‹ Littérature arabeChapitre 22 sur 37 · CHAPITRE IX · texte numérisé non relu

CHAPITRE IX

LES ABBASSIDES {tuiU). ~ LES SCIENCES.

Les traductions du grec.

A la suite des conquêtes d'Alexandre, l'esprit hellénique avait envahi l'Asie, et l'école d'Alexandrie avait maintenu longtemps un centre d'érudition-, de recherches scientifiques au milieu de populations dont la culture de l'esprit était le dernier souci. Malgré les désastres qui avaient frappé les bibliothèques, dépositaires de la pensée antique, il restait en circulation asset d'écrits pour qu'on put sentir que cette pensée n'était point morte. La Syrie et la Mésopotamie étaient sous l'inQuence de la civilisation hellénique. Dans les innombrables cloitres des moines syriens, on traduisît pendant des siècles, du grec en syriaque, les ouvrages de la philosophie et de la science grecques, et c'est dans ces traductions syriaques que les traducteurs arabes allèrent puiser à leur tour. L'académie fondée à Gondèchâpour en Susiane par Chosroès I", en 350, avait aussi répandu

en Orient la connaissance de la science grecque et maintenu le goût des études philosophiques et médicales. En pleine Mésopotamie, la ville de Harràn, l'ancienne Carrae, oà avait été défait Crassus, était restée païenne, et les dieux de Grèce et de Rome, dans un syncrétisme qui rappelait les derniers temps de l'Empire romain, s'y alliaient aux antiques divinités des Sémites. C'était encore un centre de civilisation hellénique, en plein moyen âge; ses habitants s'y livraient particulièrement à des études mathématiques et astronomiques.

C'est le khalife El-Mamoun qui, en fondant a Bagdad une université (béît el-hikma), en y adjoignant une bibliothèque et un observatoire, détermina dans le monde musulman un mouvement scientifique considérable dont les échos furent répercutés au loin et allèrent plus tard réveiller, par le canal de l'Espagne musulmane, l'esprit de l'Europe endormie. C'est ce mouvement qui fit passer dû syriaque en arabe une foule de traductions du grec et enrichit ainsi d'une nouvelle branche une littérature déjà variée et fort riche.

Ainsi El-Hadjdjâdj el-Hàsib traduisit l'Astronomie de Ptolémée sous le titre qui lui a été conservé, celui d'Almageste, ainsi que les Éléments d'Euclide; Yohannâ ben Batrik {-l- 815), la Politique d'Aristote ; Abd-el-Mésih Nàïma de Homs, la Théologie d'Aristote d'après Porphyre, à la demande du khalife El-Mo'taçim; Qostâ ben Louqa de Baalbek, connu par des travaux originaux sur la médecine, l'astronomie et les mathématiques, fit passer en arabe une foule d'ouvrages grecs; Abou-Zéïd HoDéïn ben Ishaq, fils d'un pharmacien chrétien de Hira, alla étudier la médecine auprès de Yahya ben Mâsawéïh, qui florissait sous Haroun er-Rachid, traversa l'Asie Mineure, où il eut l'occasion d'apprendre le grec,

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retourna à Bagdad, où le khalife El-Motawakkil le choisit pour son médecin particulier, et y écrivit des ouvrages sur la médecine et fa philosophie en mAme temps qu'il traduisait en arabe l'Ancien Testament sur la version des Septante, le Timée et la République de Platon, les Aphorismes d'Hippocrate, les ouvrages de Galîen et de Dioscoride, et d'autres encore. Sa fin fut malheureuse- Ayant pris part à la querelle des images qui divisait l'Église chrétienne, il fut excommunié par l'évfique Théodose et, de chagrin, s'empoisonna (novembre 873). Son fils et principal élève, Ishaq ben Honéïn, intime ami du vîzîr Qâsim ben 'Obaïdallah, fut plus philosophe que médecin ; il traduisit les Catégories d'Aristote ; il mourut paralysé en 910.

Après eux on signale encore flobéïch ben el-Hasan, neveu d'ishaq, qu'il aida dans ses travaux, et qui traduisit Dioscoride et Galien; Abou-Bichr Mattà ben Yoùnous, mort à Bagdad en 940, qui s'occupa de la Poétique d'Aristote ; Abou-Zakariyâ Yahya ben 'Adî, surnommé le Logicien, chrétien jacobite, dont il n'est resté que le nom, ainsi que le médecin Ibn Zeraa, de la même confession chrétienne, qui traduisit des ouvrages de médecine et de philosophie.

La philosophie.

La lecture des traductions d'Aristote fit naître l'étude de la philosophie, qui, dans le monde musulman, resta enfermée dans le cercle relativement étroit des penseurs et des savants; elle n'eut pas de prise sur le commun du peuple; mais, dans le monde des travailleurs de la

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pensée, elle fut adoptée avec enthousiasme. Déjà sous le khalife El-Mo'taçim, vers 840, Chihûb-Eddin Ibn Abl'r- Rabt composa, a la demande du souverain, un traité de politique précédé de considérations sur la psychologie qui peut être considéré comme le plus ancien ouvrage de ce genre en langue arabe; il. est conservé à Paris et a été imprimé au Caire {Soulouk el-Mâlik fi tedbir el-MamdUk). Après lui vient Ya'qoub ben Ishaq el-Kïndi, fils du gouverneur de Koufa, qui était d'ancienne famille arabe; né dans cette ville, il alla étudier à Bassora, puis à Bagdad, oii il s'établit définitivement. Il fut compris dans les poursuites qui suivirent la réaction orthodoxe du temps de Motawakkîl, vit confisquer sa bibliothèque, dont il ne put obtenir la restitution que peu avant la mort du khalife et la sienne. 11 écrivit environ deux cents ouvrages sur les sujets les plus variés.

Ahmed ben et-Tayyîb es-Sarakhsî, né à Sarakhs dans le Khorasan, est plus connu sous son surnom de Tilhidh- KL-KiNDi, l'élève d'EI-Kindi; on n'a plus ses ouvrages; il faisait partie de la suite du khalife El-Mo'tadid, dont il avait été le professeur, et en punition de ce qu'il avait laissé échapper un secret qui lui avait été confié, il fut jeté en prison et mis » mort en 899.

D'une famille turque de la Transoxiane sortait Abou- Naçr Mohammed bl-FàrAbi, né à Farab, la moderne Otrar, qui étudia à Bagdad la médecine et la philosophie. Attiré à Alep par l'éclat de la cour de Séïf-Eddaula, le protecteur des lettres et des sciences, il y vécut retiré du monde, donnant des leçons dans les charmants jardins qui entourent la ville, et mourut à Damas en 950, alors qu'il accompagnait son maitre pendant un voyage. II écrivit sur la logique, la morale, la politique, les mathématiques, l'alchimie, la musique. Ibn Khallikan l'appelle

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le plus grand philosophe que l'islamisme ait jamais possédé; c'est à lui qu'Avicenae doit sa science, et il fallut ea effet un graod maître pour un aussi illustre élève. A son arrivée à Bagdad, il ignorait l'arabe; ce fnt là sa première étude. Quand il fut maître de cette langue, il put profiter des leçons d'Abou-Bichr Mattâ ben Yoùnous, qui enseignait la logique; El-Fârâbi remplit soixante-dix volumes avec les notes qu'il prit à son cours oii il expliquait le traité d'Aristote sur ce sujet. U lut deux cents fois le Traité de l'âme du célèbre philosophe grec. « Si j'avais vécu de son temps, aimait-il à dire, j'aurais été le chef de ses élèves, a

Ses considérations utopiques sur une cité modèle, adaptation de U République de Platon aux idées musulmanes, sont des plus curieuses; elles sont d'un philosophe, non d'un homme politique ni d'un jurisconsulte. Les hommes doivent avoir un gouvernement monarchique et une croyance religieuse. L'Etat le plus parfait serait celui qui comprendrait toute la terre habitée : dans une pareille monarchie universelle, il faudrait que les gouvernés fussent des saints, et les gouverneurs des sages. Toutefois l'auteur admet que si l'on ne rencontre pas chez un seul homme les qualités qu'il exige du monarque, on peut lui en adjoindre un second, un troisième et ainsi de suite : ce beau système aboutirait à la république aristocratique.

En 966, un Arabe de Jérusalem, Motahhar ben Tùhir el-Maqdisi, se trouvait à Bost dans le Sidjistan et y rédigea, à la demande du ministre d'un prince samanide, un résumé des connaissances de son époque sous le titre de Kilâb el'bèd' wèt-tarikh (Livre de la création et de l'histoire) dans lequel il fait part au public, en dehors du fonds commun de l'érudition musulmane, du fruit de

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ses recherches personnelles, de ses entretiens avec les prêtres des Mazdéens et avec les rabbins juifs. Cet ouvrage fut attribué plus tard, l'on ne sait pourquoi, au philosophe Abou-Zéîd Ahmed ben Sabl el-Balkhi et catalogué sous son nom. Une copie du manuscrit unique existant dans une des bibliothèques de Constantinople a été rapportée d'Orient par celui qui écrit ces lignes et est actuellement en cours de publication, avec sa traduction, par les soins de l'École des Langues orientales vivantes de Paris.

La prise de Bagdad par les Bouïdes en 945, la mise sous tutelle du khalife abbasside, réduit à n'être plus qu'un automate revêtu d'un unique pouvoir spirituel, donna quelque vie à la libre spéculation philosophique, entravée par le succès de la réaction religieuse sous Motawakkil et ses successeurs. Ces princes, originaires d'un simple pécheur du Tabaristan, devenu condottiere à la suite d'un chef de cette province, étaient chiites et s'intéressaient fort peu aux progrès de l'orthodoxie. C'est sous l'influence de cette liberté relative que l'on voit se former ii Bassora, vers le milieu du iv" siècle de l'hégire, une société de philosophes qui s'appelaient Ikhwân eç-Çafà (les Frères de la pureté), et qui rédigèrent, en cinquante et uu traités, toute la somme de la philosophie arabe. Cet ouvrage célèbre a été traduit et étudié en allemand par M. F. Dieterici.

Avicenne (Abou 'Ali el-Hoséïn Idn Sivk) était le fils du gouverneur d'une petite ville près de Bokhara; né en août 980, il étudia a la fois la philosophie et la médecine dans le chef-lieu de la province. A peine âgé de dixsept ans, une cure merveilleuse qu'il fit au prince samanide Noùh, fils de Mauçour, lui ouvrit l'accès du palais. A vingt-deux ans, ayant perdu son père, il se

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reodit auprès du roi du Khârizm (Khiva) 'Ali ben Mançour, voyagea daos le Khorasan et dans le Djordjàn, où il resta quelque temps comme professeur et composa sod chefd'œuvre médical, le Qdnoun fV-tibb (CaooD de la médecine). Plus tard il se rendit à Réï et à Kazvin, arriva à Hamadan, où il devînt ministre du prince Bouîde Chems- Eddaula, puis dut résigner ses fonctions sous l'influence du parti militaire; sous le fils et successeur de ce prince, Tâdj-Ëddaula, il fut accusé de haute trahison et enfermé dans une forteresse dont il put s'échapper au bout de quelque temps pour se réfugier à Ispaban, auprès d'Ala- Eddaula Abou-Dja'far Ibn Dochmanziyâr. Epuisé par ud travail excessif et par la débauche, il mourut dans le cours d'une maladie contractée pendant une campagne contre Hamadan en 1037.

Ses ouvrages embrassent tout le domaine des sciences cultivées dans l'Orient à cette époque. En matière théologique, il a écrit des risâla ou opuscules sur différentes sourates du Koran, sur le jugement dernier, sur les miracles, les songes, la magie et tes talismans; mais la philosophie fut son domaine principal. Le Ckifa est un traité de logique, de physique, de mathématiques, et d'astronomie; accusé de s'y être montré l'adversaire de la doctrine du Koran, il écrivit à son élève préféré 'Obaïd-Allah de Djozdjân une lettre pour s'en disculper; Ylchdrdt wet-tanblhât, manuel de logique, a été publié et traduit, sous le titre de Livre des théorèmes et des afertiasements, par M. J. Forget à Leyde. L"Oyoûn e/kikma {Sources de la sagesse) est consacré à la logique, à la physique et à la théologie. Son Hayy ben Yaqzkan, traité mystique, a été traduit par Mehreu. M- le baron Carra de Vaux a publié, traduit et commenté son ode sur l'âme. Sa Khotbat el-Gharrâ (Sermon brillant) a été

éditée par Golius. L'opuscule des Oiseaux [Risâlet et-laîr) est une parabole mystique sur les oiseaux prisonniers. Une réfutation de l'astrologie montre comment le grand médecîo s'était dégagé du plus tenace des préjugés de son temps, qui est encore loin d'avoir disparu de l'Orient de nos jours. Son poème didactique sur la logique, en deux cent quatre-vingt-dix vers, a été publié par Schmœlders.

Dans le domaine des sciences physiques et naturelles, en dehors d'une dizaine d'opuscules sur l'astronomie et la physique, nous trouvons le code de la médecine, le fameux Qdnoun, si souvent commenté, et des poésies didactiques, telles que la Mamho&ma ou poésie sur la médecine, en mille trois cent seize vers, et une autre sur l'anatomie.

Abou't'Wéfa MoBACHcnn ben FAtik, émir égyptien, a écrit en 1053 un recueil d'apophtegmes de tous les sages de l'antiquité et du moyen âge sous le titre de Mokhtdr eî~Hikam (Pensées choisies); la partie de cet ouvrage relative à ta légende d'Alexandre a été publiée et traduite par M. Meissner.

Abou-Bekr et-Tortoùchi Ibn Abi-FUndaqa était né à Tortose en i059; il étudia te droit malékite à Saragosse, et les bel) es -lettres à Séville, accomplit le pèlerinage en 1083 et parcourut l'Orient; il alla jusqu'à Bagdad; à son retour, il s'arrêta en Egypte et s'établit à Alexandrie, oii il mourut en 1126, comme professeur de traditions. Son Sirâdj el~Moloâk (Flambeau des rois) est un guide de la conduite des princes, terminé au Vieux Caire en 1122 et dédié au vizir El-Mamoun. Sa vie fut celle d'un ascète dévot, pratiquant les mortifications et menant l'existence d'un pauvre, content de peu.

Le philosophe Avenpacc (Abou-Bekr Ibn es-Sàïgh

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Ibn Bâdjdja] naquit à Saragoese; il vécut à Séville et à Grenade; plus tard tl se rendit à Fez, a la cour des Almoravidesj et y fut emprisonné à l'occasion du médecin Abou'I-AIa Ibn Zohr, en 1138. En outre de la philosophie, il s'était occupé aussi de musique. On a de lui vingt-quatre petits écrits sur la philosophie, la médecine et les sciences naturelles, une lettre d'adieu et un poème cynégétique, Tardiyya; ses ennemis le considéraient comme un libre penseur.

Ibn Tofaïl, né à Cadix, élève d'Avenpace pour la philosophie et la médecine, entra comme secrétaire au service du gouverneur de Grenade, devînt ensuite médecin particulier et ministre de l'almohade Yoûsouf; il mourut à sa cour, à Maroc, en 1185. Son Asrâr elhikmat el-Mochriqiyya (Secrets de la sagesse illuminative) a été imprimé à Boulaq. Son roman philosophique de Hayy ben Yaqzhan, qui représente l'éveil de l'intelligence dans un enfant né seul dans une lie déserte, a été édité par E. Pocock à Oxford, sous le titre de Philosophas aulodidactus. Il s'efforça de concilier la loi révélée avec la philosophie.

Averrhoès (Abou 'l-Wélld Ibn Rocbd], d'une famille de juristes, naquit à Cordoue en 1126 et y fit ses études. En 1153, s'étant rendu à Maroc, il y fut présenté par Ibn Tofaïl au roi almohade YoAsouf. En 1169 il fut nommé cadi à Séville; deux ans plus tard il retourna dans sa ville natale, d'où un ordre de Yoùsouf l'appela à Maroc; ce souverain voulait le nommer son médecin particulier, mais le savant ne tarda pas à retourner comme cadi à Cordoue. Vers la fin de sa vie il fut banni et interné à Ëlisâna, non loin de Cordoue, par le successeur de Yoùsouf, Ya'qoùb el-Mançour, qui le soupçonnait d'hérésie à cause de ses études philosophiques ;

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Déanmoias il fut encore appelé uoe fois à Maroc, où il mourut le 10 décembre 1198, Noua avons de lui le Facl el-Maqdl (Discours décisif), où il s'eiForce de concilier la foi et la science; une réfutation du Téhdfot de Ghazàli, qu'il intitula Tèkâfot et-Ukâfot (la Chute de la Chute), dont le texte arabe a été imprimé au Caire; une thérapeutique sous le titre de KouUiyyât, et son commentaire sur la Poétique et la Rhétorique d'Aristote, publié et traduit en italien par F. Lasînio. Un fragment du cornmentaire d'Alexandre d'Aphrodisias sur la métaphysique du grand philosophe de Stagyrc a été traduit par Freudenthal.

Borhân-Ëddin Bz-ZBRDODDJi écrivît vers 1203 le Ta'lim el-muté'allim (Instruction de celui qui veut apprendre), manuel dont les exemplaires sont excessivement répandus, et qui a été édité par Reland,. puis par Caspari, BOUS le litre d'Enckiridion aludiosi.

Pour les besoins de l'enseignement, les manuels se multiplient. Ahou-'Abdallah bl-Khawindjî, né en 1194 d'une famille persane, devenu cadi au Caire et mort en 1248, écrivit à la Mecque en 1227 un résumé de ce genre, appelé el-Djomal ou el-Moâdjiz, ainsi qu'un traité plus développé sous le nom de Kechf et~asrar (les Secrets dévoilés); Athir-Ëddin Mofaddal el-Abhari, mort en 1264, a composé un Hiddyat~el-hikma (Guide de la sagesse) qui traite en arabe de la logique, de la physique et de la métaphysique, et le Kitdb el'îsagkoûdji, d'après t'cl(raYci>Y'i ou introduction aux catégories d'Aristote, par Porphyre, Ncdjm-Ëddin 'Ali bl-Katibi de Kazvin, mort en 1276, a écrit, à la demande de Chems-Eddîn Mohammed Djowéïni et en son honneur, un traité de logique appelé Er-Risdla eck-chamtiyya, publié par Sprenger en appendice au Dictionary of the lechnical terms, le

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Hikmet eU'Atn (Philosophie de l'essence), sur la physique et la métaphysique, ainsi que le DJdmi-ed-dagdtq sur les mêmes sujets; Siràdj-Ëddin Abou'th-Thanâ EL-Oiiii*.wi, mort en 1283, a consacré à la logique son MatdlC el anivdr.

La controverse et la dialectique, à cette époque, revendiquent les noms de Borhân-Eddin bn-Na8ApI (1209- 1288) avec son Foçoâl et sa Moqaddima, ainsi que d'autres livres du même genre, et de Chems-Eddin es- SaharqandÎ avec sa Ritâla, le Qostâs et le ' Aïn-en-Nctzar sur la logique, les Cahdîf sur la dogmatique, et VAchkâl et'la'sis sur la géométrie d'Euclide.

'Abd-el-Haqq Ibn Sab'im, né à Murcie, connu comme fondateur de la secte mystique des Sab'iniyya, se trouvait à Ceuta lorsque le sultan almohade 'Abd-el-Wâhid le chargea de répondre à quelques questions philosophiques que l'empereur d'Allemagne Frédéric de Hohenstaufen avait adressées aux savants arabes; sa correspondance à cette occasion a été publiée et étudiée par A. F. Mehren dans le Journal Asiatique. Ibn Sab'io se suicida à la Mecque en s'ouvrant les veines du poignet (1269). Il a laissé une introduction à la métaphysique appelée Bodd el-'ârif, un ouvrage dénommé Asrdr el Hikmat el-mochriqiyya (Mystères de l'illuminisme), et des prières dont tous les mots commencent par ta lettre q.

