‹ Littérature arabeChapitre 21 sur 37 · LA TRADITION DU PROPHÈTE ET LA JURISPRUDENCE · texte numérisé non relu

LA TRADITION DU PROPHÈTE ET LA JURISPRUDENCE

Le Koran ne pouvait à lui tout eeul renfermer toute la loi d'un grand empire ; il fallut de bonne heure éclairer ses préceptes à la lumière des explications que Mahomet lui-même avait données, et qui se transmettaient plus ou moins fidèlement par la mémoire des hommes, à Médîne et ailleurs. Quand on voulut rédiger ces apophtegmes du Prophète, le plus grand mal était déjà fait; la mémoire infidèle en avait tronqué la plupart; d'autres avaient été fabriqués de toutes pièces pour justifier les tendances de tel ou tel groupe de dissidents. C'est alors que se créa la science du haditk, c'est-à-dire la critique appliquée aux sources d'où dérivait la tradition, sources d'un caractère unique, puisque toutes se rapportaient forcément à l'étude de la succession de témoins qui s'étaient transmis oralement telle parole du Prophète entendue et apprise par cœur par ses compagnons, témoins auriculaires. En réalité cette science du hadith, telle que l'ont comprise les Arabes, emploie le même procédé que le juge musulman qui doit, avant de l'admettre à témoigner, s'éclairer sur le caractère moral, sur le genre

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de vie, sur la réputation de droiture du témoin qu'il veut entendre. Cette critique a réussi à établir une chaine ininterrompue pour un certain nombre de ces apophtegmes j elle ne peut garantir que l'authenticité de la transmission, non celle de la tradition primitive; nous n'avons pour caution de celle-ci que la véracité et la bonne mémoire de celui qui l'a recueillie le premier de la bouche de Mahomet.

Les premiers travaux consacrés au hadith sont donc des travaux de jurisprudence. Après les ouvrages de Màlik ben Anas et d'Ahmed Ibn Hambal, il faut citer les Mousnad, dans lesquels les traditions sont rangées d'après l'ordre des derniers témoins, sans égard ii leur contenu; puis les livres appelés Mouçannaf, dans lesquels les traditions sont rangées d'après leur contenu, et qui sont partagés en chapitres selon les différentes questions rituelles, juridiques ou morales qu'ils traitent. Le motif qui a fait adopter cette disposition était de permettre des recherches relativement aisées aux juristes qui s'en tenaient de préférence à la lettre du hadith, contrairement à leurs adversaires qui admettaient l'interprétation par les lumières individuelles du juge {açhâb er-rai). Le premier ouvrage de ce genre, et qui est resté un chef-d'œuvre et un modèle, est le Çahik (le Livre sincère) de BoKBÂRi. Abou 'Abdallah Mohammed ben Isma'ïl était né à Bokhara le 21 juillet 810 d'une famille iranienne; son grand-père s'appelait Berdizbeh ou Yezdizbeh. A seize ans, il entreprît le pèlerinage de la Mecque, et profita de cette occasion pour entendre les leçons des professeurs de traditions à la Mecque et à Médioe : il poussa jusqu'en Egypte et parcourut, dans la même intention, toute l'Asie islamique; il passa cinq ans entiers à Bassora. Après une absence de seize ans, il

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lis LITTÉnATUnE ARABE

retouroa à Bokhara et y composa son Çahih. I) mourut le 31 août 870. Le gouveroeur du Khorasau l'avait banni à Kharteag, village des environs de Samarcande. C'est pendant qu'il était à Mêdine qu'il écrivit son grand ouvrage historique sur les traditionoistes dignes de foi (cet ouvrage existe en manuscrit à la bibliothèque de Sainte-Sophie). Quand il rentra à Bokhara, il rapporta une provision de six cent mille traditions, sur lesquelles il en choisit sept mille deux cent soixante-quinze, qui figurent seules dans le Çahih et qui depuis lui sont unanimement considérées comme authentiques. Il écrivit aussi un commentaire du Koran.

Un autre Çahih fut écrit, a la même époque, par un contemporain de Bokhâri. Moslim (Abou'l-Hoséïn ben el-Hadjdjâdj), né à Nisapour dans le Khorasan en 817, visita Bagdad plusieurs fois et mourut dans sa ville natale le 6 mai 875; comme dans le Çahih de Bokhâri, les matières de celui de Moslîm, qui sont les mêmes avec d'autres autorités, sont divisées d'après l'ordre adopté en matière de jurisprudence, mais sans tètes de chapitres. Il est aussi remarquable par une introduction où l'auteur traite en général et complètement de la science des traditions.

Lui aussi visita le Hedjaz, l'Irak, la Syrie et l'Egypte à la recherche des traditions ; il en avait, dit-on, recueilli plus de trois cent mille, qui servirent de base à son recueil. L'amitîé qui existait entre Moslim et Bokhâri survécut même aux persécutions qui obligèrent ce dernier à quitter sa ville natale; il le défendit contre les théologiens qui afSrmaient comme un dogme que non seulement le Koran, comme parole de Dieu, était incréé, mais encore qu'il en était de même de la prononciation des mots qui le composent.

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Les deux Çakiha, celui de Bokhârî et celai de MoBlim, sont devenus deux livres canoDÎques de l'islamisme; ils peuvent être considérés comme un résumé de la science des traditions au m* siècle de l'hégire. A côté d'eux quatre autres ouvrages complètent le chiffre de six livres canoniques auxquels les musulmans se sont arrêtés; ils ont été également composés à la même époque. Ce sont les Sonan (Coutumes) d'AsoD Dîodd (Soléïman ben el-Ach'ath), originaire du Sidjistan, né en 817, qui, après avoir comme ses confrères parcouru longuement diverses contrées de l'Orient, finit par s'établir à Bassora, oit il mourut en février 889- Son recueil ne contient que les traditions qui ont un intérêt pour ta jurisprudence ou les règles rituelles. Cet ouvrage eut le plus grand succès à l'origine, balança celui des deux Çahihs, maïs il finit par être entièrement négligé, tandis que l'autorité de BokhSri et de Moslim n'a fait que croître jusqu'à nos jours. Il avait recueilli cinq cent mille traditions, dont il choisit pour son ouvrage quatre mille huit cents. Il usa fort peu de critique, car il avoua lui-même qu'il avait inséré dans son livre, non seulement celles qui sont authentiques, mais encore celles qui paraissent l'être et celles qui le sont presque : mais il ajoutait que de ce nombre, quatre seulement étaient nécessaires à l'homme pour sa conduite religieuse ; voici ce sommaire de la loi islamique : u Les actes seront jugés d'après l'intention; la preuve de la sincérité d'un musulman, c'est qu'il ne s'occupe pas de ce qui ne le regarde pas; le vrai croyant ne l'est qu'à la condition de désirer pour son frère ce qu'il désire pour lui-même; ce qui est licite est clair et l'illicite également, mais il y a entre les deux des choses douteuses dont il vaut mieux s'abstenir. »

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Abou-'Isa Mohammed et-Tirmidhi a écrit, sous le titre de Djâmi (recueil complet], une sorte d'encyclopédie des traditions qui servent à éclaircîr la loi, en indiquant celles qui ont joué le rôle d'arguments pour telle ou telle question juridique, et en marquant la différence des écoles de jurisprudence, ce qui fait de son recueil, qui a d'ailleurs été imprimé ii Boulaq, un ouvrage capital pour séparer l'une de l'autre ces écoles dès leur origine. C'était un élève de Bokhàrî, né à BoAch près de Tir~ midh, petite ville sur les bords de l'Oxus, en pleine Asie centrale, et il mourut dans la même localité en 892, après avoir, comme ses confrères, parcouru le monde oriental à la recherche des traditions. En dehors de son livre sur les hadith, î! nous a été conservé le Kitâb ech~ chamâîl, sur la physionomie et les qualités extérieures de la personne de Mahomet, ouvrage sur lequel ont été écrits plus de dix commentaires, et dont le texte a été imprimé à Calcutta, au Caire et à Fez, et un recueil de quarante traditions choisies destinées à résumer les principes de la loi musulmane; c'est le premier exemple connu de ce genre d'ouvrages, qui devait par la suite pulluler en nombre infini.

Un autre Sonan est celui d'Abou 'Abder-Rahman Ahmed BN-NAsÂii, remarquable par les recherches subtiles qu'il a poussées dans les plus petits détails du rituel; et l'on sait que les cas de conscience posés et résolus par les casuistes musulmans , au sujet des degrés de l'impureté corporelle, des qualités de l'eau des ablutions, etc., sont excessivement subtils et recherchés. Il rapporte des textes sur tout, m£me pour des manifestations purement populaires du sentiment religieux; dans la partie juridique, îl donne des formules pour tous les cas possibles du droit. C'est donc un ample formulaire

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de casuistique rituelle et légale ; il y a peu de chose à en tirer pour l'histoire de la dogmatique. L'auteur était né à Nasa dans le Khorasan en 830; il se rendit au Vieux- Caire, oii il vécut jusqu'en 914 ; puis il partit pour Damas, où il souleva l'opiniou populaire par la composition de son livre sur les traditions favorables à la famille d'Ali; le peuple, qui tenait encore pour le souvenir des Oméyyades, le chassa de la mosquée et le foula aux pieds. Transporté à Ramla en Palestine, il y mourut des suites de ce traitement; cependant un auteur affirme que ce fut à la Mecque qu'il fut porté et enterré. Il a encore laissé ud livre des traditionnistes faibles, c'est-à-dire dans l'autorité desquels on ne peut avoir qu'une médiocre confiance et qui se trouve en manuscrit au British Muséum et à la Bodléïenne. Il avait un tempérament ardent et, pour le combattre, sans doute, jeûnait un jour sur deux.

Le quatrième de ces ouvrages est le Sonan d'IsN Mâdia (Abou-'Abdallah Mohammed hen Yézid), de Kazvin, en Perse, né en 824, mort en 887, après avoir parcouru l'Orient depuis le Khorasan jusqu'en Egypte. Cet ouvrage n'eut que peu de succès à cause des nombreuses traditions de faible autorité qu'il contient; c'est seulement plus tard qu'on le comprit dans le nombre des livres canoniques. Il a été lithographie à Dehii. Ibn Mâdja a écrit aussi une histoire de sa ville natale qui est perdue

A côté de ces six Corpus du droit musulman et des traditions, le^ouâ/ia(fd'ED-DARiHi('Abdallah hen 'Abder- Rahman) de Samarcande, mort en 869, ne comprend guère qu'un tiers des matières qu'ils embrassaient, et est rédigé dans des intentions pratiques ; il a été lithographie à Cawnpore. Ibn Hibbàn (Mohammed hen Ahmed], né à Bost dans le Sidjistan, entre Hérat et Ghazna, peutêtre d'origine iranienne, fit de longs voyages, depuis

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l'Asie centrale jusqu'à Alexandrie, au retour desquels il fut nommé cadt à Samarcande, Nasa et Nisapour; il rentra ensuite dans sa ville natale comme professeur de tradition et y mourut à quatre-vingts ans, en 965. Il y avait construit une maison où il avait installé sa nombreuse bibliothèque. II s'était occupé d'astronomie, de médecine et d'autres sciences. Son livre porte le titre de Taqâsim wkl-anwâ' .

Abou-Bekr el-Adjorri (Mohammed ben el-Hoséïn), né à Adjorr (les Briques), village près de Bagdad, d'où son surnom, est l'auteur d'une collection de quarante traditions qui le rendit célèbre, et qu'on trouve en manuscrit à la bibliothèque de Berlin, ainsi que d'autres ouvrages que possède la même bibliothèque, tels qu'un traité sur la question si le vrai croyant doit rechercher les sciences et sur les qualités que doivent posséder les porteurs du Koran.

Abou'l-Hasan 'Ali ben 'Omar bd-DAraqotni, qui doit son surnom à un grand quartier de Bagdad appelé Dàrel-Qotn (Maison du coton), était en effet né dans cette ville en avril 919; il eut une grande célébrité comme jurisconsulte du rite chaféîte. De bonne heure il avait appris les traditions à l'école d'Abou-Bekr, fils de Modjâhid, et il fut son véritable successeur. C'est vers la fin de sa vie qu'il commença à enseigner la lecture du Koran. Il savait par cœur plusieurs diwans de poètes du désert, et entre autres celui du Séïd Himyarite, ce qui fit croire à plusieurs qu'il suivait ses doctrines chiites. Il était d'une conscience scrupuleuse : appelé à témoigner devant le cadi Ibn Ma'roûf, il s'en repentit plus tard, parce que son témoignage, relatif à des traditions du Prophète, avait été admis par le juge sans conteste, sur sa seule autorité, tandis qu'en matière ordinaire il faut deux

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témoins. Ayant appris que Dja'far ben Hinzâba, vizir du prince Ikhchidite Kâfour en Egypte, avait l'intention de composer un Corpus de traditions du genre des Mouanad, il se décida à entreprendre le voyage pour l'aider dans ce travail. Il resta en Egypte, oii il fut généreusement récompensé, jusqu'à l'achèvement de cet ouvrage. De retour dans sa ville natale, il y mourut en décembre 995. Son Kilab es-Sonan {Livre des coutumes] existe â la bibliothèque de Sain te -Sophie. Dans un autre ouvrage (el-istidrâkât wèt-tétabbo*) il établit la faiblesse de deux cents traditions admises par les deux Çahih de Bokhâri et de Moslim : c'est donc un ouvrage de critique appliquée aux traditions.

El-Khattâbi (Hamd ben Mohammed), dont le peuple prononçait le nom Ahmed au lieu de Hamd, était né à Bost dans le Sidjistan en 931, ville dans laquelle il mourut en mars 998. Ses ouvrages sont des commentaires des grandes collections canoniques; vers la lin de sa vie il eut des tendances mystiques et alla se réfugier dans un ribât ou couvent de soufis sur les rives du fleuve Hilmend. Il avait étudié dans l'Irak; il était aussi poète; c'est lui qui a dit : « Ce ne sont point tes peines de l'absence, mais le manque d'un ami sympathique qui est la plus grande affliction qu'on puisse souffrir. Je suis étranger à Bost et à son peuple, et c'est là pourtant que je suis né et que ma famille habite. >

El-Batti' (Mohammed ben 'Abdallah), né à Nisapour en 933, fut nommé cadî dans sa ville natale en 966, mais il entreprit un grand voyage dans le Khorasan et dans le Hedjaz pendant les années suivantes. Bien que plus tard nommé cadi de Djourdjan, il refusa cette place et (ut fréquemment employé par les Samaoides comme ambassadeur auprès des Bouîdes, maîtres du khalifat

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par la conquête de Bagdad. Il mourut le 3 août 1014. En 971, il fit un second voyage à travers l'Orient pour aller disputer avec les savants des différentes villes qu'il traversait. Il penchait alors vers la doctrine des chiites. Il écrivit son Kitâb el-Mostadrak comme critique des deux Çahihs, pour montrer que plusieurs traditions négligées par ces deux Corpus étaient parfaitement authentiques et avaient été passées sous silence à tort. Ibn Fourek d'ispahan (Abou-Bekr Mohammed ben el- Hasan) étudia à Bagdad, se rendit ensuite à Réï, dont le séjour lui fut rendu difficile par certains innovateurs en matière de religion, et à Nisapour, où il eut un grand succès comme professeur et écrivain. Appelé pins tard à Ghazna dans l'Afghanistan, il y soutint de nombreuses controverses; au retour de cette ville, il fut empoisonné en chemin en 1015. On lui donnait le titre A'Oustâd, le Maître par excellence. On bâtit exprès pour lui un collège et une maison. Son eorps fut transporté à Nisapour; la chapelle funéraire qu'on y construisit devint un but de pèlerinage; quand on souffrait du manque de pluie, on allait prier sur sa tombe : cette prière était toujours exaucée. Un de ses mots était le suivant : « La charge d'une famille est le résultat d'une passion légitime; quel doit donc être le résultat d'une passion illégitime? » Son livre des définitions des fondements du droit hanéfite est au British Muséum; la bibliothèque de Leyde a son traité sur certaines traditions; d'autres se trouvent dans -celle de Raghib-pacha, à Constanti-

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LES ABBA6SIDKS

La critique des autorités du hadith.

