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CHAPITRE VII

L'histoire.

Nous avons vu plus haut comment l'histoire a commeDcé avec les Maghdzi, ouvrages consacrés au récit des guerres de Mahomet. Le développement de plus en plus considérable de l'étude de la tradition (hadith), l'une des bases fondamentales du droit, obligeait à recueillir le plus de renseignements possible sur la vie du législateur. A côté de cela l'étude des anciennes poésies arabes menait à s'occuper des anciens faits historiques et des Journées ou batailles auxquelles il était fait allusion dans les vers des poètes, tandis que des annalistes recueillaient les événements qui s'étaient passés depuis l'islamisme en y joignant, de seconde main, des renseignements légendaires sur ce qu'ils croyaient être l'histoire ancienne de la Perse et du peuple hébreu. Les traductions des Livres de» Rois sassanides en arabe, qui de bonne heure avaient été faites par des Persans parlant et écrivant l'arabe, donnèrent sûrement une impulsion

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aux études historiques ; tl est clair que les khalifes abbassidcs, dont ta capitale était fort proche des ruines de Séleucie et de Ctésiphon (sans compter les vieilles villes babyloniennes dont le souvenir était totalement perdu), ne voulurent pas rester au-dessous des rois que les Arabes avaient vaincus, eu laissant au monde le récit des faits accomplis sous leur règne.

Ibn Ishaq.

A la fin de la dynastie des Oroéyyades nous trouvons déjà un auteur de maghâzi, Mousa ben 'Oqba ben Abi'l- 'Ayyânh, dont les travaux lu! valurent le titre singulièrement honorable d'imdm el-maghdzi, « chef ou directeur des études historiques relatives aux guerres du Prophète a ; son ouvrage fut recueilli en 1387 par Ibn Qàdi Chohba; quant à l'auteur, affranchi de la famille de Zobéïr àMédine, il mourut en 758. Mais la grande autorité de cette époque que l'on voit constamment citée dans les ouvrages subséquents, c'est Abou-'Abdallah Mohammed Ibk Isbaq, dont l'ouvrage original est aujourd'hui perdu, mais dont nous avons conservé une grande partie dans la compilation d'Ibn Hicham ('Abdelmélik el-Htmyari el-Baçrî), mort en 834, au Vieux-Caire, Sîrat er-Rasoâl (Biographie du Prophète) , publiée par Wùstenfeld et traduite en allemand par G. Weil. Les inimitiés qu'lbn Ishaq s'était attirées à Médine l'obligèrent à quitter cette ville pour Alexandrie, d'où il partît pour Koufa et Réï; à Hira, il rencontra le khalife ËUMançour, qui l'invita à s'établir à Bagdad, nouvellement fondée par lui, et à y réunir en un volume les traditions qu'il avait recueillies sur l'histoire de Mahomet . Il y mourut en 768.

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El-Wàqidi.

Un autre historien du plus grand renom est El-Wàqidi, mais ce renom il le doit surtout aux faussaires qui, très probablement au temps des croisades et pour raviver l'esprit guerrier des musulmans en leur rappelant l'époque brillante des conquêtes, mirent sous son nom vénéré des romans historiques sur les guerres de Syrie, de Mésopotamie, d'Egypte et d'Afrique. Cependant son grand ouvrage historique (Kitàb el-Magbâzi) nous est parvenu et a été édité à Calcutta par Alfred von Kremer. Né à Médine en 747, Abou- 'Abdallah Mohammed ben .'Omar el-Wâqidi y exerça d'abord le métier de marchand de blés ; s'étant ruiné par sa prodigalité, il dut quitter la ville. A Bagdad, il trouva le ministre Yabya ben Khùlïd le Barmékide, qui lui fournit les moyens d'arranger ses affaires et le nomma cadi dans la partie occidentale de la capitale; plus tard le khalife Mamoun l'établit en la même qualité à Roçâfa, où il mourut le 28 avril 823.

Une anecdote rapportée par Mas'oudi dans les Prairies tfor, traduites par M. Barbier de Meynard, éclaire bien les relations amicales existant entre lui et ses voisins; on la tenait de Waqidî lui-même : « J'avais deux amis, dont l'un était de la famille de Hacbem, et nous ne formions, pour ainsi dire, qu'une seule âme. Aux approches de la fête de la rupture -du jedne, je me trouvais dans une gêne extrême, ma femme me dit : « S'il ne s'agissait « que de nous, nous pourrions supporter la misère et « les privations, mais nos pauvres enfants! Ils me font « pitié et me déchirent le cœur! Ils verront les enfants

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LITTERATDnB ARABE

« du voisinage parés et habillés de neuf pour leur fête, K tandis qu'ils conserveront, eux, leurs misérables gue- « nillei. Ne pourrais-tu, par un expédient quelconque, « trouver de quoi les habiller? » J'écrivis à mon ami le Hachémite, et le priai de me venir en aide pour l'éventualité qui se présentait. Il m'adressa aussitôt une bourse cachetée, en m 'in formant qu'elle contenait mille dirhems. J'avais à peine eu le temps de me reconnaître, lorsque je reçus de mon autre ami une lettre renfermant les mêmes doléances que celles que je venais d'adresser à mon compagnon hachémite. Je lui envoyai la bourse telle qu'elle m'était parvenue, et je me rendis à la mosquée où je passai la nuit, n'osant plus me présenter devant ma femme. Celle-ci, cependant, lorsque je rentrai, approuva ma conduite et ne me fit pas le moindre reproche. Nous en étions là, quand l'ami hachémite entra portant avec lui la bourse toujours dans le même état et me dit : « Avoue-moi franchement l'usage que tu as fait de ce que je t'ai envoyé. » Je lui racontai la chose telle qu'elle s'était passée, et il reprit en ces termes : « Au moment où ton message m'est parvenu, je ne « possédais au monde que la somme que je t'ai fait « remettre; j'écrivis donc à notre ami commun pour le u prier de me venir en aide et il m'envoya ma propre « bourse encore scellée de mon sceau. » Nous fîmes alors trois parts et nous les partageâmes entre nous trois, après avoir, au préalable, mis de côté une somme de cent dirhems pour ma femme. »

Son secrétaire Ibn Sa* d {Abou- Abdallah Mohammed), mort en 845, rassembla ses ouvrages, dont il possédait un des quatre exemplaires existant à la mort de l'auteur; lui-même composa un recueil de biographies (tabaqdt) du Prophète, de ses compagnons et de leurs si

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LES ÀBBÀSSIDI

la vie de Mahomet a été parfois donnée comme un volume à part.

Pendant que ces auteurs s'occupaient d'écrire l'histoire générale, El-Âzraqi rédigeait une histoire de la Mecque d'après les traditions fabuleuses de la période antéislamiquc et d'après les notes recueillies par son grand-père Abou'l-Wélid el-Azraq, descendant de la dynastie des Ghassanides, mort en 834. El-Azraqî mourut peu après 858; après lui, El-Fàkihi {Abou-'Abdallah} écrivit aussi une histoire de la Mecque en 885; ces deux chroniques ont été publiées par Wûstenfeld. Nous n'avons plus l'histoire de Médine d'Ibn Zabàla, de Bassora et de Koufa d'Omar ben Chabba, de Wàsit d'Aslam ben Sahl, de Mossoul d'Abou-Zakariyâ el-Azdi, qui était cadi de cette ville, de Raqqa d'El-Qochaïrî, de Harràn par Abou- 'Aroûba el-Harrani, qui avait voyagé en Egypte et en Syrie et professa la science des traditions à Bagdad ; nous ne possédons plus celle de différentes villes de Perse, telles que l'histoire de Merv par Ahmed ben Sayyàr, d'Ispahan par Ibn Mandèh, de Boukhara par Mohammed el-Bokhàri, d'Astérabad et de 'Samarcande par 'Abder-Rabman el-Idrîsi ; nous avons cependant, à la Bibliothèque nationale, le Rit/ âd en-No foûa (Parterre des âmes), histoire des savants légistes et des hommes pieux de la Tunisie, par Abou-Bekr cl-Mâliki. Le British Muséum possède le 6° volume de la grande histoire de Bagdad par Abou'I-Fadl Ahmed ben Abi-Tàbir Taïfoùr, qui était d'origine iranienne et appartenait à une famille jadis princière du Khorasan. II était né en 819 à Bagdad et y mourut en 893.

Ibn bl-Kblbi (Abou'UMoundhir Hichùm) était le fils d'un guerrier qui, après avoir pris part à la bataille de Déïrel-Djémùdjim dans les rangs des troupes que le rebelle

LITTS RATURE ARABE

Ibn el-Ach'ath avait ramenées d'Arachosîe, s'était occupé d'exégèse koraniquc et avait rassemblé avec beaucoup de soin des notes sur les généalogies et l'histoire des anciens Arabes. 11 était mort en 763. Son fils reprit ces études et écrivit un grand ouvrage sur les généalogies dont des fragments manuscrits existent à Paris et à l'Escurial, et un curieux et précieux traité sur les idoles des anciens Arabes, dont Yâqoût nous a conservé de nombreux extraits dans son Dictionnaire géographique. Ce dernier ouvrage, dont le sujet n'était pas pour plaire aux musulmans, qui détestaient les souvenirs de l'antiquité païenne de ta péninsule comme ceux d'un âge d'ignorance, lui valut la critique ardente de contradicteurs qui l'accusèrent de falsifications; YàqoAt, qui lui emprunta beaucoup de renseignements, te défendit contre ces reproches, et la critique moderne lui a donné raison. Ibn cl-Kclbî, qui était né a Koufa, vécut quelque temps à Bagdad et mourut en 819. 11 a écrit aussi un ouvrage sur les généalogies des chevaux arabes pendant le paganisme et l'islam. Il avait une mémoire très inégale; et il a raconté lui-même que, sur les reproches de son oncle, il avait appris le Koran par cœur en trois jours, tandis que, d'un autre côté, se regardant au miroir, il prit un jour sa barbe dans sa main avec l'intention de couper tout ce qui dépassait par en dessous, puis il oublia immédiatement cette résolution et la coupa par en dessus, trop courte par conséquent.

Un historien de très grande valeur, dont l'ouvrage est malheureusement perdu, après avoir été utilisé par Bélàdhorî et Tabari, c'est El-Médàïni (Abou'l-Hasan 'Ali], né en 753, mort à une date incertaine (de 830 à 845). Le FikriaC donne cent onze titres d'ouvrages écrits par lui sur l'histoire du Prophète, de ta tribu de Qoréïch, des khalifes ;

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on cite de lui le Kitâb el-Maghâzi et le Tarikk el-Kholafâ. Il a composé plusieurs ouvrages sur les femmes célèbres et des recueils d'anecdotes. Son nom indique qu'il était originaire de Ctésiphon (Médàïu).

A côté de cet ancêtre des historiens arabes il convient de placer Ez-Zobéïr Ibn Bekkâr (Abou-' Abdallah), de la famille d"Abdallah ben Zobéïr, qui vivait à Médine. Déjà dans sa jeunesse il jouissait d'une réputation à cause de ses connaissances en matière de tradition, d'histoire et de généalogie. II se rendit à Bagdad à la suite d'une brouille avec les descendants d'Ali, mais comme il ne trouva pas, à ta cour des Abbassides, les encouragements qu'il espérait, soupçonné au contraire de servir les intérêts du parti des Alides, il retourna dans son pays, fut nommé cadi de la Mecque, ce qui lui fournît à plusieurs reprises l'occasion de retourner à Bagdad. A l'âge de quatre-vingt-quatre ans, il était à la Mecque lorsqu'il tomba du toit de sa maison et se brisa la clavicule et une côte, ce dont il mourut deux jours après, le 20 octobre 870. Il est l'auteur d'une généalogie de la tribu de Qoréîch, dont le manuscrit se trouve à la Bodléienne, et d'un recueil de récits historiques auquel il donua le titre de MowafTaqiyyàt, parce qu'ils étaient destinés à l'amusement et à l'instruction d'EI-Mowafiaq, fils du khalife Motawakkil; les trois dernières parties de l'ouvrage, sur dix-neuf, sont conservées ii Gœttingue.

El-Bélâdhorî.

Ei-BéiADHOBt (Abmed ben-Yabyà) était Persan de naissance; il fréquenta la cour des khalifes Motawakkil et Mosta'ïn ; El-Mo'tazz le chargea de l'instruction de son fils

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LtTTBBATIIRE ARABE

'Abdallah, ce poète qui fut khalife un seul jour. Il mourut en 892, après avoir été atteint d'aliénation mentale à la suite de l'absorption d'une trop grande dose d'anacarde ou noix de marais {bélâdhor), ce fruit singulier de l'Iode dont l'on prétend qu'il développe la mémoire, d'oii son surnom; on fut obligé de l'enfermer dans un hôpital, où il termina ses jours. Son Kitâb Fotoûh et-Boldân (Histoire de la conquête musulmane), publié par M. de Gœje, est un document absolument remarquable pour l'histoire des expéditions conquérantes des musulmans dans les premières années de l'Hégire ; le soin qu'il met à indiquer les sources verbales où il a puisé en fait un document précieux; ce n'est malheureusement que l'abrégé d'un plus grand ouvrage, resté inachevé. Il avait écrit, sous le titre à'Ansâb el-Achrâf {Généalogie des nobles), un autre ouvrage historique dont deux volumes ont été conservés; le premier fait partie de la collection Schefer entrée récemment à la Bibliothèque nationale, le second a été autographié par Ahlwardt à Greifswald. Enfin il a traduit, du persan en arabe, des ouvrages dont on ne connaît que la traduction en vers arabes de V'Akd Ardéchlr (l'Epoque d'Artaxercès), consacré probablement aux légendes qui entourent la fondation de l'empire des Sassanides par Ardéchir Babégân, mais qui est totalement perdue; nous ne la connaissons que par l'indication qu'en donne le Fihrist.

Tabarî.

C'était encore un Persan d'origine que le graud historien de cette époque, Tabarî (Mohammed ben Djérir), dont ou vient d'achever à Leydc ta publication colossale de son

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LES ABBASSIOBS IBt

chef-d'œuvre. Il était né ea 838 â Amol dans le Tabaristan (Mazandéran), au sud de la Caspienne. Il voyagea en Egypte, en Syrie et dans l'Irak, puis il s'établit à Bagdad comme professeur de traditions et de jurisprudence; dans cette dernière science il suivit d'abord tes enseignements du rite chaféïte, dont il avait profité pendant son séjour en Egypte, puis il voulut créer une école à lui, mais sans succès; au contraire, cela lui valut l'inimité des farouches Hambatitcs de Bagdad. A ses recherches sur ces deux terrains on doit le Tahdhib el- Athâr, qui se trouve à Constantinople (bibliothèque de Kieuprulu Méhemet-pacha), et le grand Tafsîr ou commentaire du Koran, qui a été plus tard traduit en persan et en turc. Mais son histoire universelle [Akhbâr er-rousoul wH-molotik, Histoire des prophètes et des rois), la première complète en langue arabe, dans Inquelle il a rassemblé une foule d'indications qui sans lui se seraient perdues, est pour nous des plus intéressantes, parce que c'est le document le plus ancien que nous ayons de l'histoire arabe; on sait les peines qu'on a eues pour en constituer le texte complet, dispersé volume par volume dans une foule de bibliothèques d'Europe et d'Orient. Il mourut à Bagdad le 16 février 923. Il avait une capacité de travail remarquable et écrivît chaque jour, pendant quarante ans, quarante feuillets.

Eç'Çouli.

Eç-ÇovLi (Abou-Bekr Mohammed ben Yahya) descendait d'un prince turc du Djourdjàn, Soul-Tékin, qui avait été converti du mazdéisme à l'islamisme. A la cour des kha-

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lifes Moktafi et Moqtndîr il était apprécié à cause de sa manière de jouer aux échecs qui était passée en proverbe ; on disait : jouer aux échecs comme Eç-Çoùli. Mais ses sentiments a IVgard des descendants d'Ali le mirent dans une position si critique, qu'il dut s'enfuir de Bagdad et se cacher il Bassora, où il mourut en 946. Il s'était occupé des poètes arabes et avait écrit leur histoire ainsi que des traités spéciaux sur plusieurs d'entre eux tels que Abou-Temmam, Abou-Nowâs, EUBohtori; il avait écrit un livre d'histoire sur les Abbassides et sur ceux d'entre eux qui avaient cultivé la poésie; cet ouvrage se trouve au Caire.

Mas'oudi\

Avec le spirituel et attachant conteur Mas'oudi (Abou'I- Hasan 'Ali) nous voyons commencer une nouvelle branche de la littérature arabe, celle des anecdotes historiques. Originaire d'une famille arabe qui se rattachait à Mas'oud, un des compagnons du Prophète, il naquit à Bagdad, entreprit des voyages qui le menèrent en Perse oîi il visita Istakhr (Persépolis) en 915, et jusque dans l'Inde où il traversa Moultan et MansoAra, puis la péninsule du Dekhan jusqu'à Ceylan ; il s'y embarqua, parcourut la mer de Chine et la mer Rouge, passa par Madagascar et revint en Arabie par l'Oman. La mer Caspienne, puis la Syrie et la Palestine attirent son esprit avide de connaissances; il était en 926 à Tibériade, en 943 à Antioche et en Cilicie, deux ans plus tard à Damas.

Pendant les dernières années de sa vie il habita tantôt l'Egypte et tantôt la Syrie ; en 947 et en 955 il se trouvait à Fostiît (le Vieux-Caire), où il mourut probablement en

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LBS ÂBB ASSISES 1S3

95G OU 957. Esprit curieux et chercheur, Mas'oudi n'a négligé aucune des sources d'inforroatioD qui lui étaient accessibles; il a étendu ses recherches, en dehors de l'érudition purement musulmane, sur l'histoire des Perses, des Indiens et des Romains, sur les traditions des païens, des juifs et des chrétiens; pour la période des khalifes, les innombrables anecdotes des Prairies d'Or (MoroAdj edh-Dhahab) sont la source la plus féconde en même temps que la plus amusante de renseignements sur la civilisation orientale de son époque. Son grand ouvrage historique, dont les Prairies ne sont qu'un extrait, V Akhbdr-ez-zamân, était en trente volumes; le premier seul a été conservé à Vienne. Le Kitdb el-Ausat (Livre moyen), en était un abrégé. Le Tanhîh tvèl-ickrdf (l'Avertissement et la revision), est comme le résumé philosophique de l'œuvre entière de Mas'oudi; le texte en a été publié par M. de Gœje et traduit en français par M, le baron Carra de Vaux,

Ham\a el-Içfahâni.

Hahza ben Hasan bl-IçfahiIni était Persan ; aussi, dans «on ouvrage historique, a-t-11 traité l'histoire légendaire de son pays d'après les communications verbales qui lui furent faîtes par les prêtres du feu, et d'après des sources iraniennes. Appartenant à la secte des Cho'oùbiyya, dont il fut un ardent défenseur, il chercha, dans ses ouvrages, à rétablir la véritable orthographe des noms iraniens déformés dans la bouche des Arabes. Il vivait vraisemblablement à Bagdad au commencement du x* siècle de notre ère. Ses Annales ont été pubHées à Saint-Pétersbourg,

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avec une traduction latine, par Gottwaldt. La bibliothèque de Munich possède un livre des Proverbes écrit par lui ; celle du Caire un parallèle entre l'arabe et le persan.

Le Livre des chansons.

Abo^'l-Fahadj bl-Içfahàni ('Ali ben-el-Hoséïn) était, comme te précédent, né à Ispahan, mais tout à fait par hasard, car il se rattachait à la lignée des Oméyyades et était de pure race arabe. Né en 897, il fit ses études a Bagdad et mena la vie de beaucoup de lettrés de cette époque, allant d'Alep, où régnait Séïf-Eddaula, jusqu'en Perse retrouver les ministres des princes Bouïdes, soit Isma'ïl Ibn Abbàd, soit Ël-Mohallabi. A un âge avancé, il perdit peu à peu ses facultés mentales et mourut le 21 novembre 967. L'origine commune qu'il avait avec les Oméyyades lui fit entretenir des rapports fréquents avec ceux de leurs descendants qui s'étaient établis en Espagne, et dont il reçut des présents en récompense des livres qu'il leur dédia. Son Kitâb el-Aghdni (Livre des chansons) a été publié à Boulaq, et complété par un vingt et unième volume édité à Leyde par M. Brilnnow. Ces chansons, c'est tout simplement l'histoire des poésies arabes qui ont été mises en musique; et comme cela est arrivé à une quantité énorme de vers des poètes antéislamiques, ainsi que des quatre premiers siècles de l'hégire, cela a fourni à l'auteur l'occasion de réunir une foule de détails biographiques sur leurs auteurs; sous le préteste de chansons, ce livre admirable renferme des anecdotes, des renseignements sur la vie du désert et des villes, sur l'intîmité des souverains et des khalifes, qu'on

ne trouve nulle part ailleurs. C'est une riche mine pour l'étude de la société arabe à son époque brillante. La bibliothèque de Berlin possède un autre ouvrage du même auteur, le Kitâb eî-diydrdt {Livre des monastères), donuant l'histoire de nombreux couvents, buts de pèlerinage, sis aux environs du Tigre et de l'Euphrate, ou en Egypte; c'est en réalité une anthologie des vers où CCS couvents ont été célébrés. II ne faut pas oublier que les musulmans qui visitaient les cloîtres chrétiens n'allaient pas y chercher des motifs de dévotion, mais tout simplement l'occasion d'y boire du vin, liqueur prohibée dans les villes mahométanes. Les poètes célébraient par reconnaissance le lîeu béni qui leur avait procuré des moments de douce ébriété.

A la cour de Séïf-Eddaula on rencontrait encore tes deux frères qu'on avait surnommés les deux Khâlidis, Abou- 'Othmâo Sa'rd et Abou-Bekr Mohammed, tous deux bons poètes; le souverain d'Alep les récompensa généreusement de leurs louanges; ils écrivirent une histoire de Mossoul, la biographie d'Abou-Tenimam et d'ibn er- Roâmi, et une anthologie de poètes modernes sous le titre de Hamdsa.; ce dernier ouvrage existe au Caire.

Le Fihrist.

Un ouvrage unique en son genre, à cette époque, dans la littérature arabe, c'est le traité de bibliographie connu sous le nom de Fihrist (Index). On sait malheureusement peu de chose sur son auteur, Abou'l-Faradj Mohammed ben Ishaq ben Abi-Ya'qoùb en-Nadîm, surnommé le Libraire (el-Warrâq) de Bagdad. C'est une liste

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de livres dont la plupart sont aujourd'hui perdus, soit qu'ils n'aient pas survécu aux grandes catastrophes qui frappèrent les bibliothèques de Bagdad (destruction par les Mongols au xiii° siècle et par Tamerlan au xv*), désastres qui peuvent être comparés, pour le moyen âge arabe, aux diverses destructions de la bibliothèque d'Alexandrie pour le monde antique, soit parce que, résumés dans des ouvrages plus récents qui jouirent de la vogue, on cessa de les copier et qu'ils disparurent par suite de la vétusté. Cet ouvrage a été écrit en 988; l'auteur est probablement mort huit ans après, en 996, On a tout à fait renoncé à admettre l'opinion émise par Sprenger, que ce serait le catalogue d'une bibliothèque, parce que les considérations historiques qu'il renferme font visiblement partie du plan primitif de l'ouvrage.

Histoire des provinces.

L'histoire de la conquête de l'Egypte, de l'Afrique septentrionale et de l'Espagne fut écrite par Ibn 'Abd-bl- Hakam (Abou'l-Qàsim 'Abder-Rahman), mort au Vieux- Caire en 871, qui était fils du eadî des MaléUtes eQ Egypte. Ce livre, qui est à la Bibliothèque nationale, a été utilisé en partie par Mac-Guckin de Slane dans un appendice h sa traduction de VHisloire des Berbères d'Ibn Khaldoun; des fragments ont été édités par J. Karle et John Harrîs Jones.

Sa'ïd BEN el-Batriq était le nom arabe du médecin chrétien Eutychius, né au Vieux-Caire en 876, qui se distingua par ses études historiques, fut nommé en 933 patriarche mclkite d'Alexandrie et mourut en 939. Alors

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qu'oD se demandait laquelle était la plus ancienne, de la langue hébraïque ou de la syriaque, il a soutenu que la langue grecque était la première de toutes, à cause de son abondance et de son étendue. Son histoire universelle, appelée Nazhni el-Djaiihar (les Perles rangées en ordre), a été traduite en latin par E. Pocock.

Tandis qu'Ahmed ben Yousoùf Ibn ed-DAya (mort en 945) écrivait l'histoire anecdotique du fondateur de la dynastie des Toulounides, Ahmed ben Touloun, et de son fils Khomârawaîh, Ibn-Yoùsouf (Abou 'Omar Mohammed] composait pour le prince Kàfour, sous le titre de Fadâït-Miçr (les Qualités excellentes de l'Egypte), un résumé de l'histoire et de la géographie de ce pays jusqu'à son époque, qui a été traduit en danois par M. J- Oestrup, une histoire des cadis égyptiens, et une autre des gouverneurs de cette même contrée, qui existent en manuscrit au British Muséum; Abou'I-Hasan Mohammed d'Alexandrie composait un journal du gouvernement de Mo'izz Lidinillah que l'on peut voir à la bibliothèque de l'Escurial ; Ibn Zoulàq el-Léïthî (el-Hasan ben Ibrahim), né en 919, mort le 30 novembre 998, rédigeait divers ouvrages sur l'histoire et la géographie de l'Egypte, qui se trouvent dans les bibliothèques de Paris et de Gotha.

L'histoire d'Espagne commençait à s'écrire avec 'Abdel-Mélik ben Habib es-Solami el-Mirdâsi, né en 796 à Iliçn-Wât, près de Grenade, mort à Cordoue le 17 février 853, qui, au cours d'un pèlerinage au Hedjaz, apprit à Médine les doctrines juridiques de Màlik ben Anas et les répandit dans son pays. Seulement nous n'avons rien de ses nombreux travaux, si ce n'est le commencement d'un ouvrage sur le partage des héritages, qui est à Berlin ; quant à l'histoire qui est à la

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Bodléienoe, c'est, comme l'a reconnu Dozy, un ouvrage qui lui a été attribué sans raison. Après lui vient Ahmed ben Mohammed er-Râzi de Cordoue, d'une famille originaire de Réïen Perse, mort en 937, dont la description et l'histoire de l'Espagne ont fourni la base de l'ouvrage espagnol connu sous le nom de Cronica del moro Rasis. La figure la plus intéressante de cette époque et de ce pays est celle du philologue et historien Ibn cI-Qoùtiyya (Abou Bekr Mohammed ben 'Omar ben 'Abd-el-Aziz), c'est-à-dire le fils de la Gothe. Son aïeul 'Isa avait épousé une princesse d'Espagne, Sara, fille du roi goth Oppas, lorsqu'elle était venue rendre visite à Damas au khalife Hicham ben 'Abdel-Mélik, pour se plaindre à lui de son oncle Ardabast. Isa fut envoyé avec son épouse en Espagne et ses descendants continuèrent d'habiter Séville. Abou-Bekr, né à Cordoue, fut présenté au khalife El-Hakam II par El-Qàli, comme le plus grand savant du pays. II mourut en 977 a Cordoue, en laissant un Tarihh el-Andalos, histoire d'Espagne depuis la conquête musulmane jusqu'en 893, dont le manuscrit est à Paris. Cherbonneau et M. 0. Houdas en ont publié et traduit des extraits; Cardonne s'en est servi pour son histoire de l'Afrique et de l'Espagne. 11 est aussi l'auteur d'un livre de la conjugaison des verbes publié par J. Guidi.

La Perse se distingue par la production de biographies en prose rimée, d'un ton de panégyrique, destinées à célébrer les princes des dynasties qui s'élevaient successivement sur le sol iranien à mesure que le pouvoir des khalifes abbassides devenait plus faible. Abou- Naçr Mohammed bl-'Otbi, né en Perse, appartenait à une famille d'origine arabe ; il occupa des postes importants dans l'administration de l'empire fondé par le chef

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turc Subuk-Tékin et son fils Mahmoud le Ghaznévide; finalement il était directeur de la poste aux chevaux à Gandj-Roustaq. Il mourut en 1036. Son chef-d'œuvre, le Kitâb el-Yéminl, ainsi appelé du surnom honorifique du sultan Mahmoud, Yémin-ed-Daula (Bras droit de l'Empire) est l'histoire du règne glorieux de ce prince jusqu'en l'année 1018; l'auteur profita de l'envoi de ce livre pour indiquer qu'il était en butte aux intrigues d'Abou'l-Hasan et-Baghawi, qui avait réussi à lui enlever sa place. Cet ouvrage, célèbre par l'éclat de son style, a été commenté par plusieurs auteurs et traduit en persan et en anglais.

Les biographes de Saladin.

'IuAdeddin, surnommé El-Kâtîb el-Içfahàni (le Secrétaire d'Ispahnn), consacra sa plume k écrire l'histoire de Saladin, son maître; on l'appelait Alouh, mot persan qui signifie aigle. Né en 1125 à Ispahan, il vint étudier à l'Université Nizhâmiyya de Bagdad; son protecteur, le ministre 'Aun-Eddin Ibn Hobéïra, lu! procura la place lucrative d'inspecteur des services administratifs à Bassora, puis à Wàsit; mais à sa mort, en 1165, destitué et traîné eu prison, il mena une vie misérable qui ne cessa qu'au bout de deux ans, quand il se fut résolu à se rendre à Damas, où il fit la connaissance de Nedjm- Eddin EyyoAb et de son fils Saladin. Le sultan Noureddin, fds de l'atabek Zengui, lui fit donner un emploi de copiste et le chargea d'une ambassade auprès du khalife Mostandjid. Cette mission lu! valut, à son retour de Bagdad, d'être chargé des foDctîons de professeur dans l'école nouvellement construite et que l'on

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appela de son nom El-'Imâdiyya, et eosuite d'obtenir, l'année suivante, les fonctions de président du conseil. La mort de Noureddtn ruina sa situation. Le fiU de ce prince, qui lui succéda en 1173, n'était qu'un enfant : les ennemis d"lniiîdeddin le circonvinrent et obligèrent 'Imi'id à quitter sa place et la cour. II voulut se rendre à Bagdad, mais, tombé malade à Mossoul, il y apprit que Saladin s'était emparé de l'Egypte et marchait vers la Syrie. Il parvint à le rejoindre à Alep : le grand souverain musulman le prit à sa suite et l'emmena dans ses campagnes. A la mort de son protecteur, voyant son influence ruinée, il se retira dans la vie privée et s'occupa de travaux littéraires jusqu'à sa mort (20 juin 1201). C'est ainsi qu'il écrivit, sous le titre de Fath el-Qoussi, l'histoire de la conquSle de la Syrie et de la Palestine par Saladin, publiée par C. de Landberg; sous celui d'el-Barq ech-châmi, l'histoire de son temps en sept volumes, y compris son autobiographie; le cinquième volume se trouve à la Bodléienne ; le Nouerai etfatra contient l'histoire de la dynastie des Seldjoukides et de leurs ministres; c'est en réalité une traduction abrégée, en style pompeux et extravagant, de l'ouvrage persan de Chéref-Eddin Anocherwàn ; le Kharîdat el-Qaar est une anthologie des poètes du vi' siècle de l'hégire, avec des remarques écrites dans un style prétentieux et malheureusement presque absolument dénuées de renseignements historiques; c'est une continuation du Yalimal-eddakr de Tha'àtibi.

Un ami d"lmàd-Eddin, qui est connu par ses pièces de correspondance, soit avec lui, soit avec d'autres personnes, fut Abder-Rahim ben Ali d'Ascalon, surnommé El-Qadi Et^FÀDiL (le Juge excellent). Il était le fils du cadi de cette petite ville de Palestine; né en 1135, il

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; ABBAESIDES

trouva des emplois en Egypte; il fut successivement attaché au bureau de rédaction du Caire, secrétaire du juge d'Alexandrie, secrétaire d'État sous le khalife fatimide Ez-Zàfîr et ses successeurs, et resta dans les mêmes fonctions sous Saladîn , qui le nomma gouverneur d'Egypte pendant sa campagne de Syrie. Pendant un séjour il Damas il fit la connaissance d'Imad-Eddin, et ces deux personnages restèrent amis. Il mourut Ie26janvier 1200. Le fils et le petit-fils de Saladin, 'Aziz et Mançour, lui conservèrent leur faveur.

Continuons la série des biographes de Saladin. Yoùsouf ben Ràfi Béhâ-Eddîn d'Alep naquit a Mossoul le 6 mars 1145. Attiré à Bagdad par la renommée de l'Université Nizhâmiyya, il se rendit dans cette ville et fut chargé des fonctions de répétiteur; plus tard il retourna professer à Mossoul, fit le pèlerinage de la Mecque, au retour duquel il se rendit à Damas oii Saladin le distingua et le nomma en 1188 juge de l'armée et cadi de Jérusalem. Après la mort de son protecteur, il se retira à Alep, dont il fut cadi sous les successeurs de Saladin, et y fonda, de sa propre fortune, deux medressés. Il perdit son influence lorsque Aziz renonça à la royauté en 1231 et vécut encore trois ans comme simple particulier. La Vie de Saladin, dont il est l'auteur, porte le titre d'En-Nawddir es-SoUdniyya ; elle a été éditée par Albert Schultens. Béhû-Eddin a aussi composé une histoire d'Alep qui existe en manuscrit au musée asiatique de Saint-Pétersbourg, et des ouvrages de jurisprudence qui se trouvent à Paris, à la Bodléïennc et au Caire.

Chihâb-Eddin 'Abder-Rahman ben Isma'ïl, surnommé Aboc-Chàma, parce qu'il était marqué d'une envie noirâtre sur le sourcil gauche, né à Damas le 10 janvier 1203, étudia dans sa ville natale et ii Alexandrie,

in LITTÂRATDRB ARABE

revînt à Damas et y exerça les fonctions de professeur dans diverses medressés. Sa maison fut envahie par uo mouvement populaire dirigé contre lui, parce qu'on le soupçonnait d'un crime; il reçut tant de coups qu'on le laissa pour mort. Quelque temps après ses adversaires renouvelèrent leurs attaques, et il périt assassiné le 13 juin 1268. L'histoire des deux sultans Nour-Eddin et Saladin, sous le titre de Kildb er-RaudaCéXn, est son œuvre : elle a été publiée et traduite en partie par Gœrgens et Rohricht, ainsi que dans le recueil des Historiens des Croisades publié par l'Institut de France. Il a en outre laissé des poésies et des commentaires sur les panégyriques du Prophète de son maître Sakhàwi et de Bouçiri.

Abou'l-Mahàsin Mohammed Ibh 'Onaïh naquit dans cette même ville de Damas le 20 octobre 1154. Poète précoce, il s'attira l'anîmosité de Saladîn par ses mordantes attaques contre tous les grands, et fut banni. II parcourut la Perse, la Boukharie et l'Inde, le Yémen où il demeura quelque temps, le Hedjaz et l'Egypte, et rentra à Damas après la mort de Saladin. Il reçut de son successeur le titre de vizir et fut chargé de missions diplomatiques; il mourut le 7 janvier 1233. C'était un homme gai et plein de bonne humeur, il improvisait aisément, et répondait aux énigmes versifiées, tout en les résolvant, par d'autres encore plus ingénieuses. N'ayant pas pris la précaution de rassembler, de son vivant, ses poésies en volume, elles se sont éparpillées et perdues; la bibliothèque de Berlin possède une élégie de lui sur la mort d'El-Mélik el-Mo'azhzham. Le bibliographe turc Hadji-Khalfa a vu et noté sa biographie d'El-Mélik el- 'Aziz, hls de Saladin.

Pendant qu'en Egypte Mouhyiddin Abou'I-Fadl cs-

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LEB ABBA9SIDBS 193

Sa'di, mort en 1293, écrivait les biographies des sultans Béïbars et Achraf, un auteur persan qui rédigeait en arabe composait celle du sultan du Kharezm Djélal-Eddin Mangobirtî, l'adversaire malheureux de Tchinguiz-Khan Mohammed ben Ahmed bn-Nasawi était né à Khorendiz près de Nasa; il fut employé comme secrétaire au service de ce sultan, lorsqu'il revint de son expédition dans l'Inde en 1221, et il lui resta attaché jusqu'à sa mort (1231). Dix ans plus tard il écrivit l'histoire de son protecteur, publiée et traduite en français par M. 0. Houdas. Comme historien, il est calme et impartial ; comme littérateur, il est lourd; on sent que la plupart du temps ses phrases arabes étaient pensées en persan.

L'autobiographie d'ibn Monqidh.

Abou'l-MozhafTar Osâma Ibn Monqihb fait mieux que d'écrire l'histoire des autres: il rédige la sienne propre et introduit le nouveau genre de l'autobiographie. Né le 25 juin 1095 à Chaïzar, petite forteresse de la vallée de l'Oronte en Syrie, qui était le chef-lieu d'une principauté héréditaire dans sa famille, banni en 1138 par son oncle 'Izz-Eddin, qui redoutait sa valeur et son ambition, il alla habiter Damas, puis desservi auprès de son protecteur Chihâb-Eddin Mahmoud, il se rendit en Egypte où il ne s'occupa plus que de chasser. En 1150 et en 1153 nous le voyons combattre les croisés it Ascaloa; l'année suivante il revient à Damas, fait le pèlerinage de la Mecque, accompagne Nour-Kddin en 1 162 dans sa campagne contre les Francs, se réfugie ensuite à Hisn-Kéifa en Mésopotamie, oîi il se livre à des travaux littéraires; rappelé à

LiTTEBATORB ARABB

Damas par Saladin, il ne fut bieo en cour que peu de temps et n'accompagna pas en Egypte le vainqueur des Croisés ; il mourut dans la capitale de la Syrie le 6 novembre 1188, laissant comme écrits son autobiographie éditée et traduite en français par M. H. Derenbourg, le Kitdb el-badC sur les beautés et les défauts de la rhétorique poétique, et le Livre du Bâton, monographie des bâtons célèbres ; M. Derenbourg a publié des extraits de ce dernier ouvrage et les quelques fragments de poésie qu'il a pu recueillir de divers càtés. Esprit original et observateur, Osâma doit à son amour de la chasse d'avoir étudié les mœurs des animaux sauvages; la bravoure de son caractère se reflète dans le style simple et énergique dont il retrace ses aventures ; ses compositions poétiques sont d'un lettré.

Djémal-Eddin 'AH ben Zàfir, né en 1171, succéda à son père comme professeur à la medrcssé Kàmiliyya au Caire, fut ensuite ministre du prince Mélik el-Achraf ; on lui doit une histoire des dynasties écoulées {ed-dowal elmonqatta)y jusqu'en 1225, et un recueil de bons mots et de réponses spirituelles intitulé Baddl' el-bidâya. Abou'I-Fath el-Boundâri d'Ispahan abrégea, en 1226, sous le titre de Zobdat en-nouçra, l'histoire des Seldjoukides d"Imad-cddin, et traduisit en arabe le Livre de» Rois du poète persan Firdausi.

En Occident, l'histoire des Almobades attirait l'attention d"ABDBL-WAHiD bcn Ali el-Marrâkochî, né le 10 juillet 1185 à Maroc, qui, après avoir terminé ses études à Fez, se fixa en Espagne où il resta jusqu'en 1216; puis il se rendit en Egypte, pays qu'il ne quitta plus jusqu'à sa mort, sauf pour un court pèlerinage à la Mecque. Son Kitâb el-Modjib, écrit en 1224, a été publié par R. Dozy et traduit par M. Ë. Fagnan.

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Djérnat-Eddin Mohammed beo Sâlîm ben Wâsil, né en 1207, vécut à Hama en Syrie, où il enseignait le droit chaféïte, la philosophie, les mathématiques et l'astronomie. En 1261 le sultan d'Egypte Béïbars le fit venir au Caire et lui conda une mission auprès du roi de Sicile Manfred, fils de Frédéric II, pour lequel il écrivit un traité abrégé de logique. A son retour il fut nommé cadi de sa ville natale et professeur à la medfessé. Il a tracé, sous le titre de Mofarridj el-Koroûb, l'histoire de la dynastie des Eyyoubites continuée jusqu'en 1296 par 'AU ben 'Abder-Rahman, secrétaire de Mélik el-MozhalTar, prince de Hama et prédécesseur du géographe couronné Abou'1-Féda.

Abou'l-Hasan 'Ali ben Yoùsouf Ibm el-Qifti était ainsi surnommé d'après la petite viile de Qift, ancienne Coptes, dans la Haute-Egypte, où il était né en 1172. 11 habita toute sa vie la Palestine et la Syrie; après quelques années passées à Jérusalem, il s'installa en 1202 à Alep; Mélik ez-Zâhir le chargea de l'administration de cette ville en 1214 contre son désir ; et dès la mort de ce prince, il se hâta de se décharger de ce fardeau. Cependant il devait s'être rendu indispensable dans cet emploi, car nous le voyons l'accepter encore à deux reprises, et il était dans ces fonctions lorsqu'il mourut le 31 décembre 1248. Grand amateur de livres, il avait renoncé à tous les plaisirs de la vie pour s'adonner à sa passion favorite. Son principal ouvrage, Ikkbdr el-'Olama (l'Information donnée aux savants au sujet de l'histoire des sages), est connu par un extrait qu'en a fait en 1249 Mohammed ben 'Ali ez-Zauzani sous le titre de Tarîkh el-hokamâ (Histoire des sages); ces deux ouvrages ont été étudiés par A. Miller et J. Lippert. Il a laissé aussi une histoire des grammairiens, dont un extrait par Ed-Dha-

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ige LiTTiRATURB ARABE

habi est conservé à Leyde, et uo ouvrage posthume consacré aux poètes quî portent le nom de Mohammed, et qui se trouve à Paris.

Ibn Âbi-Osaibia.

MowafTaq-Eddin Abou'l-Abbâs Ibn Abi-Osaibi'a, historien de la médecine, était le tils d'un oculiste établi à Damas où il naquit en 1203. Pour compléter ses études de médecine commencées en Syrie, il Et le voyage du Caire et y rencontra le botaniste et médecin Ibn Béïtâr, qui l'encouragea. Il fut en correspondance avec Abdellatif, auteur de la Relation de l'Egypte. Saladin le chargea de diriger l'hôpital qu'il venait de fonder au Caire en 1236; néanmoins l'année suivante il se rendit à l'appel de l'émir 'Izzeddin Aïdémir et se transporta à Sarkhad dans le Hauran, prés de Damas, oii il mourut en janvier 1270. Son histoire des médecins porte le titre de 'Oyoân el-anbâ et a été publiée par A. Mûller à Kœaigsberg en 1884.

Ibn Khaîlikan.

Chemseddin Abou'l-'Abbàs Ahmed Ibk Kballikan, dont la famille était originaire d'Arbèles et se rattachait aux Barmékides, naquit le 23 septembre 1211; il était le fils d'un professeur de la medressé Mozhaffariyya d'Arbèles, qui lui donna ses premières leçons; puis il partit pour la Syrie; il était en 1229 à Alep, en 1234 à Damas, quatre ans après à Alexandrie et au Caire. Il remplaça quelque temps le grand Cadi Yoûsouf ben el-

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LBS ABBASSIDES 107

Hasaa de Sindjar et fut désigné en 1261 pour occuper le poste important de grand cadi de la Syrie, dont le siège était à Damas. Cette position lui réservait d'autant plus d'inÛuence qu'appartenant au rite chaféïte, il avait sous sa juridiction les adhérents des trois autres rites orthodoxes. En 1266, le sultan Béiliars nomma des cadis indépendants pour les rites hanéfite, hambalite et malékite, ce qui diminua considérablement la situation d'Ibn Khallikan, qui d'ailleurs perdit sa place cinq ans plus tard. Il ne rendit alors au Caire pour y remplir les fonctions de professeur à la medressé Fakhriyya et profita de ce temps pour achever, en sept ans, son grand dictiounaire biographique. En 1280 il fut rétabli dans sa charge de cadi ; mais deux ans après il lui arriva la mésaventure de passer quelques semaines en prison, parce qu'on le soupçonnait de favoriser la révolte du gouverneur de la ville ; cependant il parvint à se justifier, car on le laissa dans sa place jusqu'en mai 1281 où il fut destitué. Pour \'îvre, il donna des leçons à la medressé Aminiyya et mourut le 30 octobre 1282, Son Wafayât el-A'ydn (les Décès des grands personnages) est un dictionnaire des hommes célèbres de l'islamisme, à l'exclusion des compagnons du Prophète, des quatre premiers khalifes et en général des personnages du premier siècle de l'hégire ; commencé au Caire en 1256, il fut terminé dans la même ville en 1274 après avoir été interrompu par la mission de l'auteur à Damas. Le manuscrit autographe est conservé au British Muséum. Le texte a été publié par F- Wûstenfeld; Mac-Guckîn de Slaue en avait commencé la publication, mais elle fut interrompue à peu près à la moitié j en revanche, cet orientaHste en a donné la traduction intégrale en anglais. Ibn Châkir el-Kotobi a écrit, dans son Fawâl et-Wafatfât (Omissions du livre

198 LITTÂRATUBB AHABB

des décès) les biographies de personnages illustres omises dans le grand dictionnaire d'Ibn Khallikan.

Le prédicateur de Bagdad.

Abou-Bekr Ahmed bl-Kb&tib bl-Baghuadi (le Prédicateur de Bagdad) était né aux environs de cette ville, à Darzidj.ln, gros village en aval, sur le Tigre, en 1002. Il était de ces savants qui parcouraient le monde à la recherche des traditions du Prophète; ses longs voyages furent récompensés par la renommée qu'il acquit, d'ua des maîtres de cette science. De retour à Bagdad, il fut nommé prédicateur et y mourut en 1071, laissant une histoire des savants de Bagdad en quatorze volumes, un traité de l'art de rechercher l'authenticité des traditions, intitulé el-Kifâya (le Livre suffisant), un autre [Taqyld el-'ilm) pour prouver que la tradition peut être mise par écrit, un troisième sur la manière d'écrire correctement les noms propres {eUMu'tanif).

Dans le lointain Khorasan, à Merv, Abou-Sa'd 'Abdel- Kérim bs-Sah'1hi, suraommé Tâdj-eUlslam (la Mitre de l'islamisme), qui était né le 11 février 1113, avait quitté sa patrie à la recherche des traditions, mais il y rentra plus tard, et y mourut en janvier 1167. Il composa un supplément à l'histoire de Bagdad d'El-Khatib, en quinze volumes, et le Kitâb el-anaâb (Livre des noms patronymiques), en huit volumes, qui se trouve à la bibliothèque de Mohammed Kieuprulu ii Constantinople, et dont l'importance, suivant une remarque de M. Sachau, est considérable pour les noms propres et l'histoire de l'Asie centrale , à cause des renseignements biographi-

quea qu'il contient. Ce grand ouvrage a été abrégé par 'Izzeddin Ibn el-Athir dans son Lobdb en trois volumes, lequel a encore été abrégé parle polygraphe Soyoùtidans son Lobb-el-Lobâb édité par Veth,

Damas, la grande ville de Syrie, trouva aussi son historien dans Ibn 'Asâkir; elle possédait déjà une topographie historique dans Vl'lam fi faddil eck-ckdm d'Abou'l-Hasan 'Ali er-Raba'î, composé en 1043. Abou'l- Qâsim 'AU Ibn 'Asâkir y était né en septembre 1105. En 1126, il se rendît à Bagdad et de là en Perse pour y étudier les traditions du Prophète; à son retour il remplit les fonctions de professeur à l'école Nouriyya, et mourut dans sa ville natale le 26 janvier 1176; Saladin lui-même assista à ses funérailles. Son Tarlkh, ou Histaîre de la ville de Damas, est établi sur le plan de l'histoire de Bagdad, c'est-à-dire que c'est un recueil de biographies de savants célèbres nés à Damas ou qui y séjournèrent quelque temps; ouvrage considérable en quatre-vingts volumes, abrégé plus tard par différents auteurs.

Kémal-Eddin.

Kbhal-Eddin Abou'l-Qàstm 'Omar Ibn el-'Adim écrivit l'histoire d'Alep, où il était né en 1191 ou 1193, d'une famille de cadis. Après avoir voyagé, pour ses études, dans la Syrie, le Hedjaz et la Mésopotamie, il rentra dans sa ville natale et y remplit les fonctions de secrétaire d'administration, de cadi et même de ministre de plusieurs princes qui l'employèrent aussi à des missions diplomatiques. Il accompagna Mélik en-Naçir en Egypte lorsque ce prince fut obligé d'abandonner Alep aux

SOO LITTÉRATORE ARADB

dévastations des Mongols, qui venaient de s'en emparer (26 janvier 1260). Cependant Houlagou, pettt-ËIs de Tchiaguiz-Khan, le choisit comme grand cadi de Syrie; il revînt donc à Alep revoir sa patrie en ruines et la pleura dans une élégie dont on a conservé un fragment ; mais peu de temps après il mourut au Caire (21 avril 1262). Sa grande histoire s'appelle Boughyat et-Tdlib; c'est une histoire des savants de cette ville, en dix volumes; elle a été abrégée par l'auteur lui-mime sous le titre de Zobdat el-halab (la Crème du lait), et rangée par ordre chronologique; Freytag en a publié des extraits, et M- Blochet l'a traduite en français. Il était habile callîgraphe, et la Bibliothèque impériale de Saint-Pétersbourg possède des modèles d'écriture tracés de sa main.

Omâra du Yémen.

Abou Mohammed 'OhIra ben 'Ail, né au Yémen en 1121, étudia à Zébid, accompagna le pèlerinage de la Mecque en 1154 et fut envoyé en mission par l'émir de la ville sainte, en Egypte, alors gouvernée par le khalife fatimide El-Fàïz. Le succès de cette mission lu! en fît confier une seconde deux ans après. Il ne retourna plus au Yémen. Établi en Egypte depuis 1157, il salua par un panégyrique la conquête de Saladin. Plus tard il prit part à un complot destiné à rétablir sur le trône le fils du dernier des khalifes fatimides, avec l'aide du roi franc de Jérusalem; le plan fut trahi et 'Omara mis à mort le 6 avril 1175. M. H. Derenbourg a publié les Noukat et-Açriyya (Finesses contemporaines), aubiographie et récits sur les vizirs d'Egypte, comprenant également un

choix de poésies; M. H. Cassels Kay a édité et traduit son histoire du Yémea. L'ode qu'il adressaità Saladin se trouve dans le Khitat de Maqrizî et dans la traduction de la géographie de l'Egypte de Qalqachandî par WQsteafeld ; trois vers consacrés par lui à célébrer les Pyramides ont été traduits en allemand par J . de Hammer dans les Mines de l'Orient.

En Egypte également florissait l'émir El-Mokhtâi bi- MosABBiHi ('Izz-el-Molk Mohammed), d'une famille originaire de Harràn, né au Vieux Caire en 976. Entré dans la carrière de l'administration, nous le trouvons en 1007 secrétaire du khalife fatîmide Hâkem ; il fut chargé d'administrer certains districts de la Haute-Egypte, puis nommé chef de bureau des finances chargé du payement de la solde. Il mourut en avril 1029. Des nombreux livres qu'il a composés, il ne nous reste qu'un seul volume, conservé à l'Escurial, de sa grande histoire de l'Egypte.

La conquête de ce pays par Saladîn convertit à l'islamisme Abou'l-MakârimAs'adlBN Mammîti, alors employé dans l'administration, ainsi que sa famille. Son changement de religion lui valut le poste de ministre de la guerre. L'inimitié du vizir Çafi-Eddin 'Abdallah ben Choukr le contraignit à s'enfuir à Alep, où il se réfugia auprès du prince qui gouvernait cette ville, Mélik Zâhtr; il y mourut à soixante-deux ans, le 30 novembre 1209. Il a décrit les règles de l'administration égyptienne au temps de Saladin dans ses Qawdnîn ed-datvâ\vln, et a satirisé la mauvaise administration du vizir Kara-Kouch dans eon Ktâb el^Fâckoûch, étudié par M. J. Casanova; c'est peut-être de là que Kara-Kouch est devenu, en Orient, le Calino de la magistrature (hokm-karakouchl est un jugement qui ne tient pas debout, dont les attendus spéciaux mènent à une décision illogique] et que sa

SOS LITTÉRATURE ARABB

légende, en se développant, en a fait le type du Polichinelle oriental [Kara-gueuz). C'était un poète de mérite : nous n'avons plus son panégyrique du vainqueur des Croisés ni son poème de Kalila et Dimna.

A Ouargla, en Algérie, était né Aboo-ZararitI Yahya ben Abi-Bekr; il étudia dans le Oued-Righ auprès du Chcïkh ibadite Soléïman ben Iblaf el-Mazati, mort en 1078, et écrivit une bistoire des imams ibadites du Mzab, qui a été publiée par Masqueray.

Abou'l-Hasan 'Ali Ibn Sa'id el-Macbrébi, né en 1208 ou 1214 au château de Yahsoub (Alcala Real] près de Grenade, étudia à Séville et accompagna son père à la Mecque en 1240; celui-ci étant mort à Alexandrie en 1243, Ibn Sa'ïd séjourna au Caire, puis se rendit à Bagdad , où il vît trente-six bibliothèques dont il copia des extraits, à AIcp et à Damas. A son retour il visita la Mecque, revint en Occident et entra au service de l'émir Abou-'Abdallah el-Mostançir, maître de Tunis (1254). Voyageur invétéré, il repartit pour l'Orient en 1267; désireux de connaître Houlagou, dont les conquêtes avaient répandu la renommée partout, il se rendit en Arménie à la cour de ce prince, y séjourna quelque temps et revint mourir, soit à Tunis en 1286, d'après Soyouti et Maqqari, soit à Damas en 1274, d'après Ibn Taghribirdî. Des fragments de son Moughrib ont été publiés par VoUers. 11 a complété la géographie de Ptolémée dans son Bast el-ard, dont Aboul-Féda s'est servi habituellement; la Bibliothèque nationale possède l'exemplaire de travail du prince de Hama. Son 'Onwan el-Morqiçât wèl-Motribât a été imprimé au Caire ; il contient des modèles de littérature des temps anciens et nouveaux rangés d'après une esthétique particulière à l'auteur. Enfin son Qidh el-Moalld, qui traite des poètes

LES ABBASSIIIB3 203

espagnols au début du vu* siècle de l'hégire, se trouve en extrait à Paris.

Vers la fin de ce même siècle Ibn el-ldhàri de Maroc écrivit, sous le titre de el-Bayân el-Mogkrib une histoire de l'Afrique et de l'Espagne publiée à Leyde par R. Dozy.

En Espagne, Aboul'-Wélid 'Abdallah Ibn el-Faradï a écrit une histoire des savants musulmans de ce pays que M. F. Codera a éditée. II était né à Cordoue en 962 ; au retour du pèlerinage de la Mecque, il passa par l'Egypte et Kairouan, où il compléta ses études, et fut, en rentrant dans sa patrie, nommé cadi de Valence (1009). Lorsque les Berbères prirent et pillèrent Cordoue en 1012, il s'y trouvait et perdit la vie dans ce désastre.

Abou-Naçr el-Fath Ibn Khàqàn était originaire de Sakhrat-el-Walad, village près d'Alcala Reale, non loin de Grenade; il mena dans sa jeunesse la vie d'un vagabond et d'un franc buveur; quand il eut réussi à se faire remarquer par le prince de Grenade, Tûchifin ben Ali, il obtint une place de secrétaire. S'étant rendu au Maroc, il y fut étranglé, en 1134 ou 1140, dans un caravansérail de la capitale, peut-être par l'ordre d"Alt ben Yoùsouf ben Tâchifin, dont il avait acquis l'inimitié par des vers adressés à son frère Ibrahim, auquel il avait d'ailleurs dédié ses Colliers d'or natif et Beautés des grands (Qalâïd el-'lqyan wè mahàsin el-A'yàn), ouvrage en prose rimée, apprécié à cause de l'éclat de son style, et qui contient des anecdotes sur des princes, des ministres, des juges et des poètes avec un choix de leurs poésies. Le texte en a été publié à Paris par Solaïman el-Harâïri et traduit en français par E. Bourgade. Le Malrnah el-anfos, du même auteur, édité à Constantînople, parait n'être qu'une rédaction primitive et moins développée de cet ouvrage.

Abou'Merwân 'Abd-el-Mélik Ibn Badroun, de Sîlves,

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304 LITTBIUTUIIB ÂHÂBE

au sud du Portugal, d'une vieille famille himyarite quî y avait émigré, vécut à Séville et écrivit dans la seconde moitié du xii* siècle ud commentaire historique sur le poème d'Ibn 'Abdoun, qui a été publié par R. Dozy.

L'histoire des savants espagnols d'Ibn el-Faradi fut continuée par Abou'I-Qàsim Khalaf Ibo Bachkouâl (Abeu Pascualis) de Cordoue, sous le titre de Kitâb es-sila (le Cadeau), édité par M. Codera. Né le 30 septembre 1101, l'auteur avait été quelque temps juge suppléant à Séville ; il mourut dans sa ville natale te 5 janvier 1183. Une autre biographie d'hommes et de femmes célèbres d'Espagne est le Boughyat el-Molalammis (le Désir du chercheur) d'Abou-Dja'far Ahmed ben Yahya bd-Dabbî de Cordoue, publié par Codera et Ribera; cet ouvrage contient également une histoire de la conquête de l'Espagne et des khalifes oméyyades jusqu'en 1196. Le Sila d'Ibn Bachkouâl fut continué par Abou-' Abdallah Ibn bl-'Abbâr, né à Valence, secrétaire du gouverneur de la ville, Mohammed beu Abi-Hafs. Quand le fils de celui-ci, Abou-Zéïd, se convertit au christianisme et se rendit auprès du roi d'Aragon, Ibn el-'Abbâr fut envoyé en mission en Afrique pour demander du secours contre les chrétiens, qui assiégeaient Valence et la prirent en 1235, malgré la flotte ramenée par l'ambassadeur. Celui-ci se décida à quitter l'Europe; il se rendit à Tunis et y obtint une place de secrétaire dans le Divan ; il fut même vizir d'El- Mostançir. Soupçonné d'avoir trempé dans un complot, il fut assassiné dans sa maison par l'ordre du prince [2 janvier 1260). En outre de sa continuation, il a écrit le Houîla es-siyarâ, biographies de princes et de personnages d'Espagne et de l'Afrique du Nord, qui étaient poètes. L'Escurial a conservé le traité qu'il composa sur

LES ABBASSIDBS !05

les secrétaires disgraciés qui rentrent en grâce, et qui lui valut de nouveau la faveur du prince de Tunis.