Chems-Eddin bcb-Cbahkazouri el-Ichràqî écrivit au vil' siècle de l'hégire, en outre des Romoâz ival-amlkâl el-lahoûliyya (Mystères et paraboles divins) et du Ckadjarat eUildkîyya (l'Arbre divin), une histoire des philosophes depuis Adam jusqu'à Galien sous le titre de Raudat el-afrdk (le Jardin des joies).

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Les mathématiques.

Comme on vient de le voir, l'étude des mathématiques marchait de pair avec celle de la philosophie. Il est hors de doute que la géométrie provenait exclusivemeDt de sources grecques, et particulièrement des Eléments d'Euclide; mais on peut se demander si l'arithmétique doit beaucoup à ta science de l'Inde. C'est l'adoption du système des chiffres indiens qui aurait, suivant M. Brockelmann, permis aux Arabes de faire de grands progrés dans cette science; mais leur adoption est assez récente, et les Arabes se sont, comme les Grecs, servis de la valeur numérique des lettres de leur alphabet avant d'adopter la numération décimale provenant de l'Inde, qui depuis a fait le tour du monde sous le nom de chiffres arabes, mais qui avait peut-être été empruntée par les Indiens au système de Vabacus (la case vide remplaçant le zéro), inventé probablement à Alexandrie dans les premiers siècles de l'ère chrétienne. L'auteur arabe du x* siècle qui a écrit le Kitâb el-bèd tvèl-Tarikh (le Livre de la création et de l'histoire], Motahhar ben Tâhir, cite comme une curiosité, en chiffres indiens ou dévanagari, un nombre assez considérable attribué par les peuples de l'Inde à la durée du monde actuel; il est clair que de son temps les chiffres arabes n'existaient pas encore sous la forme que les Arabes leur ont donnée, et que l'emploi des chiffres indiens, quoique connu des savants, n'était pas courant; sans cela l'auteur n'aurait trouvé rien d'extraordinaire, ni ses lecteurs noD plus, à l'apparence du chiffre qu'il cite.

Le plus ancien mathématicien arabe est Ab ou- 'Abdallah

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bl-Khàhizmi, qui vivait sous le khalîfat de Mamoun, vers 820. A la demande de ce prince, il composa un extrait de l'ouvrage îndîen appelé Siddhaota et eotreprît une révision des tables de Ptolémée. Ses ouvrages sur l'algèbre et l'arithmétique, traduits de bonne heure en latin, firent leur tour d'Europe : on sait que c'est de son surnom ethnique d'El-Khârizmi (il était originaire du Khàrizm, ancien khanat de Khîva) que vient le mot algorithme. A la cour de Mamoun vivaient encore les trois fils do Mousa ben Chàkir, Mohammed, Ahmed et Ël-Hasan, qui écrivirent un grand nombre de traités techniques; mais le mathématicien le plus en vue de cette époque était un sabien de Harran, Thâbit ben Qorra. D'abord changeur de son métier, il alla étudier les sciences à Bagdad, se disputa sur le terrain théotogique avec ses coreHgîonnaires à son retour dans sa ville natale, et se vit rejeter par eux du sein de leur communauté. S'étant retiré à Kafartoutâ, il y fit la connaissance de ce Mohammed, fils de Mousa ben Chàkir, que nous venons de citer, lequel l'emmena à Bagdad et le présenta au khalife El-Mo'tadid. Là il se livra exclusivement à la composition d'ouvrages de médecine et de mathématiques et s'occupa surtout de la théorie des nombres; c'est là qu'il mourut le 18 février 901.

Wœpcke a donné une notice sur une théorie ajoutée par Thâbit ben Qorra à l'arithmétique spéculative des Grecs; le cinquième livre des sections coniques d'Apollonius de Pergé a été édité et traduit en allemand par M- L. Nix; d'autres ouvrages sont conservés en manuscrit dans les bibliothèques publiques. Son fils Sinân était le médecin particulier des khalifes Moqtadir et Qâhir; il céda à leurs menaces et finit par embrasser l'islamisme j mais cette satisfaction ne les désarma pas :

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il eut peur et s'enfuit au Kborasan. II en revint plus tard et mourut à Bagdad en 942. Nous n'avons plus ses ouvrages mathématiques et historiques; on n'a conservé que les travaux sur la mesure des paraboles et la géométrie en général écrits par son lils Ibrahim, mort en 946. Abou-Bekr el-Karkhî, ainsi surnommé du nom d'un faubourg de Bagdad, est connu pour avoir dédié à Fakhrel-MoIk, ministre du prince bouïde Behâ-Eddaula, un abrégé d'arithmétique dont Wœpcke a publié un extrait et qui a été traduit en allemand par M. Hochheim.

Ibn rl-Haïtham avait un emploi gouvernemental dans sa ville natale de Bassora, avec le titre de vizir, et s'était fait une réputation par ses connaissances mathématiques, lorsque le khalife El-Hàkim, apprenant qu'il s'était vanté de pouvoir régulariser les inondations périodiques du Nil, l'appela auprès de lui. Il remonta le (ieuve jusqu'à Assoaan et s'y convainquit de l'impossibilité de réaliser son projet. Le khalife, en dédommagement de son dérangement, lui confia au Caire une place dans l'administration, qu'il ne sut pas remplir; il s'attira par là la colfere du souverain. Il se tint caché jusqu'à sa mort en 1020, rentra dans la possession de ses biens confisqués et ne s'occupa plus que de travaux littéraires. Il mourut en 1038. Sédiliot a donné la notice du traité des connues géométriques d'Ibn el-Haïtham. Son traité d'optique [Tahrir el-monâzhara) a été publié et traduit, sous te titre A'Optieœ thésaurus Alhazeni, par Fr. Roesner à Bâie, en 1572.

Abou'1-Fath 'Omar bi^KhattAh, poète persan, célèbre à ce titre par ses quatrains mystiques, était aussi mathématicien, et en cette qualité se servait de la langue arabe pour ses ouvrages scientifiques. Son traité d'algèbre a été publié et traduit eu français par Wœpcke. La biblio-

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thëque de Leyde a uq commentaire de lui sur Euclide, celle de Gotha un traité d'analyse chimique minérale pour déterminer les quantités d'or et d'argent dans un composé de ces deux métaux. II était astronome et surtout astrolo^e du sultan seldjoukide Mélek-Chàh. C'est lui qui procéda à ta réforme du calendrier connue sous le nom d'ère Djélaléenne, d'après le surnom de Djélal- Eddin que portait Mélek-Châh. Il mourut en 1121.

Mahmoud el-Djagumîm el-Khàrizmi, mort en 1221, a écrit un abrégé d'astronomie {Molakkkhaç fi'l-kéla), qui a été traduit en allemand par Rudioff et Hochheim dans le journal de la Société orientale allemande.

Abou'I-Hasan 'Ali el-Marrâkocbi (ou Abou'AU el-Hasan d'après le manuscrit de Leyde) écrivit en 1230 son DjdmC el~mabâdi wèl-ghdydt (Réunion des commencements et des fins), qui a été traduit en français, sous le titre de Traité des instruments astronomiques des Arabes, par J.-S. Sédillot et publié par son fils.

Yahya Ibk ABi-CHOtKB, qui portait le titre honorifique de Moukyi 'l-milla tveddin (Revivificateur du peuple et de fa religion), était originaire d'Espagne; contemporain de l'historien syriaque Barhebrœus, il vécut d'abord en Syrie, puis à la cour de l'empereur mongol Houlagou. Outre de nombreux ouvrages sur l'astrologie et l'astronomie, il s'est occupé des sections coniques d'Apollonius de Pergé et des sphériques de Ménélaâs et de Théodosius, ainsi que du comput du temps chez les Chinois et les Ouïgours.

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LES ABBAB8IDES

L'astronomie et l'astrologie.

L'une ne va pas sans l'autre : pendant des siècles, l'astronome n'a pu se procurer les moyens de vivre et d'étudier qu'en vendant des formules astrologiques. Qui pouvait s'intéresser a la marche des astres ? Tandis que tirer un horoscope, connaître l'avenir qui se dévoile faiblement et ae déroule lentement, voilà qui avait de l'importance pour les particuliers et les États. De bonne heure nous voyons écrire, vers le commencement du III* siècle de l'hégire, un traité populaire d'astrologie divisé en douze chapitres d'après le nombre des signes du Zodiaque, par Abou-Yoûsouf Ya'qoûb el-Qarcht, et qui se trouve à la bibliothèque de Berlin. Un peu plus tard Ahmed ben Mohammed el-Farghâni, dont nous ne savons rien de plus, si ce n'est qu'en 861 il construisit un nouveau nilomètre en Egypte, écrivit un traité d'astronomie qui le rendit célèbre en Europe sous le nom d'Alfraganus, et que Golius publia et traduisit en latin en 1669 à Amsterdam.

En 885 mourait à Wâsit le grand astronome Aboo- Ma'char Dja'far ben Mohammed, originaire de Balkh dans l'Asie centrale, que le moyen âge appelait Albumaser. Si l'Europe admire en lui l'astronome, l'Orient s'émerveille de sa science divinatoire et de ses opérations astrologiques, au moyen desquelles il retrouvait des trésors et les objets perdus. De ses compositions on a conservé le Madkkal ou introduction à l'astrologie, et d'autres ouvrages d'astronomie gardés en manuscrit par diverses bibliothèques d'Europe.

Mohammed ben Djabïr al-Battànî, célèbre en Europe

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BOUS le nom d'Albatégnius, était un gabien de Harraa; à Raqqa sur l'Euphrate, oii il vivait, il fit des observatïoDs astronomiques de 882 à 900 et y dressa ses tables que possède l'Escurial et que M. NalHoo publie et traduit en latÎD a Milan. En se rendant à Bagdad pour y soutenir un procès, il mourut en 929 dans une petite bourgade sur la route. Ses tables, traduites par Platou Tiburce, sous le titre de De scientiâ stellarum, imprimées à Nuremberg en 1537, provoquaient encore, à la fin du XVIII* siècle, l'estime de Lalande.

A côté de ces grands noms, on peut citer encore ceux des Persans Kouchyar ben Labbân, auteur d'ouvrages astronomiques et astrologiques, vers 961 ; Abou-Naçr el-Qoummi, vers 968; Abou't-Hoséïn 'Abder-Rahman ea- Soufi de Réï, astronome au service du prince bouïde Adod-Eddaula, mort en 986, auteur d'une description des étoiles fixes qui a été traduite en français par Schelljerup à Saint-Pétersbourg en 1874 et d'un mémoire sur l'astrolabe que Bernard Dorn a utilisé dans une de ses études; Abou-Sahl Waïdjan ben Rustem et-Kouhi, vers 990; Abou'l-Wefâ Mohammed el-Bouzdjâni, originaire d'une bourgade près de Nisapour dans le Khorasan, mort en 997, qui imita l'Almageste de Ptolémée et laissa la réputation d'un grand géomètre, pour avoir déduit certains corollaires inconnus avant lui; c'est une question de savoir s'il a réellement, comme le croyait Sédillot, découvert la troisième inégalité lunaire avant Tycho- Brahé. Après ces Persans viennent 'Ali ben Abi-Sa'ld es-Sadafi, astronome du khalife fatimide d'Egypte Ël- Hakem, auquel il a dédié sa grande Table hakémite dont Caussin de Perceval s'est occupé dans les Notices et Extraits; il mourut en 1008; Abou'UHasan 'Ali ben Abi'r-Ridjâl en Afrique, dont l'astrologie fut traduite en

LES IBBÂSBIDES

latin et imprimée à Bâie en 1551 sous le nom d'Albohazen; Abou'l-Qâsim el-Ghàfiqt, médecin et mathématicien espagnol, dont le traité de l'astrolabe est conservé au British Muséum.

La géographie.

La géographie des Arabes est d'origine grecque; El- Kindi se fit traduire l'ouvrage géographique de Ptolémée, traduction améliorée plus tard par Thâbit ben Qorra; nous n'avons plus ce travail : le plus ancien abrégé de géographie que nous possédions est le SouraC el-ard (Figure de la terre) de Mohammed ben Mousa el-Khàrizmi (1036), étudié par W. Spitta et C. Nallino. Mais il était donné à la langue arabe, pour répondre aux nécessités politiques et économiques du vaste empire que le khalifat avait à administrer, de produire de bonne heure des ouvrages de géographie descriptive dont l'intérêt, pour la connaissance de l'Orient au moyen âge, est capital : aussi les plus éminents des orientalistes se sont-ils astreints à les étudier et à les publier.

Ce sont les maîtres de la poste aux chevaux, c'està-dire les fonctionnaires qui, dans la capitale et dans les cheTs-lieux de province, assuraient la transmission de la correspondance olficielte en même temps qu'ils avaient la mission non avouée de tenir au courant, par des rapports de police, l'autorité centrale de ce qui se passait dans toutes les régions de l'immense empire, qui écrivirent, pour les besoins de leur service, la description des terres où régnait le Koran. Ibn Khordâdbeh ('Obéïdallah ben 'Abdallah) était Persan d'origine; son grand-

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3SS LITTÉRATUnE AIIABB

père, qui appartenait à la religion mazdéenne, s'était converti à l'islamisme, son père avait été quelque temps gouverneur de la province du Tabaristan sur la mer Caspienue. Lut-m^mc vécut à Bagdad, y fit la connaissaQce du célèbre musicien Ishaq de Mossoul, qui lui enseigna la musique et les belles-lettres; il fut enfin envoyé dans l'Irak persique comme directeur des postes; il était à Sàmarra sur le Tigre lorsqu'entre 844 et 848 îl écrivît son Litre des routes et des provinces qui donne l'indication exacte des relais de poste et le montant des impôts de chaque province. M. Barbier de Meynard a le premier publié et traduit cet ouvrage dans le Journal Asiatique; plus tard M. de Goeje, à Leyde, en a donné un texte corrigé d'après des manuscrits moins défectueux.

Ibn Wàdih el-Ya'qoûbi, proprement Ahmed ben Abi- Ya'qoûb, appartenait à la famille des khalifes abbassides. Son bisaïeul Wâdih, affranchi du khalife Mançour, puis gouverneur d'Arménie, de l'Azcrbaïdjan et de l'Egypte, était chîîte : son dévouement pour l'Alide Idris, dont il facilita la fuite vers le Maroc, lui valut la peine de mort. Quant à notre géographe, il vivait auprès des princes tahérides du Khorasan; il entreprît un voyage dans l'Inde, en Egypte et dans le Magrcb, où il écrivit, sous le titre de Licre des pays, sa description du Magrcb, remplie de détails topographiques et de descriptions des principales villes. Il composa également une histoire des Abbassides qui est en réalité une Histoire universelle abrégée en deux volumes, s'arrètant à l'année 872, et dont l'intérêt est double, parce que c'est le plus ancien ouvrage historique écrit par un chiite et avec des tendances chiites, et parce que l'auteur s'est servi de bonnes et anciennes sources dont la science a pu tirer profit.

Abou-Bekr Ibn el-Faqîh était de Hamadan en Perse;

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ii écrivit, peu après la mort du khalife Mo'tadid (902), son livre géographique, dont on n'a plus que l'extrait fait en 1022, par 'Ali ben Dja'far de Chaïzar, et qui est remarquable en outre parce que la ville de Bagdad, la capitale, n'est pas mentionnée, ce qui pourrait faire croire qu'il a été rédigé sur des données recueillies au temps des Oméyyades, avant la fondation de cette ville illustre. Ibn Rosteh {Abou-'Âli), qui se trouvait à Ispahan ver» 903, y compila une encyclopédie appelée el-A'ldk-en- Nafïaa; la partie géographique, qui eu forme le septième volume, a été conservée au British Muséum et publiée, ainsi que les précédents, par M. de Goeje dans sa BibUotheca geographorum arabicorum. Récemment M. Guy Le Strange a fait connaître ua Ibn Serapion, dont le nom étrange rappelle l'Egypte, qui rédigea, après la prise de Bagdad par les Bouïdes, en 945, une description de cette capitale et de la Mésopotamie; mais nous ne savons rien de ce topographe, dont la place est historiquement ici. Un ambassadeur du khalife El-Moqtadir, Ibn Fadian, envoyé en 921 auprès du roi des Bulgares, alors cantonnés sur les bords du Volga, en rapporta un récit de sa mission qui a été utilisé par Yaqout pour son grand dictionnaire géographique; la partie relative aux anciens Russes a été publiée et traduite en allemand par Frœhn .

Qodama (Abou'l-Faradj), surnommé le Secrétaire de Bagdad, mort en 922, a laissé un livre de l'impôt foncier qui, avant de passer à l'examen des questions concernant l'établissement et le rendement de l'impôt, donne un exposé de l'organisation du service des postes et un résumé de la géographie de l'empire arabe et des contrées avoisioantes. Mais Qodama n'était géographe que d'occasion; il était littérateur de profession; il a écrit un

LITTERATUIE AB&BE

ouvrage intitulé Critique de la poésie, qui traite de l'art poétique chez les Arabes, et un de ses élèves a rédigé d'après ses leçons un ouvrage sur la rhétorique que possède l'Escurial.

La dynastie des Samanides commençait alors à faire parler d'elle dans le Khorasan, où elle s'était rendue de fait indépendante. Elle protégeait les lettres et les sciences, et la géographie lui doit d'avoir vu paraître un ouvrage écrit entre 892 et 907 par El-Djalhâni, qui fut ministre de plusieurs de ces princes, et qui est aujourd'hui perdu, à moins qu'Edrisi ne l'ait utilisé pour sa description de l'Asie, comme on l'a insinué. Le même El-Djaïhàni, profitant de la présence à la cour de Boukhara du prince indien Kalatli, fils de Chakhbar, chargea le poète arabe Abou-Dolaf Misaar ben Mohalhal, né à Yambo dans la mer Rouge, d'accompagner le prince indien dans son retour à travers le Tibet; le poète voyageur revint de l'Inde par Kachmir, l'Afghanistan et le Sidjistan et rédigea à son retour un livre intitulé Merveilles des pays, qui a été utilisé par Yaqoutet Qazwîni et étudié par SchlSzer.

Le philosophe Abou-Zéîd Ahmed ben Sahl el-Balkbî a composé en 921 un livre intitulé Sowar el-aqâlim (les Figures des climats), qui renferme surtout des cartes géographiques et dont un exemplaire se trouve à Berlin. L'auteur avait appartenu dans sa jeunesse à la secte des Imamites; pour la mieux connaître, il s'était rendu dans l'Irak, avait profité des leçons d'El-Kindi et s'était livré à des études philosophiques. Le prince de Baikh, qui portait le même nom que lui, Ahmed ben Sahl, le couvrit de bienfaits et lui permit d'acheter un fonds de terre. Il mourut en 934. C'est à lui qu'on a attribué, probablement à tort, mais déjà depuis fort longtemps, le Livre

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de la Création et de l'histoire dont le véritable auteur parait Être Motahhar ben Tabir el-Maqdisi, qui se trouvait dans la ville de Bost en Sidjistan.

La géograpbîe de la péninsule arabique a été le terrain d'élection d'El-Hamdâni, originaire d'uue famille du Yémen, passionné pour les antiquités de l'Arabie heureuse, pour les souvenirs de son histoire, pour les vieilles forteresses ruinées qui rappellent l'ancienne grandeur du royaume de Saba; sa description de la péninsule a été éditée par D. H. Mûller et étudiée par Sprenger ; son livre intitulé Iklil (la Couronne), qui se trouve à Berlin, a fourni à D. H. Mûller la matière d'une étude sur les châteaux forts du sud de l'Arabie.

