjistan, oii il lut mis en prison pendant longtemps à cause d'une satire dirigée contre le gouverneur Tahir ben Mohammed. De retour à Nisapour, il s'y établit après quelques voyages à Ispahan et à Chiraz. Sa manie de composer des satires lui attira la confiscation et la prison de la part d'El-'Otbi, ministre du Ghaznévide Mahmoud; puis il se rendit dans le Djourdjàn, d'où il fut rappelé, après l'assassinat d'Otbi, par son successeur Abou'l-Hoséïn el-Mouzani. Vers la fin de sa vie sa réputation commençait à être efiacée par celle de Hamadhâni. Il mourut en 993, ou 1002. Tha'âlibî, en sa Yatîmat ed-dahr, nous a conservé des extraits de ses poèmes ; mais ses Résaîl ou lettres en prose rimée sur tous les sujets de littérature possibles ont rendu son nom célèbre. Étant allé trouvé le ministre Ibn-'Abbâd, le chambellan lui fit savoir que son maître ne permettait d'entrer chez lui à un littérateur qu'à la condition que celui-ci saurait par cœur vingt mille vers d'Arabes du désert. « Est-ce vingt mille vers composés par des hommes ou par des femmes ? » demanda Abou-Bekr el-Khârizmi, ce qui le fit reconnaître : « Ce ne peut être que lui, dit le ministre ; qu'on le fasse entrer, n L'accueil qn'il
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reçut de ce personnage ne l'empêcha pas de le persifler plus tard : a Ne louez pas Ibn 'Abbâd même s'il répand des bienfaits assez abondants pour faire bonté au nuage plein de pluie; car de tels actes sont chez lui la suggestion de sa fantaisie; quand il accorde, ce n'est pas par libéralité, ni par avance qu'il refuse. » — Dieu maudisse l'ingrat! s'écria alors le ministre. Un de ses compatriotes nous a laissé de son caractère ce portrait peu flatteur : « Abou- Bekr possède science et talent, mais il n'est pas fidèle à ses engagements. Son amitié dure du matin à la nuit, mais non plus tard. »
Bédi'-Ezzemàn (le prodige de son temps) el-Hahadhani quitta jeune encore sa ville natale d'Hamadan en 990, voyagea dans les mêmes contrées qu'EI-Khârizmi, séjourna à Nisapour, soutint dans cette ville une joute oratoire contre El-Khàrizmi, plus âgé et plus connu que lui; il parait s'être établi enfin à Ghazna dans l'Afghanistan et être mort à quarante ans en 1008, à Hérat, après avoir été enterré trop précipitamment en état de léthargie; ses cris furent entendus dans la nuit, son tombeau fut ouvert, mais on le trouva mort de frayeur, sa main empoignant sa barbe. Il avait une mémoire si prodigieuse, qu'il récitait exactement quatre ou cinq feuillets d'un livre, après les avoir lus une seule fois, et qu'il répétait sans hésiter un poème pour l'avoir entendu déclamer seulement une fois. Il composait avec la même facilité, soit en prose, soit en vers, et improvisait sur un sujet choisi à volonté ; il lisait en prose ce qui était écrit en vers, et vice versa; mieux encore, il mettait quelquefoi» par écrit ce qu'on lui avait demandé, en commençant par la dernière ligne et en continuant ainsi à rebours. Il traduisait avec la même promptitude les vers persans en vers arabes. C'est à Nisapour qu'il composa ses Séances,
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dans lesquelles il met en scène un être ioveoté Dommé Abou'1-Fatb Iskandéri, et qui contieDoent des traits de mendicité et autres sujets. Ces séances sont en effet des contes, dont on reconnaît tout de suite l'origine aryenne, assez courts, mais écrits dans un style brillant et difficile où se rencontrent les mots les plus rares du lexique arabe. Le béros forgé est un cbevalier d'industrie, qui se fait passer tantôt pour Nabatéen et tantôt pour Arabe, tantôt pour cbrétien et tantôt pour musulman : « Je suis le caméléon, dit le béros, je change continuellement de couleur; ne te laisse pas décevoir par la raison : il n'y a de véritable raison que la folie. »
Le nom de maqâma « séance » désignait depuis longtemps ces réunions de savants etde lettrés qui se réunissaient auprès des khalifes et des gouverneurs pour y échanger leurs idées sur des points de grammaire et y faire assaut d'esprit et d'érudition; Ibn Qotéïba les signale déjà dans ses 'Oyoun el-Akkbâr. Mais Hamadbàni est le premier qui a eu le mérite, en réunissant en volume les historiettes consacrées k des aventures plaisantes de mendiants et de fourbes, revêtues des plus brillantes couleurs par un maître érudit connaissant à fond l'homonymie de la langue arabe, de créer un nouveau genre littéraire dont le chef-d'œuvre fut plus tard les célèbres séances de Ilariri. La bibliothèque de Berlin a conservé une séance du même genre, écrite à la même époque par un auteur qui, né à Bagdad en 939, fut poète de cour ii Alep du temps de Séïf-Eddaula, puis à Réï, auprès du gouverneur Mohammed ben el-'Amid, et mourut dans sa ville natale en 1014 : 'Abdel-'Aziz ben 'Omar es-Sa'di.
A la même époque on peut citer, comme auteurs de correspondances littéraires, Abou'l-Hosérn el-Ahwâzi et ce païen hellénisant de Harrân, appartenant à cette secte
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qui conserva jusqu'en plein islamisme les vieilles religions de la Syrie fortement mélangées de syncrétisme gréco-romain et qui avaient fait croire qu'ils se rattachaient aux Çabiena ou chrétiens de saint Jean-Baptiste formellement compris par le Koran parmi les Gens du Livre, je veux dire Abou-Ishaq Ibrahim ben Hilàl, surnommé Eç-Çâbi, qui fut chef de la correspondance officielle sous le Bouïde 'Izz-ed-Daula et que la haine d"Adod-ed-Daula voulut faire piétiner sous tes pieds des éléphants lors de la prise de Bagdad en 977; il eut le bonheur de s'en tirer au moyen de la prison, et fut gracié à la condition d'écrire une histoire des Bouïdes. Il mourut dans la misère en 994.
La gloire de composer le plus brillant monument littéraire en prose rimée arabe était réservée à Abou- Mohammed el-Qàsim el-Hariri, auteur des célèbres Séances. Il naquit à Bassora en 1054 ; sa famille était de Machàn, petit village malsain perdu dans les plantations de palmiers aux environs de la grande vîUe commerciale. Ses propriétés rurales lui fournirent assez de revenus pour lui permettre de mener une vie indépendante et de se livrer en toute tranquillité à ses études linguistiques et littéraires. Il mourut eu 1122. Son recueil de Séances, venant après celui de Hamadhâni, avait ce dernier pour modèle, mais il le dépassa par la richesse de l'imagination et par l'emploi d'un vocabulaire encore plus développé et étudié. Il met en scène, comme son prédécesseur, un personnage feint, vagabond nourri de littérature, Abou-Zéïd de Saroudj, qui se rencontre avec lui dans les situations les plus extraordinaires. Ce nom n'est pas tout à fait inventé; le fils de Hariri a raconté dans quelles circonstances il avait été adopté; un étranger d'une misérable apparence, entrant dans la
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mosquée et s'exprimant avec élégance, avait répondu aux demandes qui lui avaient été adressées : « Je suis Abou- Zéïd de Saroudj. » Cette ville de Mésopotamie venait d'être prise de force par les chrétiens de la 1'° croisade et mise au pillage ; Abou-Zéïd avait eu sa fille enlevée comme captive ; dépouillé de tout, il vivait de la charité publique . Mais la richesse du style est encore plus merveilleuse que la trame légère qui réunit les uns aux autres les cinquante contes du recueil.
Notre grand orientaliste Silvestre de Sacy, le maître des études orientales au commencement du xix' siècle, en a publié le texte arabe avec une préface et un commentaire écrits par lui-même tout en arabe, ce qui n'est pas le moindre tour de force accompli par ce vaste esprit-
Hariri, à côté de cet ouvrage célèbre, a encore laissé d'autres compositions, telles que les deux lettres dans lesquelles chaque mot commence par un s ou un ch, jeu puéril, d'une difficulté considérable, où le moyen âge occidental s'est aussi complu; un ouvrage grammatical sur les fautes de langage usuelles chez les gens instruits, qu'il a intitulé la Perle du plongeur dans les idées fausses des gens du monde (Dorret el-Ghawwâs fi auhàm el-Khawâss); les Récréations grammaticales, Molkal el-Jrâb, poème didactique qui a été traduit en français par M. L. Pinte.
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