Revenons en Orient. Abou-'Alî Ahmed ben Mohammed Ibn Miskawaïh, trésorier et homme de confiance du prince bouïde 'Adod-ed-Daula, mort en 1030, a écrit une histoire universelle sous le titre de Tadjdrib el-Omam, dont le sixième livre a été publié à Leyde par M. de Gœje; un livre de sagesse pratique sous celui à'Adâb el-Arab ivèl Fours (Mœurs des Arabes et des Perses], qui traite aussi des Indiens et des Grecs; un traité de morale [Tahdhib eî-Akhldq), qui a été imprimé au Caire.

Un magistrat égyptien, Ab ou-' Abdallah Mohammed ben Salàma el-Qodâï qui avait étudié à Bagdad la science des traditions et le droit chaféïte et été nommé cadi, fut chargé d'une ambassade auprès de l'empereur romain de Constautinople. Lorsqu'Abou'l-Qâsim 'Ali el-Djardjarâï, auquel le khalife El-Hâkem avait fait couper les deux avantbras, fut chargé du poste de vizir par le khalife fatimide Ez-Zàhir en 1027, El-Qodâï eut la délicate fonction, toute de confiance, d'apposer sur les décrets de ce ministre ta formule qui les validait. Il mourut en 1062 au Vieux- Caire. Sous le titre de Kildb el-inbâ, il a compilé une histoire universelle depuis la création du monde jusqu'au Ta* siècle; sous celui de 'Oyoun el~Mé' drif {Scarcea des connaissances), une histoire des patriarches , des prophètes et des khalifes oméyyades , abbassides et fatimides ; et sous le nom de Chihâb (la Flamme), un traité des traditions du Prophète pouvant servir de base à la morale.

Ibn eî-Athir.

Abou'l-Hasan 'AU 'Izz-Eddin Ibn bl-Atbib, né à Djézîret-ibn-'Omar, sur le Tigre, au pied des montagnes du Kurdistan, le 13 mai 1160, accompagna à Mossoul,à l'âge de vingt ans, son père, qui venait d'être destitué de ses fonctions de gouverneur. Il y compléta ses études et pro6ta de ses voyages subséquents pour étendre ses connaissances dans le champ des traditions du Prophète et de l'histoire, soit à Bagdad, oii il alla plusieurs fois en qualité de pèlerin de la Mecque ou d'envoyé du prince de Mossoul, soit en Syrie et à Jérusalem. De retour à Mossoul, il y vécut en simple particulier, et employa ses loisirs à l'étude et au travail. Sa maison devint un centre de réunion pour les savants et les étrangers. Ibn Khallikan le rencontra en 1229 à Alep (il vante son extrême modestie), d'oîi il se rendit l'année suivante à Damas, rentra à Alep, puis à Mossoul, où il mourut en mai 1234. Son histoire universelle, eUKâtnil fi'l-tarikk (Chronologie complète), s'étend jusqu'en 1231; la partie qui va de la création à l'année de l'hégire 310 est un abrégé de Tabari, auquel il a ajouté quelques renseignements provenant de sources différentes, ainsi que l'a récemment démontré M. Brockelmann dans une dissertation spéciale; le texte a été publié par Tornberg. VOusd el-ghâba (Lions de la forêt) est un traité historique sur sept mille cinq cents compagnons du Prophète; il a été imprimé au Caire; cet ouvrage est important pour l'histoire du hadith. Enfin il a, dans son Lobâb, abrégé le grand ouvrage de Sam'àni sur les Boms patronymiques.

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LES ABBAS5IDBS

Abou-Ishaq Ibrahim Ibn ABiVDAM.né àHamaen 1187, occupait en cette ville les foDctioDS de cadi du rite chaféïte. Il fut chargé d'une ambassade auprès du khalife Mosta'çem en vue d'obtenir pour Mélîk-Mançour, prince de Hama, l'investiture du district de Meyyâfàriqiu, devenu vacant par suite de la mort de Mélik el-Mozhaffar Ghazi (1244). L'envoyé tomba malade en route, dut revenir de Ma'arra dans sa ville natale pour y mourir bientôt après. C'est au même Mélik el-Mozhaffar qu'il avait dédié son Tarîkh el-Mozkaffari , histoire générale des peuples musulmans en six volumes, qui est une des sources oii a puisé Abou'1-Féda. La partie qui a trait à la Sicile a été étudiée depuis longtemps en Europe; dès 1650, Inoegeo la traduisait en italien; plus tard Carusius (1723) la traduisait CD latin et Gregorio (1790) la faisait figurer dans sa collection de documents arabes relatifs à l'histoire de la grande île d'Italie.

Fils d'un esclave turc du ministre Ibn Hobéïra, affranchi et élevé par lui, Chems-Eddin Abou'l-Mozhaflar Yoûsouf SiBT Ibn el'Djauzi, né à Bagdad en 1 186, tira son surnom de ce que son père avait épousé une fille du célèbre prédicateur et polygraphe Ibn el-Djauzi ; celui-ci éleva son petit-fils YoÙBOuf, car son père était mort peu de temps après sa naissance. Après avoir étudié à Bagdad et avoir voyagé, il s'établit à Damas comme prédicateur et professeur de droit hanéfite ; il mourut dans cette même ville le 10 janvier 1257. Son Mirât ez-zéman est une histoire universelle jusqu'en l'année 1256; le tadhkiral Khawâçç el-omma est une histoire du khalife Ali, de sa famille et des douze imams ; il y en a un manuscrit à Leyde. Sous le titre à'el-Djelis eç-çâUk (le Compagnon honnête), il a écrit un traité de politique et d'éducation des princes en l'honneur de Mousa ben Abi-Bekr l'Eyyoubite, lequel

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308 LITTÉHATURB ARABE

est à la bibliothèque de Gotha j celle de Paris possède une collection d'anecdotes intitulée Kanz-el-Moloûk{le Trésor des rois).

Eî-Makin.

Mais s'il est un historien arabe dont le nom soit familier de longue date au lecteur, c'est Georges el-Makih Ibn el-'Amid, né au Caire en 1205, fils d'un moine défroqué, employé chrétien du ministère de la guerre, qui entra dans l'administration et obtint, étant encore jeune, une place du même genre. Lors de la disgrâce d"Ala-Ëddin Tibars, gouverneur de la Syrie, tous les employés de son bureau militaire furent conduits et emprisonnés en Egypte ; parmi eux étaient El-Makin et son père ; celui-ci mourut en 1238, le fils fut bientôt mis en liberté et rétabli dans ses fonctions. Plus tard on le soupçonna de nouveau et il resta quelque temps en prison. Ces mésaventures le dégoûtèrent des emplois publics; il se retira à Damas, où il mourut en 1273. Son histoire universelle porte le titre à'el-Madjmou el-Mobârek (le Recueil béni] ; la seconde partie, qui s'étend de Mahomet à l'an 1260, a été publiée et traduite en latîn par Erpénius, en anglais par Purchas, en français par Vattier.

Un autre chrétien, diacre monophysite de l'église de la Vierge qu'on appelait Mo'allaqa (la Suspendue), au Vieux- Caire, Abou-Choukr Botros (Petrus) Ibn er-Râhib, qui vivait encore en 1282, a écrit une histoire universelle jusqu'en 1259, qui a été traduite en latin par les savants maronites Abraham Ecchclcnsis en 1651 et J.-S. Assemani en 1729.

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LES ÀBDASSIDBS

Bar-Hebrœus.

Yohannâ Abod'l-Farad) , connu également sous son nom syrien latinisé de Bar-Hbbbxus (le Fils de l'Hébreu), était le fils d'un médecin juif de Malatia, Ahrôn, qui s'était fait baptiser. Né en 1226, il accompagna son père qui fuyait devant l'invasion mongole, à Antiocbe (1243), où il devint moine et mena une vie d'anachorète, dans une caverne ; un peu plus tard il poussa jusqu'à Tripoli de Syrie, pour y étudier la dialectique et la médecine. Le 12 septembre 1246 il fut nommé évéque de Goubos près de Malatia et prit en cette qualité le nom de Grégoire. L'évècbé d'Alep fut en 1252 la récompense dont le nouveau patriarche jacobite Dionysius paya le zèle déployé pour le faire élire; en 1264 il fut nommé maphrian (archevêque des Jacobites orientaux) ; son siège était Mossoul; cependant il habita ordinairement les villes persanes de Tébriz et de Méragha, oii se tenaient habituellement les empereurs mongols de Perse ; c'est dans cette dernière ville qu'il mourut le 30 juillet 1289. Son activité dans la littérature syriaque a été considérable; noua ne pouvons parler ici que des ouvrages qu'il a composés en langue arabe. Le Moukhtaçar eddotval (Abrégé des dynasties) est en effet un résumé de l'histoire auquel l'auteur a ajouté des renseignements sur la littérature médicale et mathématique des Arabes ; c'est la traduction amplifiée de sa chronique syriaque, qu'il fît peu de temps avant sa mort, à la demande d'un musulman; aile a été éditée par E. Pocock à Oxford et parle R. P. Salhani à Beyrouth, et traduite en allemand par Bauer.

L'histoire légendaire des prophètes hébreux, telle urrtBATtnii ahabe. 14

310 LITTERATORB ARABE

qu'elle est parvenue aux Arabes par la tradition orale des Juifs de la péninsule arabique, a été traitée par Abou- Ishaq Abmed eth-Tha'Iabî de Nîsapour, jurisconsulte chaféïte mort en 1036, dont on a imprimé au Caire VArdts el-médjâlis (les Mariées des séances) ; un ouvrage plus sérieux est son El-Kechf wèl-baydn (Recherche et exposition) consacré au commentaire du Koran ; un opuscule bizarre sur les victimes du Koran, intitulé Kitdb mobârak (Livre béni), est consacré à l'histoire de ceux qui moururent d'avoir écouté la lecture du Livre sacré.

Un recueil de récits, d'anecdotes et de poésies sur l'amour et les amoureux est le Masdri el- ochchâq d'Aboa Bekr Mohammed ben Dja'far Ibn es-Sarradj de Bagdad, né vers 1027, mort en 1106; son succès explique qu'il ait été abrégé dans l'Astvdq el-aekwdq (Marché aux amours) d'Ibrahim ben 'Omar el-Biqâï (mort en 1480), et que ce dernier livre ait été à son tour l'objet d'un choix dont nous avons le résultat dans le Tezyin el-aawdq (l'Ornement des marchés) de Daoud el-Antaki (mort en 1599).

Hodjdjat-Eddin Mohammed Ibn Zkafar, né en Sicile, élevé à la Mecque, vécut dans son pays d'origine et mourut à Hama en 1169, en laissant le Solwân eUMoîd' (Consolation du prince), traité de politique; Vlnbd nocLjabâ el-abnâ, traits de caractère et anecdotes d'enfants célèbres dont le manuscrit est à la Bibliothèque nationale; le Khéïr elrbochar, recueil de prophéties sur les prophètes.

Le célèbre calligraphe Yâqoût el-Mostaçimî (Djémal* Eddin Abou'd-Dorr), mort à Bagdad en 1298, a compilé une anthologie d'anecdotes et de poésies sous le titre d'Akhbâr wa ach'âr (Nouvelles et Poèmes), et une collection de sentences et d'apophtegmes, Asrâr el-hokamd (les Secrets des sages).

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Les Fables de Kaîiîa et Dimna.

L'on s'était mis à traduire du pehivi en arabe des ouvrages de littérature qui msuquaient à ce dernier domaine ; inutile de dire que c'étaient des Persans, habiles à manier les deux langues, qui se livraient a ce travail. 'Abdallah Idn bl-Moqaffa' était un Persan qui, avant sa conversion à l'islamisme, portait le nom de Roùzbih. 11 vivait à Bassora, oh il était devenu l'intime ami du grammairien Khatil. En 757 il fut mis à mort sur l'ordre du khalife El-Mançour, dont il s'était attiré la colère par la manière dontîl avait rédigé l'acte d'amnistie concernant son oncle 'Abdallah ben 'Ali ; le gouverneur de Bassora saisit avec empressement l'occasion de se venger des sarcasmes qu'il avait éprouvés de la part des Persans ; il lui fit couper les membres, qu'on jeta dans un four. Il a traduit du pehivi en arabe les fables de Kalila et Dimna, qui ne sont autre chose qu'une adaptation des contes indiens du Pantchatantra, originairement rapportés de l'Inde, sous Chosroès I" Nouchirwan, par le médecin Barzouyèhj il a écrit le Dorra el-Yatima sar l'obéissance due aux rois, qui a été imprimé au Caire, et le Siyar Moloâk el-'Adjem, biographies des rois de Perse, traduction du livre pehivi Khodùï-namè, ouvrage composé sous le règne du dernier des Sassanides, Yezdegird III ,- c'est une des sources dans lesquelles le poète persan Firdausï puisa plus tard les éléments de son Livre des Rois ; la traduction arabe est perdue, mais de nombreux fragments s'en rencontrent dans V Oyoûn-eUakhiâr d'Ibn Qotéïba. Le père d'Ibn el-Moqaffa' s'appelait Dâdawaih : il avait été chargé, sous le gouvernement du fameux et cruel Hadj-

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LITTERATCRE i

djadj, de la perception des impôts dans les provinces d'Irak et de Fars; il se rendit coupable d'extoreioas ; Hadjdjadj le 6t mettre à la torture, et il conserva toujours de ce supplice une main grippée et recroquevillée, ce qui 6t qu'on lui donna le surnom de Moqaffa'. 'Abdallah était attaché au service d'Isa ben 'Ali, oncle paternel des khalifes Abou'l-Abbas Saffâh et Mançour; ce fut entre ses mains qu'il abjura le mazdéisme. On l'accuse d'avoir travaillé, avec quelques autres ennemis de l'islamisme, a imiter le style du Koran; il aurait été ainsi un prédécesseur du rénovateur contemporain de l'islamisme en Perse, 'Ali-Mohammed le Bab, qui lui aussi a écrit dans le style koraoîque. Khalil disait de lui qu'il avait plus de science que de jugement; il est vrai qu'Ibn el-Moqafia' disait du grammairien arabe qu'il avait plus de jugement

que

de science.

On lui demanda un jour de qui il avait appris les règles de la civilité. « J'ai été moi-même mon maître, réponditil; toutes les fois que j'ai vu un autre faire quelque bonne action, je l'ai imitée, et quand j'ai vu quelqu'un faire une chose malhonnête, je l'ai évitée, u

Les anthologies.

Amr ben Bahr, surnommé El-Djabizh (Qui a l'œil écarquillé et à fleur de tète), est un esprit extraordinairement varié, qui s'est occupé d'une foule de sujets et a rédigé de nombreux ouvrages, moins dans le but d'enseigner que dans celui d'amuser. Il vivait à Bassora ; sur le terrain théologique, il appartenait à l'école mo'tazélite, mais cependant il créa une secte qui fut appelée Djahizhiyya,

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LB9 ABBA99IDB9

de son propre nom. Ami d'Ibn ez-Zayyât, le ministre du khalife El-Wâthiq, il faillit partager son sort lorsqu'il fut mis à mort par Motawakkil ; cepeudant le khalife, auquel il avait été recommandé, le 6t appeler à Bagdad pour diriger l'éducation de son fils ; mais quand il vit sa laideur, il le renvoya immédiatement avec un présent de dix mille dirhems. Il devait, en effet, son surnom à ce qu'il avait la cornée saillante.

Il mourut en 869. Vers la fin de sa vie, il fut atteint de paralysie, de telle sorte que l'un des côtés de son corps était enflammé et l'autre froid et insensible, même si on le prenait avec des tenailles. Pendant sa maladie, il avait coutume de dire : « Des maladies de nature contraire ont conspiré contre mon corps ; si je mange quelque chose de froid, cela saisit mes pieds, et si c'est quelque chose de chaud cela me porte à la tète. » Il avait quatre-vingt-seize ans, « et c'est encore là le poids qui me pèse le plus lourd, » disait-il.

Parmi ses ouvrages, il convient de citer le Kitdb el- Baydn w' et-labayyon (non tabyin, comme on l'a imprimé), sur la rhétorique, mais sans aucun caractère didactique; l'enseignement y est donné par exemple au moyen d'anecdotes des plus variées; le texte en a été publié au Caire; le Lipre des animaux (Kitâb el-haïwân), qui n'est pas tout à fait un traité d'histoire naturelle, mais plutôt une anthologie de passages où il est question des animaux et de ce qui a été dît à leur propos; un livre sur la conduite des rois rempli de détails intéressants sur les règles de l'étiquette; un livre des avares, scènes de mœurs prises dans la vie intime des habitants de Bassora, qui vient d'être édité à Leyde par M. G. van VIoteu; un autre sur les mérites des Turcs, dont une copie faisait partie de la collection Schefer, et est entrée à la Bibliothèque natio-

314 LITTÈHATURE ARIDB

nale; ud parallèle entre le printemps et l'automne, imprimé à Constantinople sous aon nom, bien que l'attribution en soit peu sûre; enfin une collection de cent apophtegmes attribués, sans aucune raison d'ailleurs, à Ali, le gendre du Prophète, et qui eut beaucoup de succès. Ëo outre, on n'a pas manqué de le croire l'auteur du KUâb el-Mahdsin (Livre des Beautés et des Antithèses] dont le texte arabe a paru à Leyde, grâce aux soins de M. van Vloten, et qui dérive directement de son école.

Sous le titre de El-Faradj ha à ech-Chidda (le Délassement après la peine), Ibn Abi'd-Dovnta (Abou-Bekr beo 'Abdallah) a écrit une compilation d'anecdotes et d'historiettes morales sur le modèle et avec le même titre qu'au ouvrage d'El-Médâïni, aujourd'hui perdu. Né en 823, îl fut, quoique client des Oméyyades, précepteur du khalife El-Moktafi quand celui-ci était encore enfant; il mourut en 894. Son Makdritn el-Akhlâq (les Nobles qualités) est un traité moral de l'idéal humain selon les traditions du Prophète; le Dhamm el-maldki (Blâme des instruments de musique) est un traité du même geure dirigé contre les dissipations en général, qui commençaient par la musique pour finir par l'ivrognerie et la débauche ; il en a composé beaucoup d'autres qui n'existent qu'en manuscrit ou qui ne sont connus que par des citations.

Ibn 'Abd-Rabbibi (Abou-'Omar Ahmed ben Mohammed), né à Cordoue en 860, descendait d'un affranchi des Oméyyades qui régnaient en Espagne ; poète à la fois classique et populaire, il mourut en 940 après avoir souffert quelques années de la paralysie; il est l'auteur d'une autre anthologie bien connue, El-'Iqd el-Férid (le Collier unique), divisé en vingt-cinq chapitres, qui for-

LES ABBÂSSIDES

ment les perles du collier; le chapitre XIII forme la perle du milieu, la plus grosse.

Et-Tamockb! (Abou 'Ali Mobsin], (ils du cadi et poète *Ali ben el-HoséÏD, né à Bassora en 939, écrivit, sur le modèle des ouvrages de Médàïni et d'Ibn Abi 'd-Douoyà, un Faradj ba d-ech-Chidda (Recueil de contes destinés à dissiper l'ennui). L'auteur exerça les fouctions de cadi dans différentes villes des environs de l'Euphrate et de la Sasiane; il mourut en 994. Il a écrit en outre un Kitâb el-Moatadjdd, recueil d'anecdotes et de traits de caractère du temps des Abbassides, et le Nachwdn el-mokddara (Excitation à la conversation], qui est un recueil du même genre (à la Bibliothèque nationale). Quand il composa son Faradj (957), il était directeur du bureau du pesage à l'hôtel des mounaies d'el-Ahwàz , en Susiane.

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