Abou-'Abdallah el-Maqdisi, que l'on continue à appeler El-Moqaddési par suite d'une habitude prise de longue date (cette dernière forme de son surnom est admissible, mais peu usitée), était né à Jérusalem ; il passa une grande partie de sa vie à parcourir l'empire musulman, sauf peut-être les extrémités orientale et occidentale, l'Inde et l'Espagne. Son livre, intitulé Ahaan et-taqdsim fi marifèt el-aqalim (la Meilleure des divisions pour la connaissance des climats) est un ouvrage très complet dans lequel il donne, en outre de ses observations personnelles, le résumé des connaissances antérieures; il l'écrivit en 985. Cette description des États musulmans a depuis été souvent utilisée par les géographes qui l'ont suivi.

Abou-Raïhân Mohammed bl-Bihouni tirait son surnom de ce qu'il était né dans un des faubourgs de Khwàrizm (Khiva), en septembre 973. Sa famille était d'origine persane. Il fit de profondes études en histoire, en mathématiques et en médecine; il fut en correspondance avec Avicenne. Il se rendit plus tard dans l'Inde,

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100 LITTÉRATDRB ARABE

dont il étudia les sciences, et dont il nous a laissé une description fort exacte sous le titre de Tartkh el-Hind (Histoire de l'Iode), publiée et traduite en anglais par M. E. Sachau. Après son retour il s'établit à la cour du sultan Mas'oùd, fils du célèbre Mahmoud ben Subuktékin le Ghaznévide, auquel il dédia son Qânoân el- Mas'oûdi, traité complet d'astronomie. Il mourut à Ghazna le 13 décembre 1048. Il était chiite, comme la plupart de ses compatriotes, et mal disposé pour les Arabes. Sa chronologie des peuples orientaux [el-AUtâr el-bâqiya, les Monuments existants des siècles écoulés), remplie de renseignements des plus intéressants sur les peuples de l'Asie centrale, a été publiée et traduite en anglais par M. Sachau.

Abou-'Obéïd bl-Bekhi, né à Cordoue en 1040, mort dans la même ville en 1094, a composé, sous le nom de Mo'djam ma ista'djam, un dictionnaire géographique des noms de localités cités dans les anciens poètes arabes avec une introduction qui parle de la position géographique des tribus, qui a été publié par Wûstenfeld, et une géographie générale, sous le titre commun à la plupart des traités arabes de cette science, el-Mésalik wèlmémalik (les Routes et les provinces), dont le haron Mac- Guckin de Slane a extrait et traduit en français la Description de V Afrique septentrionale.

Mohammed ben Abi-Bekr bz-Zobhi, qui vivait à Grenade en 1137, a laissé une géographie dont on a extrait la description du Sous el-aqca qui a paru dans le Bulletin de correspondance africaine.

Abou-'Abdallah ech-ChérifEL-EDRisi, né àCeuU en 1099 d'une famille alide, étudia à Cordoue, fit de longs voyages et vint à la cour du roi normand de Sicile, Roger II , pour lequel il écrivit en 1154 son grand

ouvrage géographique, Nozkat eUMochtâq, qui a été traduit en français, d'une façon d'ailleurs insufEsante, par Amédée Jaubert.

Abou-' Abdallah Mohammed bl-Mazini, né il Grenade en 1080, parcourut une grande partie du monde musulman, l'Egypte oîi il arriva en 1114, Bagdad où il se rendit en 1161, puis le Khorasan, d'oii il revint en Syrie pour s'établir à Damas. Il mourut dans cette dernière ville en 1169. 11 rédigea sa géographie, intitulée Tohfat el-albdb iva nokkbat el-A'djâb (Présent fait aux cœurs et choix de merveilles) d'après ses propres voyages et les récits de témoins dignes de foi. Il réunit, pour la bibliothèque d'Abou'l-MozhaflFar Yahya ben Hobéïra, le récit de ses voyages, où l'on trouve beaucoup de légendes fabuleuses, sous le titre de Nokkbat el^adhân. Du même genre doit être le 'Adjdïb el-Makhlouqat (Merveilles des Créatures), conservé à la Bodléienne; ce titre devait beaucoup servir après lui.

Abou'I-Hoséïn Mohammed Ib> Djobair écrivit, vers la fin du vi' siècle de l'hégire, un récit de son pèlerinage à la Mecque, en partant d'Espagne. Le texte en a été publié par Wright; des extraits en ont été traduits en français par Amari et Crotla. Il était originaire de Valence, où il naquit en 1145, puis s'était établi à Grenade; il en partit en 1182 pour accomplir son voyage. Au retour il visita Malaga, Ceuta et Fez, où il donna des leçons. Il mourut en 1217, après avoir amassé une fortune considérable à laquelle il renonça par esprit de dévotion,

Yàqodt ben 'Abdallah er-Roumi était né de parents grecs sur le territoire de l'empire romain d'Orient, vers 1179 ; enlevé dans une razzia, Il fut conduit à Bagdad et vendu comme esclave à un négociant de Hama établi dans

303 LITTéHATURB ABABE

la capitale du khalifat. Son mattre lui 6t dooner nue éducation soignée et l'envoya, jeune encore, faire des voyages de négoce. Au retour de son troisième voyage dans le golfe Persique en 1194, il se brouilla avec son mattre, qui était aussi son bienfaiteur; chassé de la maison, il se fit copiste pour vivre et étudia auprès du grammairien El-Okbarî. Quelques années plus tard il se raccommoda avec son patron et reprit encore une fois la route du golfe Persique; mais à son retour, l'année suivante, il trouva mort le négociant de Hama, s'établit comme libraire et commença à publier des écrits. En 1213 il recommença à voyager; tl se rendît à Tébriz, puis partit de Moaaoul pour la Syrie et l'Egypte, et se rendit en 1215 dans le Khorasan. Pour se consoler du chagrin que lui causa le départ d'usé esclave turque, dont il avait dû se défaire par suite du vide de sa bourse, il lut les livres que contenaient les bibliothèques de Merv, et conçut le plan de son grand dictionnaire géographique. Après y être resté environ deux ans, il se rendit à Khiva et à Balkh ; c'est pendant qu'il se trouvait dans cette dernière ville qu'il apprit la prise de Bokhara et de Samarcande par les Mongols; effrayé par ce désastre, il retourna dans le Khorasan et rentra en 1220 à MoBSOul, où il reprit son métier de copiste. Le vizir Djémâl-Eddin ech-Chéîbâni, auquel il avait eu recours, lui facilita les moyens de venir le trouver à Alep en 1222. De retour à MobbouI, il s'occupa de terminer son dictionnaire, achevé le 13 mars 1224. En 1227 il fit encore une fois le voyage d'Alexandrie, en revint à Alep l'année suivante et se remit à corriger le manuscrit de son grand ouvrage. C'est là qu'il mourut le 20 août 1229.

Le Mo'djam el-boldân a été publié par WCtstenfeld, ainsi que le Mocklarik, dictionnaire des homonymes

LES ABBASSIDBS 303

géographiques; l'abrégé du premier, Mardçid-el-ittilâ' , publié à Leyde par Juyoboll, a été pendant longtemps le seul ouvrage de ce genre qu'aieat pu cousulter les orientalistes. Il a composé aussi un dictiounaire des gens de lettres, Mo'djam el'odabâ, dont M. Margoliouth prépare une édition. Le Moqtadhab min djamharat en-naaab, qui existe en manuscrit au Caire, est une sélection de la généalogie des tribus arabes.

Le médecin Mowaffaq-Eddin 'Abd-el-Latip beu YoAsouf, né à Bagdad en 1160 et mort dans la même ville le 10 novembre 1231, a écrit une description de l'Egypte dont se sont occupés J. White, Wahl et Silvestre de Sacy. Il a laissé en outre un recueil d'apophtegmes du Prophète et de ses compagnons, le Tadjrid, et une description de la personne de Mahomet, abrégée d'après le Maqâîat et-Tadj.

Zakariyâ bl-Qazwini, né à Kazvin dans l'Azerbaidjan vefs 1203, descendait d'Anas, fils de Malek. Il quitta sa ville natale, nous ne savons pour quelle raison, et s'établît en 1232 à Damas, où il fit la connaissance d'ibn el- 'Arabi. On le retrouve ensuite cadi des villes de Wâsit et de Hilla sous El-Mosta'çim, dernier khalife abbasside de Bagdad; il mourut en 1283. Il est l'auteur de V'Adjaîb el-Makhlouqât (Merveilles des créatures), cosmographie, publiée par Wûstenfeld, ainsi que VAtkdr el-Bildd (Monuments des contrées), qui est une géographie historique.

Abou-Mohammed el-'Abdari, qui était de Valence, écrivit en 1289 un Rihla (Voyage), qui contient la description des villes d'Afrique et des détails sur les mœurs de leurs habitants ainsi que sur les savants qui y demeuraient.

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LITTEKATCKE ARABE

La médecine.

Les Syriens avaient porté la coDiiaissaiice de la médecine jusqu'en Orient; l'académie de Gondéchâpour, en Perse, en avait gardé la tradition jusqu'au temps des khalifes abbassides. C'est là que le khalife Mançour alla chercher Georges Bokhtyëchou' pour faire de lui son médecin particulier. Cependant la médecine arabe reçut aussi une certaine influence de l'Inde; nous savons qu'à la cour de Haroun er-Rachid se trouvait le médecin indien Manka. A. MûUer a établi que Rhazès s'était servi, dans son Hdm, du Sucruta indien.

Les khalifes Mo'taçim et Motawakkil eurent pour médecin Abou'l-Hasan 'Ali ben Sahl ben Rabban, fils d'un médecin juif du Tabaristan ; le premier de ces souverains n'eut pas de cesse qu'il ne l'eût converti à l'islamisme; son changement de religion lui assura sa place. Son titre de gloire est d'avoir été le professeur de Rhazës; ses deux ouvrages, el-Konnâch (Système de la médecine) et Hifzh ec-Çihka (Conservation de la santé) se trouvent à Berlin, au British Muséum et à la Bodléienne.

De Gondéchûpour venait également Abou-Zakariyâ Yahya ben Mâsawéïh, fils d'un apothicaire de cette ville. A Bagdad, où il faisait ses études, il rencontra Gabriel, fils de Bokhty£chou', médecin particulier de Haroun cr-Rachid, qui lui confia la direction d'un hôpital ; plus tard il lui succéda auprès du khalife Mançour et de ses successeurs jusqu'à Wâthiq. 11 traduisit du grec de nombreux ouvrages et en composa lui-même d'originaux, tels que le Natvddir el-tibb (les Curiosités de la médecine), dédié à Hooéîn ben Ishaq.

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LES ABBASaiDBS

Ishaq ben 'Imrân, appelé à Kaîrouac par le prince aglabite Ziyàdet-Allah III, qui souffrait de la mélancolie, était de Bagdad. Après s'être brouillé avec ce prince, il périt dans les supplices sur la dénonciation d'un ennemi, qui était juif; il a laissé un traité de la mélancolie qui est à Munich.

Le grand médecin de cette époque est RKAzàs, autrement dit Abou-Bekr Mohammed ben Zakariyâ er-Ràzi, c'est-à-dire né à Réï, l'ancienne Rhagès. Jusqu'à trente ans il ne s'occupa que de musique; puis il vint à Bagdad et y étudia la médecine sous la direction d"Ali ben Sahl ben Rabban, le médecin du khalife Mo'taçim. Quand il y fut passé maitre, on le chargea de diriger l'hôpital de Réï; plus tard il revint à Bagdad en la même qualité. Puis il voyagea : déjà la renommée de sa science s'était répandue en Orient; le prince samanide MançoAr ben Ishaq l'accueillit à sa cour, et le médecin lui dédia l'ouvrage qu'il nomma Mançoùri. Ce souverain du Khorasan était brutal ; quand Rûzi lui présenta son ouvrage sur l'alchimie, il exigea que le savant prouvât par l'expérience la réalité des faits qu'il avançait; et comme celui-ci n'en pouvait rien faire, pris de colère, il lui déchargea un coup de fouet sur la tête, ce qui le rendit aveugle. On ne sait pas la date ni le lieu de la mort du grand médecin; car les uns disent 923, les autres 932; on hésite entre Bagdad et Réï. Son grand ouvrage, le Hàwt, n'avait pu être rédigé en entier par lui : il le fut, d'après ses notes manuscrites, après sa mort, sur l'ordre du ministre du prince bouïde Rokn-Eddaula. Le Mançoûri, traité de la médecine en dix livres, le livre de la variole, et tant d'autres, ont été de bonne heure traduits en hébreu et en latin, ou publiés dans le texte; la bibliothèque de l'Escurial en contient un grand nombre.

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L'Egypte, de son côté, avait donné naissance à Ishaq beo SoléïmaD, que son surnom d'Israïli indique d'origine juive; sous le prince aglabite Ziyndet-Allah 111, il se rendit à Kairouan, où il connut Ishaq ben 'Imran ; plus tard, après la cbute des Aglabites, il passa au service du khalife fatimide El-Mehdi et mourut vers 932 après avoir écrit un livre des fièvres, un traité des aliments et des médicaments, des recherches sur les éléments.

'Isa ben 'Ali, médecin chrétien, écrivit à Bagdad un mémoire sur les maladies des yeux et la manière de les traiter, qui fut connu de bonne heure en Europe par l'usage qu'en fit la chirurgie, imprimé ii Venise en 1499. Un autre auteur que l'Europe connut aussi à la Renaissance, c'est Ali ben 'Abbas, médecin du prince bouïde Adod-Eddaula ; il était fils d'un Mazdéen {d'où son surnom de Madjousî] et né à el-Ahwaz, en pleine Susiane. Son ouvrage principal s'appelle Kdmil ec-çinâ'a et~tibbitfé (le Traité complet de l'art médical] et a été traduit en latin par Etienne d'Antioche et publié à Leyde en 1523.

Abou-Sahl 'Isa ben Yahya était un chrétien du Djordjàn, qui exerçait la médecine dans le Khorasan ; mort jeune, à quarante ans, vers l'an 1000, il fut le professeur de médecine d'Avicenne; il a écrit une encyclopédie médicale divisée en cent monographies, une thérapeutique générale, une démonstration de la sagesse de Dieu dans la création des divers membres et organes du corps de l'homme, et plusieurs autres traités de moindre importance.

Revenons vers l'Occident. Nous y trouvons un Maghrébin, à la fois jurisconsulte et médecin, Abou-' Abdallah Mohammed ben 'Ali ben Toumirt, mort en 1001, qui aurait composé ciuq cents ouvrages, dont on rencontre quel-

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LES &BBÀSSIDBS

ques fragments dans les bibliothèques ; El-Djazzâr (Abou- Dja'far), qui, contrairement à la pratique de ses contemporains, préférait soigner des particuliers dans la ville de Kairouan que des princes, et qui, par zèle religieux, prenait part chaque année aux cxpéditioDs de pirates organisées en Tunisie sous prétexte de guerre sainte contre les infidèles, ce qui ne l'empêcha pas de mourir très âgé, à plus de quatre-vingts ans, en 1004. Un traité abrégé de médecine, sous le titre de Zâd el-Mosdfir (le Viatique du voyageur et la nourriture du sédentaire), un livre sur la conâance que l'on doit avoir dans les simples, un autre sur l'éducation des enfants, ont été conservés; son traité de la médecine des pauvres et des indigents fait de lui un prédécesseur de Raspaîl. A Cordoue, sous le khalife 'Abder-Rahman III, nous trouvons Abou'l-Qàsîm Khalaf ben 'Abbàs ez-Zahrâwi, plus connu sous la déformation européenne de son surnom, Albucasis, grand chirurgien, qui employait fréquemment la cautérisation, et dont les œuvres ont été traduites en latin et publiées au début de l'imprimerie.

Abou'l-Faradj 'Abdallah Ibn et-Tayybb, médecin chrétien , professeur à l'hôpital fondé à Bagdad par le Bouïde Adod-Eddaula, et en même temps secrétaire du catholicos Elias t", mourut en 1043. Il a paraphrasé les ouvrages de Galien et composé des livres sur la théologie chrétienne.

Son élève Abou'l-Hasan el-Mokhtâr Ibn Botlâk, également chrétien et médecin, accomplit le voyage d'Egypte en 1047 pour faire la connaissance de son adversaire littéraire Ibn Ridwàn; se sentant près d'être battu, il gagna le territoire de l'empire grec, se rendit à Coastanttnople et à Antiochc, se réfugia dans un cloître et y mourut postérieurement à l'année 1063. Son Taqwim

308 LITTÂRATUBE ABÀBK

eç-çihha (Tables de la Baaté] est une réunion de quarante tables de mortalité, qui ont été publiées et traduites à Strasbourg en 1532. Le Da'wat el-alibba est une conversation entre l'auteur et un médecin septuagénaire à Méyyâfâriqin, sur la médecine. UAmrâd el' Arida est an traité de thérapeutique à l'usage des personnes éloignées de la ville. Il a écrit deux opuscules, l'un pour indiquer les vices rédhibitoires que l'on peut trouver à la vente d'un esclave, l'autre pour démontrer que le poulet a le sang plus chaud que tout autre volatile.

Abou-Sa'ïd 'Obaîdallah Ibn Bokbtyèchou' appartenait à la célèbre famille de médecins chrétiens des BokhtyèchoA' ; il était ami d'Ibn Botlàn, vécut à Méjyàfàriqfn et mourut vers 1058. Il a écrit sur l'amour en tant que maladie, et sur les spécifiques.

Abou' UHasan 'AU Ibn RidwAn était un Égyptien né à Gizèh, au pied des grandes pyramides; le khalife El- Hâkim le prit comme médecin particulier, ce qui fut le point de départ de sa fortune. Malheureusement les richesses qu'il avait amassées furent gaspillées plus tard par un fils adoptif qui trahit sa confiance. H mourut en 1061 ou 1068. Sous le titre de Kifayet et-Tablb (Ce qui suffit au médecin) il a donné un traité de nosologie et de diagnostic, où l'inspection des urines joue un rôle dominant. VOçoûl fit-tibb (Principes de la médecine) n'a été conservé qu'en traduction hébraïque. Son commentaire sur VAra pâma de Galien a. été traduit en latin et imprimé à Venise en 1496; de même son corn' mentaire sur le Quadriparlitum de Ptolémée (Venise, 1484).

Abou-'Ali Yahya Ibn Djazla, chrétien d'origine, se convertit à l'islamisme en 1074 et devînt secrétaire du cadi hanéfite de Bagdad; il écrivit une lettre, aujourd'hui

LES ABBABSIDBS 309

perdue, pour réfuter les doctrines chrétiennes. 11 s'occupa de médecine et exerça cet art à l'égard de ses voisins et de ses amis, sans exiger de rétribution non plus que le payement des drogues qu'il fournissait; il mourut en 1100. Il a réuni, sous le titre de Taqtvîm el-Abdân, des tableaux de maladies d'après le modèle des tables astronomiques, traduits en latin à Strasboui^ en 1532, et sous celui de Minhaij el-beyân, un index alphabétique des remèdes simples et composés.

Abod'ç-Çalt Ouayta ben 'Abd-eU'Aziz naquit en 1068 à Dénia en Espagne. En 1096 il se rendit à Alexandrie et de là au Caire. Pour avoir tenté de renflouer un navire échoué, et n'y avoir pas réussi, il fut jeté en prison et y resta jusqu'en 1111. Il quitta l'Egypte à la suite de cette mésaventure et se retira à Mehdia en Tunisie, où il trouva une réception honorable et où il mourut en 1134. Il a laissé un recueil des drogues simples [el-Adwiya etmofrada), un traité de l'astrolabe, des problèmes astronomiques avec figures, un traité de logique appelé Taqwîm ed-dkilm (Tableaux de l'esprit). Il avait composé des poésies que nous n'avons plus, à l'exception d'une ode conservée à Berlin.

Abou'l-Faradj 'Abd-er-Rabmàn ben Naçrallah de Chirac, qui exerçait la médecine à Alep vers 1169, a écrit, en outre d'un traité sur les mystères de la science du mariage [el-Idâh fi aardr 'ilm en-nikâh) et du Raudat el-Qoloâb {le Parterre des cœurs) sur l'amour, un livre de l'interprétation des songes [Kholdcat el~Kéldm), qui a été traduit en français par P. Vattier, sous le titre d'Oneirocrite musulman.

Maïmonide {Abou 'ImrânMoAsâ Ibh Maihoon), le grand philosophe juif de Cordoue, était médecin. Né en 1139 à Cordoue, il étudia la théologie juive et la médecine. Il

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se fit passer quelque temps pour musulman lorsque le second sultan almohade, * Abd-el-Mou'miu , ordonna aux juifs et aux chrétiens qui habitaient ses États de choisir entre l'islam et l'exil; puis, quand il eut mis en ordre ses aSaires, il se rendit en Egypte, reprit sa véritable religion et fonda même une école talmudique au Vieux Caire. Saladin le choisit pour son médecin, poste qu'il conserva sous son successeur Mélik-'Azîz. Il mourut en 1204. Son Guide des égarés, écrit en arabe, mais en caractères hébraïques, rentre dans la littérature arabe; c'est un traité philosophique à l'occasion de certains termes de la théodicée de la Bible; il a été publié et traduit en français par S. Munk. Parmi ses ouvrages médicaux, on peut considérer surtout comme curieux un traité dédié au cadi El-Fâdîl, sur le venin des reptiles et le moyen de s'en guérir.

L'alchimie.

L'Alchimie avait trouvé des adeptes dans la famille des Oméyyades, puisque nous avons vu un prince de cette dynastie, Khâlîd ben Yézid, élève du moine Marîanus, écrire trois traités sur ce sujet. Djâbir ben Hayyàn, le grand alchimiste, dont l'enseignement domine le moyen âge, aurait été son élève ; on dit encore que l'imam Dja'far Çâdiq, le maitre des sciences occultes, aurait été le professeur de Djâbir. De quel pays était-il originaire? on ne le sait. Les uns disent Toâs, dans le Khorasan, les autres Antaradus, sur la côte de Syrie; M. Brockelmann pencherait à voir en lui un sabien de Harrân. Tout ce qu'on peut dire, c'est qu'il vivait à Koufa vers

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776. Od connait de lui vingt-sept ouvrages, dont plusieurs ont été traduits en latin et en allemand et publiés à Nuremberg, à Francfort et à Strasbourg, entre les dates de 1473 et de 1710.

A ia 6n du m' siècle de l'hégire, comme l'a établi Rosen, i'alchimiste Mohammed ben Oméïl composait une ode sur certains êtres ailés vus sur les murs d'un temple à Bousir, dans lequel la légende populaire croyait retrouver la prison où Joseph a été enfermé, et écrivait sur cette même ode un commentaire avec des considérations empruntées a l'alchimie.

A côté de ces rêveries où la chimie en germe n'avait pas encore de base scientifique, nous voyons, à la même époque, paraître un ouvrage consacré a l'agriculture nabatéenne et rempli d'observations scientifiques conservées par la tradition des laboureurs des plaines de la Mésopotamie. On sait que, par Nabatéens, les Arabes entendent la population autochtone de la Chaldée et de la Babylonie, population sémitique dont l'araméen était devenu la langue après avoir supplanté les vieux dialectes. Abou-Bekr Ibn el-Wahchiyé était Araméen d'origine, né en Irak. Il écrivit, en 904, un Livre de l'agriculture nabatéenne dans lequel Chwohlsson avait cru retrouver des restes de la vieille littérature babylonienne, tandis que l'auteur arabe, poussé par son désir de montrer que la civilisation araméo-syrienoe était plus belle, plus développée que celle des Arabes conquérants, n'avait pas hésité, pour appuyer sa thèse, à fabriquer de toutes pièces des écrits qui n'avaient jamais existé. L'orientaliste russe n'avait pas réfléchi qu'Ibn el-Wahchiyé, non plus que les Arabes d'Egypte pour les hiéroglyphes, n'avait aucune connaissance de la littérature babylonienne, dont le système d'écriture n'a été déchiffré

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SI3 LITTERATDRE À&ÀBB

que de nos jours. Une autre tendance qui 9e fait voir dans le même ouvrage, c'est le désir de combattre les dogmes musulmans au moyen des textes allégués, bien que l'auteur se montre toujours pieux sectateur de l'Islam. Une autre falsification du même auteur est le Ckaiiq el-Moslakâm (le Désir du cœur troublé qui veut coDDattre les secrets des écritures), consacré aux diverses écritures des différents peuples, matière que l'auteur, comme tous les Orientaux, ne pouvait connaître que bien imparfaitement. Enfin, on lui doit un certain nombre de traités d'alchimie, et le Sidret el-Montaka (le Buisson de la limite), conversation sur des sujets religieux et philosophiques.

Un Espagnol de Madrid, Abou'UKùsim Maslama e)- Madjriti (-j- 1007), était célèbre sous El-Hakam II par ses connaissances mathématiques et astronomiques, peut-être encore plus par sa pratique des sciences occultes. Il écrivit sur l'alchimie et sur la fabrication des talismans et des amulettes.

C'est à la même époque qu'il faut ranger l'auteur du plus ancien livre arabe connu sur la minéralogie, le Livre des minéraux et des pierres précieuses, par 'Otârid ben Mohammed, surnommé El-Hâ$ib (le Calculateur) ou El- Kàtib (le Secrétaire). Vers l'an 900, le chef des écuries du khalife Mo'tadid composait un traité sur les chevaux et l'équitation qui est également le plus ancien ouvrage arabe sur la matière; il est au British Muséum. Cethippologue s'appelait Abou-YoûsoufYa'qoùb ben Akhi-Hizàm. L'interprétation des songes, enfin, une des plus anciennes fausses sciences de l'Orient, est représentée par le Kîtàb ei-Qâdiri, dédié au khalife eUQâdir par Abou-Sa'id Naçr ben Ya'qoûb ed-Dinawari en 1006.

Vers le même temps on voit poindre également les

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encyclopédies abrégées, dontie nombre devait plus tard devenir considérable. La plus ancienne est le Mafâtlh et- '0/oum (Clefs des sciences), édité par M. G. van VIoten, d'après le manuscrit de Leyde, et qui fut écrit par Abou- 'Abdallah Mohammed el-Khàrizmi pour le ministre du prince samanide Noûh II, Abou'l-Hasan 'Obéïdallah el- ■Otbi. Le Kitâù el-Moqâbasdt d'AH et-ïauhidî (•{• 1009), divisé en cent trois sections sur différentes sciences, rentre dans la même catégorie.

'Abdallah Ibn Béïtàh, né à Malaga, voyagea comme botaniste en Egypte, en Asie Mineure et en Grèce. A Damas, il entra au service du prince Mélik-Kâmil comme botaniste en chef; quand son protecteur fut mort, il retourna au Caire, mais il ne tarda pas à rentrer à Damas, malgré l'honorable réception que lui avait ré> servée Mélik-Çalih;il mourut dans la capitale de la Syrie, en 1248. H a laissé deux ouvrages sur les simples, le Mûghnl et le Djdmi mofradât, traduit en allemand par J. von Sontheimer et en français par L. Leclerc.

Abou-Zakariyà Yahya Ibn bl-'Awwàu, de Séville, écrivit dans la première moitié du vi* siècle de l'hégire le Kitdb el-Faldha (Livre de l'agriculture), d'après des sources grecques et le résultat de ses propres recherches, publié et traduit en espagnol par Banquera, en français par J.-J. Clément-MuUet.

Chihàb-Eddin Abou'l-'Abbâs bt-TîpàchÎ, mort en 1253, a écrit un livre sur les minéraux et les pierres précieuses, YAzhdr el-afkâr (Fleurs des pensées), étudié par Ravins à Utrecht en 1784 et par Clément-Mullel en 1868.

Les sciences occultes contribuaient aussi à enrichir le domaine littéraire, par exemple le diwan appelé Chodhoûr ed-dakab (les Rognures d'or), recueil de poésies sur la pierre phiiosophale, de Borhàn-Eddîn Ibn ABFA.'-Ri-

litterâtuiib ahabb

SABOU, de Jaen en Espagne, mort a Fez en 1197. Zéïn- Eddin 'Abder-Rahim bl-Djaubakî, né au village de Djaubar près de Damas, se trouvait en 1216 à Harrân en Mésopotamie, en 1219 à Konia en Asie Mineure, et écrivit pour rOrtoliide Mas'oûd, prince d'Amid (Diarbékir) et d'Hiçn-Kéïfa, le Mokhtdr fi Kechf-elasrâr (Livre choisi pour la révélation des mystères], où l'on donne l'explication des tours de passe-passe et de prestidigitation. Mouhyi'ddin 'Abou'U'Abbàs el-Boûmi, mort en 1225, a composé de nombreux opuscules sur la magie, tels que le Fadâïl eî^basmala, sur l'usage de la formule BismiUah et son emploi dans les opérations magiques, le Qaha eliqtidd, sur les propriétés mystérieuses du nom de Dieu et la manière de s'en servir dans les talismans, le Maivdqit el-ghdydt sur les mystères de la vie contem— plattve des soufis, le Sirr el-hikam sur la cabale et la divination.

Les encyclopédies.

Les compositions originales disparaissent de plus en plus pour être remplacées par les compilations, les abrégés des grands ouvrages que l'on avait peine à se procurer, dont il fallait ensuite commenter le texte trop concis pour le tirer de son obscurité. Aussi y a-t-il tendance, chez les auteurs, à sortir d'une spécialité pour englober un champ de connaissances de plus en plus vaste. Nous avons déjà vu de ces hommes universels; nous allons en trouver quelques autres.

C'estainsiqueDjémal-Ëddin Abou-'AbdallahBL-QAZwiNÎ écrit en 1135 le Mofîd el-'oloûm, encyclopédie populaire,

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religieuse, morale, géographique et historique, que Abou-'Amir Mohammed el-Balaw! , mort en 1164 à Séville, rédige VOnmoddhadj el-'Oloûm consacré ïi vingtquatre sciences diETérentes, et qu'Abou-Bekr Mohammed bl-IcrbIlI, né à Séville en 1108, qui devint â soixantedix ans imam de la grande mosquée de Cordoue, où il mourut en 1179, rassembla les titres de plus de quatorze cents ouvrages dans son Fihriat, édité par Codera et Tarrago à Saragosse.

Un polygraphe d'une facilité de composition extraordinaire, ce fut Djémal-Eddin Abou'l-Faradj 'Abder- Rahman Ibn bl-Djauz!, d'une ancienne famille arabe qui rattachait son origine au khalife Abou-Bekr. Il naquit à Bagdad en 1116; son père était un homme riche qui lui fit donner une éducation coûteuse et soignée. Grand amateur de livres, quand il n'eut plus d'argent, il vendit les deux maisons que lui avait laissées son père pour augmenter encore sa bibliothèque. Il avait été d'une intelligence précoce : à sept ans il suivait l'explication du Mousnad d'Ibn Hambal et il conserva toute sa vie un goât particulier pour l'étude des traditions du Prophète. Rigide harabalite, il combattit vigoureusement les adeptes des autres opinions orthodoxes. Comme écrivain abondant, il n'y a que Soyoùti qui puisse lui être comparé. Ses travaux embrassent tout le domaine de la littérature, sauf la grammaire, la théologie scolastique et les sciences exactes. Il fut prédicateur à la Mecque et à Bagdad, non à la mosquée, mais dans des réunions particulières. Les Sunnites et les Chiites, qui se disputaient fréquemment, le choisirent un jour pour décider entre eux; il se tira d'affaire par une phrase ambiguë qui satisfaisait les deux partis. II se vantait d'avoir converti plus de cent mille hommes à une vie pieuse et d'avoir amené plus de dix mille jeunes

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310 LITTERATtlilB ARABB

gens à réfléchir sur eux-mêmes. I] mourut en 1200. Pour exprimer sa prodigieuse activité, on disait que si l'on additionnait le nombre de cahiers ou fascicules de vingt pages écrits par lui pendant sa vie et en divisant ce total par la durée de celle-ci, on trouverait au quotient neuf cahiers par jour; résultat incroyable qu'lbn Khallîkan rejette comme inadmissible pour la raison.

Sur le terrain de la science du langage, nous voyons qu'il a écrit un Taqwtm el-logha, vocabulaire de fautes de langage du peuple; sur celui de l'histoire, le Montazkam, histoire universelle, le Dhakab el-Masboûk (l'Or fondu), histoire des souverains musulmans, YAkkbâr eladhkiyd (Annales des gens intelligents), le Kitdb el-Ho~ maqâ (Livre des sots), le Kitâb el-qoçcâç (Livre des conteurs populaires), le Wafd sur la biographie du Prophète, les Mandqib ou panégyriques d'Omar, de Hasan el-Baçrt et d'Ahmed Ibn Hambal. En matière de traditions on peut citer le Djdmi'el-Maadnid, rédigé par Mouhibbi et-Tabari, le Mantiq el-Mafhoum qui renferme les traditions sur les bëtes et les objets inanimés qui ont été doués de langage par miracle; \&Maudou'dt, ou Traditions supposées, se trouve au Caire.

La jurisprudence lui doit deux ouvrages : le Tahqiq sur les traditions controversées, et le Bdz el-achhab el-Monqadd, qui est une défense de la doctrine hambalite contre les anthropomorphistes. L'exégèse coranique lui a fourni la matière de i'Adjdîb 'oloâm el-Qordn, introduction générale à l'étude du texte sacré, le Mokklaçar et le Modjtabâ, qui en sont des abrégés, le Zdd el-Maalr (Provisions de marche), manuel du prédicateur, et VArib, qui est un commentaire des passages diil&ciles du livre.

La morale pratique et l'édification l'ont conduit à compiler de nombreux ouvrages parmi lesquels on pourra

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indiquer le Talbîs IbUs (les Ruses du diable), el-Hadâïq [les Jardins), histoires édifiantes sur le Prophète et ses compagnons, ie Maurid el'Adkb, recueil de soixante-dix sermons qu'il prononça à la Mecque, un livre de Séances, accompagné d'un commentaire lexicograp bique, composé en trente-quatre jours à Bagdad; la médecine lui doit le Loqat el-mandfi', histoire, nosologie et thérapeutique, et le Tibb er-Rouhdni (Médecine de l'âme). Le Mouthir el- 'Azm, le Tabçiret el-akhyâr, qui traite du Nil, rentrent dans le cadre de ta géographie. Le Kitdb el-Moudhich s'adapte diHicilement à une classification quelconque, car il traite à la fois des sciences du Koran, de la langue, de ta tradition, de l'histoire et de la morale.

FAKBK-EnniN bb-RJIzi était le fils d'un prédicateur de Réï, l'ancienne Raghès, près de la Téhéran actuelle, où il naquit le 7 février 1149. Il étudia dans sa ville natale ainsi qu'à Méràgha, fit un voyage sur les rives de l'Amoû-Deryâ et dans la Transoxiane, en fut chassé, se rendit à Ghazna et dans le Khorasan, où il fut reçu avec beaucoup d'honneurs ; il finit par s'établir à Hérat, oii mourut en 1209. Le succès de ses ouvrages fut considérable et fit oublier beaucoup de ceux de ses devanciers est le premier qui y introduisît un arrangement systématique que personne n'avait employé avant lui. Ses prédications, qu'il prononçait Indifféremment en arabe et en persan, faisaient une grande impression : lui-même manî' festait tant d'émotion qu'il en versait des larmes. I ramena à la foi orthodoxe un grand nombre d'adeptes de la secte anthropomorphiste des Karrâmiyya.

Appartenant au rite chaféïte, il a écrit un panégyrique de l'imam Chaféï ; on lui a attribué longtemps une histoire dont Jourdain et Henzius ont donné des fragments (le Fakhri d'Ibn TIqtaqa) ; il a écrit un traité de jurisprudence

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intitulé MahçoiU, un grand commeolaire du Koran sous le Dom de Mafdtih eUghaïb (CleTs du monde mystérieux), qui a été imprimé au Caire et à Coastantinople, l'Asrdr et-lanzil (Mystère de la révélation) sur la théologie scolastique, le MatâUb el-'âliyyé (Questions supérieures) sur la nature de Dieu, le Mabdhith ech-ckarqiyyé (Questions orientales] sur la physique et la métaphysique, sujet traité également par le Mohaçcal, dont Schmœlders et Schreiner se sont occupés. Le Sirr el-Maktoum (Secret caché) est un traité complet d'astrologie, ainsi que Ylkhtiydrâl el-' Aldiyyé , écrit primitivement en persan pour 'Ala-EddÎD, roi du Khàrizm, traduit ensuite en arabe par un inconnu.

Abou-DjaTar NaçIr-Eddin bt-Toosi, célèbre astronome, naquit en 1210 a Tous dans le Khorasan, jouit de la plus haute estime de l'empereur mongol Houlagou, qui appréciait ses talents astrologiques et fit élever pour lui un observatoire àMaràgha; il l'accompagna dans ses campagnes, et fit mettre à part du pillage les livres provenant des bibliothèques de Bagdad, de la Syrie et de la Mésopotamie, dont il se fit une bibliothèque considérable, plus de quatre cent mille volumes, et qu'il sauva ainsi de la destruction. Ses ouvrages sont une compilation d'autres qui existaient avant lui; cependant il a eu le mérite d'avoir traité la trigonométrie comme une science à part. 11 mourut en 1273 à Bagdad.

Dans le domaine de la jurisprudence, il a écrit le Dja' tvâhir el-fardtd\ dans celui de la théologie scolastique, le Tadjrid el-'Aqdïd, souvent commenté, et le Qawdld el-'Aqdïd (Règle des,articles de foi) sur la nature de Dieu, le caractère de la prophétie et de l'imamat, ainsi que la résurrection. En philosophie, il a rédigé en persan une métaphysique, sous le titre de Fofoûl, qui a été traduite

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en arabe par Djordjani, ainsi qu'un manuel des soufis sous le titre Ae Auçdf el-achrâf; en mathématiques, il a donné une édition arabe des éléments d'Euclîde qui a été imprimée à Rome en 1594; son traité du quadrilatère a été traduit en français par Alexandre -pacha Carathéodory d'après un manuscrit de Constaatinople. En astronomie, il a donné une édition de l'Almageste de Ptolémée, des éléments d'astronomie sous le titre de Tadhkira et un autre sous celui de Zobdat el-Idrdk; il a dressé en persan les fameuses tables astronomiques connues sous le nom de Zidj Ilkhdni (Tables impériales), traduites plus tard en arabe; il s'est occupé de divers ouvrages d'Autolycus, d'Hypsiclès, de Théodose et d'Aristote dont il avait eu connaissance par les traductions arabes de Thâbit ben Qorra et Qostâ ben Louqâ. h'Albdb el-bâkiyyé est un traité d'hygiène, et le Wâfi un traité complet de géomancie. Cinquante-six ouvrages sont mentionnés par M. Brockelmann.

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