A côté de la science des traditions, qui codifie et qui critique, on voit naître au x' siècle la science dite 'ilm er-ridjdl, proprement la science des hommes, qui s'occupe tout spécialement de la critique des témoins et des autorités sur lequels repose tout l'édifice de la tradition. Parmi les auteurs les plus importants qui ont écrit sur cette matière, on peut citer Ibn Abi-Hâtim ('Abder-Rahman), né à Réï en 894, mort à Tous dans le Khorasan en 939, auteur du Kitâb el-djarh wèt-la'dîl (la Critique et la Correction), en 6 volumes conservés en manuscrit au Caire et à Constantinople ; Et-Tabarûni (Abou'l-Q.îsim Soléïmàn)jnéen870àTibériade, qui consacra trente-trois ans à des voyages, s'établit à lapaban et y mourut en 971 ; son ouvrage le plus connu est le Mo'djam (Dictionnaire alphabétique des traditionnistes), dont il donna trois éditions, une complète, une moyenne et une abrégée : c'est celle-ci dont des volumes isolés se trouvent à Paris, au British Muséum, à TEscurial. El-Kélàbàdhi (Abou-Naçr- Ahmed), né en 918 dans un quartier de Bokhara, qui lui donna son surnom, mort en 398 (1008), a laissé un travail sur les noms des /idfizh cités dans le Çabih de Bokhâri. De même 'Abdel-Ghanî ben Sa'ïd l'Égyptien, né au Caire en 944, qui était, avec les deux philologues Abou-Osâma Djonàda et Abou-'Ali el-Hasan d'Antioche, habitué de la bibliothèque fondée par le khalife El- Hàkem; leur amitié fut malheureusement interrompue par l'exécution des deux philologues sur l'ordre du khalife; Abdel-Ghanî, craignant pour lui-même, se tint caché jusqu'au moment oii il se sentit en sûreté. Il

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LITTB RATURE ÀR&BB

mourut dans la nuit du 25 au 26 juin 1018, laissant au livre sur les noms des tradittonnistes qui se ressemblent et qui di&erent; il est à la bibliothèque de Kieuprulu Méhemet-pacha à Constantinople.

Développement ultérieur du hadith.

La science des traditions, qui a atteint son summum dans la composition des six grands recueils, s'approche de la période où il faut abréger, commenter, expliquer les codes laissés par les auteurs célèbres. On en arrive vile a résumer, pour le grand public, dans un choix de quarante traditions, les règles fondamentales de l'islamisme; et ces quarante traditions donnent naissance à leur tour à d'infinis commentaires. On comprendra que nous ne prenions, dans cet ensemble considérable, que les œuvres qui ont obtenu quelque succès et produit quelque impression durable.

En Egypte, Abou'l-Qàsim el-Hoséïn ben 'Alî el-Wézir bL'Maghrébi était né en 9S1 d'une famille considérable d'origine persane; son trisaïeul s'appelait Behràm. Le khalife fatimide El-Hâkem ayant fait massacrer les principaux membres de sa famille le 19 juillet 1010, il s'enfuit à Ramlé et souleva contre le pouvoir suzerain le prince qui gouvernait cette ville ; malgré l'appui du cbérif de la Mecque, qui fut battu, l'entreprise ne réussit pas, le prince de Ramlé fit sa paix avec le farouche Hâkem, et Abou'I-Qâsim partit pour les régions orientales, où il remplît de hautes fonctions olHcietles auprès de divers princes de ces régions. Quand il mourut à Meyyâfàriqîn (1027 ou 1037), il était ministre du prince IbnMerwân.

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LES ADBA&8IDBS 3ST

De ses ouvrages littéraires il n'est rien resté : le British Muséum possède le Kildb el~inds, dtctioDDaire par ordre alphabétique des noms de tribus arabes, avec des citations de poètes et des notices biographiques et historiques.

Abou-Bekr Ahmed ben el-Hoséïa el-BaÎhaqi, né près de Nisapour dans le Khorasao, dans le village de Khosrauguerd, qui dépendait de Baïhaq, en 994, voyagea longtemps à la recherche des traditions du Prophète, et fut professeur de droit chaféïte ii Nisapour, où il mourut en 1066. C'est lui qui le premier recueillit les sentences ou opinions légales d'Ech-Chaféï, en dix volumes; une grande collection de traditions porte le titre de Kitâb eê-sonan tvél-âthdr, dont un manuscrit autographe est conservé au Caire, ainsi qu'un abrégé du même.

L'éroir Abou-Naçr *Ali Ibn Màkoola était aussi d'origine persane : c'est non loin de Bagdad, à Okbarà, qu'il naquit le 9 août 1030. Son père Hibat-AUah devint ministre du khalife El-Qaïm; il l'accompagna à Bagdad, où son oncle était cadi, puis entreprit de longs voyages ; c'est pendant l'un d'eux qu'il fut assassiné et dépouillé par ses esclaves turcs, sur le territoire de la Perse; la date exacte est inconnue (vers 1094). Il s'était consacré à l'étude des noms propres; nous avons encore Vlkmât (Achèvement), destiné ik compléter le Afo'/am/'d'EI-Kbatlb el-Baghdâdi, sur le même sujet; ouvrage extrêmement pratique et utile, au dire d'Ibn Khallikan, pour fixer l'orthographe des noms propres, surtout dans l'étude des traditions.

Abou'1-Fadl Mohammed ben Tâhir Ibh el-QaïsarJIni naquit à Jérusalem d'une famille originaire de Césarée de Palestine le 18 décembre 1058, mais il acheva ses études à Bagdad et ne revint dans sa ville natale qu'après

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SÎS 1.ITTBR4TDRB ARIBB

des voyages longtemps prolongéB. Il resta quelque temps à Hamadau, oJi il professa la science des traditions. Il mourut à Bagdad en ill3 au retour du pèlerinage de la Mecque. Son Kitdb et-anadb el-moUafiqa a été publié par de Jong, sous le titre de Homonyma inter nomina relativa. Berlin possède son traité manuscrit des traditions falsifiées; V Atrdf el-ghardïb est au Caire.

Abou-Mohammed el-Hoséïn bl-Fârrâ el-Baghaw!, né à Baghchoùr, entre Hérat et Merv, mourut dans cette dernière ville en 1116 ou 1122, après avoir compilé un recueil de traditions (Maçdbih ea-Sonna), d'après les sept ouvrages fondamentaux, souvent commenté et abrégé, comme par exemple dans le Michkât et-Maçâbih de Mohammed ben 'Abdallah el-Khatib et-Tibrîzî, très répandu en Orient et réimprimé dans l'Inde et en Russie. Une autre collection de traditions (Chark es-Sonna), un abrégé de la jurisprudence et un commentaire du Koran ont été conservés jusqu'à nos jours.

'Add-bl-Ghâpir ben Isma'ïl el-FIrisI, né à Nisapour en 1059, parcourut le khanat de Khiva et se rendît dans llnde à travers l'Afghanistan. 11 avait été un enfant prodige : à cinq ans il savait lire le Koran et réciter en persan les articles de foi. A son retour, il fut nommé prédicateur dans sa ville natale, où il mourut en 1134. On lui doit un de ces Kitdb el-Arbaïn où le résumé de ta doctrine islamique est donné en quarante traditions choisies; un ouvrage plue utile est le Medjma el-G!iaréZb (Réunion de curiosités), dictionnaire pour les grandes collections de hadtth; et le Mofhim, commentaire sur le Çahîh de Moslim.

Un autre voyageur savant, né lui aussi en Perse, est Abou-Tâhîr bs-Silafî, qui, d'Ispaban où il était né en 1082, se rendit à Bagdad et à Alexandrie. Dans ceHe

dernière ville, Ibn es-Sallùr, ministre du khalife fatimide Zâfir, lui fit construire une medreasé en 1151, où il professa jusqu'à sa mort en 1180. En outre d'un recueil de quarante traditions appelé ordinairement eUBolddniyya, parce que chaque tradition avait été recueillie dans une ville différente, il s compilé un dictionnaire des chéïkhs de Bagdad qui existe en manuscrit à l'Escurial.

Le frère de l'historien Ibn el-Athîr, Medjdcddin Abou's- Séàdât el-Mobârek, né à Djéziret-îba-'Omar en 1149, entra au service du prince de Mossoul, l'émir Qai'maz, en qualité de rédacteur, et vit sa position s'améliorer encore sous ses successeurs. A un âge avancé, il fut atteint de paralysie aux mains et aux pieds et mourut en juin 1210. La maladie qui l'avait obligé à quitter le service public tuî donna le loisir de dicter et de publier les ouvrages qu'il a laissés : la satisfaction qu'il éprouvait de ce travail et le bonheur qu'il ressentait de n'avoir plus à courtiser les grands le firent renoncer à un traitement qui devait le guérir et qu'un rebouteur maghrébin lui avait prescrit. Il a écrit le Djâmi' el-Oçoûl (Encyclopédie des principes), qui donne les traditions des prophètes rangées par ordre alphabétique des chapitres, ainsi que des biographies de Mahomet et de ses contemporain; le Niliâya, dictionnaire des traditions curieuses et rares; le Moraçça {Orné de brillants), lexique des surnoms par Abou et Ibn; le Mokkteîr, biographies de musulmans célèbres.

Mouhibb-Eddin Mohammed Ibn em-Nadjdjâii, jurisconsulte cbaféïte, né à Bagdad en 1183, élève d'ibn el-Djauzî, consacra vingt-sept années de sa vie à de longs voyages. L'érudition qu'il acquit de cette façon le décida à s'établir dans sa ville natale comme professeur et homme de lettres; il y mourut en 1245. A Médine, il avait composé

le Nozha sur l'histoire de cette ville; plu» tard, il écrivit le Kémiîl, recueil des biographies des témoins transmetteurs de traditions, qui a servi de base à d'autres traités du même genre. 11 avait rédigé un complément (cf^r/) de l'histoire de Bagdad par Et-Khatîb, dont on a un abrégé par Ibn Aïbek ed-Dîmyâti, qui se trouve au Caire.

Abou-No'aÏm Ahmed bl-Isfahâm, né à Ispahan en 948, jurisconsulte chaféïte, mort en 1038, a laissé le Hilyelel-anbiyâ (Ornement des prophètes), qui est une histoire des personnages saints et pieux et une relation de leurs miracles, et le Tibb en-nabi (la Médecine du prophète), recueil de kaditk ayant trait à la médecine; une histoire des savants d'Ispahan, qui est à Leyde, et d'autres ouvrages sur les traditions.

Taqi-eddin Abou-'Amr 'Othmàn Ibn es-Salàh, né à Charakhân, dans la province de Chéhrizor, entre Erbil et Hamadan, en 1181, était d'origine kurde. Il commença à étudier à Mossoul et parcourut les principales villes du Khorasan. il fut professeur à Jérusalem, puis se rendit à Damas, où il se fixa définitivement; il y professa le droit chaféïte dans diverses medressés, notamment dans celle qui venait d'être fondée par la sœur de Saladin, et il y mourut le 20 septembre 1245. Son Aqça 'l-amal weck-Chauq {l'Espoir et le désir le plus vif), qui traite de la science des traditions, a été fréquemment commenté et a fourni la base de nombreux extraits. Il a consacré un ouvrage à rechercher les traditions relatives à la supériorité d'Alexandrie et d'Ascalon sur les autres villes; son recueil de fetvas et son traité des règles du pèlerinage se trouvent au Caire.

En territoire syro-arabe, près des limites de l'Egypte, était né, en 1149, Clicrcf-Eddin Abou'l-Hasan Ibn al- Mofarridj bl-Maqdisî, qui fut lieutenant de juge à Alexan-

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drie, puis professeur au Caire, où il mourut en décembre 1214. Son livre des quarante traditions se distingue par l'indication exacte de l'époque où vivait chaque témoin et par un isnâd complet.

Abou-Mohammed 'A.bd-el-'Azh!m el-Moundhirî, né en Egypte en 1185, qui parcourut pour étudier les contrées de la Mecque, de Damas, d'Edesse et d'Alexandrie, fut pendant vingt ans professeur de hadilh du rite chaféïte à la medressé Kâmîliyya au Caire, et y mourut en 1258. Son Kitdb et~targhib wet-tei-hib est un recueil de traditions rangées de telle façon que d'un côté sont celles qui conduisent au bien, tandis que de l'autre sont celles qui font éviter le mal. Son recueil de biographies de traditionnistes marquants est au British Muséum.

En Espagne, Abou 'Omar Yoûsouf Ibm 'Abd-bl-Barr, né à Cordoue en 978, étudia dans cette ville et acquit la réputation d'être le plus grand connaisseur de hadith dans le Maghreb. 11 voyagea quelque temps dans l'ouest de l'Espagne, puis s'établit à Dénia, tout en se rendant parfois à Valence et à Jativa. Sous le gouvernement du prince Mozhafiar ben el-Aftas, roi de Badajoz, il fiit nommé cadi de Lisbonne et de Santarem; il mourut à Jativa le 3 février 1071. Le Kitdb el-IstCdb traite de la biographie des compagnons du Prophète, rangés par ordre alphabétique; le Dourar (les Perles) est une histoire abrégée des guerres du temps de Mahomet; Vlntiqâ est consacré aux trois grands fondateurs de rites : Màlik, Abou-Hanifa et Chaféï; \e BahdJet-el-Médjdlis tst un recueil de proverbes, apophtegmes, récits et vers, dédié au prince MozhalTar.

Abou-' Abdallah Mohammed Ibn ABi'L-KiiiçÀLeUGhûfiqi, Dé en 1072 à Burgalet, village du district de Segura, près de Jaen, érudit et poète, vécut à Cordoue et ii Grenade ; il fut chargé des fonctions de ministre pour l'inté-

Sn LITTË RATURE ARABE

rieur et la guerre, et périt lors de la prise de Cordoue par les Almoravïdes, le 27 mai 1146. Sou Zhill es-aahdb [l'Ombre des nuages) est consacré aux femmes et aux parents de Mahomet; le Minkâdj el-manâqib est une poésie en l'honneur du Prophète et de ses compagnons; des pièces de correspondance et des séances littéraires de sa composition sont conservées à l'Escurial.

Le cadt Abou'1-Fadl 'Vïkn ben Moùsa, né en décembre 1083, étudia à Cordoue et fut nommé cadi à Ccuta, sa ville natale. En 1137, il passa en la même qualité à Grenade, puis retourna à Maroc, où il mourat en 1149. II a écrit un ouvrage célèbre en Orient, ech- Chifd fi tarifhoqouq el-Moçtafa, vie de Mahomet, imprimé au Caire et fréquemment commenté ; el-llmâ, théorie de la tradition, de ses sources et de ses principes, édité par un de ses i\hs^i;\^ Machâriq el-anwâr, sur les traditions authentiques et l'explication des expressions obscures qui s'y rencontrent; el-l'lâm, droit pénal; le Tertib elmodhdkara, sur les noms propres du rite de Mâlik.

Abou 'l-*Abbâs Ahmed ben Ma'add el-IqlIcbi, né à Dénia, y poursuivit ses études ainsi qu'à Valence. II profita de son pèlerinage en Arabie (1147) pour passer quelques années à la Mecque, qu'il ne quitta qu'en 1152; sur la route du retour, il mourut à Koùs, dans la Haute- Egypte, en 1155. Le Kaukab-ed-dourrî (l'Étoile brillante) est un recueil de hadith, extrait des grandes collections canoniques. Le Nedjm (l'Etoile) sur les proverbes arabes et étrangers a été imprimé au Caire.

Abou-lshaq Ibrahim Ibn-Qorqool, né à Almeria en un, mort â Fez en 1173, a traité des traditions dans son AlaldU'-el-antvdr (le Lever des lumières).-

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La jurisprudence.

La science des traditions établissait une des bases du droit par la critique des apophtegmes du Propbète qui venaient éclairer les points laissés obscurs par le Koran ; la jurisprudence, de son côté, travaillait à constituer une littérature des plus considérables, motivée par les difficultés innombrables qui se soulevaient à l'application des règles simples posées par le livre sacré. D'ailleurs ces deux branches d'études marchaient de front, car c'est le besoin de rechercher des règles claires et précises basées sur un acte ou des paroles authentiques du législateur qui avait porté des savants à rechercher, k rassembler, à recueillir, à collîger des traditions souvent contradictoires et à les éclaircir, les interpréter par la critique des témoins qui les avaient transmises. S(tr de ses autorités, il semblait que le juge fût plus certain de ta légalité du jugement qu'il rendait, que sa conscience fût plus tranquille. Pendant longtemps cependant le droit avait admis pour le juge la faculté de se décider d'après ses propres lumières, avant que la doctrine se séparât en deux, celle des AçHâb ei-raï qui admettaient les interprétations individuelles, et les partisans de la lettre qui s'en tenaient au texte traditionnel du kadith. Il est probable que les rapports des Arabes avec les chrétiens de Syrie, que nous avons vus jouer un rôle considérable à la cour des Oméyyades de Damas, les ont mis en relations avec les théories du droit romain de l'époque de Justinien, qui avait survécu chez eux ii la conquête musulmane.

Les plus anciens monuments du droit musulman étant perdus, nous devons commencer l'étude de cette branche

SM LITTËRATCRE ÀRÀBB

de la littérature avec les chefs des quatre grands rites orthodoxes, les HanéGtes, les Malékites, les Chaféïtes et les Hambalites.

Les Hanéfites.

Leur fondateur, Abou-Hamfà No'màn ben Thàbit, était le petit-Bis d'un esclave persan; il naquit à Koufa, en 699, et y exerça le métier de marchand de drap; comme aff'ranchî, il se montra sympathique au mouvement qui portait les Abbassides sur le trône, avec l'appui des forces latentes que recelait la Perse, mais ses véritables sentiments étaient pour les droits prétendus légitimes des Alides, et le tour que jouèrent les Abbassides en leur subtilisant leurs droits au trône, ne pouvait plaire â ce Persan de race. Aussi prit-il parti pour le soulèvement des Alides à Médine, en 762, et fut-il jeté en prison; il y mourut en 767. Plus tard, quand on ne comprit pas que le gouvernement des Abbassides n'eût pas cherché à attirer à son parti un aussi grand chef d'école, que l'on appelle encore aujourd'hui le Grand Imam, il se forma une légende : on raconta que le khalife Mançour voulut le contraindre à accepter un poste de cadi, et que les mauvais traitements que lui valut sa résistance amenèrent sa mort. Il avait eu pour maitre Hammâd ben Abi-Soléîmân, mort vers 737, qui lui avait enseigné te procédé du qiyâa, c'est-à-dire l'emploi de l'analogie en matière de jurisprudence, qui est resté la règle de son école. On attribue à Abou-Hanifa le KUab el-Fiqk cl- Akbar (le Grand Livre de dogmatique; ce n'est que plus tard que fiqh a pris le sens de jurisprudence), imprimé à Lucknow en 1844, avec une traduction hîn-

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LBS ABBA5S1DBS

doustanie; ud Mousnad, recueilli par ses élèves; un Waçiyya ou Testament adressé à ses amis sur les dogmes de l'islamisme ; un Makhdridj fi'l-hiyèl, consacré à l'étude des chicanes. La plupart des écrits d'Abou- Hanifa ont été probablement rédigés par son petit-fils Isma'ïl ben Hammàd, cadi de Bassora et de Raqqa, mort en 827.

Abou-Hanifa laissa comme élève Abou-YoDsouf {Ya'qoub ben Ibrahim), surnommé le second imam, né à Koufa en 731, d'une ancienne famille arabe. Nommé cadi à Bagdad par le kbalife Mehdî, il conserva ce même poste jusqu'à sa mort en 795. Bien qu'ayant mis en pratique les doctrines de son maitrc, il commença à se raidir contre l'emploi de la ratiocination personnelle et à attribuer une plus grande part, dans la décision des cas douteux, aux traditions du Prophète qu'à l'analogie, dont Abou- Hanifa avait fait le plus grand usage. Son Kitâb el-Kharâdj (Livre de l'impôt foncier) a été imprimé à Boulaq.

Abou-Yoûsouf forma à son tour un élève, Mobàhhed ben cl-Hasan ECH-CHÉïBÀNt, né à Wâsit en 749. Après être allé puiser à la source de l'enseignement de Màlik ben Anas à Médine les traditions sur lesquelles repose l'étude du droit, il fut nommé à son retour cadi de Raqqa; destitué en 802, il vécut ensuite à Bagdad et accompagna Haroun er-Rachid en 804 à Réï, où il mourut.

Plus tard el-Khaççàp (Abou-Bekr), qui perdit sa bibliothèque dans le pillage de sa maison par les milices turques à la suite de l'assassinat du khalife El-Mohtadi; l'Égyptien Et-Tabàwi (Abou-Dja'far), né à Tabà en 843, mort en 933 ; le Boukhare El-Marvtrazî, ministre du prince samanide Hamld, qui tomba dans les mains des Turcomans à Merv et fut écartelé par eux en 945; El-Qodoûri de Bagdad (Abou'l-Hoséïn), né en 972, mort en 1036,

S36 LITTÉRATVIIB ARABE

auteur d'un manuel abrégé coddu sous son nom et souvent cité jusqu'à nos jours, furent les lumières de la secte hanélite.

Les Malékites.

Les Malékites tirent leur nom de leur fondateur, Abou-'Abdallah MAlik ben Anas, né à Médine eo 715, élève du tradîtionnïste Ez-Zohri ; partisan décidé des Alides, il facilita la révolte de Mobammed ben 'Abdallah contre les Abbassides en 762 par un fetva, se rallia plus tard au gouvernement de Bagdad, et eut l'occasion de voir le khalife Ilaroun, lors du pèlerinage de 795, assister à ses leçons. Son Kilâb eUMowaUa est basé sur Vidjmâ' de Médine, c'est-à-dire sur l'accord unanime des habitants de cette ville touchant les traditions et les coutumes reçues; bien des cas douteux sont résolus par lui, eu l'absence de toute base traditionnelle, par les décisions des juges qui l'ont précédé et la constatation de l'usage de Médine. Mâlik se préoccupa peu de livrer à ses élèves un texte revu et coordonné : c'est ainsi que l'on peut expliquer les différences considérables qui existent entre les diverses recensions de son livre, par exemple celle de l'Espagnol Yahya el-Maçmoùdi, et celle de Mohammed ech-Chéïbàni, que nous avons vu plus haut aller entendre à Médiue les leçons de Mâlik.

Abder-Rahmân ben el-Qàsim, son élève, né en 719, répandit et vulgarisa l'enseignement de Màlik dans le Maghreb, où l'ou sait qu'il est resté dominant jusqu'à nos jours; l'Algérie est en entier malékite. 11 mourut au Caire en 806; il a laissé, sous le titre de Kitâb el-Modawwana, un manuel du droit malckite primitivement rédigé par

) ABBASSIDEB

Asad ben el-Forât et consistant en réponses faites par Ibn el-Qâsim à ses questions, puis revu, corrigé et amendé sous la dictée de l'auteur par le cadî de Kairouan, Sahnoùn Abou-Sa'îd et-Tanoukhi.

Parmi les plus importants docteurs malékites de ces époques, il faut citer Ibn Abi-Zéïd de Kairouan, qui était né en Espagne, à Nafza, en 928, vécut en Tunisie et mourut au Maroc, à Fez, vers 990.

Les Chaféîtes.

L'imam Ecb-Chafbï {Mohammed ben Idris), fondateur du rite chaféïte, né en 767 à Gaza, d'autres disent à Ascalon ou même au Yémen, vécut jusqu'à l'âge adulte dans la tribu bédouine des Béni-Hodhéïl et y acquit la conoaissance de la langue classique pure. C'est auprès de lui que le grammairien El-Açma*ï alla recueillir à la Mecque tes poésies des Hodhéïlites et de Chanfarâ. En 786 nous le voyons se rendre à Médine et y écouter l'enseignement juridique de Mâlik. Ayant accompagné son oncle Abou-Moç'ab, nommé cadî au Yémen, il y fut compromis dans les menées du parti des Alides, arrêté par le gouverneur et conduit devant le kbalife Haroun, à Raqqa ; l'intervention du ministre FadI ben Rabi' !e sauva : il profita de sa présence forcée pour écouter les leçons de Mohammed ech-Chéïbâni; puis il se rendit en Egypte en 804, fut bien accueilli par le gouverneur de la province, retourna plus tard à Bagdad et paraît y avoir enseigné avec succès sa doctrine, qui différait par de nombreux côtés de celle de ses devanciers; puis il repartit pour l'Egypte en 813, et y mourut, après un pèlerinage à la

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LITTBRÂTCIIB ÀRÀBE

Mecque, à Fostat ou Vieux-Caire, le 20 janvier 820 ; son tombeau est aujourd'hui un lieu de pèlerinage fréquenté. Ou doit à Chaféi' d'avoir repris à Abou-Hanifa la méthode de l'analogie et de l'avoir réduite à des règles pratiques. Des cent neuf ouvrages qu'il avait composés, il ne reste que quelques manuscrits, encore inédits, disséminés dans les bibliothèques de Constantinople et du Caire, quelques poésies éparses dans celles de Berlin et de Leyde.

L'école chaféïte d'Egypte compte EI-Mouzanî (Abou- Ibrahim), mort en 877, auteur d'un abrégé de la doctrine du maitre, El-Mondhiri de Nisapour, qui vécut à la Mecque, où il mourut en 930; Ez-Zobéîrî (Abou-' Abdallah), qui porta l'enseignement du droit chaféïte à Bassora et à Bagdad ; Ibn el-Qâçç ou le fils du conteur (Aboul-'Abbâs), qui professa à Amol dans le Tabaristan et mourut à Tarse en Cilîcie (946), où il était allé en voyage, ou bien, selon d'autres, où il exerçait les fonctions de cadi ; El-Qattàn (Abou'l-Hasan), professeur de droit à Bagdad, mort en 970. El-Mahàmili étudia à Bagdad auprès des élèves d'Ech- Chaféï, y professa également et y mourut en 1024; de même EULàlakàï (le fabricant de sandales) Abou'l-Qàsim Hibet-AUah, qui y étudia et y enseigna, et plus tard se rendit à Dinawar dans l'Irak- Adjémi , et y mourut en i027.

Les Hambalites.

Ibn Hambal (Ahmed ben Mohammed) naquit à Bagdad en 780; ses parents étaient originaires de Merv, qu'ils avaient quitté peu de temps avant sa naissance. Comme tous les traditionnistcs de cette époque, il entreprit des voyages qui le conduisirent en Syrie, en Mésopotamie et

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LES ADBASSIDES

dans la péninsule arabique, où il séjourna quelque temps. De retour à Bagdad, il y reçut les leçoas d'Ech-Chaféï jusqu'au départ de celui-ci pour l'Egypte. Il fuuda la quatrième secte orthodoxe, qui diffère des autres surtout en ceci que son fondateur rejeta totalement les lumières personnelles du jurisconsulte pour ne voir la base du droit que dans les traditions du Prophète exclusivement; c'était une réaction, qui eut peu de succès dans le temps et dans l'espace; car elle ne lit guère de prosélytes en dehors de la province où elle était née, et elle est aujourd'hui presque entièrement disparue. Il y en a encore à Damas, où ils se distinguent du reste de la population musulmane en ce qu'ils ne mangent pas les produits des jardins potagers arrosés par l'épandage des eaux d'égouts. Les Uambaiites se firent remarquer par leur fanatisme et suscitèrent bien des troubles à Bagdad, quand le pouvoir des khalifes s'y affaiblît. Lorsque le khalife El-Mo'taçim adopta comme dogme la doctrine mo'tazélite de la création du Koran, Ibn Hambal fut une des victimes de la persécution qui s'en suivit : il fut emprisonné et resta enfermé jusqu'à la mort de Mo'taçim en 842; mais Wâthiq ne lui permit pas de sortir de sa maison où il resta interné ; Ël-Motawakkil, en revenant à l'orthodoxie pour des motifs purement poHtiques, rendit Ibn Hambal à la liberté. Il mourut le 31 août 855, laissant un Mousnad ou recueil de traditions rédigé par son fils 'Abdallah et différents autres ouvrages restés tous manuscrits.

La plupart des livres écrits par les élèves d'Ibn Hambal sont perdus ; c'est à peine si l'on peut citer un abrégé de la jurisprudence dû àEl-Kbiraqi, mort en 945 à Damas, venant de Bagdad, qu'il avait quitté à la suite de mouvements populaires; ses ouvrages furent détruits dans un incendie après son départ; et Abou-' Abdallah el-IIasan

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ben Homéïdcl-Baghdadi, dont le Takdkib el-adjwiba contieDt des réponses sur des questions juridiques et se trouve à Berlin.

Les Zhâhirites.

D'autres sectes moins importantes étaient également nées des études de jurisprudence auxquelles s'attachaient tant d'esprits éclairés. L'école des Zhâhirites, dont on doit la connaissance aux belles études de M. I. Goldziher, avait été créée par Abou-Soléïman Daoûd ben 'Ali, originaire d'ispahan, né à Koufa en 815 ; il étudia auprès des plus célèbres tradîtionnistes de Bagdad et connut à Nisapour Ishaq ben Râhwaïh ; il professa à son tour avec éclat à Bagdad, où il mourut en 883. L'école qu'il fonda répudia absolument toute analogie, toute citation sur l'autorité d'un imam, pour s'en tenir au sens extérieur {d'où le nom de Zhdhir que porte la doctrine) du Koran et de la tradition. Cette doctrine se répandit en Perse, dans l'Inde et dans l'Oman, surtout chez les mystiques; cependant elle ne dura guère en Orient; c'est dans le Maghreb et en Espagne qu'elle fleurît plus tard et produisit de nombreux ouvrages.

A côté de ces grands chefs d'école, il faut encore citer les noms de Yahya ben Adam ben Soléïman, mort en 818, qui s'occupa de questions de droit sans se rattacher particulièrement à une école déterminée, et qui écrivit un livre de l'impôt foncier dont le texte a été publié à Leyde par Juynboll, et le fameux historien Tabari, qui joignit l'étude de la jurisprudence à celle de l'exégèse du Koran, et dont un élève, Abou'l-Faradj el-Mo'àfà ben Zakariya de Nahréwâa (915-1000), écrivit eu cent séances, sous

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LES ABBASEIDES

le titre de Kitâb el-Djalls (le Livre du commensal), ud résumé des explications relatives à tel ou tel dit du Prophète et de ses compagnons.

Les Chutes.

En dehors du cercle des quatre grandes sectes orthodoxes et des autres écoles du même genre, les Chiites créaient à leur usage une jurisprudence qu'il nous reste à étudier, bien qu'il n'en existe plus, pour les époques anciennes, que fort peu de chose. Au Yémen, la secte des Zéïdites, qui s'était rendue maîtresse de cette province au II' siècle de l'hégire et s'y est maintenue jusque de nos jours, compta comme docteurs : El-Qùsim ben Ibrahim el-Hasani (mort en 860); son petit-fils, El-Hàdi Ila'1-Haqq (Celui qui guide vers la vérité] Abou'l- Hoséïn Yahyà (859-910); un autre de ses descendants, El-Mehdî-Lidinillah (Celui qui est dirigé vers la religion de Dieu) el-Hoséïn ben el-Qàsîm, mort en 1013; l'imam El-Moayyed-Billah Ahmed ben e!-Hoséïn (944-1020) ; leurs ouvrages, naguère inconnus en Europe, ont été rapportés du Yémen par M. Glaser et se trouvent actuellement à Berlin.

En Perse, où les idées chiites se confondaient toujours avec le sentiment des revendications nationales, on peut citer : Abou-Djà'far el-Qoummi (mort en 903), auteur d'un recueil de traditions chiites; El-Kolini (Mohammed ben Ya'qoûb), mort en 939, qui écrivit un traité théologîque sous le titre de el~Kâfi fi'i/m eddin (le SuHBsant en matière de science de la religion); Abou-Dja'far Ibn BûhoAyè de Qoum, qui vint du Khorasan à Bagdad en 966

LtTTEB&TOnK AHABE

et y mourut en 991 : plusieurs de ses très nombreux ouvrages (près de trois cents) se trouvent en Europe; En-No'man Iba Hayyân, qui quitta la secte malékîte pour devenir Imamite, se rendit en Egypte avec le conquérant fatimide El-Mo'izz, y fut nommé cadi et y mourut en 974; le chef de la secte iniamienne, Abou 'Abdallah cl-Mofid (949-1022), de Bagdad.

Développement ultérieur

de la jurisprudence.

Parmi la foule d'auteurs qui ont développé les principes posés dans les siècles précédents, on ne peut citer que les principaux :

Ali ben Abi-Bekr el-Marghinâhi, mort en 1197, a écrit un manuel pour l'étudiant qui commence l'étude du droit hanéfite, sous le titre de Bidiîyei-el-Mobtédi, commenté par lui-même sous le titre de Hidâya (la Direction); la traduction persane de ce dernier ouvrage a été rendue en langue anglaise par Ch. Hamilton en 1791. Commenté par des écrivains arabes, persans et turcs, le Hidâya a eu le plus grand succès que l'on puisse souhaiter à un manuel de droit musulman.

Siràdj-Eddin Abou-Tâbir Mohammed es-Sadj^wendî, qui florissait vers la fin du vi* siècle de l'hégire, a écrit un Kitâb el-Farâîd ou Traité du partage des héritages, surnommé Siràdjiyyé, d'après le surnom del'auteur, quîa été traduit en anglais par Prasauma Kumar Sen a Serampore, en 1885, et par A. Rumsey à Londres, en 1890.

Le rite chaféïte s'enorgueillit d'avoir possédé Abou'l- Hasan 'Ali ben Mohammed bl-Mâwbrdi, né à Bassora

LES ABBJkSaiDES 2Ï3

en 974, qui étudia dans sa ville natale et à Bagdad, fut quelque temps grand cadi à Ostowâ près de Nisapour, et s'établit ensuite définitive ment à Bagdad, où il fut Dommé juge suprême. Ses ouvrages n'ont pas été publiés de son vivant; ils doivent d'avoir vu le jour à quelqu'un de ses élèves. 11 mourut en mai 1058, âgé de quatrevingt-six ans. Son ouvrage principal est le Kitâb elahkâm es-soltdniyyé, publié par Enger h Bonn, en 1853; c'est un traité de politique, qui montre l'idéal, bien peu réalisé, d'un gouvernement musulman dans l'idée des juristes d'alors, modèle d'une société qui n'a jamais existé, comme la République de Platon et la Cyropédie de Xénophon. La définition abstraite du khalifat, les qualités nécessaires à l'exercice de l'autorité suprême, l'étude des divers modes d'élection, les limites du pouvoir exécutif du vizir et des gouverneurs de province sont les sujets les plus intéressants dont traite le chef-d'œuvre de ce penseur musulman. Une traduction française en a été préparée par le comte Léon Ostrorog; un volume a déjà paru. En dehors de ce traité célèbre, il a écrit un livre de conseils pour les roîs, un autre sur les règles à suivre par les ministres, un traité de politique et de gouvernement qui s'appelle Tashil en-nazkar ivatadjîl ez-Zkafar (le Moyen de faciliter la réflexion et d'arriver à une victoire prompte), un autre sur les marques de la prophétie {a'iâm en-nobotvwa), un Recueil de proverbes et apophtegmes, un Traité de morale [ddâb ed-dounya tvèddin), imprime à Constantinople et au Caire, et qui est encore étudie dans les écoles de la première de ces deux villes.

Abou-Ishaq Ibrahim ben 'Ali ech-Chiràzi naquit à Firoûz-Abâd, près de Chiraz, en 1003; il alla à Bassora, pois à Bagdad. Il fut chargé de diriger l'Université Nizhà-

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LITTBRÀTURB ARABE

miyya, quand elle fut fondée par l'illustre Nîzhàm-el-Molk, le grand ministre des Seldjoukîdes, en 1066; il refusa d'abord, puis finit par accepter sur l'iusistance de ses élèves, qui menaçaient de le quitter s'il ne transportait pas son cours a la nouvelle école. En qualité d'envoyé du khalife El-Moqtadi, îl entreprit le voyage de Nisapour, qui fut pour lui une marche triomphale à cause de sa renommée de professeur et d'écrivain. Peu de temps après son retour, il mourut le 6 novembre 1083. Le Mokadkdhab (Livre corrigé) est un traité de droit chaféïle, de même que le Kittîb el-Tanbih {Livre de l'avertissement), publié par H. Keijzer à Leyde, en 1853. D'autres ouvrages sur la jurisprudence, la dialectique, le catéchisme musulman et l'histoire des savants chaféïtes sont moins connus.

Lorsqu'Abou-Ishaq refusa, en 1067, pour la première fois, la place de professeur à la Nizhamiyya, ce fut Abou- Naçr 'Abd-es-Séyyid Ibn es-Sabbàgh qui le remplaça, peu de temps il est vrai, puisque vingt jours après Abou- Ishaq revenait sur son refus. Ibn es-Sabbàgh était né en 1009, à Bagdad; il eut encore une fois l'occasion de remplir l'intérim de la chaire qui lui avait échappé; mais étant devenu aveugle, îl dut renoncer à tout enseignement. Étant allé trouver le ministre Nizhàm-el-MoIk à Ispaban, il obtint la promesse qu'on bâtirait une école exprès pour lui; mais il mourut trois jours après sou retour, en 1084. Le Châmil fi'lforoiV (Traité complet de la jurisprudence), le seul livre de lui qui nous soit resté, se trouve au Caire; c'est, au dire des critiques indigènes, non seulement l'un des meilleurs traités de droit chaféïtc, mais encore l'un de ceux qui renferment les traditions les plus authentiques et dont les raisonnements sont le plus concluants.

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LES ABBASSIDBS 346

Abou 'l-Ma'àli 'Abdel-Mêlik bl-Djowéïnî 1mâh-el> HabahéÏn naquit le 12 février 1028, à Bochtanikan, village près de Nîsapour. A la mort de son père, Abou- Mohammed 'Abdallah ben Yoùsouf, qui était professeur dans cette dernière ville, il le remplaça, n'ayant pas encore vingt ans; plus tard cependant, pour compléter ses études et accomplir le pèlerinage sacré, il se rendit à Bagdad et de là dans les deux villes saintes, la Mecque et Médine, où il professa pendant quatre ans : de là son surnom. A son retour à Nisapour, Nizhàm-el-MoIk créa pour lui une école, où il donna des cours jusqu'à sa mort, qui le surprit le 20 août 1085, alors qu'il était allé visiter son village natal dans l'espérance de s'y guérir d'une maladie. En même temps que ses fonctions de professeur, il avait rempli celles de prédicateur; il tenait à Nisapour, le vendredi, des assemblées où il prononçait des sermons et présidait des discussions sur certains points de doctrine; il joignait à ces occupations celle de directeur des waqfs ou biens-fonds consacrés à l'entretien d'œuvres pieuses. Pendant près de trente ans, il resta en possession incontestée de ces différentes places. Quand il mourut, ce fut un deuil général; on brisa la chaire de la grande mosquée où il prêchait, et ses élèves, au nombre de quatre cent un, détruisirent leurs plumes et leurs encriers et ne reprirent leurs études qu'au bout d'un an. Son chef-d'œuvre est le Nihdyet el-Mallab (Résultats satisfaisants de la recherche), traité des doctrines chafêî'tes, dont on disait que l'islamisme n'avait jamais rien produit qui lui fût égal; il a été conservé en manuscrit au Caire. h'el-Waraqâl (les Feuilles), sur les principes du droit, a été souvent commenté. Le Moghitk el-Kkalq est destiné à montrer la supériorité do la doctrine chaféïte sur les autres.

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2t0 LITTBnATDIIB kKkBB

Une victime des Assassins, qui épouvantaient alors le monde musulman par leur propagande par le fait, ce fut le docteur chaféïte Abou'I-Mahàsin "Afad el-Wâhid er- Roâyùni, né dans le Tabaristan en février 1025. Le grand ministre desScldjoukides l'honorait d'une faveur spéciale à raison de son mérite éminent. Après avoir résidé quelque temps à Bokhara, le docteur se rendit à Ghazoa et à Nisapour, puis revint dans sa contrée natale et y fonda, dans la capitale Amol, udc école; plus tard, il professa a Réï et à Ispahan. Son Bahr-el-Madhhab (Mer de la doctrine) est le plus volumineux traité de jurisprudence chaféïte que l'on ait jamais possédé; il est au Caire. L'auteur avait coutume de dire : « Si tous les ouvrages de l'imam Chaféî brûlaient, je pourrais les dicter de mémoire, » C'est en 1108 qu'à la fin d'une de ses leçons, il fut assassiné à Amol, par les sectaires fanatiques qui tenaient le château d'Alamoût, dans les montagnes voisines.

Abou'I-IIasau 'Ali EL-Kivi el-HabuAsi était aussi né dans le Tabaristan, en 1058. 11 étudia à Nisapour sous la direction de l'Imâm El-Haraméïn qui le prit comme répétiteur, professa lui-même à Baïhaq, puis à Bagdad, où il entra à l'école Nizhàmiyya, à laquelle il resta attaché jusqu'à la fin de sa vie. Le sultan Setdjoukide Barqyaroùq, fils de Mélek-Chûh, qui avait une grande estime pour lui, le chargea de remplir les fonctions de cadi en chef; il mourut en 1110. C'était un homme d'une belle prestance, d'une voix claire ; il s'exprimait dans un langage élégant. Son surnom de Kiyd est un mot persan qui veut dire « personnage de haut rang et de grande influence ». Son Oçoûl eddin (Principes de la religion) et son Ahkdm el-Qor'dn (Jugements du Koran) sont au Caire .

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LES ÂBBASSIDES

Abou-Bbkr Mohammect bch-Cbâchi, surnommé Fakhrel-lElâtn et généralement connu sous l'appellation de Mostazhiri, naquit à Méyyâfôrîqîn en 1037, d'une famille origioaire de Châch, ville du Turkestan, au nord du Yaxartes ou Sir-Deryâ. Après avoir étudié dans sa ville natale, il se rendit à Bagdad et à Nisapour, et revint dans la capitale du khalifat abbasside, où il fut nommé, en 1110, professeur h la Nizhàmiyya, poste qu'il conserva jusqu'à sa mort en 1114. Le Hilyet el-'Olamâ (Ornement des savants) est un traité de droit chaféîte qu'il a dédié au khalife Mostazhir.

Abou-Chodjâ' Ibn bd-Daheân était né à Bagdad, où il acquit de vastes connaissances, non seulement en matière juridique, mats encore sur les terrains variés de la littérature et même des mathématiques, ce qui lui était utile pour le calcul du partage des héritages. Il s'attacha d'abord, à Mossoul, au ministre Djémâl-Eddin el-Içfahàni et passa ensuite du côté de Saladin, qui te chargea d'un poste administratif à Méyyâfùriqin. N'ayant pas pu marcher d'accord avec son supérieur, le gouverneur de la ville, il se rendit à Damas et en Egypte à la recherche d'un poste plus en rapport avec ses convenances. Il fit le pèlerinage en 1193; au retour, son chameau s'étant laissé tomber, il fut tué par le choc de la selle de bois (février 1194), près de Hilla, sur le site de l'antique Babylone. On disait de lui que sa plume était plus éloquente que sa langue. L'usage des tables astronomiques, qui lui était familier, le porta à rédiger des tableaux juridiques réunis dans un volume qui s'appelle Taqwlm en-Nazkar (le Calendrier du regard); les tables sont divisées en dix colonnes qui indiquent les différents points de vue où se placent les rites orthodoxes pour les considérer, et les solutions qu'ils en donnent.

Uq autre Abod-Chodjà* Ahmed bl-Içfabàni écrivit, vers la fin du vi" siècle de l'hégire, un abrégé du droit chaféïte sous le titre de Taqrib ; il a été édité par Keijzer à Leyde en 1859 ; le Fath el-Qarib de Mohammed ben el- Qâsim el-Ghazz!, publié et traduit par M. Van den Bcrg, sous le titre de « Révélation de l'omniprésent », en est un commentaire.

La ville d'Amîd, que l'on appelle aujourd'hui Diarbékir, vit naître, en 1156, Séïf-Eddin 'Ali el-Amidî, qui appartint d'abord au rite hambalite, puis passa aux Chaféïtes à Bagdad. Il étudia la philosophie en Syrie et fut "professeur au Caire. Accusé d'hérésie, d'athéisme et d'immoralité, à cause de ses connaissances philosophiques, il dut s'enfuir à Hama, où il composa ses ouvrages; néanmoins il fut rappelé à Damas comme profeseur, puis destitué au bout de quelque temps; il mourut en 1233, après avoir écrit VAbhâr el-Afkâr (les Pensées vierges), traité de philosophie dogmatique, et Vlhkdm el-Hokkdm, sur les bases des décisions juridiques.

ABon-ZAKARiri Yahya ben Charaf bn-Nawawî, né en 1233 à Nawâ près de Damas, dans le Hauran, étudia la théologie dans la capitale de la Syrie, où il s'installa comme simple particulier à son retour du pèlerinage en 1253. 11 remplaça Abou-Châma lors de la mort de celuici, et fut sou successeur à l'école des haditk Achrafiyya. Il mourut dans sa ville natale, où il était allé se reposer de ses travaux considérables, le 22 décembre 1278. Son Minkddj el-tdliùin a été publié et traduit, sur l'ordre du gouvernement néerlandais, par M. Van den Berg à Batavia, en 1884, sous le titre de Guide des zélés croyants, manuel de jurisprudence musulmane selon le rite de Chàféï; cet ouvrage a été fréquemment commenté, honneur qui a été également réservé à son recueil de

quarante traditions. Ses études juridiques l'ainenéreut à rédiger, pour fixer l'orthographe du Dom des auteurs cités daus les textes, le Tahdhîb el-asmâ (Correction des noms propres), édité par F. Wûstenfeld à Gœttingue, en 1842-47, sous le titre de Biographical Dictionary of illuslrious men. Son Taqrlb wa Taïsîr (l'Etude facilitée), introduction à l'étude des traditions, imprimé au Caire en 1890 avec le commentaire que lui a consacré Soyoûti sous le titre de Tadrib, a été traduit en français par M. Marçais. Vingt autres de ses ouvrages se trouvent dans diverses bibliothèques d'Europe et d'Orient.

A côté de ces noms, les hambalîtes ne peuvent guère citer que celui de Mowaffaq-ëddin 'Abdallah Ibn Qodâma bl-MaqdisÎ, né à Djemmâ'îl, en Palestine, en 1146, qui étudia à Bagdad et mourut en 1223 en laissant un traité de droit hambalite appelé el-Moqni' (Celui qui satisfait), et d'autres ouvrages dont on a les manuscrits de douze au moins. Son neveu Abou'I-Faradj 'Abdcr-Rahman, né à Damas en 1200, fut son élève, devint prédicateur et professeur à l'école des traditions, et fut choisi comme cadi du rite hambalite lors de la création, en 1265, de juges spéciaux pour chacun des quatre rites orthodoxes. Il fonda une école qui porte son nom et mourut en 1263. Dîyà-Eddin Mohammed ben 'Abd-el-Wîihid ed-Ûimachqi, né en 1173 à Déïr eUMobârek, fit ses études en Egypte, à Bagdad et à Hamadan. En 1203, il revint à Damas, entreprit ensuite un long voyage d'études qui le mena jusqu'à Merv, et accomplit enfin le pèlerinage ; il mourut en 1245, laissant un traité de la médecine du Prophète qui est à Paris, et un Fadâïl el-A'mdl (Mérites des œuvres), qui traite surtout des mérites que l'on acquiert par l'exercice des litanies spéciales aux derviches. 11 avait construit une école, à laquelle il

LITTHRATURB i

laissa sa bibliothèque, qui fut pillée et dispersée plus tard.

La doctrine des Zliàhirites avait trouvé en Espagne son grand protagoniste dans la personne d'Abou-Mohammed'Ali Ibn Hazh, d'une famille originaire de Perse, fila d'un haut fonctionnaire de Cordoue, où il naquit le 7 novembre 994, dans le faubourg oriental appelé alors Mounyat-el-Moghlra. 11 suivit la même carrière administrative que son père et s'éleva jusqu'au rang de vizir, bien qu'il manifestiU la plus profonde indifférence pour les avantages mondains. Se détachant peu à peu de l'école chaféïte de la tradition, il reçut les leçons de DaoAd le Zhâhirite dout il étendit le premier les principes au dogmatisme, c'est-à-dire l'adoption pure et simple du sens exotérique du texte, sans l'explication au moyen de l'analogie ou de l'autorité d'un juris perilua. Il a écrit beaucoup de livres, qui ont formé peu d'élèves. II se fit beaucoup d'ennemis par l'acrimonie de ses attaques ; ceux-ci s'en vengèrent en l'accusant d'hérésie et en le faisant destituer et chasser de diverses provinces d'Espagne. Il passa le reste de sa vie dans sa propriété près de Niebla, où il mourut le 16 août 1064. La bibliothèque de Gotha possède son Ibtdl el-qiyâs wer'-raï (Destruction de l'analogie et de l'examen spéculatif), qui est une polémique, au point de vue zhâhirite, contre les principes du droit orthodoxe. Il a écrit aussi un Kilâb el-milel ivènnihal (Histoire des sectes philosophiques et religieuses) qui a été étudié par Steinschneider et Goldziher. Au milieu de quelques autres traités de jurisprudence, on rencontre un ouvrage purement littéraire que garde la bibliothèque de Leyde, Tauq-el-kamâma (le Collier de la colombe), anthologie de poésies amoureuses.

Abou-' Abdallah Mohammed Ibn ToChart (forme ber-

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i ABB ABSIDES

bère du nom d'Omar) naquit le 21 février 1092 dans les montagnes de l'Atlas qui dominent la province de SoAa au Maroc. Très jeune encore, il s'était attiré un grand renom de piété. Il voyagea : le désir d'accomplir le pèlerinage de la Mecque le conduisit d'abord à Cordoue, puis au Hedjaz et enfin à Bagdad, où i) suivit les cours de la Nizhâmiyya. Élève des professeurs du dogmatisme acharite, il rapporta cette doctrine à Tripoli de Barbarie, et mêla à l'interprétation allégorique le dogme chiite de l'impeccabilité de l'imam de la famille d'AH. Les tumultes que causa son enseignement le firent éloigner de Tripoli et de Bougie; il se retira dans la tribu berbère des Maçmouda, d'où il était originaire, et qui prit son parti; poursuivi par le gouvernement, il se déclara Mahdi en 1121 et commença la lutte contre les Almoravides. Il mourut au cours d'une entreprise contre la ville de Maroc, quatre mois après que ses troupes eurent été défaites devant cette place, en 1130. Ses successeurs répandirent son enseignement dans l'Afrique du Nord et l'Espagne; son élève 'Abd el-Moumin fonda la dynastie des Almohades. La bibliothèque de Paris possède ses œuvres complètes, réunion de petits traités de théologie et de jurisprudence; un autre ouvrage de lui, le Kanz-el- 'Oloâm (Trésor des sciences), philosophie religieuse, est au Caire.

Les Almohades nous amènent aux Chiites. Les Zéldites de l'Arabie méridionale produisent des ouvrages pour expliquer et défendre leurs doctrines ; Abou-Tâlib Yahya el-Bothâni, surnommé l'imam qui parle par la vérité (Nàtiq bil-haqq), mort en 1033, écrivit, en outre d'un traité de jurisprudence [et-Tahrir), une histoire des imams zéldites jusqu'en 971 {el-Jfiîdct]\ un recueil de traditions a été compilé sous le titre de Dorer el-ahddith, par

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353 LITTI! RATURE ARABE

Taqi-Eddin Abdallah Ibn Abi-Nedjm, mott vers 1165; 'Abdallah ben Zéïd el-'Ansî écrivit les Fatâwâ en-nabawiyya contre les Motarrîtites, le' Mandkidj el-béyân dans le même sens ; il vivait vers 1233 ; l'imani el-Mançoùr Billah 'Abdallah ben Hamza, né en 1166, mort en 1217 à Katikébùn, a laissé un recueil de poésies, un traité des devoirs des parents et des enfants les uns envers les autres [el-béydn wéth-thabdl), une défense du parti des Zéïdites [risdlet el-Kâfiya) et d'autres traités du même genre. La plupart de ces ouvrages sont à Berlin; quelques-uns se trouvent au British Muséum.

Parmi les imamites, le chérif el-MortadJI, dont le nom était Abou'l-Qàsim 'Ali ben Tnhir, descendant d'Ali ben Abi-Talib, né en 966, occupa à Bagdad les fonctions d'inspecteur de la famille des Alides et y mourut en 1044. Il a réuni, sous le titre de Ed-dorèr ivèl-gkot'er {Perles et Étoiles), les quatre-vingt-deux discours qu'il eut l'occasion de prononcer devant des assemblées présidées par lui-même, qui embrassent une grande variété de sujets littéraires et contiennent des observations grammaticales sur des passages du Koran ou du hadith expliqués au moyen d'anciennes poésies. Le Chihâb /TcA- Chéîb ivéch-chabdb, sur la canitie et la jeunesse, a été imprimé à Constantinople. Il est (à moins que ce ne soit son frère Ràdi) l'auteur du Nahdj-el-bèldgha, recueil d'apophtegmes attribués par lui à Ali; le commentateur turc Mostaqim-Zàdè a même prétendu qu'il était le véritable auteur du diwan attribué à Ali, ce qui n'aurait rien d'impossible.

Abou-Dja'far Mohammed, né à Tous dans le Khorasan en 995, passa la plus grande partie de sa vie à Bagdad et mourut à Nédjef (Méchehed-Ali) en 1067. 11 a écrit le Fihrist Kotob ech-Chi'a (Liste de livres chiites), quî a été publié

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LES ABBÀSSIOBS

à Calcutta par A. Sprenger et Maulawy 'Abdul-Haqq. Outre divers ouvrages de jurisprudence, notamment le Takdhib el-Ahkâm {Correction des jugements], où il tente d'accorder des kadith différents, i) a composé un livre de prières (el-hall wH-'iqd) et un traité du culte musulman sous le titre de Miçbâh el-Molédjehhid.

Radi-Eddin Abou *Ali et-Tabarsî, mort en 1153, a écrit un grand commentaire du Koran sous le nom de Medjma el-bèyân, et un autre encore plus grand sous celui de Djâmi' el-djawâmi' : il a défendu les doctrines imamites dans son Kitâb el-ihlidjddj {Livre de l'argumentation).

Nedjm-eddin Dja'far el-Hilli, surnommé el-Mohaqiqq {l'Examinateur), né eu 1205 à Hilla, écrivit le grand code chiite connu sous le nom de Charât el-Islâm (Lois de l'Islamisme), qui a été imprimé à Calcutta et dont Mirza Kasem-Beg avait commencé la publication avec une traduction russe : il a été traduit en entier en français par M. A. Querry. On dit que l'astronome Naçir-Eddin Toûsi, qui accompagnait l'empereur mongol Houlagou, se fit un honneur d'assister à ses leçons. II mourut en 1277, d'une chute qu'il fît de la terrasse de sa i

L'étude du Koran

Sous l'influence des recherches nécessitées par l'étude du droit, le Koran, base de toute la jurisprudence et de la société musulmane, fut l'objet d'ua examen de plus en plus approfondi. Il était important d'en bien lire le texte, de fa^on à éviter toute fausse lecture qui aurait pu en vicier le sens ; il l'était encore plus d'en bien saisir le sens. Ce furent là deux branches de la sciencp d'Orient

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LITTERATURE ARARE

qui se créèrent, celle de la lecture et celle de l'exégèse.

En établissant un seul texte qui devait faire (oî et supprimer toute cause de discussion sur la véritable lecture du livre sacré, le khalife 'Othman avait cru donner une base inéltranlable à la nouvelle religion. C'était une illusion. Malgré la disparition des textes qui n'étaîeat pas conformes à la Vulgate reçue, des écoles se formèrent dans les grandes villes de l'empire, à la Mecque et à Médinc, jalouses de leur réputation de villes saintes, à Bassora et à Koufa, où régnait la science de la grammaire. C'est là que par tradition orale se transmettait l'art de lire le Koran, et chaque manière enseignée pouvait citer l'autorité d'un grand nom auquel remontait l'enseignement. Cependant les différences que multipliait la tradition orale obligèrent de la remplacer bien vite par la tradition écrite. Déjà au milieu du ti° siècle de l'hégire Ya'qoùb el-Hadhrami compila un ouvrage sur les différentes manières de lire. Cependant de tous les livres dont on nous cite les titres, nous n'avons plus rien, ni la compilation du célèbre historien Tabari, ni le résumé des sept écoles de lecteurs donné par Abou-Bekr Ibn Modjàhid; il faut descendre jusqu'au iv' siècle pour trouver conservés à Berlin, à Alger et à Leyde, de courts ouvrages d'Ibn Khâqan (f 927) et d'Ibu Mihran (f 991).

De beaucoup plus intéressante à notre point de vue est l'interprétation du texte même du Koran. De très bonne heure les compagnons du Prophète furent interrogés à l'envi sur la signification des passages difficiles et obscurs, et ils sont nombreux, les uns par l'emploi d'un style volontairement concis et prêtant à plusieurs explications, les autres par l'usage de mots du dialecte qoréïchite que les autres Arabes entendaient mal ou point du tout. 'Abdallah Ibn 'Abbâs, oncle de Mohammed,

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auquel on fait remonter l'origine de tant de hadith dont il fut le premier témoin auriculaire, eut souvent à rendre de véritables décisions exégétîqucs sur les difficultés qu'on lui soumettait; aussi son autorité est-elle souvent citée par les commentateurs des époques postérieures. A partir de ce moroeat il commence à se développer une littérature considérable dont les productions encombrent encore aujourd'hui les bibliothèques de l'Orient. Nous avons déjà eu l'occasion de citer, parmi les productions du tu' siècle, les ouvrages d'Ibn Qotéïba, d'Ez-Zedjdjàdj, de Tabaji et de Nisàpouri. A cette époque les mystiques viennent ajouter leurs explications fantasmagoriques et leurs rêveries aux recherches de leurs prédécesseurs; des individus comme Sahl bon 'Abdallah et-Tostéri, élève du saint musulman Dhou'n-Noùn l'Égyptien, qui mourut en odeur de sainteté vers 886 à Bassora et qui fît des miracles, introduisirent dans le commentaire du texte sacré une foule d'interprétations ésotérîques pour en fausser le sens dans la direction de leurs idées à la fois morale et mystique, en tirant de mots simples, détournés de leur signification naturelle, toute une explication destinée à servir leurs projets. A côté de ces mystiques d'origine aryenne, nous trouvons cependant des jurisconsultes pour se livrer à une saine exégèse, en se bornant à prendre dans le texte ce qui s'y trouve ; nous pouvons citer parmi eux El-Djassàs er-Râzi, savant hanéfite de l'école de Bagdad, qui vécut longtemps comme professeur à Nisapour, et dont on trouve les ouvrages à Constantinople et au Caire; 'Abdallah ben 'Atiyya de Damas, qui appliqua a l'explication du Koran sa profonde connaissance de la langue arabe des poésies antéislamiques; Ibn-Zamanéïn, savant espagnol du rite malékitc, mort en 1008, qui a laissé un commentaire que le

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LITTBRATVHE ARABE

British Muséum conserve en abrégé ; El-Hasan ea-Nisâpouri, ancien adepte de la secte dogmatique des Karrâmîyya, devenu plus tard chaféïte, et qui joignit à sa réputation de savant exégète celle d'un historien et d'un philologue (f 1015); Ibn Salàma de Bagdad, où il professa dans la mosquée d'eUMançour et écrivit le premier ouvrage que nous ayons sur les passages singuliers du Koran qui se suppriment les uns les autres et qu'on appelle ndsikk et mansoukh (celui qui abroge et celui qui est abrogé) ; on sait que, bien que le Koran soit réputé la parole divine elle-même que Mahomet n'a fait que transmettre, certains préceptes ont été abrogés et annulés par des prescriptions subséquentes; c'est ainsi qu'un monarque se dédit sans vergogne, sous prétexte qu'il était mieux informé la seconde fois; rien en cela ne choque les musulmans, habitués, par l'obéissance passive qui est le fond de leur religion, à voir en Dieu un autocrate plus puissant que ceux qu'ils ont pu connaître sur cette terre. Les chiites eux-mêmes, dès le tv' siècle, possédèrent des interprètes du Koran, tels qu'Abou'l-Hasan 'Ali el- Qoummi, auteur d'un commentaire abrégé où l'on voit la famille d'Ali représentée comme la source de toute science, et où l'on prend sur le fait, pour ainsi dire, l'apparence de fabrication de toutes pièces, qui est la caractéristique des ouvrages chiites.

L'art de lire le Koran a été traité par Abou-Mohanamed Makî ben Hammouch bl-QaÏsi; né à Kairouan en 966, il alla étudier à l'âge de treize ans la philosophie et l'arithmétique en Egypte, revint dans son pays, en repartit en 987 pour la Mecque, et continua ses études en Egypte lors de son retour. Voyageur incorrigible, il repartit une troisième fois pour la vallée du Nil, en vue d'y étudier les différentes manières de lire le Koran, au

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LBB ABBASSIDES

nombre de sept, et y resta un an. En 997 il retourna à la Mecque où il séjourna quatre ans, puis il se rendit en Espagne, professa dans différentes mosquées de Cordoue, lut nommé prédicateur et imam à la grande mosquée et conserva ce poste jusqu'à sa mort en 1045, bien qu'il ne fàt pas à mime de le remplir parfaitement, car il était plutôt professeur de Tart de psalmodier qu'auteur de sermons. La Bodléïenne possède son Ri'âya li-tadjwid el-qirda (l'Observation de la bonne lecture); la bibliothèque de Berlin, celles de Gotha et du Caire ont conservé son Tabçira, son Kechf, son l'râb mouchkilât el-Qor'âa (Explication grammaticale de certains mots difhciles du Koran) et son Cherh Kallâ wa halâ (Commentaire sur ces deux expressions arabes).

Abou 'Amr 'Olhraàn ben Sa'ïd ed-Dànï, né en 981 à Dénia en Espagne, fit le pèlerinage en 1006, et demeura quatre mois à Kairouan et un an au Caire. A son retour il s'établit dans sa ville natale où il mourut en 1053. II a laissé, sous )e titre de TaUlr, un traité des sept lectures différentes; un autre du même genre appelé Djamî elbéyân, un livre sur la composition du Koran et l'établissement de son orthographe (el'Moqni), et quelques autres traités du même genre : ce qui ne fait guère que neuf sur les cent vingt qu'il avait composés.

Abou-Tàhir Isma'îl Ibn Khalap es-Saraqostî naquit à Saragosse et y mourut le 4 janvier 1063; il était fort versé dans la littérature; il ne cessa d'étudier et de communiquer ses informations au public jusqu'au jour où il mourut. Son Kitdb el-'Oiuvân existe en manuscrit à Berlin.

Abou'l-Mozhaffar Yahya Ibn Hobéïra était fils d'un soldat de la colonie militaire établie sur le Dodjéïl, dans l'Irak; îl était de pure race arabe ; il étudia à Bagdad le droit LtrrfiiiTDBa tu*». '"1

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LITTKRÀTDRB ARABE

hambalite et lee sciences coraniques, puis il eutra dans l'administratioD et s'éleva jusqu'au rang de vizir, en récompense d'une lettre bien tournée par laquelle il avait fait désavouer l'eunuque abyssin Mas'oud el-Bilali, préfet de police des Seldjoukîdes à Bagdad. Il mourut en 1165. Son Ifsâh est consacré aux mots du livre sacré sur la lecture desquels les plus célèbres lecteurs difi%rent d'avis ; il existe à Paris; son lehrdftrtâte de la diËFérence entre les quatre rîtes orthodoxes.

El-Qàsim ben Firroh ech-Cbâtibî, né à Jativa en Espagne en 1144, vint au Caire en 1176, y fut lecteur du Koran et y mourut en 1194. Le nom de son père est l'ancien espagnol fierro (pour hierro), fer. Son chefd'œuvre, qui porte le titre de Hirz eî-Amdni wa Wadjh et-Téhdni (les Souhaits acccompUs et les félicitations ouvertes), mais qui est plus connu sous l'appellation de Châtibiyya, est un poème didactique de cent soixantetreize vers, versification du Taïslr, destinée à être apprise par cœur, et qui contient, dans un langage barbare et difficilement intelligible, toutes les règles de la lecture du Koran. Ibn-Khallikan pensait qu'aucun ouvrage du même genre n'avait été produit auparavant. Admirons la dinicuUé vaincue, et passons. Le ^o7/tf''d'Ed-Dàni a été aussi versifié par lui; il a laissé également un commentaire du Koran.

Il eut comme élève 'Àlam-eddin Aboul'Hasan 'Ali is- Sakhâwi ; né en 1163 à Sakhâ en Egypte, il exerça à Damas la profession de lecteur du Koran et y mourut en 1245. Il a écrit de nombreux ouvrages sur les sciences religieuses, entre autres le Hidâyet el-Mortdb (Directian dans les cas suspects), poème en quatre cent vingt-sept vers sur les expressions homonymes qui se rencontrent dans le Koran, des commentaires sur les ouvrages de sou

LES ÀBBÂ9SIDSS 3t9

maître ech-Châtibi, sept poésies religieuses, et une correspondance poétique avec son contemporain Kémâl- Eddîn ech-Chéricbi, commentateur des Séances de Hariri. Son enseignement oral eut tant de succès, qu'on voyait la foule s'empresser autour de lui dans la grande mosquée des Oméyyades, pour apprendre à lire le Koran sous sa direction ; chacun n'approchait qu'à son tour, après avoir attendu fort longtemps. Parfois deux ou trois personnes lisaient à la fois, en sa présence, des passages différents du livre sacré, et il leur faisait successivement ses observations.

En même temps que la lecture du texte, l'interprétation de sa signification occupait les loisirs des grammairiens. Abou'l Hasâk 'Ali ben Ibrahim el-Haopi était originaire d'un village des environs de Bilbéïs en Egypte; il mourut en 1038 après avoir écrit le Borhdn {la Preuve), commentaire du Koran en vingt-huit volumes. Abou'l- Hasan 'Ali Ihn MattoAyè zl-Wâhidi, de Nisapour, descendait d'une famille araméenne et chrétienne, comme l'indique le nom de son aïeul (Mattai, Mathieu); élève de Tha'labi, il mourut, après une longue maladie, en 1075. L'Asbâb en~Nozoûl (les Motifs de la révélation) est un récit historique des occasions ponr lesquelles furent révélées tes sourate» et les versets du livre sacré ; il a écrit aussi deux commentaires, le Wadjlz et le IVasît, et s'est occupé d'expliquer les vers de Moténebbi d'une manière supérieure à celle de ses devanciers.

Abou-Bekr Mohammed Idk el-'Abab1 naquît à Séville en 1076, accompagna en 1092 son père qui faisait un voyage en Orient, et parcourut Damas, Bagdad et le Hedjaz. Après avoir accompli les cérémonies du pèlerinage, il revint à Bagdad écouter les leçons de Ghazâli, et retourna à Séville par Alexandrie et te Caire. Rentré

360 LITTÉHATTRE ARABE

dans sa ville natale en 1100, il y exerça quelque temps les fonctions de cadi, puis il y professa jusqu'à sa mort en 1151. Nous n'avons plus son commentaire des traditions de Tirmidhi, intitulé Aridet-el-Akwadi, mais on trouve encore au Caire son commentaire du Koran {Qdnoûn el-ta'ivlt), ses études juridiques sur le texte sacré, et son traité du mariage {fardïd en-nihâh). 'Abder- Rahman ben 'Abdallah bs-SohéÏli el-Khat'ami, né près de Malaga, dans le village de Sohéïl, en 1114, étudia à Grenade, habita quelque temps Séville et revînt finalement à Malaga. Le sultan du Maroc Ya'qoAb ben Maoçoùr le fit venir auprès de lui, et il mourut dans l'Afrique du Nord, trois ans plus tard, le 23 novembre 1185. Son Ta'rifivel-ildm explique les passages du Koran où il se rencontre des noms propres; le Raud el-Onof esl ua commentaire de la biographiedu Prophèted'Ibn Hichâm, étudié par P. Bronnie.

Tout le long travail des commentateurs que nous avons vus jusqu'ici, grammairiens pour la plupart, est résumé dans le célèbre ouvrage de Béidâwf, Amvâr et'tanstl wa asrdr et-Ca'ivil (les Lumières de la révélation et les mystères de l'interprétation), édité par Fleischer. 'Abdallah ben 'Omar EL-BÉiDlviri, originaire de Béida, petite ville du Farsistan, était le fils du grand cadi de cette province sous l'atâbek Abou-Bekr ben Sa'd, Mécène de la poésie persane ; il fut lui-même cadi à Chiraz, capitale de la province, et vécut ensuite à Tébriz, où il mourut vers 1286. Son commentaire a pour base le Kackchdfde Zamakhchari, auquel il a ajouté beaucoup de matières empruntées à d'autres sources. C'est celui que préfèrent les Sunnites; mais il est insuffisant, parce que les matières y sont traitées trop brièvement. Il a d'ailleurs été critiqué, même en Orient. Le Minhâdj eUWoçoûl

est un traité de droit chaféîte, comme le Gkâya el-Qoçwa ; le Miçbâk el-anvdh est un manuel de théologie ; le Tawâli el-anivâr traite de la métaphysique. Enfin il a écrit l'histoire de la Perse depuis Adam jusqu'en 1275, dans le Nizkâm et-Tawdrikh, rédigé en persan.

ABoa't.-WALiD Soléïman ben Khalaf Et^BÀDJi, né à Badajoz en 1012, partit pour l'Orient en 1029 et y séjourna treize ans, dont trois à la Mecque et trois à Bagdad. A son retour, il occupa une place de cadi malékile, et mourut en 1081 à Almerla. On a de lui un Sonan eç-Çâlikln (Mœurs des gens pieux), collection de traditions relatives à la morale, le Foçoûl el-Akkdm sur la jurisprudence, et une réponse, conservée à l'Escurial, à une apologie du christianisme contenue dans une lettre adressée par un moine français au prince de Saragosse Moqtadir.

La théologie dogmatique.

Le Koran avait des adversaire^ irréductibles, auxquels du reste il laissait une place inférieure dans la nouvelle société, sans les contraindre à quitter leur religion : c'étaient les juifs et les chrétiens. Les derniers surtout ne se faisaient pas faute d'argumenter contre une religion qui prétendait les dominer; c'est en Syrie, pays récemment arraché à la domination des empereurs romains d'Orient, que la lutte était vive et la dialectique pressante. Le besoin de répondre à ces adversaires redoutables créa, chez les Musulmans, la théologie dogmatique. Puis les sectes naissantes dans le sein même de l'islam contraignirent les docteurs orthodoxes à lutter contre les novateurs, à coups d'arguments puisés dans les textes. Les

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Mourdjïtes trouvaient extrême le dogme de la prédestination absolue et y apportaient des méDagements; ils eurent la gloire de compter le grand jurisconsulte Abou-Hanifa parmi leurè adeptes. Mais les attatjues que l'orthodoxie eut à subir lui vinrent des rationalistes, que l'on appelle en arabe Mo'tazila, c'est-à-dire ceux qui se séparent. C'est à Bassora que Wâsîl ben 'Atâ fonda la secte des Mo'tazélitcs. Cette école dirigea surtout ses recherches sur les questions relatives à l'existcDGe de Dieu et à ses attributs. On dit que les anciens mo'tazélitcs auraient puisé à la source de la dialectique grecque ; c'est possible, mais on ne saurait le prouver en l'absence de leurs écrits, qui sont perdus. Au m* siècle, on se disputa sur la fameuse question de savoir si le Koran était créé ou existait de toute éternité; les orthodoxes penchaient pour la seconde explication, les Mo'tazélitcs affirmaient avec autorité la première. La lutte fut longue et ensanglanta l'empire musulman ; te khalife Ël-Mamoun déclara officiellement en 827 que le Koran était créé et ordonna des poursuites contre ceux qui n'admettraient pas ce dogme. L'éclatant succès de la doctrine mo'tazélite ne fut pas de longue durée. El-Motawakkil, qui tenait à s'attacher les orthodoxes pour des motifs politiques, renversa ce fragile édifice et mit le bras séculier à la disposition des ennemis des Mo'tazélitcs en 851. En même temps Mohammed ben Ishaq de Nisapour écrivait contre eux son livre de l'unité de Dieu et de la preuve des attributs du Seigneur; mais la disparition définitive du mouvement mo'tazélite, ainsi que l'établissement d'une orthodoxie rigide et définitivement fondue dans un moule d'oil elle ne devait plus sortir, sont dus à un grand docteur musulman, Abou'l-Hasao 'Ali ben Isma'îl bl- Ach'ari. Il appartenait à une ancienne famille noble de

LES ÂBBASSIDEB 36S

l'Arabie, et naqnit en 873 à Bassora. Bien qu'élevé dans une famille orthodoxe, il devint mo'tazélite eu écoutant les leçons du grand docteur de cette secte, El-Ûjobbàï, et il conserva cette croyance jusqu'à la quarantième année de sa vie. A ce moment il trouva son chemin de Damas et revint à l'orthodoxie. Ses études mo'tazélitcs le rendirent redoutable, car il pouvait combattre les rationalistes avec leurs propres armes. Son abjuration fut publique et elle eut le plus grand retentissement, car c'est dans la chaire de la grande mosquée de Bassora qu'il déclara renoncer aux croyances mo'tazélites et retourner à la foi de ses pères (en 912). Plus tard il se rendit à Bagdad et y écrivit quatre-vingt-dixneuf ouvrages, dont beaucoup ne sont que de petits traités.

En m£me temps qu'El-Ach'arî, Abou-Mançoûr Mohammed beo Mahmoud el-Màtouridi, ainsi surnommé d'après un faubourg de Samarcande où il était né, entreprenait une réforme de la dogmatique orthodoxe qui eut un vif succès dans rinde, la Transoxiane et la Turquie ; d'ailleurs de très petites divergences le séparaient d'El-Ach'ari, Il mourut dans sa ville natale en 944. Cette même ville ne tarda pas d'ailleurs à donner naissance à un polygraphe de la plus grande activité, Abou'l-Léïth es-Samarqandi, docteur hanéfite qui embrassa les domaines variés de la théologie, de la jurisprudence, de l'exégèse et de la morale. Il mourut vers 993.

Abou-Hâmid Mohammed EL-GRAzJ^Lt, ainsi surnommé, selon Sam'àni, d'après le village de Ghazàla, près de Tous dans le Khorasan, où il naquit en 1059, et non el- Ghazzâli, comme on le prononce communément, alla étudier la théologie a Nlsapour, où il reçut les leçons de l'imâm El-Haraméïn. Après la mort de son maître, il s'at-

SEÏ LITTBnATDne IBABE

tacha au célèbre ministre Nizhâtn-el-Molk, qui réuaissait autour de lui les savants les plus illustres; il resta victorieux dans les discussions publiques qui s'ouvrirent et les caravanes ne tardèrent pas à porter sa réputation au loin. En 1051, il fut chargé de professer a la Nizhâoiiyya de Bagdad où trois cents auditeurs se pressaient autour de lui; mais, au bout de quatre ans, il résigna ces fonctions et les fit confier à son frère Ahmed, afin de pouvoir vaquer plus librement à ses recherches philosophiques. 11 se retira du monde et se livra à des pratiques ascétiques, pendant onze ans, ainsi qu'il l'a raconté luimême. Il voyagea; Damas, Jérusalem, la Mecque, Alexandrie le reçurent tour à tour. C'est alors qu'il chercha à concilier la science et la foi et s'enfonça dans le mysticisme panthéiste des soAfis.

A Alexandrie, il entendit parler du soulèvement des Almoravîdes, dont le fondateur pensait avoir créé un mouvement de réforme dans l'islamisme, et il conçut le projet d'entrer au service de Yoùsouf ben Tâchifin; mais celui-ci mourut en 1106, avant que Ghazâli eât entrepris son voyage, et le philosophe, renonçant à ses intentions, retourna dans sa ville natale de Tous, où il vécut tranquille, sauf pendant le temps qu'il consacra, à la demande de Mohammed, fils de Mélek-Chàh, à professer à Nisapour. Il mourut dans le quartier de Tabaràn, le 19 décembre 1111 ; il y avait fondé uo monastère de soùfis et une medressé pour les études théologiques. Soyouti a pu dire de lui : « S'il avait dû y avoir un prophète après Mahomet, c'aurait été sûrement el-Ghazàli ». L'admiration du monde musulman lui fit décerner le titre de Hodjdjat el-lalâm (l'Argument décisif de l'islamisme). Il appartenait au rite chaféïte, qui était le plus répandu en Perse à cette époque; on est loin du triomphe du cfaîî-

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tïsme, qui ne deviendra religion d'État qu'avec les Çafawides, au xvi* siècle.

Les ouvrages sortis de ta plume de Ghazàli sont excessivement nombreux ; M . Brocketmann en énumère soixante-neuf qui ont été conservés. Nous ne pouvons en donner ici qu'une indication rapide. Le Djawâhir el'Qor'dn (les Joyaux du Koran) est une théologie systématique; l'Aqlda est un exposé des articles de la foi . musulmane qui a été édité par Pocock dans son Spécimen. La Perle précieuse (Ed-dorra el-fàkhira) traite du jugement dernier et de la fin du monde, ce que les Uiéologiens nomment eschatologie; elle a été éditée et traduite par M. L. Gautier. La morale et la théologie mystique sont codifiées dans VIhyâ 'oloâm eddin (Revivification des sciences de la religion). Le Mlzân el-'amal (Balance des œuvres) a été traduit en hébreu par Abraham ben Hasdaï de Barcelone et publié par Goldenthal. Le Kimiyâ ea-sédda (l'Alchimie du bonheur) est une morale populaire fondée sur le mysticisme; écrit primitivement en persan, cet ouvrage a été traduit en anglais par H. A. Homes, sous le titre de The alchemy of happiness. Ayyoukâ'l-walad (0 enfant!) est un célèbre traité de morale que Hammer>Purgstall a publié et traduit en allemand. En matière juridique, ses traités de droit chaféïte ont eu une grande célébrité dans le monde musulman; le Baslt, le Waaît et le Wadjiz sont des abrégés les uns des autres. En philosophie, le Téhâfot~el-Féldsifa (Chute des philosophes) est une attaque contre les adhérents de la philosophie grecque; il a été étudié par M- de Boer; le Maqdçid el-falâstfa (But des philosophes) forme une sorte d'introduction au précédent ouvrage : le texte a été publié à Leyde par M. G. Béer; on en a une traduction latine de Gondisalvi, Imprimée à Venise en

LITTERATORB ARABE

1506. Le Mounqid min ed-dalâl (Préservatif de l'erreur), composé après avoir repris ses cours à Nisapour poar la deuxième fois, expose le développement de sa pensée philosophique ; il a été publié et traduit par Schmdlders dans son Essai sur les écoles philosophiques chez les Arabes; uue seconde traduction, bien améliorée, a été publiée dans le Journal Asiatique de 1877, par notre savant maître, M. Barbier de Meynard.

A càté du grand docteur chaféïte, il ne faut pas oublier son frère Abou'UFotoâh Medjd-Eddin Ahmed, qui lui succéda à la chaire de la Nizhâmiyya. Comme lui, il peocha vers le mysticisme, et répandit ses idées par la prédication plus que par l'écriture, car il était d'une belle prestance et possédait le don des miracles. Sa passion était de prononcer des sermons en public, ce qui lui fît quelque peu négliger ses études juridiques. Il mourut à Kazvin, en 1126. Il a abrégé VIhyâ de son frère, et a écrit des traités sur le soufisme, tels que le Minkâdj el- Âlbâb (la Voie des cœurs), un traité sur les avantages de la pauvreté et la prise du froc chez les mystiques; un livre [Bawdriq el-ilma) pour prendre la défense de la musique prohibée comme futile et frivole par les musulmans stricts, considérée, au contraire, par les mystiques, comme un moyen de parvenir à l'extase. Le Kitâb eddâhira est un résumé du système de son frère.

Nedjm-Eddin Abou-Hafg 'Omar bk-Nasafî, né en 1068 à Nasaf, ville de la Transoxiane, mort en 1142, était l'un des plus grands docteurs du rite hanéfîte, a son époque. Son ouvrage le plus célèbre est Y'Aqdïd (Articles de foi), cathéchisme musulman, publié par W. Cureton et traduit en français dans le Tableau de Cempire othoman de Mouradjea d'Ohsson, et en allemand par Ziegler. Il a écrit aussi un long poème didactique de deux mille sept

cents vers sur les différences qui partagent les chefs des rites orthodoxes, et au moins deux commentaires du Koran.

Abou'1-Fath Mohammed bch-Ch&hrastâni naquit en 1086 à Chahristan, bourgade du Khorasan, étudia à Djordjâoi^a {Ourghendj} et à Nisapour, où il s'occupa spécialement du système théologique d'El-Ach'arl. Il profita d'un pèlerinage à la Mecque, eu 1116, pour passer, à son retour, trois ans à Bagdad ; revenu dans son pays d'origine, il y mourut en 1153. Son Kitâb el-milèl wênnihal est un exposé complet et détaillé des diverses opinions philosophiques et des sectes religieuses musulmanes et autres; il a été publié par Cureton et traduit en allemand par Haarbrûcker. Il avait écrit une histoire des philosophes que possédait Bland; une traduction persane, apportée en Europe par Fraser, y a été achetée par un prince d'Oude, et emportée par lui dans l'Iode. Le Nihdyet el-iqddm (Limite du progrès) est un traité complet de théologie scolastîque. Le Muçâra'al el-fèldeifa est une discussion de sept questions métaphysiques.

Siràdj-Eddin 'Ali bl-Oôchî, né à Ouch dans le Ferghana, écrivit vers 1173, sur les principes de la foi musulmaue, un poème didactique rimé en / et connu eous le nom d'AmdU (Dictées), qui a été publié par P. de Bohien et souvent commenté. De son Ghorar el-akkbâr il a été fait un extrait de cent courtes traditions, conservé en manuscrit au Caire et à Berlin.

A l'occasion d'une lettre écrite par l'empereur romain de Constantinople au sultan d'Egypte Mélik-Kàmil, Abou'1-Baqà Çâlehel-DJa'fari composa, en 1221, une réfutation du christianisme et du judaïsme sous le titre A'Elbéydn el-wadih el-machhoûd, utilisée par F. Triebs dans sa dissertation publiée à Bonn en 1897.

ses LITTÉHATORE AHABB

'Abdel- 'Azîz ben 'Abdes-Sélâm es-SouhÎ, Buroommé Sultan el-'Olamd, aè en 1181 à Damas, y remplit les fonctioDS de prédicateur jusqu'à ce qu'il fAt appelé en Egypte par Mélik-Çâleh, vers 1240; il resta dans ce pays jusqu'à sa mort, en 1262, après avoir composé, sur la jurisprudence chaféîte, un grand nombre d'ouvrages dont vingt-quatre ont été conservés, tels que le grand et le petit Qawâïd eck-Charî'a (Règles de la loi), le Mothat el-l'tiqdd, qui est une critique du système d'El-Ach'arî, et une polémique contre certains novateurs, tels que les hackwiyya.

Les mystiques.

Le même mouvement qui entraînait les esprits vers l'orthodoxie religieuse en emmena un grand nombre au delà des bornes de la raison et développa, sous de» influences venues de Perse, le mysticisme dans le monde musulman . Ceux qu'on a appelés les saints de l'islam sont des mystiques, ou pour leur conserver le nom qu'ils portent en Orient, des Soufîs, c'est-à-dire des gens vêtus de laine, nous dirions de bure. C'étaient des ascètes, d'abord à la façon des moines chrétiens, des gens renonçant au monde, à ses biens périssables, pour se vouer à la contemplation dans des contrées désertes; plus tard ce furent des confréries, des ordres religieux ayant certains lieux de réunion pour leurs prières en commun, prières qui devinrent vite des exercices spirituels d'un ordre très matériel, tels que la danse des derviches tourneurs, les travaux de jongleurs des Aïssaouas, les cris ou rugissements des Rifà'iyyajmais à l'époque lointaine dont nous parlons, nous n'en sommes pas encore là. La

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LB8 &BBA8SIDBS

question se pose de savoir si le mysticisme musulman a son origine dans l'Inde ou chez les moines grecs et syriens; dans les deux cas, il est l'entier contrepied de l'esprit sémitique; c'est une influence aryenne des plus caractérisées qui l'a amené.

Les plus anciens mystiques dont les ouvrages nous sont restés sont Abou-' Abdallah el-Harith ben Asad el- Mouhâsibi, qui était de Bassora; il prêcha la renonciation au monde et donna l'exemple en refusant l'héritage paternel, sous le prétexte d'un scrupule légal dérivé de ce que son père était partisan de la doctrine du libre arbitre de l'homme, contraire au thème orthodoxe de la prédestination, et qu'en droit musulman des personnes de religion différente ne peuvent hériter l'une de l'autre ; il vécut et mourut en 857 dans l'indigence. Chez son contemporain Dhou'n-Noûn l'Égyptien, né à Ikhmim, les idées religieuses paraissent étroitement liées à des conceptions fantastiques sur le rôle de l'alchimie; avec El-Djounéïd (f 910), d'une famille de Néhâwend (son père était verrier), le soufisme devient décidément panthéiste ; ce maître réunit autour de lui un certain nombre d'élèves; l'un d'eux devint célèbre, ce fut El-Hoséïn ben Mançour el-Hallàdj, d'origine persane, qui fit des miracles et attira autour de lui un certain nombre de prosélytes, tellement que le pouvoir en prit ombrage; sous le prétexte qu'il avait déclaré que Dieu s'était incarné en lui, il fut conduit devant le juge de Bagdad, condamné à mort et exécuté (921).

Nous avons vu, avec Ghazâlî, le théologien pencher vers le mysticisme. Nous allons étudier maintenant le mouvement donné à la littérature par cette nouvelle branche, d'inspiration iranienne. Abou'l-Qâsim 'Abdel- Kérim bl-Qoghaïri, né en 986 d'une famille établie dans

270 LITTBHATUnB ARABE

le Khorasaa depuis la conquSte, perdit son père de bonne heure et hérita d'un bien-fonds situé près d'Ostowà; il alla étudier à Nisapour en vue d'acquérir les connaissances nécessaires pour le défendre contre les exactions du fisc. Abou 'AH el-Hasan ed-Daqqàq, le grand maître du soufisme, dont il suivit les leçons, le poussa dans la voie de la science et du mysticisme, et le conduisit à s'y vouer entièrement; il lui donna même, plus tard, sa fille en mariage. En 1056, il se rendit à Bagdad et y professa la science des traditions dans le sens chaféïte ; il mourut à Nisapour, en 1072. Il joignait à une profonde connaissance du soufisme, une grande habileté de calligraphe et une érudition remarquable ea matière de belles-lettres . La Risdla qui porte son nom a été écrite pour donner un nouvel éclat aux doctrines mystiques, qui, de son temps, avaient un peu perdu de leur succès; le Tertlb es-Soloûk fi. tarîq Allah (Disposition à la marche dans la voie de Dieu) est un guide du soufi débutant; le Tahbîr est un traité des cent noms de Dieu et de leur emploi dans la prière.

Abou Isma'ïl 'Abdallah el-Hérbwi, né à Kohan-diz en 1005, mort à Hérat en 1088, a laissé un Mandzil ea- Sâîrin, qui traite des diverses étapes que le soufi doit parcourir avant d'obtenir la connaissance de la vérité; un Dhamm el-Kaiâm , qui est une attaque contre la théologie dogmatique et scolastique, et un Tabaqât es~ Soufiyya (Histoire des mystiques), qui est la base sur laquelle le poète persan Djâmi a édifié son Nafakdt el- 0ns.

Tâdj-el-Islâm el-Hoséïn Ibn KhahIs el-Mauçilî, né à Djohéïna, village près de Mossoul, descendit le Tigre pour aller étudier le droit chaféïte à Bagdad, auprès de Ghazâli, et devint cadi d'une bourgade de l'Euphrate

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LBS ÂBBASSIDBS 271

entre Raqqa et Bagdad. Il se retira plus tard à Mossoul et y mourut en mai 1157. Ses Manâqib el-abrdr (Biographie desge&B pieux)soiitune imitation de la^ijfï^a deQochaîri avec une histoire des soufis.

Le ChéÏkh 'Ad! ben Mousâfir el-Hakkâri naquit dans le village de Béït-Qâr près de Baalbek; il Gt, étant encore jeune, de longs voyages pour rendre visite aux principaux souHs de son temps. Plus tard il se retira, dans les montagnes à l'ouest de Mossoul, au milieu des ruines d'un couvent chrétien, où il établit sa zâouïa;i\ y mourut en 1163, après avoir fondé l'ordre religieux des 'Adawiyya. Les Yézidis, qui probablement à cette époque habitaient les montagnes de Siadjar, le prirent pour leur protecteur, tout en lui rendant un culte qui n'a presque rien de musulman; il est resté, jusqu'aujourd'hui, leur grand saint et son tombeau est un lieu de pèlerinage. La bibliothèque de Berlin possède son catéchisme, J'tiqâd aklessonna (Croyances des sunnites), ses conseils aux khalifes et à ses élèves ( ]Vaçdy£), ainsi que deux odes conçues dans le sens mystique.

Mouhyi'ddîn 'ÀBo-BL-QjlDin sL-GiLilN!, un des grands saints de l'Islam, rattachait son origine à Ali; né en 1078, dans le Guilan, au sud de la mer Caspienne, il se rendit jeune encore à Bagdad, où il se mit à étudier le droit hambalite en 1095. En 1127, il commença à tenir des séances d'édification; il acquît vite une réputation de sainteté, et fît des miracles. Il disait : « Je voudrais avoir eotre les mains tous les bïens de ce monde, pour donner à manger à ceux qui ont faim ». Il mourut en 1166 : l'ordre religieux des Qâdiriyya, qu'il avait fondé, maintient encore aujourd'hui sa renommée et sa doctrine dans tout l'Orient. Notre grand adversaire d'Algérie, l'émir Abd-el-Kader(Mouhyi'ddin'Abd-el-Qâdiret-Hasanl),

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LITTBRATDRE ARABE

que l'auteur de ces ligaes a eu l'honneur de connaître persoancllenient à Damas où il s'était retiré, se flattait de descendre de l'illustre saint de Bagdad. Il a écrit le Ghounya Utâlibl lariq el-haqq (l'Ouvrage suffisant pour ceux qui recherchent la voie de la vérité], traité complet du soufisme; le Fotoùh el-ghaîb (Ouverture des mystères), règles de conduite pour ses adeptes; le Djald el-hkdtir, recueil de sermons prononcés, soit dans la medresaé, Boit dans le couvent des soufis de Bagdad en 1150 et 1151, qui est conservé à la bibliothèque de l'India Office; un autre recueil du même genre, El-fath er-rabbdni (Révélations du Seigneur), qui a été imprimé au Caire; de nombreuses formules de prières et des poésies mystiques.

Diyâ-Eddio 'Abdel-Qâhir ben 'Abdallah es-Sohrawerdî, descendant du khalife Abou-Bekr, né en 1097 à Sohrawerd, petite ville près de Zendjan, dans l' Azerbaïdjan, alla étudier le droit haoéfite à la Nizhàmiyya, se tourna vers le mysticisme, vécut dans la solitude et se construisit une zâouïa à l'occident de Bagdad. De 1131 à 1152, il professa à la Nizhâmîyya; en 1160, il tînt des séances de derviches à Mossoul ; il ee dirigea ensuite vers Jérusalem, mais ne put atteindre cette ville occupée alors par les Croisés, et resta à Damas, où Nour-Eddin Mahmoud ben Zengi l'accueillit avec beaucoup d'honneurs. Il revint ensuite à Bagdad et y mourut en 1168. Son traité du mysticisme porte le titre à'Addb el-mouriâln (Morale des adeptes); la bibliothèque de Vienne possède aussi un commentaire de lui sur les cent noms de Dieu.

11 convient de ne pas le confondre avec un autre ascète célèbre, Chihàb-Eddin Yahya ben Habach ben Amirek bs-Sobbawerdi, qui étudia le droit à Méragha, adopta le soufisme et se mit à vagabonder à Ispahaa,

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Bagdad et Alep. Sa doctrine éclectique était ud mélange d'idées néoplatoniciennes et de traditions iraniennes, modifiées par l'islamisme et la conception cbîïte d'un imam impeccable caché; il la nommait Hikmet el-ichrdq (Philosophie de l'illumination, illuminisme), et ses disciples ont pris de là le nom d'ickrdqia {illuminés). Au début de son séjour à Alep, il parait avoir trouvé des dispositions favorables chez le prince qui gouvernait cette cité, Mélik-Zàhir, fils de Saladin; mais soupçonné d'hérésie par les orthodoxes, malgré le soin qu'il prenait de déguiser son enseignement au moyen d'une terminologie obscure, ceux-ci réussirent à détourner de lui l'esprit de Mélik-Zâhir, qui le fit mettre à mort en 1191 ; il n'avait que trente-huit ans. Son tombeau y est un but de pèlerinage; te peuple l'appelle Cheikh maqtoâl (le Chéikb assassiné). En outre du Hikmet dont nous venons de parier, il a écrit le Talwîhal sur la logique, la physique et la métaphysique, le Hayakil en-Nour sur le mysticisme, VAlivah el~Imadiyyé sur l'infini, l'absolu, les attributs de Dieu, dédié au prince ortokide 'Imâd-Eddin Qara-Arslan,et d'autres ouvrages moins considérables.

Dans le Maghreb vivait à la même époque Abou-Madyan Cho'aïb ben el-Hasan, connu en Algérie sous le surnom de Bou-Medin; il mourut en 1193, laissant une réputation aussi grande que celle d"Abd-el-Q5dir. el-Gilânî à Bagdad. On a de lui divers recueils de sentences, dont on, l'abrégé du Tohfat el-Arib, a été publié et traduit eu latin par Fr. de Dombay; il a composé aussi des vers mystiques.

Un Espagnol, établi à Damas où il exerçait le métier de médecin, Abou'1-Fadl 'Abd-el-Mou'in ben 'Omar bl- Djilyani, né en 1136, mort en 1205, a écrit un manuel de mysticisme sous le titre A'Adab es-Soloiik, une apo-

uttIhatdiii AKU». I o

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LITTERATURE ARÀBB

logie de Saladin en prose riiuée et en vers, pour célébrer la prise de Jérusalem, le Manddih el-mamddih; les louauges du même prince le conduisirent à composer des poésies auxquelles i) donna la forme extérieure d'arbres, de colonnes, de cercles, d'échiquiers; ces compositions bizarres se trouvent à Paris et à Upsal, sous le titre de Diivan el-ledbidj.

Rokneddin Abou-Hâmid bl-Ahidi de Samarcande , savant jurisconsulte, mort à Bokhara en 1218, traita, soua le titre de Miratel'Madni{\e Miroir des différentes pensées], la question de l'indépendance du microcosme, le corps humain, par rapport au macrocosme, d'après une traduction persane d'un ouvrage indien. De Guignes, Gîldemeister et Pertsch se sont occupés de ce livre. On a aussi de lui deux manuels de dialectique et de controverse (et-tariqa el-Amidiyya et el-Irchâd) et un traité des talismans [Haud el-kaydt).

Nbdjh-Eddin Abou'l-Djémihl el-Khlwaqt, surnommé KoBRÂ, mort en 1221, a écrit des ouvrages mystiques : le Fawdtih el-Djémâl, le Khâïf el-hâïm, sur les dix moyens par lesquels on peut obtenir la pureté du corps et de l'âme et par là s'approcher de la divinité, et deux opuscules sur des sujets analogues.

Chihab-Eddin Abou-Hal'ç 'Omar es-Sobba'werdi, qu'il faut distinguer du chéïkh assassiné à Alep qui portait les mêmes surnoms, naquît en 1145 à Sohrawerd, étudia le droit chaféîtc et se sentit entraîner vers le mysticisme. Plus tard nous le trouvons établi comme professeur et prédicateur à Bagdad, od il mourut en 1234. Il était le neveu de Diyà-Eddin (voir plus haut) ; il fut son élève et celui d"Abd-el-Qâdir el-Gilâni. VAwârif el-médrif (les Dons divins de la connaissance), où il traite du mystîrisme des soufis, a été imprimé à Boulaq; le Kechf el

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faàatk el- Younaniyyé est dirigé contre l'étude de la philosophie grecque et en faveur de la religion musulmane. D'autres traités sont consacrés à vanter la pauvreté et le renoncement au monde, à décrire les différentes stations que l'âme doit parcourir avant de parvenir à la connaissance de Dieu, à parler de la prise d'habit, consécration du derviche à la vie contemplative.

MouHri'DDiN Abou- 'Abdallah Ibn el-'Arabi, né à Murcie en 1165, se rendit à Sévilie en 1172 et s'y voua à l'étude des hadith et de la jurisprudence. En 1201 il entreprit des voyages qui le conduisirent au Hedjaz, à Bagdad, à Mossoul et en Asie Mineure ; sans pouvoir rentrer dans son pays natal, il mourut à Damas en 1240. Lui qui suivait, sur le terrain du droit, la stricte doctrine des Zhàhirites, il se livra à une fantaisie désordonnée sur celui de l'entratnement mystique. Ce qu'il a composé d'ouvrages est inimaginable, et sa facilité d'invention ainsi que le grand nombre de ceux qui nous ont été conservés luî ont valu la réputation du plus grand mystique de l'Orient musulman. Son chef-d'œuvre, le Fotoûhât el'Mekkiyyé (Révélations de la Mecque) est un traité de mystique en douze volumes ; le Fosoûs et-Hikam (Mosaïque de préceptes), sur l'existence et l'importance des vingt-sept prophètes principaux, a été composé en 1230, à Damas, à la suite d'une apparition du Prophète; le Mackâhid elasrdr el-Qodsiya (Apparition des mystères sacrés) et YAnwdr (les Lumières) ont été écrits à Konia en 1209 ; l'/nclta ed-dawâîr est consacré à expliquer la place de l'homme dans la création et la cosmogonie ; VOqlat elmostaufiz décrit les créatures du monde d'en haut et de celui d'icî-bas, esprits, trône de Dieu, les étoiles, la terre ; le Tohfates-8afara{C.aLA.%m fait aux voyageurs) précise les étapes du voyageur mystique dans la connaissance de

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276 LITTiRATURB ÂRABB

Dieu ; le Hilyet eMMâ/ (Ornement des ascètes), guide du booheur, a été composé à Taïf près de la Mecque ea 1202. Le Kimiyâ es-Sé'dda (Alchimie du booheur) traite des propriétés et des vertus de la formule de la croyance en l'unité de Dieu; VIfdda (Information) parle des trois connaissances fondamentales : Dieu, le monde rationuel et le monde sensible. Un certain nombre de ses traités reposent sur les sciences occultes, comme ses études sur le Djefr ou livre cabalistique attribué à Ali ; son Fâtda (Utilité) route sur la divination par le moyen des lettres de l'alphabet. Le Terdjuman el-achwâq (Interprète des amours) est un recueil de poésies soufies publié à la Mecque en 1201; il composa lui-même un commentaire sur son propre ouvrage, pour se défendre contre l'aucusatïon d'avoir chanté l'amour charnel, et non l'amour divin; bien d'autres poésies du même genre ont été réunies sous des titres différents. De ses deux cent quatrevingt-neuf écrits, cent cinquante ont été catalogués par M. Brockelmann comme existants dans les bibliothèqaes d'Europe et d'Orient.

Le fondateur de l'ordre religieux des Chàdhiliyya, Abou'l-Hasan 'Ali bch-CbAdbili, né dans une petite ville à l'ouest de Tunis, mourut en 1258, après avoir écrit el-Moqaddima el-Ghazziyya (la Préface de Gaza], sur les devoirs du culte divin; le célèbre Hizb-el-bahr (Litanie de la mer), prière dont il croyait avoir reçu- la formule de Mahomet laî-mëme, et que le voyageur Ibn Batoùta a trouvée assez intéressante pour figurer in extenso dans le récit de ses aventures, et d'autres litanies du même genre ont été conservées.

Un élève d'Ibn 'Arabi, Çadr-Eddin Abou'l-Ma'âli bl- QoNAWi, de Konia, l'ancienne Iconium, en Asie Mineure, mort en 1273, a écrit un commentaire sur ta Fdliha ou

LBS IBBASSIDBS

premier chapitre du Koran, sous le titre ATâjâz el-béyan (Explication miraculeuse], sur les quarante hadith et sur les cent noms de Dieuj la Hâdiya (la Directrice) est un opuscule sur les principes de la théodicée musulmane; le Noçoûç est un traité de mysticisme soufi; le Mifiak el-Gfiaîb (Clef du monde mystérieux) est une introduction scientifique à la connaissance de la personnalité divine et de ses mystères.

'Izz-Eddin 'Abdessélàm Ibn Gbûnim el-Maqdist (ou el- Moqaddésî), c'est-à-dîre originaire de Jérusalem, mort en 1279, a fait chanter les louanges du Créateur par les oiseaux et les fleurs dans son Kechf el-Aarâr (les Mystères dévoilés), publié et traduit par Garcia de Tassy sous le titre de Les oiseaux et les fleurs ; le Hall er-romoùz (Solution des problèmes) est un traité de mysticisme; le Taflis Iblia (le Diable ruiné), imitation du Telbis d'ibn Djauzî, est destiné à combattre ceux qui croient que Dieu n'a aucune part dans le mal, tandis qu'au contraire il le tolère exprès.

'Izz-Eddin 'Abd el-'Aziz Eo-DiniNi, né à Dirin en Egypte en 1215, mort en 1295, est l'auteur d'une poésie célèbre sur le jugement dernier, Qilâdet ed-dorr el-manchoûr (le Collier de perles déployé}, que l'on joint ordinairement à la Kharldat el-'Adjaïb ou cosmographie d'Ibn el- Wardl ; il a écrit encore d'autres ouvrages, le Tahdrat el-Qoloûb (Pureté des cœurs), collection d'anecdotes édifiantes, de conseils et de prières, le Tatslr, poème didactique de plus de trois mille deux cents vers sur l'exégèse du Koran, une réfutation du christianisme [Irchdd el'kai/ârd (]e Guide des égarés), qui est conservée à Paris.

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