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CHAPITRE X

LA LITTÉRATURE DEPUIS LA PRISE DE BAGDAD JUSQU'A LA FIN DU XVIII* SIÈCLE.

La poésie.

Çafi-Eddin 'Abd-el-'Aziz ben Saràya el-Hilli, oé le 27 août 1278, poète de cour des Ortokides qui régnaicDl à Mardin, rendit visite en Egypte à Mélik-Nûçir (1326), mais ne tarda pas à rentrer à Mardin ; il mourut à Bagdad vers 1351. Il a passé, auprès de ses contemporains, pour l'un des meilleurs poètes. Son diwan a été imprimé à Damas et à Beyrouth; ses poésies consistent surtout en jeux de mots. Il a composé, sous le titre de Qaçida des Ortokides, vingt-neuf poésies de vingt-neuf distiques chacune, commençant par la même lettre de l'alphabet et se terminant suivant le même ordre ; elles sont consacrées au panégyrique de Mélik-Mançour, l'Ortokide, qui régnait de 1294 à 1312. L'ode qu'il adressa au prince égyptien qu'il avait été visiter a été traduite en latin et en allemand par Bernstein. Il a écrit aussi des poésies

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populaires ainsi que le livre intitulé el-Atil el-hdli, dont le manuscrit unique est à Munich.

Idn Nobata Djémal-Eddîn, né en 1287 à Méyyâfàriqin, fut élevé en Egypte et se rendit en 1316 à Damas; il eut l'occasion de fréquenter la cour d'Aboul-Féda, prince de Hama, historien et géographe; il fut ensuite attaché à l'administration en qualité de secrétaire. II était âgé de plus de soixante-dix ans lorsque le sultan Hasan le fit venir au Caire pour remplir auprès de lui les fonctions de secrétaire ; malheureusement son protecteur mourut l'année suivante; la pension qui lui fut attribuée ne fut payée qu'irrégulièrement. 11 vécut jusqu'à soîxante-dixneuf ans et mourut Èk l'hôpital, en 1366, laissant un diwan, une anthologie [Sadj'el-Molaivtvatj), un traité de la conduite des rois [Solodk dowal el-moloûk) et quelques autres ouvrages .

Ibn Hidjdja (Abou'l-Mahàsin Taqi-Eddin) était né en 1366 à Hama; il exerça d'abord le métier manuel de fabricant de boutons, d'où son surnom d'el-Azrâri; plus tard il se voua à l'étude, visita Mossoul, Damas, le Caire ; en 1390, il vit l'incendie allumé à Damas pendant que la ville était assiégée par le sultan Barkok et composa sur ce désastre une lettre adressée à Ibn Makànis. Il revit encore une fois le Caire et y occupa une place de rédacteur dans l'administration. En 1419 on le voit accompagner le prince Ibrahim dans une campagne en Asie Mineure. Il retourna dans sa ville natale en 1427; il y mourut en 1434. Sun œuvre la plus célèbre est une imitation du poème du Manteau en l'honneur du Prophète, où toutes les fleurs de la rhétorique orientale sont prodiguées, et qui est connue sous le nom de Badi 'it/t/a. Il a réuni ses poésies, composées les unes au Caire, les autres à Hama, sous le titre de Thamarât ech-Chahiyya. Les

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lettres et les diplômes qu'il a composés peadant «ju'il était au service des Mamelouks égyptiens ont été réunis sous le titre de Qakwal el-inckâ (Liqueur eaivraote du style épistolaire)- Une anthologie de prose et de vers, appelée Tkamârât el-Aurâq (Fruits des feuilles] a été imprimée à Boulaq sur les marges du Mohddarat de Râghib Içfahàni. Moins importants sont les ouvrages du même genre compilés d'après Ibn Khallikan, Ibn Hichâm, Damiri.

Naçir-Eddin Nocaîr el-Hammàmi vivait au Caire; il était d'un caractère fin et rusé; il vivait du métier de locataire et tenancier de bains publics (hammam), d'où son surnom ; devenu vieux, il fut obligé d'y renoncer et de se livrer à la meudicité en composant des poésies et des mowachchah qu'il offrait. Il mourut en 1312.

Siràdj-Eddin 'Omar beo Mas'oâd, suroommé el-Madjdjân (l'Obscène), était recherché dans la société : il est l'auteur de mowachchah, et mourut à Damas en 1301.

Un grammairien critique, qui retrouvait des fautes chez ies meilleurs poètes et lexicographes, ce fut le cheikh Taqt-Eddin 'Abdallah cs-Saroùdji, né à Saroudj en 1230, mort au Caire en 1294. Il composa de nombreuses poésies que les chanteurs faisaient connaître. 11 sortait peu de chez lui et n'apparaissait guère qae le vendredi; il n'aimait pas qu'on annonçât sod nom, et il disait : « Il y a chez les amis trois degrés d'amitié : au début, je m'entends appeler le cheikh Taqi-Eddîo; plus tard, je n'entends plus que et-Taqi tout court: je sens que je commence à les ennuyer ; quand on en vientà m'appelcr es-Saroûdji, je sais que c'en est Snî avec eux. »

Chcms-Eddin ed-Dahuân (Mohammed ben 'AIî) était fabricant d'huile, d'oii sou surnom; son industrie ne nuisit pas à son talent; il fut poète, musicien possédant

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une virtuosité sur l'instrument à cordes appelé qdnoân (c'est une harpe couchée sur une table d'harmonie, un peu plus grande que la zither des Autrichiens et plus petite que le cyinbalum des Hongrois), et compositeur d'airs musicaux; il mourut en 1321.

Chéref ben As'ad el-Miçri était un homme de la basse classe, doué d'uu goût naturel, qui composait des poésies obscènes et comiques, fréquentait la société qui s'amuse et les chanteuses publiques. Il mourut en 1337.

'Othmàn Abou'1-Fath el-Balati était né à Balat, petite ville près de Mossoul : il était grand et gros, avec une longue barbe; il portait en plein été un énorme turban et des vêtements les uns sur les autres. Il avait étudié quelque temps à Damas; il se rendit en Egypte quand Saladin s'empara du pays ; il y fut nommé lecteur et professeur de grammaire attaché à la grande mosquée. 11 était adonné à la boisson et aux plaisirs. Un jour qu'un musicien était venu lui chanter un air, il se mit à pleurer, le musicien fit de même. Abou'1-Fath, surpris, lui demanda pourquoi ces larmes. « C'est parce que mon père pleurait en entendant cet air, et que vous me l'avez rappelé, dit l'artiste. — Vous êtes donc le fils de mou frère? » dit Abou'1-Fath; et depuis lors il n'appela plus le virtuose que « mon neveu », et il fit de lui son unique héritier. Il est l'auteur d'un mowachchah à la louange du cadi El-Fâdil.

Ibn Fadl-Allah BL-'OHAai (Chihâb-Eddiu Abou'l-'Abbàs) descendait du khalife Omar et appartenait à une famille de magistrats chaféïtes. 11 a été prdné pour la facilité avec laquelle il improvisait du bout de la plume ; il était un littérateur complet, selon l'expression de Çafadi, c'est-à-dire qu'en prose ou en vers il alitait également la théorie à la pratique, la science à l'action. 11

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SM LITTJ&BATlJtlE ARABE

avait des connaissances étendues sur le terrain de la biographie, en histoire et en géographie. Né à Damas le 9 juin 1301, il étudia le droit et la prosodie dans sa ville natale, puis voyagea dans les pays de la domination égyptienne, accompagna son père lorsque MéKk-Nàçir le chargea des fonctions de secrétaire d'État, fut nommé cadî au Caire, puis secrétaire d'État à la mort de son père; ensuite il rentra à Damas où il mourut de la peste en'1348, à l'âge de cinquante ans lunaires. Son Mnsdiik el-abçâr est un ouvrage géographique, historique et biographique en plus de vingt volumes, qui a été étudié par de Guignes en 1758 et Quatremère en 1838, dans les Notices et Extraits ; Pocock s'en est servi pour l'histoire des Arabes. Son Tarif bi-mostalah eck-ckérif est un recueil de modèles de lettres adressées par les sultans mamelouks aux puissances étrangères. Les Ckatawiyydt (les Hivernales) sont des lettres envoyées de Damas à plusieurs savants, pendant l'hiver de 1343-1344, oîi la ville était couverte de neige, dont le manuscrit est it Leyde. Il consacra un grand ouvrage en quatre volumes à célébrer les vertus de sa propre famille, Fawâdhil esaamar. Il composa de nombreuses odes et radjaz dans les mètres classiques, ainsi que des poésies populaires en strophes, motvac/ichak et dou-bèït.

Ibm eth-Tharada ('Ali ben Ibrahim), prédicateur de Wàsit, était né en juin 1298; il fit ses études à Bagdad et se rendit plusieurs fois à Damas, où il prêcha dans la grande mosquée des Oméyyades; puis il tomba malade de mélancolie, et mourut dans l'hàpitai des fous d'Ibn Sowatd à Damas, en 1349. Sa folie douce consistait à porter sous le bras un sac auquel il attachait tous les fils et ficelles qu'il rencontrait, et dont il ne se séparait jamais. Cet état ne l'empêcha pas de composer

d'excellente poésie. Il s'imaginait avoir laissé à Bagdad une bibliothèque de deux mille volumes dont des négociants se seraient emparés et qu'ils auraient vendue, livre par livre, dans les bazars de Damas. Quand il mourut, on ouvrit son sac; on n'y trouva que des cahiers épars contenant des vers et des sermons. 11 a aussi composé des poèmes en strophes, mowackckah et mâwdUyd.

Ibn el-Mor*hhal (Çadr-Eddin Mohammed), que l'on connaît en Syrie plutôt sous le surnom d'ibn el-Wékîl, était Égyptien d'origine; né à Damiette en août 1267, il mourut au Caire en 1316. C'est à Damas qu'il étudia la jurisprudence, base de toutes les autres études à cette époque, comme ailleurs la théologie; il savait un grand nombre d'ouvrages par cœur, comme le Mofaççal, qu'il avait appris en cent-un jours, les Séances de Harîri apprises en cinquante jours, et le diwan de Moténebbî, prétend-on, en une seule semaine. Habile dans la controverse, lui seul pouvait soutenir, d'entre les Chaféïtes, la discussion avec le cheikh Taqi-Eddin Ibn Téïmiyya. Il fut pendant sept ans chargé des fonctions de cheikh de l'école des traditions Achrafiyya. C'était un homme discret et plein de retenue, ami des grands, aimant la société. Il a composé des vers dans tous les genres, y compris les genres populaires des mowachchah, doubéïC, mokhammas, zadjat et biUiq. 11 a réuni ses principales compositions poétiques dans une anthologie appelée El-ackbdk wèn-Nazhâïr.

Yoùsouf Ibn Zaïlaq fut tué par les Mongols lors de la prise de Mossoul en 1262. Le Fawât el-wafaydt d'El Kotobi a conservé quelques-unes de ses poésies, dont plusieurs sont des mowachchah destinés à être chantés; elles sont du genre erotique. Chems-Eddin Mohammed, le prédicateur de "Wàsît, mort en 1344, à près de

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soixante-dix ans, est également auteur de poésies popu-

El-Kéiwàni descendait de Kéïwân, ancien esclave de Ridwàn-pacha, gouverneur de Gaza, devenu soldat des troupes syriennes, dans lesquelles il obtint un grade élevé; ces bandes se firent remarquer par leurs violences et leurs injustices : il fut tué à Baalbek en 1623. Quant à lui, El-Kéiwàni, il s'attacha à Osman Khaliça, kiaya du grand-vizir, a son arrivée à Damas, et l'accompagna dans la campagne a laquelle îl prit part et où il fut tué; a sa mort il revint à Constantin ople, puis en Syrie. C'est là qu'il prit le caractère triste et mélancolique qu'ont ses poésies. 11 adressa des panégyriques à Abdallah-pacha Tchètèdji lorsque celui-ci, nommé gouverneur de Damas, y réprima les désordres qui ensanglantaient la ville. Sa prose rimée était également remarquable.

'Abd-el-Gbani de Naplouse, afhlié aux ordres religieux des Naqchbendîs et des Qâdiris, d'une famille originaire de Naplouse, né à Damas en 1641, perdit son père de bonne heure, étudia la jurisprudence, commença à rédiger à l'âge de vingt ans. Il resta sept ans enfermé dans la maison qu'il occupait près de la mosquée des Oméyyades; de mauvaises langues prétendirent qu'il avait renoncé à pratiquer les cinq prières journalières, et qu'il satîrisait les gens dans ses vers. Le peuple se souleva et le maltraita; c'est ce qui lui fit adresser des satires contre lui; mais plus tard on le considéra comme un saint, et l'on s'empressa de venir le visiter. En 1664, il se rendit à Constantinople, y séjourna peu de temps; en 1688, il visita la Béqaa et le Liban; en 1689, Jérusalem et Hébron; en 1693, il se rendit en Egypte, puis au Hedjaz. En 1700, il passa une quarantaine de jours à Tripoli de Syrie. En avril 1707, il quitta la maison

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occupée jusque-là par ses maîtres dans le centre de la ville pour aller s'établir à Sàlihiyya, sur les pentes du mont Qâsyoûn, qui est comme un faubourg de la capitale de la Syrie. Ses principaux ouvrages en prose sont un commentaire du Tafsir de Béidawi, inachevé, le commentaire du diwan d'Omar Ibn el-Fared, et d'innombrables vers; on dit qu'il fit des miracles, mais qu'il u'aimait pas qu'on en parlât. Il intercédait volontiers, auprès des autorités, en faveur des malheureux qui s'adressaient à lui. Ses poésies se répandirent dans tout le monde arabe; il mourut d'une courte maladie, à plus de quatre-vingt-dix ans, le 24 chabân 1143 (4 mars 1731). Les bazars de la ville furent fermés le jour de son enterrement, et la foule se porta à Salibiyya pour y assister.

L'émir Mandjak ben Mohammed el-Yoûsoufi descendait du chef de ce nom, qui avait gouverné Damas vers 1370. A la mort de son père, îl dépensa largement sa fortune, la dissipa totalement par ses prodigalités, puis il se retira de ia vie mondaine. Il quitta les pays arabes pour les pays turcs, et présenta même une pièce de vers au sultan Ibrahim, sans rien obtenir de lui. Pour rappeler les temps de sa misère et ses souffrances à Constant!- Dople, il a écrit les Roûmiyydt; d'autres pièces de vers ftont consacrées au vin et à l'ascétisme. Un an avant sa mort, il reprit sa vie de dissipation. C'est en 1669 qu'il quitta définitivement ce bas monde; il avait soixantetreize ans.

Le cheikh Moçtapa-Efendi bl-Bâbi tirait son surnom d'un village des environs d'Alep, appelé el-Bâb. Après avoir commencé des études juridiques à Alep, il se rendit à Damas en 1641 pour les y achever; ensuite il entra dans la magistrature ottomane à la suite d'un voyage qu'il fit à Constanlinople, et pendant lequel il

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écrivit sur cette ville un poème oJi il rappelle sa patrie absente; il adressa également des louanges au chéikbel-Islam Yah^a-Ëfendi et au grand vizir Ahmed-pacha Kieuprulu. Il occupa successivement les postes de cadî à Tripoli de Syrie, à Magnésie en Asie Mineure, à Bagdad et enfin à Médine (1680); il fit le pèlerinage cette année même et mourut à la Mecque au mois de janvier de 1681. Son diwan, imprimé à Beyrouth en 1872, contient l'éloge funèhre d'une dent molaire qui lui fut extraite; cette pièce est fort amusante.

AïcHA bl-Bâ'ouniyya était la fille d'Ahmed ben Nâçir- Eddin el-Bà'oùni; elle est l'auteur du l'alh el-Mobln, ode rimée en m à la louange du Prophète; cette pièce de vers est accompagnée d'un commentaire par elle-même, terminé en 1516. On cite encore d'elle des vers spirituels où, sur une question juridique controversée, elle a trouvé le moyen d'exprimer, en cinq vers, les opinions des docteurs des quatre rites orthodoxes, A cette même famille d'EI-Bâ'oâni appartenait Bahâ-Eddin Mohammed ben Yoûsouf, né en 1446 dans le faubourg de Sàlihiyya, qui s'étage, près de Damas, sur les premières pentes du mont Qâsyoûn, et qui mourut le 16 février 1505. C'était un amateur d'histoire qui aimait à réduire les annales aux proportions de petits poèmes mnémotechniques; c'est ainsi qu'il a écrit un radjaz, le Tohfat ezh-Zharifa, sur l'histoire générale jusqu'à l'intronisation du sultaa mamelouk Qàït-Baï, et un autre sur le gouvernement des deux souverains égyptiens Bârs-Bâï et Qâït-Bàï; il n'a pas manqué de consacrer en outre à ce dernier, suivant l'antique usage, un panégyrique probablement rétrîbné; enfin un poème, Behdjet el-Kkould, traite de l'éducation des enfants.

Ibn Ma'toàq mourut h soixante-deux ans le 21 dé-

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cembre 1676. Son diwan, recueilli et publié par son fils, est rempli par des panégyriques de gouverneurs persans sous le règne du Çafawide Châh-Çafi, et a été lithographie en 1861, probablement au Caire.

Ahmed el-Kurdi ben Elyâs, surnommé el-Arradjâni es-Saghir et « Qamous ambulant », d'origine kurde, fut lexicographe et poète; son père, originaire de Chehrizour, était venu s'établir à Damas et avait été chargé des fonctions de prédicateur du caravansérail de la bourgade de Nebk, dans laquelle il s'était marié. Né au commencement du xii' siècle de l'hégire (1689 et suiv.}, il se rendit à Damas pour y étudier à la medressé de Soméïsât et devint cuisinier de cette école; son caractère léger, ses disputes continuelles lui rendirent la vie difGcile et il partit pour Constantinople dans la crainte de poursuites légales à l'occasion d'une faute qu'il avait commise. Ses inconséquences l'obligèrent de quitter la capitale de l'Empire oii cependant il avait trouvé un protecteur, et de se rendre à Tripoli de Syrie, où il se maria et obtint différents postes, puis il passa en Egypte, où le gouverneur Mohammed-pacha Rùghîb le prit sous sa protection. 11 l'accompagna à Alep quand celui-ci en fut nommé gouverneur et il y mourut en avril 1756.

L'histoire.

Mohammed ben-' Ali Ibn Tabâtabâ, surnommé Ibn et- TiQTAQÀ, né vers 1262, se trouvait en 1302 l'hôte du gouverneur de Mossoul, Fakhr Eddin 'Isa ben Ibrahim, lorsqu'il lui dédia son histoire de l'empire musulman depuis son commencement jusqu'à la fin du khalifat de

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Bagdad, intitulée el-Fahhri, qui a été publiée par Ahlwardt , puis par M. H. Dercnbourg.

Il s'est astreint à écrire d'un style simple et à la portée de tout le monde, car il a remarqué que beaucoup d'écrivains, en employant un style recherché et des expressions rares, ont restreint l'utilité de leurs ouvrages. Or il tient à être compris, car sou livre est un traité de politique à l'usage des souverains qui veulent gouverner par eux-mêmes et ne pas rester de simples jouets de parade entre les mains de leurs ministres. Ses préceptes de gouvernement sont appuyés d'exemples tirés de l'histoire des dynasties orientales.

Ahmed bl-Gabrinî, de la tribu berbère de Gabrâ, né en 1246 à Bougie, y remplit les fonctions de cadi et y mourut en 1314. Sous le titre de 'Onwân ed-dirdya, il a écrit une galerie des littérateurs de Bougie au vu* siècle de l'hégire, que Cherbonneau a fait connaître.

Abou'I-Hasan 'Ali Ibn Adi-Zar', né à Grenade et établi au Maroc, a raconté l'histoire des rois du Maghreb et de [a ville de Fez dans son Raud el-Qartâs (le Jardin du papier, nom d'un lieu de promenade en dehors des portes de Fez), qui a été édité par Tornberg à Upsal, traduit en allemand par F. de Dombay à Agram en 1794, en portugais par Fr. Jozé de Santo Antonio Moura à Lisbonne en 1828, en français par Beaumicr en 1860.

Le cadi Ibn TÉÏHtYYA(Taqi-Eddin Abou'I-'Abbâs) naquit à Harrân en janvier 1263; il était le descendant d'un célèbre prédicateur connu sous le même surnom. Son père s'enfuit avec toute sa famille devant les Mongols; n'ayant pu se procurer de bêtes de somme, il chargea ses livres sur une voiture qu'il fut obligé d'abandonner pour se sauver, tellement la poursuite des ennemis était vive. Réfugié à Damas, le jeune Ibn Téïmîyya y étudia le

droit hambalîte et à la mort de son père le remplaça comme professeur ; il n'avait que vingt et un ans. Il jouit de la considération du sultan Mélik-Nâçir, monté sur le trône en 1294 ; mais il s'était fait beaucoup d'ennemis par sa libre polémique, et la réponse qu'il donna à la question posée à Hama au sujet des attributs de Dieu souleva contre lui l'opinion, ce qui le fit destituer. Les persécutions ne s'arrêtèrent plus, bien que parfois on lui rendit sa place, par exemple, quand il fallut prêcher pour exciter le peuple à la guerre contre les Mongols. En 1305 il se rendit au Caire avec le cadi chaféïte ; après une séance du conseil des juges et des grands, il fut interné dans le puits de la citadelle avec ses deux frères, et y resta enfermé pendant un an et demi. Ramené à Damas en cbevaux de poste, il y resta en prison un temps égal, qu'il passa à édifier les prisonniers en matière de religion. On le fit revenir au Caire, et le sultan Béïbars le fit emprisonner dans la forteresse d'Alexandrie, oii il ne resta que huit mois, le rétablissement sur le trône de Mélik-Nâçir lui ayant rendu la liberté. Au Heu de se venger de ses ennemis, il leur pardonna; il fut nommé professeur à l'école fondée par ce sultan et resta son conseiller. 11 profita du départ de l'armée pour la Syrie, l'accompagna, vint à Jérusalem et rentra à Damas après une absence de plus de sept ans. 11 y reprit son enseignement et ses fonctions de juge; mais la haine de ses ennemis, qui s'était réveillée, lui fit interdire tout emploi public en 1318; ayant refusé de se soumettre au décret, il fut emprisonné près de six mois. Après sa mise en liberté il reprit son genre de vie, jusqu'au moment où la publication de son ouvrage sur la visite des tombeaux des Prophètes et des saints le fit enfermer dans la citadelle; on lui réserva une cellule isolée où il put se livrer à ses travaux littéraires ; il com-

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posa plusieurs volumes sur les questions qui lui avaient valu ses mésaventures, mais quand ses travaux vinrent à la connaissance du public, on lui enleva ses livres, son papier et son encre, ce qui fut le coup te plus sensible qui ['eût jamais frappé. Il tomba malade bientôt après et mourut au bout de vingt jours, en septembre 1328. Ses funérailles furent suivies par un concours de peuple extraordinaire. De ses nombreux ouvrages, la science européenne a surtout utilisé le fetva qu'il avait rendu contre les Noçaïris ou Ansariés des montagnes de la Syrie, et qui a été étudié par E. Salisbury et Stanislas Guyard. Maraccî s'est servi d'un de ses ouvrages contre les chrétiens (Takhdjil akl-el-Indjil) dans sa préface de la réfutation du Koran. Les bibliothèques d'Europe renferment quarante-cinq ouvrages sortis de la plume de cet esprit original.

C'est dans l'enseignement hambalite d'Ibn Téïmîyya et de ses élèves qu"Abd el-Wahhâb alla puiser le fanatisme sunnite et la haine des innovations par lesquels se distingue la réforme de l'islamisme qui porte le nom de Wahhabitisme, ainsi que l'ont démontré MM. Snouck Ilurgronje et Goldziher . Ce cadi était antropomorphiste et tenait à l'interprétation littérale des passages du Koran où il est question de la personnalité divine. Dans le domaine juridique, il admettait les déductions logiques tirées par lui-même du corpus des traditions du Prophète, et pratiquait le qiyâa ou emploi de l'analogie. Le voyageur Ibn Batouta raconte qu'il jouissait à Damas d'une grande considération, qu'il discourait sur les diverses sciences, mais qu'il y avait dans son cerveau quelque chose de dérangé. Lorsqu'on le fit comparaître au Caire devant Mélik-Nâçir, la seule réponse qu'il fit à la demande du grand cadi qui l'interrogeait

sur les imputations portées contre lui fut celle-ci : « 11 n'y a d'autre dîeu que Dieu. » Il eut pour élève préféré Ibn Qayyim el-Djauzîyya (Chems-Eddin Mohammed), qui l'a probablement aidé dans la révision du style de ses compositions, et qui est lui-même l'auteur d'ouvrages dont une trentaine existent dans les bibliothèques ; né en 1292 à Damas, fils de l'administrateur de la medressé el-Djauziyya, il participa aux tribulations de son maitre et fut comme lui emprisonné au Caire; ces persécutions ne cessèrent pas avec la mort d'Ibn Téïmiyya, elles se continuèrent encore quelque temps. Chems-Eddîn mourut le 17 septembre 1350.

On ne sait presque rien de la vie de HâGzh-Eddin Abou'l-Bérékàt en-Nasalî, mort en 1310, dont les ouvrages ont eu l'honneur insigne de provoquer des foules de commentateurs, a commencer par son Manâr el-aruvdr (le Phare des lumières), sur le droit, dont le bibliographe Hadji-Kbalfa mentionne près de cinquante commentaires ; le Wâfi et son commentaire le Kdfi ont été achevés à Bokhara en 1275; plus tard l'auteur l'a abrégé dans son Kanz ed-daqdlq. Son 'Omcf a, catéchisme musulman, a été publié à Londres par W. Cureton sous le titre de Pillar oflhe creed of the Sunnites; il a été commenté par son auteur lui-même sous le titre A'el-Vtimâd fVl-itiqâd.

Rachid-Eddin (Fadl-Allah ben Abi'l-Khéïr], l'historien persan des Mongols, né à Hamadan en 1247, exécuté à Tébriz en 1318 sur l'accusation d'avoir empoisonné le sultan Euldjattou, était un médecin d'origine Israélite. 11 fut médecin d'Abaqa, puis ministre de Ghâzan et de son frère Kuldjai'tou. Il a écrit en arabe quatre ouvrages qui sont conservés à la bibliothèque Nationale, Mafâtih et. tafâalr, Lataïf el-kaqdïq, Taudihât, Soltaniyya.

Aboo'l-Fédà Isma'ïl ben 'Ali appartenait à la famille

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UTTEHATVRB ARABE

des Ëyyoubites, que la fortune de Saladin avait portée sur différents trônes. Ses ancAtres avaient régné à Hama; son père El-Mélik el-Afdal, frère du prince El-Mélik el- Mançoùr, avait dû s'enfuir avec sa famille devant les Mongols et était descendu à Damas, dans la maison d'Ibn eZ'Zandjabilî; c'est )à qu'Aboul-FédA naquît, en 1273. 11 reçiit une éducation de guerrier et de lettré; à peine âgé de douze ans il accompagna son père au siège de la forteresse de Markab, enlevée aux Hospitaliers en 1285; il se trouva à la prise de Tripoli et au siège de Saint-Jeand'Acre, où il commandait un peloton de dix hommes. Les services qu'il rendit au sultan d'Egypte Mélik-Nâçir lui firent confier en 1310 la principauté de Hama, après qu'elle avait été confisquée parce que son cousin était mort sans enfanta. Le titre honorifique de Mélik-Çâlih, puis celui de Mélik-Moayyad récompensèrent le soin qu'il prit chaque année de se rendre au Caire pour y renouveler les liens de vassalité qui l'attachaient au sultan. En 1313 il aida les troupes égyptiennes à rétablir à la Mecque le chérif Abou'l-Ghéïth. Il mourut à soixante ans, de la fièvre intermittente, en octobre 1331. Son Histoire universelle, qui a fait sa réputation, n'est qu'un abrégé d'Ibn el-Athir, abrégé lui-même de Tabari, continué jusqu'en 1329; mais elle a eu le mérite d'attirer l'attention des orientalistes à une époque où l'on ne possédait pas encore ces deux derniers documents.

Publié en partie à Copenhague avec une traduction latine par Reiske, sous le titre d'Annales muslemici, le texte a fourni matière k d'autres recherches; c'est ainsi que Fleischer a publié et traduit en latin la partie réservée à l'histoire anté-islamique, dont Albert Schultens et Silvestre de Sacy avaient déjà donné des extraits ; la vie de Mahomet, traduite en latin par Gagnier, a été publiée

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et traduite ea français par Nofil àca Vergers, en anglais par W. Murray. Sa géographie générale, avec tableaux, a été publiée par Reinaud et Mac-Guckin de Slane, traduite en français par Reinaud et Stanislas Guyard. Le premier de ces deux orientalistes a écrit, en guise de préface à sa traduction, une introduction générale à la géographie des Orientaux qui est un de ses meilleurs ouvrages.

Abou'l-'Abbas Ahmed en-No\vâïri était né en Egypte, dans la bourgade de Nowaïra ; il fut célèbre comme historien et jurisconsulte ; sa calligraphie était estimée a ce point que chacune des huit copies qu'il fit du Çahih de Bokhari lui fut payée mille dirhems. Il mourut à cinquante ans, en juin 1332. Son encyclopédie, Nihâyet el-érèb (l'Extrême besoin], est une revue générale des connaissances humaines en cinq grandes divisions, le ciel et la terre, l'homme, les animaux, les plantes, l'histoire. C'est de là qu'Albert Schultens a extrait son histoire des Yoqtanides dans le Yémen; l'histoire de la Sicile a été traduite en français par Caussin le père; ta conquête de l'Afrique du Nord par les Arabes a été étudiée par Otier; l'histoire de cette même contrée a été traduite par de Slane; Silvestre de Sacy en a extrait ce qui est relatif aux Druzes, Hammer-Purgstall les ordonnances égyptiennes sur les costumes des chrétiens et des juifs, et Defrémery des anecdotes relatives à Ea vie du sultan Béïbars.

Abou'1-Fath Mohammed Ibn Séytid bn-nàs, dont les parents étaient originaires de Sévîlle, naquit au Caire en 1263, et se rendit à Damas en 1291 pour y compléter le cycle de ses études; on dit qu'il reçut les leçons de près de mille professeurs. A son retour il professa dans sa ville natale. Amateur de livres, il s'était formé une belle bibliothèque où l'on pouvait montrer, en dehors des

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manuscrits tracés par lui-même, des autographes d'onvrages célèbres. Il mourut en avril 1334. Il a compilé une biographie de Mahomet, 'Oyoûn el-âthdr (Sources des moDuments), et a réuni, sous le titre de Bochrd el-labib (Message de l'homme de cœur], les poésies qu'il a luimême composées à l'éloge du Prophète : c'est là que Kosegarten a été prendre l'ode qu'il a donnée dans son Carminum orientalium triga.

Chbhs-Eddin Abou 'Abdallah es- S ou fi ed-Dhucbqi était imam du petit village de Rabwé près de Damas, dont Ibn Batouta a dît que « c'est un des plus jolis points de vue du monde et un de ses plus beaux lieux de plaisance; on y trouve des palais élevés, de nobles édifices et des jardins admirables » ; c'était un lieu de pèlerinage, à cause d'une petite grotte en face de laquelle se trouvait le prétendu oratoire de Khidr, assimilé au prophète Elie. Une grande partie de ses champs cultivés, de ses vergers et de ses maisons y étaient constitués en legs pieux dont les revenus servaient à l'entretien de l'imam, du muezzin et des pèlerins. C'est là que Chems-Eddin écrivit sa cosmographie, Nohhhat ed-dakr, publiée par Mehren à Saint-Pétersbourg et traduite par lui-même à Copenhague, ouvrage qui tout récemment encore (189Q a servi de base à une thèse de M. H. Dehéraîn. Cependant Chems-Eddin, qui était un mystique, se retira plus tard à Safed en Palestine, et y mourut en 1327 à l'âge de soixante -treize ans. Il cultiva aussi la poésie, et l'on cite de lui des vers que lui avaient inspirés les beaux sites des environs de Damas. Au dire de Reinaud, aa cosmographie laisse beaucoup à désirer sous le rapport de la critique, mais elle a été très utile pour la connaissance de la géographie du moyen âge, parce qu'elle contient l'indication de faits que l'on ne rencontre pas ailleurs.

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Abou-Hatvan Mohammed bco YoAsouf, de la tribu berbère de Nafza, surnommé el-Djayyàni parce que ses BDCëtres vivaient dans la ville espagnole de Jaen, né à Grenade en novembre 1256, compléta ses études en se rendant successivement à Malaga, à Velez et à Alméria, puis quitta l'Espagne en 1280, à la suite d'une dispute avec son maître Ibn ez-Zobéïr, parcourut l'Afrique du Nord et l'Egypte, accomplit le pèlerinage et revint en Egypte par la Syrie, C'était un polyglotte; il savait le persan, le turc et l'éthiopien et a écrit des ouvrages sur ces différentes langues. Il succéda en 1298 à son maître Ibn en-Nahhâs comme professeur de grammaire, puis de traditions, et s'acquit l'amitié de l'émir Séîf-Eddin Arghoun, qui devint gouverneur d'Egypte en 1312. Très frugal, il vivait de quelques oboles; il n'achetait pas de livres, dont il ne sentait nul besoin; ceux qu'il voulait lire, il les empruntait aux bibliothèques publiques. Ancien Zhâhirite, il se tourna complètement vers la doctrine chaféite et ne l'abandonna plus. Il mourut en juillet 1345, cinq ans après sa fille Nodhàr, femme de lettres elle-même, à laquelle il a consacré un opuscule qui est une sorte d'autobiographie. Son Idrdk, qui représente la langue turque telle qu'elle était parlée au Caire par les colons de l'Asie centrale au xiv* siècle, a été publié à Constantinople. Il a composé aussi des poésies populaires dites mowachchakdt.

Chems-Eddin Abou-' Abdallah Mohammed ed-Dhahabi, d'origine turcomane, né à Damas en 1274, commença à étudier à dix-huit ans et entreprit des voyages qui lui firent faire la connaissance de plus de douze cents savants. Il fut professeur de traditions à Damas, mais ne put entrer en la même qualité à l'Achrafiyya parce que le fondateur avait posé des conditions, relativement aux croyances du

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3SB LITTÉRATCBB AHÂBB

professeur, qui étaient pour lui in admis sib les. Il mounit le 5 février 1348, Parmi les nombreux ouvrages qu'il a laissés, on coonaît surtout le Mocktabih, publié par P. de Joug B Leyde, et une Médecine du Prophète, traduite en français par Perron. Son Tabaqât el-Hoffdzh (Classes de eeux qui savent les traditions par cœur), abrégé et codtinué par SoyoAti, a été publié par Wûstenfeld sous le titre de Liber classium. Sa grande histoire de l'islamUiDe (Tarikh cl-îslam) est dispersée en volumes isolés daas toutes les bibliothèques de l'Europe.

ZéïR-Eddin Abou-Hafç 'Omar Ibn el-Wardi naquit en 1290 a Ma'arrat en-No'man dans la haute Syrie, étudia le droit à Hama et fut nommé suppléant du cadi Ibn eo- Naqib à Alep. Il abandonna cette place à la suite d'un songe, se livra entièrement à la composition littéraire, et mourut dans cette même ville d'Alcp, de la peste, en mars 1349. Son histoire est un abrégé de celle d'Aboul- Fédâ avec une continuation jusqu'à l'année de sa mort. Le recueil de ses poésies a été imprimé à Constantînopte. D'autres ouvrages sont consacrés à la grammaire, à U jurisprudence, au mysticisme et même à la littérature pure, par exemple cette Séance sur la peste conservée par Soyouti dans l'ouvrage qu'il a composé sur cette afireuse épidémie. On lui a attribué, probablement ii tort, le Kkaridat el-Adjâïb qui traite de la géographie et de l'histoire naturelle, avec toutes sortes de récits fantastiques et merveilleux; ce n'est d'ailleurs qu'une transcription pure et simple, presque mot pour mot, du Djâmî el fonoûn (Encyclopédie), composé par Nedjm-Eddin Ahmed cl-Harranî, savant hambalite qui se trouvait en Egypte en 1332. Cet ouvrage curieux a été imprimé au Caire; î) a été étudié par de Guignes, Fraehn, Hylander, Tornberg, Freund, Wûstenfeld et Mehren.

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'Adod-Eddin el-Idjî de Chiraz, jurisconsulte chaféïte, cadi et soufi, mort en 1355, a écrit une histoire des patriarches, de Mahomet et de quetques-uns de ses compagnons. Il a donné, sous le titre de Métvâqif (les Stations), un traité de métaphysique et de théologie musulmane, dont Sœrensen a publié la cinquième et la sixième partie, aiosî que l'appeudice consacré aux sectes musulmanes, avec )e commentaire de Djordjâni.

Ibn Cbâkir EL-KoTosi (le Lîhraire), originaire d'AIep, mort en 1363, étudia dans sa ville natale et à Damas, se livra au commerce des livres pour gagner sa vie et s'y enrichît. Il a rédigé, sous le titre de 'Oyoân et-tawârikk, une chronique des khalifes et des savants avec des détails particuliers sur Damas, et une continuation ou supplément du grand dictionnaire biographique d'Ibn Khallikan, FawâC el-Wafayâl, qui a été imprimé à Boulaq.

Khilil BEN AïBBK eç-Çapadi, né à Safed en Palestine, en 1297, fut secrétaire du gouvernement à Damas, au Caire et à Alep, puis directeur du trésor à Damas; il mourut en 1363. Son principal ouvrage est le Wdfi bil- Wafaydt, dictionnaire complet de biographie, dont les vingt-six volumes existent dispersés dans les bibliothèques d'Europe. Un autre ouvrage est spécialement réservé aux hommes et aux femmes célèbres du viii' siècle de l'hégire, c'est-à-dire ii ses contemporains {A'yân el-'açr). Une anthologie curieuse est celle qu'il a consacrée aux poésies qui parlent des larmes, Ladhdkat es-Sam . Le Lau'at ech-ckdki wa dam'at el-bâkî est une histoire immorale entremêlée de vers. Le Djinân el-djinâs, sur les Qeurs de rhétorique, a été imprimé à Constantinoplc. D'autres anthologies et compilations sont sorties de sa plume féconde.

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SiDt Khaul eUDjondi, jurisconsulte raalékite, étudia au Caire, y fut professeur et mufti et y mourut en novembre 1365. Il est l'auteur du Mokhtacar, précis de jurisprudence malékite usité par les tribunaux indigènes de l'Algérie, souvent réimprimé à Paris par les soins de la Société asiatique, traduit en français par le D' Perron dans V Exploration scientifique de V Algérie , et dont M- E. Faguan a dressé les tables de concordance. Ce manuel pratique et concis a été fréquemment commenté. Il a écrit en outre la biographie du chéïLb 'Abdallah el- Manoùfi, qui fut son professeur, et quelques autres ouvrages restés, comme ce dernier, manuscrits.

Isma'ïl ben 'Omar Ibn KéthIii, né en 1302, tradition- □iste et historien, succéda comme professeur à Edh- Dhahabi à Damas et enseigna quelque temps à l'Achra- (iyya, puis ces dernières fonctions lui furent retirées : il mourut en 1372. Le Bidâya wè'n-Nîkdya [le Commencement et la Ftu) est une grande histoire universelle qui part de la création du monde pour se terminer en 1337; le plus complet des exemplaires conservés se trouve à Vienne. La partie relative au gouvernement des Éthiopiens dans le Yémen a été publiée par J.-F.-L. George à Berlin. Il s'est occupé également de l'imâm Cbaféî et des traditionnistes de son école.

Chihâb-Eddin Abou't-Abbàs Ahmed Ibn Aei-HAnjALA, philologue et poète, hambalite de Tlemcen, où il naquit eu 1325, voyagea, se rendit à la Mecque pour y accomplir les rites du pèlerinage, en revint par Damas et ta Syrie et s'établit au Caire, oh il fut nommé chéîkh d'un couvent de derviches; il y mourut de la peste en 1375. Son grand -père avait reçu le nom d'Abou-ffadJala^ a l'Homme à la perdrix », parce qu'une perdrix avait un jour pondu un œuf dans son manteau. Il est l'auteur du

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Sokkardân (le Sucrier), ouvrage historique et géographique sur l'Egypte, qui contient une biographie du sultan Mélik-Nâçir, auquel il est dédié ; c'est une anthologie qui roule sur l'importance du nombre sept pour ce qui concerne l'Egypte; l'idée de tout rattacher à ce nombre fatidique de sept lui enlève toute valeur historique; il a été imprimé à Boulaq. Son Dwdn eç'Çabâba est consacré à l'histoire des amoureux célèbres; il a été publié au Caire sur les marges du Tezyîn el-aawâq de Dâoud el-Antâkî.

LisIn-Eddin Abou-'Abdallah Mohammed Ibn el-KhatÎb appartenait à une famille syrienne émigrée en Espagne; il naquit à Grenade en novembre 1313; les biens de son père, qui avaient été coufisqués, lui furent rendus et il devint l'ami du septième prince de la dynastie des Beni'l- Ahmar de Grenade, Abou'l-Hadjdjàdj Yoûsouf, qui le chargea de diriger l'administration du royaume. Ce poste lui fut conservé par le successeur de ce prince, Mohammed V, et il l'accompagna en Afrique lorsqu'il dut fuir devant son frère Isma'ïl, en 1359. Mohammed V revint d'Afrique trois ans plus tard, reprit Grenade et rétablît Ibn el-Khatib dans ses fonctions. Cependant, sur une accusation de trahison formulée par ses ennemis, il fut jeté en prison et exécuté bientôt après (1374). Son histoire des khalifes eo Orient, en Espagne et en Afrique a fourni à Casïri, dans sa Bibliothèque hispano-arabe, un long extrait sur les sultans aghlabites et les khalifes fatimides qui ont régné en Afrique et en Sicile, réimprimé dans la collection de l'histoire de Sicile de Rosario Gregorio. Il s'est occupé de l'histoire de Grenade et a donné les annales de ses souverains jusqu'en 1363; il a écrit la biographie des hommes célèbres de cette capitale, y compris la sienne ; Casïri en a extrait la matière

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de deax cent quatre-vingts notices. Un récit de ses voyages donne la description des villes espagnoles, des savants qu'on y rencontre et des bibliothèques qu'on y fréquente.

Bedr-Eddin Abou-Mohammed el-Hasan Ibn Habib, savant chaféïte, naquit à Damas en 13i0; il profita si bien de l'enseignement qui lui fut donné qu'à l'âge de treize ans, après avoir assisté à la prière dans la grande mosquée, il composa une poésie sur cet événement. H accompagna à Alep son père, qui avait été nommé professeur de hadith et remplissait en même temps les fonctions de directeur de la police municipale. Le pèlerinage lui fournit l'occasion de passer par le Caire, Alexandrie, Jérusalem et Hébron; il fit l'année suivante (1338) un second pèlerinage à la Mecque. Il fut alors revêtu d'un emploi public à Alep et accompagna l'émir Chéref-Eddin dans sa tournée pour faire rentrer les impôts, ce qui lui permît de connaître les principales villes de Syrie. A partir de 1344, il se livra à des travaux de rédaction; il entreprit en 1354 un voyage d'agrément à Tripoli, y fit la connaissance du gouverneur Séïf-Eddîn Mandjak ; bien accueilli, il resta deux ans dans cette ville; quand ce personnage fut nommé gouverneur de Damas, il alla le rejoindre, y resta trois ans et fut reçu avec distinction par les savants du chef-lieu de la Syrie. Il passa à Alep les dernières années de sa vie et y mourut en août 1377- On lui doit l'histoire des sultans mamelouks de l'Egypte, sous le titre de Doi-rel-el-Aslâk (la Perle des filières), qui s'étend de l'année 1250 à 1375, avec l'indication des événements dans les contrées voisines et des notices nécrologiques fort précieuses sur les hauts personnages et les savants de cette époque ; mais comme le texte est écrit tout entier en prose rimée, on peut lui

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reprocher d'avoir sacrifié à la rime l'exactitude historique. Son fils Zéïn-Eddîn Tàhîr a continué ses Annales jusqu'en 1398. Cet ouvrage a servi à Maqrizi, qui y a puisé des renseignemeuts pour son histoire des sultaus mamelouks. Il a écrit aussi l'histoire du sultan Qalâoun et de ses fils. Son Nasim es-saba (Souflle du zéphyre), représentation de tableaux de la nature et de scènes de la vie humaine, est écrit en prose rimée mêlée de vers.

Mohammed ben 'Abd-er-Rahim Ibn bl-Fokàt appartenait à une famille considérable du Caire. 11 étudia surtout les traditions et la jurisprudence ; cependant, c'est comme historien qu'il nous intéresse, parce qu'il est une des sources de l'Histoire des croisades. Né en 1334, it mourut le 2 avril 1405. