‹ Littérature arabeChapitre 19 sur 37 · CHAPITRE VI · texte numérisé non relu

CHAPITRE VI

En même temps se développait l'étude de la langue et de la grammaire arabe, sortie de l'exégèse du Koran, et destinée à répondre aux besoins des peuples et des individus, de plus en plus nombreux, pour qui la connaissance de la langue des vainqueurs était d'absolue nécessité. C'est à l'enseignement de la logique d'Aristote, cultivée dans l'école syro-persane de Gondécbàpour, ainsi que l'a montré Ernest Renan, qu'il faut faire remonter les recherches des Arabes sur le mécanisme de leur langue. L'interprétation du Koran et le besoin d'expliquer les difficultés du texte créèrent des recherches qui -furent plus tard continuées pour leur seul intérêt, amenèrent à constituer la lexicographie de la langue et à en restituer les vieux monuments ; de sorte que de ces travaux mêmes naquit la critique des textes, dans les limites que pouvait permettre l'érudition toujours incomplète des Orientaux, parce que ceux-ci ne peuvent guère sortir du cercle tracé par leur langue maternelle.

Deux écoles de grammairiens naissent à la fois dans le bassin du Tigre et de l'Euphrate. A Bassora, fondée

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en 636 par un des généraux du khalife 'Omar, centre d'une population mélangée d'Arabes et de Persans, parlant deux langues entièrement différentes par l' opposition marquée de ces deux idiomes, jointe à celle moins frappante mais réelle de la langue littéraire, dérivée du dialecte qoréïchite du Koran, et des autres dialectes vivant dans la péninsule arabique, une école s'était créée dont les origines sont obscures : on fait remonter à Âbou'l- Aswad l'honneur de l'avoir fondée; mais pour trouver quelque chose de plus sftr, il faut descendre jusqu'à 'Isa BEN 'Omar et-Thaqafi, mort en 766, maitre des célèbres grammairiens Khalil et Sibawaïh; il avait une réputation comme lecteur du Koran. A côté de lui son ami Abou 'Amr ben el-A'Ià, né à la Mecque en 689, mort en 770, à Koufa, au retour d'un voyage à Damas, collectionnait les anciennes poésies arabes; on dit que dans un accfes de pîétîsme il mit au feu sa collection pour se vouer à l'étude exclusive du Koran, dont il est d'ailleurs reconnu pour l'un des sept lecteurs qui font autorité. Il eut pour élève Yoùnous ben Habib, affranchi d'une tribu arabe, d'origine peut-être persane, plutôt araméenne, né à Djabboul, petite ville sur le Tigre entre Wasit et Bagdad, qui s'occupa à recueillir des particularités rares de la langue, des mots dialectaux et des proverbes, et se livra à des recherches sur la syntaxe . Le grand maître de cette école fut un Arabe de l'Oman, Khalil ben Ahmed, à qui on attribue l'invention des règles de la prosodie (on prétend qu'il les découvrit en entendant le marteau d'un forgeron retomber sur l'enclume], et qui fut l'auteur du premier ouvrage lexicographique connu, le Kitàb el- 'Ain {livre de la lettre 'Aïn), dans lequel les lettres ne sont pas rangées dans l'ordre de l'alphabet arabe ni dans celui qu'on peut appeler historique, parce que des Phé-

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nicieas ses inventeurs il est passé en grec et en latin, mais dans un ordre suggéré par les lois de la phonétique et de la linguistique; l'atphabet ainsi compris commençait par la lettre 'aï/i, si caractéristique des langues sémitiques et surtout de l'arabe (on sait que c'est l'articulation gutturale du chameau que l'on charge de son bât) et se terminait par la lettre t/. C'est un ordre rationnel et expérimental de ce genre que Lepsius a de nos jours adopté dans son Standard-Alphabet, qui fait la joie des linguistes et oblige les savants à apprendre un alphabet de plus. II est intéressant de connaître l'ordre adopté par un savant arabe du viti" siècle : d'abord les gutturales (aln, hhy h, kh, gk, q), les palatales (k, dj), les chuintantes et sifflantes (cA, c, dd, s, =), les linguales (tt, d, t, z/i, dh, th, r, l, n), les labiales if, b, m), les semï-voyelles [tv, hamza, y). Cet ouvrage, commencé pendant un séjour de l'auteur dans le Khorasan et achevé après sa mort par Léïth bea Mozhaffar, figurait dans la bibliothèque des Tahirides et fut apporté à Bagdad en 862, où il fut l'objet d'études constantes et de remaniements. C'est surtout par le fameux ouvrage de son élève Siba- WAiH, le Kitâb ou Livre par excellence, que nous pouvons nous rendre compte de l'influence que Khalil a eue sur l'école de Bassora. Sîbawaih est la manière dont les Arabes prononçaient le nom de ce Persan, Sibouyè, dont on expliquait la signification par « odeur de pomme » et qui n'est peut-être que l'ancien nom historique de Sébokht. Venu à Bassora à trente-deux ans, il y termina ses études, puis se rendit à Bagdad dont le séjour lui devint intolérable à la suite d'altercations qu'il eut avec El-Kisâï, précepteur du fils d'Haroun er-Rachid, au sujet d'un accusatif pour un nominatif; furieux de ce qu'on eût fait témoigner contre lui, à prix d'argent, des Arabes

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du désert à la bonne foi desquels il croyait pouvoir se fier, de retour dans sa patrie, il y mourut encore jeune, dans la quarantaine, près de Chiraz (793 ou 796). Son Kil4b fut célèbre daos tout l'Orient et est resté la grande autorité à laquelle on aime à remonter; jamais on n'a voulu lui reconnaître d'égal. Le texte en a été publié par M. H. Derenbourg, et traduit en allemand par G. Jahn.

A côté de Sibawaih, Khalil avait eu encore pour élèves MoARRiDi ben 'Amr es-Sadoûsî, né dans le désert, qui accompagna dans le Kborasan le khalife Mamoun, vécut quelque temps à Merv et à Nisapour, puis revint mourir à Bassora en 810, et Nadhr ben Cboméïl, né à Merv et qui y vécut après être allé étudier la grammaire et le droit à Basaora ; pourvu d'uD emploi de juge dans sa ville natale, il y mourut en 818, laissant des ouvrages d'exégèse sur le Koran et la tradition, ainsi qu'une encyclopédie de la langue des Bédouins (Kitâb aç-çifàt), devenue très célèbre.

A la même école se rattache un élève de Sibawaih, Mohammed ben Ahmed el-Mosta'mîr , que son maître avait surnommé Qotrob, c'est-à-dire le Loup-garou, qotroh n'étant autre que la déformation du grec lykanthropos; il lui avait appliqué ce surnom parce que, désireux de s'instruire, il arrivait toujours aux leçons avant tous les autres élèves; affranchi né à Bassora, il fut précepteur des enfants d'Abou-Dolaf, l'un des généraux de Mamoun et de Mo'taçim, et a laissé une collection d'ouvrages lexicographiques, au nombre de vingt-huit, dont quatre se sont conservés jusqu'à nos jours et ont été copieusement commentés, surtout le Livre des racines trilitères dont la signification change avec la vocalisation {Kttâb el-Motkal~ lath), qu'il fut le premier à écrire et dont le genre fut souvent imité depuis. Il mourut en 821.

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C'est parmi les élèves de Qotrob qu'il faut ranger Mohammed ben Habib, à qui nous devoos le recueil des poésies deFérazdaq; il s'occupa également de l'aocienne histoire des tribus arabes, et composa sur ce sujet un livre que nous n'avons plus. Il mourut à Sâmarrà en 859. Habib était le nom de sa mère.

Abou-'ObaîdaMA'MARBBNBL-MoTHANNJLétaitnéàBassora en 728 de parents juifs établis en Perse; contemporain de Kbalil, mais non son élève, il suivit les cours d'Abou- *Amr ben el-A'lâ. Rattaché au parti religieux et politique des Kbarédjites, dont le centre d'action était Bassora, ses tendances furent également cko'oubites, c'est-à-dire qu'il combattit pour la supériorité des races vaincues sur les Arabes vainqueurs, ainsi que nous l'avons expliqué plus haut. Il fut appelé à Bagdad en 803 par Haroun er-Rachid. Il s'était fait tant d'ennemis par son livre el-Matâlib (Livre des défauts des Arabes) que lorsqu'il mourut à BasBora en 825, empoisonné par une banane, personne ne suivit son cercueil, phénomène inouï chez les musulmans. Il portait des habits malpropres et grasseyait. Il a écrit deux cents traités grammaticaux et philologiques, composés d'extraits de poèmes et de proverbes de la péninsule arabique. Le poète Abou-Nowâs avait pris des leçons d'Abou-'Obaïda ; il l'estimait très haut et méprisait El-Açma'ï, dont il disait que c'était un rossignol en cage, c'est-à-dire qu'il prononçait de beaux discours sans en comprendre un mot; quant à son maître, il disait de lui : K C'est un paquet de science ficelé dans une peau. » Quand il récitait des vers, il ne marquait pas la mesure et, en répétant des passages du Koran ou de la tradition, il faisait exprès des erreurs ; et quand on lui en demandait la raison : « C'est, disait-il, parce que la grammaire est de mauvais augure. » Son Livre des journées des Arabes a

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servi de base au Livre des chansons d'Abou'I-Faradj el- Içfahâoî et au Kâmîl d'ibn el-Athir.

Abou-Zéïd Sa'ïd ben 'Amu el-Ançâri était aussi un élève d'Abou-'Ainr ben el-A'Ia; d'origine médinoise mais né à Bassora, il fut appelé à Bagdad lors de l'avènement au trdne du khalife Mehdi et y mourut en 830 a l'âge de près de cent ans. Il était qadari, c'est-à-dire qu'il admettait le libre arbitre de l'homme, opinion théologique considérée comme hérétique; cependant, en matière de tradition du Prophète, il est regardé comme une autorité sûre.

Mais le plus célèbre des élèves d'Abou-'Amr fut El-Açma'ï 'Abdel-Mélik ben Qoraïb, de vraie extraction arabe, né à Bassora eu 739. Son érudition étonnante lui valut la plus grande considération à la cour de Haroun er-Rachid, en même temps que comme professeur et comme écrivain il exerçait une grande influence dans les cercles littéraires. Il se distingue de ses devanciers par son piétisme exagéré, dont l'expression déborde même sur ses travaux philologiques. Il mourut vers 831. Il écrivit des ouvrages sur une foule de sujets, entre autres le Kitâh el-Khéïl (Livre des chevaux), dans lequel il énumérait, avec citations appropriées de vers arabes, les noms donnés par les Bédouins à toutes les parties du corps du noble anima). Ce fut même l'occasion d'une anecdote racontée par El-Açma'ï lui-même. Celui-ci vint un jour, accompagné d'Abou-'Obaïda, trouver le ministre Fad) ben Rabi', qui lui demanda en combien de volumes était le fameux traité des chevaux : « Un seulement ! » répondit le grammairien. A la même question, Abou-'Obai'da, qui était aussi l'auteur d'un traité sur le même sujet, répondit que le sien était de cinquante volumes. « Allez à côté de ce cheval, » dit FadI en montrant une bète qu'il venait de faire sortir de son écurie, « et placez votre main suc-

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cessivement sur toutes les parties de son corps en donnant leur nom. — Je ne suis pas vétérinaire, répondit Abou-'Obaïda; tout ce que j'ai écrit sur ce sujet m'a été fourni par les Bédouins. » El-Açma'ï, au contraire, se prêta à l'expérience demandée par le ministre, et tenant le cheval par la crinière, nomma les différentes parties du corps en récitant en même temps les vers des poésies bédouines qui les mentionnaient. C'est lui qui naturellement obtint le don du cheval en récompense de sa science. Plus tard, quand il voulait piquer Abou-'Obaïda, il ne manquait pas d'aller lui rendre visite monté sur le cheval qui avait été la cause de sa confusion. Le respect d'Ël- Açma'î pour le livre sacré et les traditions du Prophète était tel, qu'il refusait d'en interpréter les difficultés et les obscurités au moyen de son érudition; il répondait toujours : h Les Arabes du désert disent que telle et telle expression signihent telle chose, mais je ne sais pas ce qu'elle peut signifier dans le Koran. » Cette timidité dans l'exégèse provenait de ses sentiments religieux, et l'empêcha d'utiliser à l'étude du texte sacré les belles qualités qui l'avaient rendu célèbre en matière profane.

El-Akhfach {sarnommé El- Ausal, « le Moyen «, pour le distinguer d'un autre grammairien plus ancien] Sa'Vd ben Mas'ada était né à Balkh et probablement d'origine persane; il était affranchi d'une tribu arabe. Plus âgé que Slbavraih, il avait néanmoins été son disciple préféré, et il avait coutume de dire ; o Mon maître n'a pas inséré dans son Kitàb un seul passage sans l'avoir soumis à mon examen. » C'est en effet ii lui que l'on doit la conservation de la précieuse grammaire, dont il combattait cependant certaines tendances. Son surnom d'Akhfach signifie M qui a de petits yeux et nyctalope » ; en outre, il

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avait la bouche ouverte et ne pouvait couvrir les dents avec les lèvres. Il mourut vers 835.

El-Açma'ï forma des élèves. Le premier est Abou-'Obaïd Ël-Qasim bek Sallah, né à Hérat d'un esclave grec, en 773. Il étudia non seulement à Bassora avec El-Açœa'ï, Abou-'Obaïda et Abou-Zéïd, mais encore à Koufa avec Ibn el-A'ràbi et El-Kisàï. Nommé précepteur des enfants de la famille de Hartama, gouverneur du Khorasan sous Haroun er-Rachid, puis de ceux de Thâbit ben Naçr, gouverneur de Tarsous en Cilicie, ce dernier fonctionnaire l'établit dans un poste de cadi qu'il conserva pendant dix-huit ans. Puis il se rendit auprès d"Abdallah ben Tàhir, gouverneur du Khorasan, qui l'accueillit généreusement. C'était un littérateur d'une prudence merveilleuse, qui pour éviter que les vers satiriques qu'il plaçait dans ses ouvrages ne lui attirassent des désagréments, y remplaçait les noms de personnes par des substantifs fabriqués par lui à la mesure du vers. Dans ses dernières années on le retrouve à Bagdad; îl mourut à la Mecque ou à Médine au cours d'un pèlerinage (837). On disait de lui qu'il partageait la nuit en trois portions : une pour la prière, une pour le sommeil, et la troisième pour la composition de ses ouvrages. Parmi ceux-ci le Gharib el- Moçannaf, auquel il travailla quarante ans, est conservé à la bibliothèque khédiviale du Caire, le Gharib cl- Hadith à Leyde et le Livre des proverbes à Paris.

Le second est Aboo-Hatih Sahl ben Mohammed, originaire du Sidjistan, mort vers 864. Il habita quelque temps Bagdad ; vers la fin de sa vie il renonça a s'occuper d'érudition et se livra au commerce de la librairie. Il est connu comme l'auteur du Kitàb el-Mo'ammarin conservé à la bibliothèque de l'Université de Cambridge et consacré aux hommes qui ont vécu longtemps; son Livre des pal-

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miers (Kitàb en-nakhl) a été étudié par Cusa et Lagumina. Il fut le maître d'iba Doréïd et d'El-Mobarrad. C'était un homme pieux qui chaque jour consacrait une pièce d'or aux aumônes, et chaque semaine lisait le Koran en entier. Il était, disait-on, meilleur poète que grammairien. Une anecdote qu'on raconte de lui prouve qu'il connaissait l'emploi d'encres sympathiques pour dissimuler l'écriture. 11 disait à ses élèves : « Si vous voulez confier un secret au papier, écrivez avec du lait frais; les mots apparaîtront quand vous j jetterez des cendres chaudes de papier brûlé ; ou bien écrivez avec une solution de sulfate de fer : l'écriture deviendra visible en y versant une infusion de noix de galle. Vous pouvez encore écrire avec cette infusion de noix de galle et y verser le sulfate de fer. »

Le troisième, Abou 'Omar Salih bbn Ishaq el-Djarmi, était un jurisconsulte et un grammairien né à Baesora; il se rendit à Bagdad, où il eut de grandes discussions avec El-Farrà; il mourut en 840. Le quatrième, Abou'l-Fadl el-'Abbâs ben Faradj er-Riyàchi, périt à Bassora pendant l'insurrection de l'Alide de Bassora, le prétendu 'Ali ben Mohammed, chef des Zendjs, en 871. Lors de la prise de la ville par ces nègres féroces, il fut compris dans le massacre général des habitants. Un cinquième est Es- Soukkari Abou-Sa'ïd el-Hasau ben el-Hoséïa, né en 827, mort en 888, qui a réuni et édité critiqucment les anciennes poésies arabes, le diwan des Hodhéïlites et celui d'ImrououlqaÏB. Un sixième est Abou-'Othman Bekr ben Mohammed el-Màzini, mort en 863 ; il refusa un jour de donner des leçons de grammaire à un non-musulman, en prenant pour texte le Livre de Sibawaih, à cause des citations du Koran que celui-ci renferme, et qu'il ne voulait pas expliquer à l'élève par crainte de profanation ,

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malgré la somme considérable que celuï-ci lui offrait et son extrême pauvreté. Appelé à Bagdad, il expliqua au khalife Wathîq uue difficulté grammaticale qui se trouve dans un vers du poète El-Ardji, poète erotique de la Mecque, petit-Bis du khalife 'Othman.

L'une des coloones de l'école de Bassora fut El- MoBARBAD Mohammed ben Yézid el-Azdi, l'auteur du Kdmil ou traité complet de grammaire. Né à Bassora vers 826, élève d'El-Màzini et d'Abou-Hatim, il combattit plusieurs des théories de Sibawaih. Vers la fin de sa vie il s'établit à Bagdad, où il mourut en 998. Il a raconté lui-même d'où lui venait le surnom d'El-Mobarrad (le Rafraîchi). Un jour où le chef de la police voulait l'avoir avec lui et jouir de sa conversation, El- Mobarrad, pour échapper à sa société qui l'ennuyait, s'était rendu chez un de ses amis; quand on vint l'y chercher, il se cacha dans le panier d'osier qui sert d'enveloppe aux dames-j cannes, de sorte qu'on ne le trouva pas; et quand l'enquêteur fut parti, son hôte l'appela en lui criant : El-Mobarrad (le Rafraichi]! surnom qui lui resta.

C'est toute une dynastie de philologues et de professeurs de grammaire que forme la famille d'EI-Yazidi, depuis Abou-Mohammed Yahya, affranchi de la tribu d'Adi, mort en 817 ii Merv, et ses cinq fds : Mohammed, qui était aussi poète, Ibrahim qui accompagna Mamoun en Asie Mineure et mourut en 839; Isma'ïl, 'Obaïd-Allah ctlshaq, jusqu'à l'un de ses descendants, Abou-' Abdallah Mohammed ben el-'Abbàs, précepteur des enfants du khalife Moqtadir et qui mourut eu 922. Il écrivit une histoire de cette famille. Yazidi était un jour présent à une séance de musique chez Mamoun : « Dis-moi, interrogea le khalife, y a-t-il quelque chose de mieux dans la

vie que la séance à laquelle nous assistons? — Oui, répondit Yazidi, il y a les actions de grâces dues au Très Haut pour l'insigne faveur qu'il vous a faite en vous permettant de la réunir. » Réponse pieuse qui plut au khalife.

El-Mobarrad compta au nombre de ses élèves Ez-Zadjdjàdj Abou-Ishaq Ibrahim ben Sahl, ancien ouvrier verrier devenu philologue, mort à plus de quatre-vingts ans vers 922, qui fut précepteur du ministre d'El-Mo'tadid et entra plus tard au service du khalife lui-même, et qui donna son surnom à son élève 'Abder-Rahman ben Ishaq ez-Zadjdjàdj , qui naquit à Néhavtrend, fut professeur à Damas et à Tibériade, où il mourut en 949; il a donné dans le Kitdb el-Djoumal (le Livre des phrases) un ouvrage instructif sur la grammaire arabe, mais allongé et alourdi par un trop grand nombre d'exemples; on dit qu'il le composa à la Mecque, et qu'après avoir terminé chaque chapitre, il avait tourné sept fois autour de la Ka'ba, comme c'est le rite pendant le pèlerinage, en priant Dieu de lui pardonner ses fautes et de rendre son livre utile aux lecteurs. Comme élève du même Ez-Zadjâdj nous ne pouvons passer sous silence El-Hasan ben Bichr el-Amidi, né à Diarbékir (ancienne Amidn], mort en 987, qui a écrit un livre de critique sur la poésie, consacré à un parallèle entre les deux poètes Abou-Temmâm et Bobtori.

Ibn DoRÂiD (Abou-Bekr Mohammed ben el-Hasan] était k la fois poète et érudit. Né à Bassora en 837, originaire de l'Oman, il put échapper aux massacres qui suivirent la prise de sa ville natale par les rebelles nègres connus sous le nom de Zendjs ; eu 871, il retourna dans son pays d'origine et y séjourna douze ans ; puis il passa en Perse et s'acquit, par ses panégyriques et notamment par son ode el-MaqçoAra^ traduite en latin par Houtsma, Scheîdius

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et Naunestad Boysen, la faveur du gouverneur de Susîane et du Fars, 'Abdallah beu Mohammed ben Mikàl, qu'on appelait communément ech-Châh, <( le Roi ». C'est en l'honueur de ce personnage et de son fils qu'il écrivit un grand dictionnaire sous le titre de Djamhara. Après la destitution de ses protecteurs, il vint à Bagdad (920) où le khalife El-Moqtadir lui fit une pension qui lui permit de continuer ses études; c'est dans cette dernière ville qu'il mourut en 934. Il a écrit sous le titre de Kitâb el-Ichliqâq (Livre de l'étymologie) un dictionnaire généalogique des tribus arabes qui a été publié par Wûstenfeld. Il avait gagné de grosses sommes au service des gouverneurs du Fars; mais comme il était généreux et même prodigue, il n'avait jamais d'argent entre les mains; c'est en Perse également qu'il avait contracté le goût de la boisson: il s'enivrait volontiers. Un mendiant lui ayant demandé l'aumône, il lui donna un barillet de vin, n'ayant rien d'autre; et comme on désapprouvait le don d'une chose défendue par le Koran, il répondit : « C'est tout ce que j'ai. » Il fut atteint de paralysie dans sa vieillesse, et survécut encore de deux ans à la dernière attaque.

Ibn eb-sbrradj (Mohammed ben es-Sari], l'élève préféré d'EI-Mobarrad, avait un défaut de prononciation grave chez un grammairien : il grasseyait Vr, que les Arabes prononcent en faisant vibrer le bout de la langue; il mourut en février 929. Un autre élève du maître était un Persan de la ville de Fasâ dans le Fars, Ibn Durustawaïh ('Abdallah ben Dja'far), né en 871, mort à Bagdad en mai 958.

Le Persan Behzâd, qui professait les croyances de l'Avesta et habitait la ville de Sirâf, sur le golfe Persique, avait en un fils qui devint grammairien sous le nom

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d'EUHasan ben 'Abdallah e&-Sirâfi, qui voyagea beaucoup, quitta sa ville natale à vingt ans, étudia le droit dans rOmau, la métaphysique à Asker-Mokram en Susiane, et termina ses études à Bagdad avec Ibu Doréïd, qui lui enseigna la philologie. Pendant quarante ans il fut coadjuteur du grand cadi hanéfite dans la mosquée de Roçafa en même temps qu'il donnait des leçons de grammaire ; il mourut en février 979. Il vivait retiré et menait une vie pleine de gravité. Il avait puisé à l'école d'Abou- Mohammed ben 'Omar des opinions mo'tazélites qu'il dissimulait; il vivait du travail de ses mains, copiant des manuscrits pour gagner son pain.

Es-Serrâdj et Ibn Doréïd avaient eu pour élève Abou'l- Hasan 'Ali ben 'Isa er-Roummânl, l'Ikchiditc, le Libraire, d'une famille originaire de Sâmarrâ, né à Bagdad eu 908, mort dans la même ville en 994, qui s'occupa surtout de résoudre les difficultés grammaticales, à en juger par l'ouvrage qu'il a laissé et que possède la Bibliothèque nationale, seul survivant des dix-huit livres qu'il avait écrits.

Nous retrouvons encore un Persan dans Abou-'Ali el-Hasan ben Ahmed el-Fârist, né à Fasà en 901; il vint étudier à Bagdad à l'âge de dix-huit ans, se rendit à la cour de Séïf-Eddaula à Alep, en 952, et du Bouïde 'Adod- Eddaula à Chiraz, auquel il dédia son Kitâb el-Idàh, Livre de l'explication grammaticale, et son Takmîla (Complément). De retour à Bagdad, il y mourut en 987.

Un peu après l'école de Bassora était née l'école grammaticale de Koufa, dont on peut dire que bien moins que la première elle tenait à renfermer la langue arabe dans des paradigmes étroits; elle tenait compte, par conséquent, plus de l'usage de la langue vivante que des constructions artificielles des grammairiens. On attribue

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sa fondation a un contemporain de Khalil, Abou-DjaTar Mohammed ben Abi-Sâra er-Rouàsi. Son élève, El-Kisàï ('AH ben Hamza), était d'origine persane. Il alla étudier aussi à Bassora auprès de Khali! et entreprit sur son conseil un long voyage parmi les tribus arabes du désert, considérées comme les conservateurs du put langage. Il fut l'auteur d'une manière particulière de lire le Koran et est compté parmi les sept lecteurs canoniques. Haroun er-Rachid lui confia l'éducation de ses deux fils Amin et Mamoun. Il fut l'adversaire de Sibawaih. Il mourut à Ranboâya près de Réî (RhagèR, non loin de la Téhéran actuelle} vers 805,

De son œuvre, en dehors des fréquentes citations que l'on trouve dans les auteurs, il ne nous a été conservé qu'un traité sur les fautes de langage du vulgaire (Risàla fi lahn el-'àmma), conservé à la bibliothèque de Berlin, et qui est probablement le plus ancien ouvrage composé sur ce sujet.

Eiv-Farbâ {Abou-Zakariyà ben Ziyâd) fut son principal élève; il était comme lui d'origine persane; sa famille était de la race des rudes montagnards du Déïlem. Le khalife Mamoun le choisit comme précepteur de ses fils; il enseigna la grammaire à Bagdad. C'est en se rendant à la Mecque qu'il mourut en route, à l'âge de soixante- trois ans, en 822.

El-Mofaddal ed-Dabdi s'occupait de réunir des vers des anciens poètes et des proverbes arabes; ces deux ouvrages nous sont restés : le premier est le Mofaddaliyyât, qu'il rassembla pour son élève, le prince El-Mchdi; le second, le Kildb el-Amtkâl. EUMofaddal avait, à un moment donné, joué un rôle politique qui avait failli lui coûter cher ; il avait pris part au soulèvement de l'Alide Ibrahim que ses partisans nommaient VAme pure, contre

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le khalife Mançour. Il fut mis en prison, plus tard gracié et obtint la charge de précepteur du fils du khalife. Il mourut en 786, en laissant pour élève Abou-'Amr Ishaq bea Mirar ech-Chéïbâni, qui s'occupa également de recueillir d'anciennes poésies; il mourut en 821; il étudia spécialement les anecdotes, les expressions rares et la poésie improvisée des nomades. Son fils nous a raconté qu'il avait rassemblé et classé les poèmes de plus de quatre-vingts tribus; quand il avait fini de recueillir ce qu'il trouvait dans un campement, il en publiait le résultat et en déposait une copie dans la mosquée de Koufa; il écrivît ainsi de sa propre main plus de quatre-vingts volumes. Un autre des élèves de Mofaddal fut Ibn el- A'bAbi (Mohammed ben Ziyàd); Mofaddal avait épousé sa mère, qui avait d'abord été mariée à un esclave du Sind qui fut le père d'ibn el-A'râbî. 11 mourut h Sùmarrâ en avril 846. Il tenait le premier rang pour sa connaissance des expressions rares, et il critiqua les ouvrages des autres philologues en signalant les fautes qu'ils avaient commises. Il avait une mémoire prodigieuse; un de ses élèves, Abou'l-'Abbùs Tha'lab, suivit ses leçons pendant plus de dix ans et ne le vit jamais avec un livre a la main; cependant il dictait à ses élèves des textes philologiques, de quoi former des charges de chameau.

Ibn es-Sikkît (Abou-Yoàsouf Ya'qoùb ben Ishaq) était le fils d'un Susien, probablement d'origine araméenne; lui aussi alla fréquenter les Bédouins pour y compléter sa connaissance de la langue arabe. La célébrité que lui valurent ses ouvrages décida le khalife Ël-Motawakkil à lui confier l'éducation de son fils El-Mo'tazz. La préférence qu'il accordait aux prétentions des Alides au trône, et qu'il ne dissimulait pas même au khalife, lui valut d'être châtié et piétiné par la garde du corps du khalife.

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composée de Turcs, traitement doDt il mourut deux jours après, en 857. On dit que comme grammairien il manquait de pénétration . Son meilleur ouvrage est Vlçlâh el-Manliq (Correction du langage); il a écrit également des commentaires des diwans d'EI-Khaosà et de Tarafa. Il eut pour élève Abou-Tàlib el-Mofaddal ben Salama, qui fut le compagnon de Fath ben Khâqân et d'isma'll ben Bulbul, tous deux ministres de Motawakkil, écrivît un recueil de proverbes sous le titre de Ghâyet-el-Adab (le Sommet de la morale) et mourut en 920.

Mais le véritable succeaseur de l'enseignement d'Ibn el-A'râbi fut Aboul>'Abbâs Ahmed ben Yahya Tha'lab, né en 815, mort à la suite d'un accident à Bagdad en 904- H jouissait d'une confiance complète au sujet de sa compétence en matière de traditions; jeune encore, sa réputation de bon diseur de poésies arabes s'était déjà répandue. Ibn el-A'râbi, son maître, ne craignait pas, dans les questions douteuses, de faire appel à la science de son élève. Il a écrit le Kitàb el-Fasih, sur la forme et la signification des mots douteux, les Qawà'îd'ech-Clii'r, règles de la poésie; il a recueilli et publié les diwans de Zohéïr et d'F.l-A'cha.

Il eut pour élèves : 1° Idn el-Anbâhi (Abou-Bckr- Mohammed ben el-Qàsim), fils d'un savant traditionniste et grammairien qui enseigna sa science à son fils, né en 885, mort en 939. C'était un homme pieux qui s'était tracé comme règle de conduite de suivre la Sonna ou tradition du Prophète. Il écrivit le Kildb gkarih-el-Hadith (Livre des expressions rares et étranges qui se rencontrent dans la tradition), cité par Ibn el-Athir dans la préface de son Nihdya, le Kitâb-el~Adhdâd (Livre des mots ayant des significations opposées), publié par M. Houtsma, le Kitâb el-îdhâk (le Livre de l'expli-

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catdoD) sur les pauses et le commencement des versets dans la lecture du Koran ; il eut lui-même pour élève Ibn el-'Ozaïr (ou Ibn el-'Ozaïri) Abou-Bekr Mohammed ben 'Omar, originaire du Sidjistan, mort en 941, qui écrivît, sous le titre de Nozhet el-qoloûb (Plaisir des cœurs), un dictionnaire des expressions rares du Koran.

2° Ed-Motarbiz (Abou-'Omar Mohammed ben 'Abdelnrâbidez-Zàhid),qui par sa fidélité à son maitre mérita le surnom de Ghoulâm Tha'Iab (Serviteur dévoué de Tha'lab), né en 874, mort en 956; son élève Ibn Khàlawaïh (mort en 980) a rédigé et édité son Kitâh el-'Acharât (le Livre des Dizaines), explications de mots qui dix par dix ont le même commencement. Sa mémoire étonnante et son érudition impeccable lui attirèrent la haine de ses compétiteurs, qui tentèrent en vain de surprendre sa véracité et son exactitude.

Les deux écoles rivales de Bassora et de Koufa disparurent au iv° siècle de l'hégire pour s'unir dans une seule école qu'on a pu appeler l'école de Bagdad, et qui essayait naturellement de fusionner les tendances contradictoires des deux villes de province dont l'éclat pâlissait de plus en plus devant le succès et la grandeur de la ville fondée par El-Mançoùr. En sa qualité de capitale, Bagdad attirait à elle les sommités de l'empire.

Ibn Qotaïba (Abou-Mohammed 'Abdallah ben Moslim) était né à Bagdad ou h Koufa en 828, d'un père originaire de Merv, par conséquent de souche iranienne. 11 fut quelque temps cadi à Dînawer dans l'Irak -Adjé mi, fut ensuite professeur à Bagdad, où il mourut vers 889. Il se montra non seulement grammairien, mais aussi historien ; il prit part aux luttes théologiques qui occupaient les esprits de son temps et défendit la tradition musulmane contre les sceptiques qu'avait formés la traduction en

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IH LITTÉRATIIRB ARABE

syriaque, puis en arabe, des livres de la philosophie grecque. Il a écrit le 'Oyoùn el-Akhbâr {Sources des traditions), publié par M. Brockelmann, sorte de chrestomathie d'œuvres de poètes anté-islamiques, et d'exemples choisis dans la tradition et l'histoire ; le Kitàb el-Ma'ârif (Livre des connaissances), manuel d'histoire publié par Wûstenfeld ; l'Adab cl-Kùtib ou guide du secrétaire ; le Tabaqât ech-Cho'arâ , sur les différentes classes des poètes.

Abou-Hanîfa bd-Dinawarî (Ahmed beo Dâoud) était d'origine persane, comme l'indique le nom de son grandpère Wanand. C'était un homme vraiment encyclopédique, qui, après avoir étudié les belles-lettres avec Ibn es-Sikkit, apprit les mathématiques, la géographie, l'astronomie et l'histoire; il mourut en 895. Son Kitàb en-Nabût (Livre des plantes) n'était pas à proprement parler un livre d'histoire naturelle, mais plutôt de littérature ; il était consacré aux plantes citées par les anciens poètes dans leurs vers. Cet ouvrage est connu par les extraits qu'en a conservés le Khizdnet el-Adab. En revanche, son ouvrage historique, Kitâb el-Akhbâr et-Tiwdl (le Livre des longues histoires), conservé à la bibliothèque de Saint-Pétersbourg, a été publié par M. W. Guirgass. Il est surtout conçu au point de vue persan; Alexandre et l'histoire légendaire des anciens Perses, la conquête de l'Irak par les Arabes, les longues luttes du khalife Ali contre ses compétiteurs y tiennent une place considérable.

En-NAchi bl-Akbab (c'est-à-dire senior) Abou'U'Abbàs Ibn Chirchir était né à Anbàr, ville du bas Euphrate, dont le nom décèle l'origine persane (il signifie « magasin » en cette langue; ce n'est point, comme on l'a cru, le gréco-latin È[xitiptoy, emporium)\ il vécut à Bagdad et

LES ABBA8SIDBS tSG

mourut en Egypte en 906. C'était un poète qui cultiva le genre des scènes de chasse et la poésie didactique relative à ce sport; il a consacré de belles pièces à la description des faucons. 11 s'occupa, en niAme temps que de grammaire, de prosodie et de théologie scolastique. On vante son habileté de logicien, et sa dialectique subtile, qui lui permettait de renverser toutes les preuves alléguées par les grammairiens en faveur de leurs doctrines. Il s'attaqua aux principes de versification établis par Khalil et en inventa d'entièrement nouveaux.

La même école peut encore revendiquer le Chéïkh-el- Islam Ibrahim ben Ishàq bl-HarbÎ, originaire de Merv, qui écrivit sur des sujets de théologie et de jurisprudence ; né en 814, il mourut en 898; il fut élève d'Ahmed ben Hambal, fondateur du rite orthodoxe des Hambalites; E!-Wachchà (Abou't-Tayyeb Mohammed ben Ahmed), élève d'El-Mobarrad et de Tha'lab, mort à Bagdad en 936, simple maître d'école, mais écrivain élégant, qui nous a laissé, dans son Kitâb-el-Mowachchà , publié par M. Brûnnow, un tableau animé et plein d'intérêt sur la civilisation de son temps, ainsi qu'un recueil de modèles de lettres qui se trouve a Berlin; Abou'1-Fadl el-Harawi, Persan né â Héràt, élève des mêmes, mort en 940, qui a écrit un Kitdb Mafdkhir el-maqâla {Livre des discours glorieux), conservé en manuscrit h Constantinople; El- Akhfach le Petit, éditeur du Kùmil d'El-Mobarrad et commentateur du Livre de Sibawaih, se rendit en Egypte en 900, en revint en 918 et mourut à Bagdad en 920.

Ibn el-Marzobàh (Abou Bekr Mohammed ben Khalaf), mort en 921, écrivit un livre pour démontrer la supériorité du chien sur la plupart des hommes (manuscrit de Berlin), mais on n'en sait rien de plus; Ibn Khàlawaïh (Abou-' Abdallah el-Hoséïn), élève d'Ibn Doréïd

ISS LlTTÉtlATVRB ARABB

et d'EUAnbâri, se livra à l'étude de la tradition du Prophète et fut même quelque temps professeur de celte science dans la grande masquée de Médine; plus tard il se rendit à Alep, entra au service des Hamdanîdes et y fréquenta le poète Moténebbi; il y mourut en 980; il est l'auteur d'un livre intitulé Laîsa sur les exceptions de la langue arabe, dont le texte a été publié d'après le manuscrit unique du British Muséum par M. H. Derenbourg. Ibn Djiniii {Abou'1-Fath 'Othmàn] de Mossoul était le fils d'un esclave grec; il devînt professeur dans sa ville natale après avoir étudié à Bagdad sous la direction du grammairien Abou 'Ali el-Fàrisi, de l'école de Bassora ; il retourna plus tard dans la capitale, y succéda même à son maitre et y mourut en 1002 ; ses nombreuses publications, dont il ne reste qu'un petit nombre, se distinguent par la façon dont il a appliqué la philosophie à l'étude de la grammaire; M. G. Hobey a publié et traduit en latin son traité des principes de la flexion. Abou-Hilfil el-'Askari(el-Hasan ben 'Abdallah), est l'auteur d'un recueil de proverbes, de différents ouvrages sur les règles de la composition en prose et en vers, sur divers sujets de littérature, et d'un commentaire du diwan d'Abou-Mihdjan ; Ibn Asad el-Bezzàz, le Marchand de toile (Abou -'Abdallah Mohammed), auteur d'un livre destiné à expliquer les vers difficiles, mort à Bagdad en 1019, était célèbre par sa calligraphie, d'où son surnom de Kùtib (le Secrétaire}; il fut le maitre du célèbre calligraphe Ibn el-Bawwàb; Ez-Zodjadji (Aboul-Qùsim Yoùsouf ben 'Abdallah), mort eu 1024, est l'auteur d'un livre donnant, par ordre alphabétique, les noms des diflérents membres du corps.

Dans cette même période, en Perse, 'Abder-Rahman ben 'Isa el-Hamadhâni, secrétaire et calligraphe, mort en

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932, composait le Kilâb el-alfdzh el-Kitdbiyya sur ta Synonymique, édité par le R. P. Chéîkho à Beyrouth; Abou-Ibrahim Ishaq ben Ibrahim, originaire de la ville de Fàràb (ou Otrar] dans le Turkestan, vécut quelque temps à Zébid où il écrivit son Diwan el-Adab pour le roi du Khârizm (Khiva), Atsiz, puis il retourna comme professeur dans sa ville natale, où il mourut en 961; il fut le maître et le professeur de son neveu, le fameux lexicographe El-Djavhari (Abou-Naçr Isma'ïl ben Hammâd). Après avoir étudié à Fûràb sous la direction de son oncle, il se rendit à Bagdad, où il put profiter des leçons d'EI-Fârisi et d'Ës-SirAfi, entreprit, pour compléter sa connaissance de la langue arabe, des voyages dans l'Irak- Arabi et le désert de Syrie, retourna ensuite dans l'est et se fixa d'abord à Damghân puis à Nisapour dans le Khorasan, où il mourut à la suite de la chute du toit de sa maison, ou de la grande mosquée, car les versions diffërent, vers 1002. Son grand dictionnaire, eç-Çahâh &'l-Logha, est rangé alphabétiquement d'après l'ordre de la dernière lettre radicale, disposition étrange qui a été suivie par ses successeurs, et dont l'emploi, utile aux poètes, l'était peut-être encore plus à leurs critiques; car on sait que plusieurs lettres arabes ne différent entre elles que par les points que l'on emploie pour les distinguer; lorsque le copiste en oublie un, ce qui est fréquent, le mot est inintelligible; l'ordre adopté par El- Djauhari permet de rectifier des erreurs de ce genre plus aisément peut-être que par notre procédé de ranger les racines de l'arabe suivant l'ordre de la première radicale. 11 en rédigea lui-même environ la moitié; ce travail fut terminé par un de ses élèves, Abou-Ishaq Ibrahim ben Salih el-Warrâq (le Papetier ou le Libraire), qui laissa s'y glisser quelques erreurs.

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LITTERATURB ARABE

D'autres lexicographes travaillaient en même temps le même sujet. El-Azhari (Aboii-Mauçour Mohammed bea Ahmed), né à Hérat en 895, tomba entre les mains des Carmathes au retour du pèlerinage de la Mecque, lorsque la caravaue Tut pillée entre Médine et Koufa le 26 avril 924, resta prisonnier et esclave d'une tribu bédouine qui, selon les saisons, voyageait dans l'intérieur de la péninsule; ce qui donna, bien malgré lui, à notre Persan d'Hérat l'occasion d'apprendre l'arabe à la source même. Une fois délivré de captivité, il rentra dans sa ville natale, y professa longtemps et y mourut en 981. Son dictiounaire, le Taftdhib el-Logha, est rangé dans l'ordre des organes d'émission des lettres, comme Khalil l'avait fait pour son Kitàb-el-'Aïn.

Le Çâhib Ibn 'Abbâd (Abou'l-Qâsim isma'ïl) el-Tâlaqâni, né à Tàlaqân près de Kazvia en 938, était le fils du ministre des princes Bouïdes Rokneddaula et 'Adod- Eddaula ; c'est lui qui reçut le premier le titre de çdhib, ou compagnon. Il suivit à Réî les leçons d'Ibn Fâris et termina ses études à Bagdad; à son retour, le prince Bouïde Moayyid-Eddaula, dont il était compagnon d'enfance, le choisit comme ministre, poste qu'il conserva sous son successeur Fakhr-Eddaula. Protecteur de l'art et de la science, il écrivit lui-même des vers et des lettres qui ont été réunies sous le titre de Kâfi'i-Kofât. Le troisième volume de son Mouhtt, dictionnaire par ordre alphabétique, qui en avait sept, conservé à la bibliothèque kbédivîale du Caire, contient un grand nombre de mots, faiblement appuyés de peu d'exemples. Il mourut en 995. Il était populaire à Réï, et ses obsèques, présidées par le prince en personne, furent l'occasioa d'une grande démonstration de tristesse.

Ibn Fâris br-Râzi (Abou'I-Hoséïn Ahmed) fut profes-

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seur à Hamadan, où il eut pour élève Badi'-Ezzéman Hamadhâni, l'auteur des Séances; il fut ensuite appelé k Réï par Fakhr-Eddaula, pour être le précepteur de sou fils Abou-Tâlîb. Il nous donne le premier exemple d'un Iranien d'origine qui prend parti en faveur des Arabes dans les querelles des Cho'oûbiyya. Il a aussi écrit des vers élégants, entre autres ceux où il satirisa les habitants d'Hamadan, dont l'ignorance était proverbiale : a Pourquoi n'offrirai-je pas une prière sincère pour cette ville où j'ai eu l'avantage d'oublier tout ce que j'ai appris? » 11 mourut à Réï en 1005, Son Modjmal fîl-logha est un dictionnaire rangé dans l'ordre de la première lettre radicale; son Fiqh al-logha (Jurisprudence de la langue), est une introduction à la lexicographie arabe, remplie de considérations philosophiques.

Ahmed ben Mohammed el-Harawî était originaire d'Hérat; élève d'El-Azhari, mort en 1010, il est l'auteur du Kitàb el-Gharibéïn (le Livre des deux merveilles), traité des expressions difficiles qui se rencontrent dans le Koran et la tradition. Cet ouvrage, qui fut considéré comme très pratique, se vit copié à de nombreux exemplaires, dont plusieurs existent en Europe. L'auteur d'un ouvrage aussi sérieux aimait les conversations libres, ne se privait pas de boire du vin en particulier, et s'entourait de gens d'esprit qu'il accompagnait dans leurs parties de plaisir. Son contemporain Nizhàm-Eddin Hasan ben Mohammed de Nîsapour écrivit un livre du même genre sur le Koran en même temps qu'il composait un commentaire de l'Almageste de Ptolémée; cet astronome doublé d'un grammairien mourut en 1015.

L'Egypte n'était pas restée étrangère â ce mouvement, comme en témoignent les travaux d'Ibn Wallàd {Ahmed ben Mohammed), élève d'Ez-Zedjdjàdj , mort au Caire en

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943 et qui écrivit un dîctioiiDaire des mots se terminant par la voyelle a brève ou longue (Kitâb el-maqçoùr w'èlmamdoùil]; d'En-Nahhâs (Abou-DjaTar), élève du même, professeur au Caire, qui fut précipité dans le Nil en mai 950, un jour qu'il récitait des vers assis sur l'escalier du Miqyâs ou nilomctre de l'ile de Rauda, par un homme du commun qui crut qu'il prononçait une conjuration pour empêcher le débordement annuel du fleuve et par là assurer la disette et la cherté des provisions. C'était un homme d'habitudes sordides; quand on lui donnait une mousseline pour entourer le turban, il la coupait en trois, par avarice.

L'Espagne avait profité des leçons d'Asot-'Au (Isma'ïl ben el-Qàsim] el-QAli, originaire de la ville de Qâliqalâ en Arménie, né en 901, qui avait étudié à Bagdad en 915; il quitta cette ville en 939, entreprit un voyage dans les régions lointaines du Magreb et finit par échouer à Cordoue, où il s'installa comme professeur de grammaire et mourut en 967. L'ouvrage qu'il dictait ii ses élèves espagnols est connu sous le nom de Kitâb el- Amâli (Livre des dictées); c'est une anthologie contenant des traditions relatives au Prophète, une immense quantité de notes relatives aux proverbes, à la langue et à la poésie des anciens Arabes, des anecdotes sur les poètes de la cour des khalifes, des pièces de prose et de vers conservés par la tradition orale. Un autre de ses ouvrages, le Kitâb el-Bâri, était consacré aux traditions du Prophète. Il eut pour principal élève Abou-Bekr Mohammed ben el-Hasan ez-Zobéidi, dont il compléta les études commencées déjà sous des maîtres espagnols, d'une famille originaire d'Emësc en Syrie, mais né à Séville en 918, Apres avoir achevé ses études à Cordoue, il fut chargé, par le khalife Mostangir el-Hakam de

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réducation de son fils Hichdm, qui ayant succédé à son père fit de son ancien maître le cadi de SévîUe et le chef du guet de cette ville, où il mourut en 989. Cette nomination lui valut une fortune dont ses descendants jouirent longtemps. Il composa une grande quantité de pièces poétiques, le Wâdth (Traité clair) sur la grammaire, qui se trouve à la bibliothèque de l'Escurial; l'Istidrâk, publié par M. Guidi, et une liste classihée des grammairiens et philologues qui avaient fleuri avant lui tant en Espagne qu'en Orient, et dont Soyoûti s'est servi dans son Mizkar.

L'Université Ni-^^hâmiyya de Bagdad.

La fondation de l'Université Nîzhàmîyya à Bagdad offrait un centre naturel à l'étude des lettres classiques. C'est là que furent élaborés de nombreux travaux sur la poétique et la rhétorique, la lexicographie, le plus souvent par des professeurs d'origine persane.

Yahya ben 'Ali, surnommé El-Khatib et connu sous le nom d'Et-Tibrizi, était né en 1030 à Tébrîz en Perse; il étudia les traditions à Sour, l'ancienne Tyr; le poète Abou'l-'Alâ el-Ma'arri lui avait enseigné la philologie; il vécut quelque temps en Egypte comme professeur, puis vînt à Bagdad, où il fut professeur à la Nizhàmiyya jusqu'en 1109, date de sa mort.

On dit que quand il voulut se rendre auprès d'Abou'l- 'Alà el-Ma'arri, pour lui demander des directions dans l'étude du Kitûb ct-Tahdib d'Abou-Mançoùr el-Azhari, il n'avait pas d'argent pour louer une monture; il mit cet ouvrage dans un sac qu'il porta sur le dos, et entreprit à pied le long voyage de Perse en Syrie. La sueur de

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16S LITTésATURE ARABE

son dos passa à travers les parois du sac et marqua de taches d'humidité le précieux maouscrit, que I'od conserva longtemps dans une des hiblîothèques de Bagdad et que l'on montrait aux visiteurs, tl écrivit un traité de prosodie et de métrique, un abrégé de la grammaire du Koran, et des commentaires sur les Mo'allaqât, le Hamaaa, le diwan d'Abou-Temmàm et celui de son maître Abou'l-'ÂIà el-Ma'arri.

Il eut pour élève Abou-Mançoùr Mauhoùb Ibn el-DjawALiQi, né eo 1073, mort à Bagdad en 1145, connu par un livre sur les mots étrangers introduits en arabe, qui a été publié par M. Sachau, et par le Takmila, complément de la Perle du plongeur de Hariri, édité par M. H. Derenbourg sous le titre de Livre des locutions vicieuses. Un ouvrage sur les noms des chevaux arabes et de leurs cavaliers se trouve en manuscrit à l'Escurial et à Munich. Sa calligraphie était renommée, et l'on se disputait les pièces écrites de sa main. Il occupait les fonctions d'imam auprès du khalife El-Moktafi et dirigeait les cinq prières journalières auxquelles le souverain assistait. Un élève lui ayant demandé un jour, pendant une de ses leçons, l'explication de deux vers contenant des termes techniques d'astronomie, il s'aperçut qu'il ne connaissait rien à cette science et jura de ne pas reprendre son cours avant d'avoir appris les règles des mouvements de la lune et du soleil.

Abou'l-Ma'àli Mohammed bcn el-Hasan Ibn Hahdoon, surnommé Kâfil-Koufât ou « l'Homme parfait par excellence », était né à Bagdad, en 1101, d'une famille considérable qui avait fourni à l'administration des hommes d'Etat; il avait commencé par servir dans l'armée; sous le khalife El-Mostandjid 11 fut d'abord inspecteur du palais puis secrétaire d'État. C'est pendant qu'il occupait ces

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dernières fonctions qu'ayant eu l'imprudence de blâmer ouTertement, dans un document officiel, les maux qu'il voyait autour de lui, il fut destitué et jeté en prison, où il De tarda pas à mourir (1167). Il a laissé, sous le titre d'et-Tedhkira, une anthologie historique et philologique en douze volumes, dont Alfred von Kremer a tiré ses recherches sur l'histoire et tes mœurs des Arahes avant l'islamisme.

Sa'ïd ben el-Mobàrek Idn ed-Dahhan, né en 1101 à Bagdad, s'y acquit la réputation d'un grammairien hors ligne. Plus tard il quitta cette ville pour se rendre à Mossoul auprès du vizir Djémal-Eddin el-Isbahânî. Pendant son absence sa bibliothèque fut envahie par les eaux du Tigre, qui avait débordé; on lui porta à Mossoul les livres qu'on avait pu sauver; comme ils étaient endommagés par l'eau du fleuve, il voulut les réparer en les couvrant de fumée de ladanum, résine du ciste de Crète, ce qui lui fit perdre la vue; bientôt après il mourut dans cette même ville de Mossoul en 1173. De ses ouvrages, nous n'avons plus que le Foçoûl sur la métrique et une qaçida conservés à Gotha.

De l'université Nizhâmiyya sortait encore Kémal-Eddin 'Abder-Rahman Ibn el-Anbahi, qui y avait étudié la philologie et qui y enseigna la même science à son tour. Dans les dernières années de sa vie il renonça au monde, s'enferma dans sa chambre et se consacra à l'étude et aux exercices de piété. Né en 1119, il mourut en 1181. Ses Mystères de la langue arabe (Asrâr el-'Arabiyya), qui ' sont une grammaire, ont été publiés par M. Seybold it Leyde. Son livre de la Décision équitable entre les grammairiens de Bassora et de Koufa, rédigé à la demande de ses élèves de la Nizhâmiyya, a fourni à M. Koschut la matière d'une étude grammaticale. Le Nozkat el-alibbd

16i LITTBRATUnE ÂRÀBE

(le Plaisir des gens de cœur au sujet des catégories de littérateurs) est une histoire de la littérature arabe depuis ses origines jusqu'à son époque ; il a été lithographie au Caire. D'autres ouvrages sur la grammaire se trouvent à Leyde et à Paris.

Mouhibb-Eddin Abou'l-Baqâ 'Abdallah bl-'Okbaiii, né en 1130, mort en 1219, eut vers la fin de sa vie la réputation d'un grand philologue ; il avait également étudié la jurisprudence du rite hanéfitc; son habileté en arithmétique lui avait facilité l'étude du partage des héritages. Sa famille était d"Okbara, village sur le Tigre en amont de Bagdad, d'où il est sorti un certain nombre de personnages remarquables. Il était privé totalement de la vue. Il a écrit des commentaires sur les poésies de Moténabbi et sur les séances de Ilariri, sur les expressions syntactiques non usuelles chez les ancicas poètes [Kitdb el-Moudjiz), sur les causes de la flexion et de l'absence de flexion dans les mots {el-Loubdb).

En Perse la langue arabe continuait d'à tre étudiée avec amour; c'était la langue scientifique par excellence; une foule d'idées semblaient ne pouvoir être exprimées, d'une façon claire et précise, qu'en arabe. C'était l'époque où le persan renaissait à l'existence, et commençait à fournir cette pléiade brillante de poètes qui lui assure une gloire éternelle; mais cette langue vulgaire, fille de l'ancien pehlevi, que les littérateurs forgeaient à nouveau sur leur enclume, il lui manquait bien des mots qu'elle avait perdus et qu'il fallait emprunter à l'arabe. Celui-ci jouait par conséquent le rôle du latin au moyen âge : on ne le parlait plus que dans les discussions de l'Université, mais on l'écrivait toujours.

Abou-Mançour 'Abdel-Mélik bth-Tha'alibi, né à Nisapour en 961, mort en 1038, fut un compilateur énergique

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chez lequel se montre déjà le procédé, devenu de plus en plus commun, qui consiste à ne pas citer la source des emprunts, ce que la littérature arabe avait soigneusement marqué, au contraire, daas sa belle époque. Son grand ouvrage, Yatimat ed-dakr fi mahdsin ahl el-acr (la Perle unique du siècle, sur les belles qualités des contemporains) est une anthologie des poètes de son époque, rangés d'après l'ordre de leur pays d'origine; tes extraits des poèmes cités sont précédés d'une biographie malheureusement fort courte. Le Latâlf el-Maârif (Facéties de la science) a été édité par de Jong à Leyde; c'est un recueil d'anecdotes et de renseignements curieux. Le Fiqkal-logha (Jurisprudence du langage) est un dictionnaire des synonymes. Le Latâïf eç-çahdba ival-tdbiln (Facéties des compagnons du Prophète et de leurs successeurs) est un recueil de bons mots échappés aux autorités du droit musulman; P. Cool en a publié des extraits dans la grammaire de Hoorda; un autre recueil d'ana (ahdsin Kalim en-nabi, etc.) a été étudié par Valeton. On lui doit encore d'autres ouvrages grammaticaux qu'il serait trop long d'énumérer. Enfin c'est peutêtre lui qui est l'auteur du Kitdb el-Ghorar, dont une partie, relative à l'ancienne histoire des Perses, a été publiée et traduite par M. Zotenberg.

Abou'I-Hasan Tahir Idn BisACBiD, bien qu'ayant passé sa vie en Egypte, était d'origine persane, des côtes méridionales de la Caspienne. Il fut attaché au bureau de rédaction de la correspondance officielle du Caire , pour corriger au point de vue de la grammaire les pièces qui lui étaient soumises, et il recevait un traitement mensuel pour cela; plus tard il renonça à ses fonctions, pour s'en remettre à la Providence du soin de pourvoir à son entretien, après avoir vu un chat venir quêter la aourri-

ISe LITTÉRATUIIE ABABS

ture pour un de ses semblables devenu aveugle. Il mourut en janvier 1077, étant tombé une nuit du toit de la vieille mosquée du Caire dans l'intérieur du monument; il laissait un manuel de grammaire en dix chapitres intitulé el-Moqaddima (la Préface), commenté par lui-même et par d'autres auteurs.

Abou-Bekr 'Abd-el-Qahir el-Djordjani, mort en 1078, a écrit un traité grammatical des cent particules régissantes dont les copies ont été multipliées à l'infini et se trouvent dans toutes les bibliothJiques ; Erpénius à Leyde en 1617, Baillie et Lockett à Calcutta s'en sont occupés. D'autres ouvrages sur la syntaxe ont eu l'honneur d'être commentés fréquemment.

Un autre compilateur persan, Abou'l-Qâsim el-Hoséïo er-Raghib el-]çbaham, originaire d'Ispahan, mort en 1108, a réuni sous le titre de Mohâdarât eî-odabâ (Conversation des gens lettrés) une anthologie littéraire très copieuse : il a composé un dictionnaire des mots du Koran rangés dans l'ordre alphabétique (A/o^iK^ffr alfdzk el-Qor'dn) avec des citations empruntées à la tradition et aux poètes; il a écrit un traité de morale que Ghazàlî portait continuellement sur lui [KUdb ed-dharia), et un commentaire du Koran.

A cette époque, les anciens proverbes arabes furent recueillis par Abou'1-Fadl Ahmed el-Méidani, mort à Nisapour, sa ville natale, en 1124; son grand travail a été la base de celui de Freytag, Arabum proverbia. Un dictionnaire (es-sâmi fPt asdmi) et une syntaxe (al-hddi lick-Ckddt) ont été quelque peu laissés dans l'ombre par le succès des Proverbes.

Abou'l-Qâsim Mahmoud ez-Zamakhchari, surnommé Djdr-Allah (le Voisin de Dieu], à cause du long séjour qu'il fit à la Mecque, était né à Zamakhchar dans le Kharezm

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(Khanat de Khiva actuel) en 1074. Sa jeunesse fut codsacrée a des voyages d'études ; le pèlerinage sacré le mena à la Mecque; îl mourut dans sa contrée natale, dans la ville de Djordjaniyya (Ourghendj , l'ancienne capitale du pays], en 1143. 11 avait une jambe de bois, ayant eu un pied gelé pendant une tempête d'hiver; cet accident avait nécessité l'amputation; il portait sur lui une attestation de témoins oculaires pour prouver que cette amputation provenait d'un accident naturel, et non d'une condamnation criminelle.

Il était franchement mo'tazélite, et quand il écrivit son commentaire du Koran, il le commença par ces mots : M Louange à Dieu qui a créé le Koran ; » plus tard l'orthodoxie remplaça le mot créer par le verbe révéler . Bien que dans ses ouvrages lexico graphique s îl se servît d'interprétations en langue persane, plus accessible à ses compatriotes, il était tellement persuadé de la supériorité de la langue arabe qu'il était opposé à ces tendances des Cho'oâbiyya dont nous avons précédemment parlé. Son grand commentaire du Koran s'appelle le Kachchdf (Celui qui découvre les vérités de la révélation) ; il a été imprimé à Calcutta et au Caîre, et fréquemment commenté. Le Kitâb el-Mofaççal (le Détaillé) est un manuel complet de grammaire arabe; il a été édité par Brock à Christiania. Le Moqaddimat el-adab (Préface de la littérature) est UD dictionnaire arabe-persan qui a été publié par Wetzsteio; le Kitdb el-Amkina (Livre des localités, des montagnes et des eaux), lexique géographique, a paru grâce aux soins de Salverda de Grave. Le Nawdbigh el~ Kaîim (les Paroles jaillissantes), recueil de proverbes, avait déjà, au xvm' siècle, attiré l'attention de H. A. Schultens, qui l'a traduit en latin; M. Barbier de Meynard a de nouveau étudié ce texte; VAtwdq edhdhakab (les Colliers

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d'or), allocutions morales, a été traduit en allemand par Joseph de Hammer, Fleischcr et Weil, en français par M. Barbier de Meynard.

L'année même de la mort de Zamakhchari naissait dans la même contrée Abou'1-Fath Nàçir el-Motarrizi (f 1213), que l'on s'accoutuma â appeler son successeur. Il joignit à des études littéraires l'enseignement de la jurisprudence hanéfite et de la dogmatique des Mo'tazélites. Il a laissé un manuel de syntaxe, le Micbâk {la Lampe), un dictionnaire des termes rares usités dans le style des jurisconsultes, el-Moghrib fi lertib el-Mo'rib, un lexique de synonymes, el-Iqnd', et un commentaire des Séance* de Hariri. En 1204, il se rendit à Bagdad, au cours d'un pèlerinage à laMecque, et y eut de fréquentes controverses au sujet de ta doctrine des Mo'tazélites ; il y donna également des leçons de philologie.

Au Kharezm également était né Sirâdj-Eddin Yoùsouf bs-Sakkâki en 1160; il y mourut en 1229. Il est l'auteur du Mifiâh el-Oloûm (la Clef des sciences) sur la grammaire et la rhétorique, souvent commenté.

Le Kurdistan, de son côté, produisait trois Ibn el- Athir : le théologien Medjd-eddin, l'historien 'Izz-Eddin, et le littérateur Diyà-Eddin Fakhr-Eddin Naçrallah. Ce dernier naquit dans la petite ville de Djéziret-Ibn-'Omar, sur les bords du Tigre, au pied des montagnes du Kurdistan, en 1163; il étudia à MOssoul; en 1191 il entra au service de Saladin; l'année suivante nous le trouvons ministre du fils du grand guerrier, El-Mélik el-Afdal. Lorsque celui-ci évacua Damas, Diyâ-Eddin, menacé de mort, dut s'enfuir en Egypte, où il se cacha quand EI- Mélik el-'Adil en fit la conquête, puis il alla retrouver son maître à Samosate; en 1210 il entra au service d'EI- Mélik ez-Zàhir à Alep, en 1221 à celui du prince de

Mossoul, Nàçir-EddÎD, en qualité de secrétaire; il mourut en 1239 à Bagdad. On a peine à comprendre qu'au milieu d'une vie aussi agitée et de ses déplacements continuels, il ait pu, en dehors de sa correspondance magistrale réunie sous le titre d'El-Wachy el-Marqoum, imprimée à Beyrouth et étudiée par M. MargoHouth, se livrer à des études d'esthétique et de critique littéraires qui nous ontvalu le livre d'El-Matkal es-Sâir, étudié par M. Goldziher, la Poétique (el-Borhân) et le Langage des (leurs (el-Azhàr), conservés en manuscrit à Berlin et à Paris.

En Syrie nous trouvons Abou'UBaqâ Yatch Ibn Yaïch, Bumommé Ibn bç-Çaïgh (Fils de l'orfèvre), né en 1158 à Alep, qui voulut se rendre à Bagdad pour y entendre les leçons d'Ibn el-Anbârt et qui apprit sa mort ù peine arrivé à Mossoul; il resta quelque temps dans cette dernière ville, puis retourna à Alep y remplir les fonctions de professeur de belles -lettres jusqu'à sa mort (1245); il a commenté le Mofaccal de Zamakhcharï. L'auteur du Dictionnaire biographique, Ibn Khaltikan, profita de ses leçons en 1229 ; il nous a transmis l'expression de sa vive admiration pour son maître, qui avait un rare talent pour aplanir les difficultés et les rendre intelligibles ; il parlait d'une voix douce et usait d'une patience exemplaire avec les commençants qui assistaient à ses leçons. Sous sou caractère sérieux et sa gravité se cachait un fond plaisant. Un jour qu'après avoir assisté à une de ses explications d'un vers arabe ofi le poète comparait, suivant l'image bien connue, son amante à une gazelle, un légiste, qui l'avait écouté avec attention et paraissait avoir compris, l'interrompit tout à coup par ces roots ; « Maître, dites-moi quel point de comparaison il y a entre une belle femme et une gazelle. — La queue

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et les cornes », répliqua le professeur impatienté, ce qui mit tout le moDile en belle humeur.

Djémâl-Eddin Mohammed Ibn Mâlek el-Djayyàni était originaire de Jaen en Espagne, mais né à Damas en 1203; après avoir achevé ses études à Âlep, il revint professer la littérature à Damas, où il mourut en 1273, après s'être acquis la réputation du plus grand philologue de son temps. Il a écrit un grand ouvrage aujourd'hui perdu, e/-/'a(4'(£l<2(rEnseignement utile), qui traitait de la syntaxe et dont nous avons un extrait dans le Taahil el-fawdïd; VAIfiyya, poème didactique sur la grammaire en mille vers environ, souvent commenté et imprimé, dont se sont occupés Silvcstre de Sacy, Dieterîci, L. Pinto et Goguyer; le Lâmiyyat el-Afâl, autre poème didactique sur la conjugaison des verbes arabes, autographié par Wallio il Helsingfors, publié par Kellgren, Volck et Goguyer . D'autres ouvrages grammaticaux , d'une moindre renommée, sur la syntaxe, la métrique et la synonymique, se trouvent en manuscrit dans diverses bibliothèques.

Dans l'Arabie du Sud, NacuwXk ben Sa'ïd el-Himyari, poète et savant, s'occupa des traditions de son pays natal et composa une ode himyarite qui a été éditée par Alfred von Kremer et traduite en anglais par Prideaux, dans laquelle il ne faudrait pas chercher de véritables renseignements historiques. Un dictionnaire, Chema et- 'oloûm (Soleil des sciences) et un traité en prose rimée sur lavéritable religion opposée aux croyances des différentes sectes et aux rêveries des philosophes, intitulé Kitdb elhoârel-'ïn (Livre des houris aux grands yeux), complètent son bagage littéraire.

Djémâl-Eddin Othmàn Ibn el-Hâdjib, fils d'un chambellan kurde de l'émir 'Izz~Eddin-Mousak es-Salâhi, né à

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LES ABBASSIDBS , 171

Esné (Haute-Egypte) en 1175, étudia d'abord au Caire le droit malékite et la lecture du Koran, puis s'adonna aux belles-lettres, partit pour Damas et y donna des leçons comme professeur, dans la grande mosquée des Oméyyades. Plus tard il revint au Caire; il mourut à Alexandrie, ou il venait de s'établir, en 1249. Il a écrit des ouvrages souvent commentés et qu'on trouve presque dans chaque bibliothèque : la Kdfiya, court manuel de grammaire, la Chdfiya, dans le même genre, le Maqçad-el-djalil, métrique, des Amdli, ou leçons dictées sur le Koran, Moténebbi et d'autres poètes, le Montakâ-es-soudl wélamal []e Terme de la demande et de l'espoir), manuel de droit malékite.

Dans l'Afrique du Nord, Abou-'Ali el-Hasan Ibn Rachiq naquit en 980, ou en l'an 1000, suivant d'autres; il était Gis d'un esclave grec, d'autres disent d'un orfèvre. En 1015 il se rendit h Kairouan et y adressa à El-Mo'izz ben Bâdis des louanges qui lui concilièrent la faveur de ce prince. Lore de la destruction de Kairouan par les tribus arabes d'Egypte envoyées par le khalife fatimide (1051), il s'enfuit en Sicile et s'établit à Mazzara, oii il mourut en 1064 ou 1070. Son Kttdb el-Omda (le Soutien), sur les beautés et les règles de la poésie, précédé d'une introduction très détaillée sur l'art poétique en général, a obtenu les louanges d'ibn Khaldoun, l'auteur des Prolégomènes, qui fait de lui le critique par excellence de la poésie arabe des temps modernes; son Onmoûdkadj {Spécimen) traite des poètes de la ville de Kairouan.

En Espagne, Abou'l-Khattâb 'Omar Ibn Dihyael-Kelbî, né à Valence vers 1149, était surnommé Dkou 'n-nasabéïrt (Aux deux généalogies) parce qu'il descendait par son père de Dihya el-Kelbi, ce personnage curieux du temps de Mahomet dont le prophète disait qu'il ressemblait à

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l'ange Gabriel, et qu'il envoya comme ambassadeur à HéracliuB, et par sa mère, de Hoséïo, fils d'Ali, li parcourut toute l'Espagne pour étudier; nommé deux fois cadî à Dénia, il fut destitué de cette charge à cause de sa conduite scandaleuse. Il reprit alors le bâton du voyageur, se rendit à Maroc et à Bougie nii il enseigna la science des traditions (1198), séjourna quelque temps en Egypte avant de partir pour le pèlerinage de la Mecque, puis y revint en faisant un long détour de plusieurs années par la Syrie, la Chaldée, la Perse. A son retour, El-Mélik el-'Aziz le choisit pour précepteur de son fils El-Mélik el-Kûmil, qui, une fois parvenu au pouvoir, construisit pour son ancien maître la Medressé Kâmiliyya, où il professa la science des traditions. Tombé plus tard en disgrâce, il fut destitué, et mourut le 30 octobre 1235.

Vers la m Ame époque nous trouvons Diyâ-Eddin Mohammed el-Khazradji, mort en 1228, auteur d'un poème didactique sur la métrique, intitulé er-Râmiza ech-Châfiya, édité par Guadagnoli à Rome en 1642, et souventcommenté.

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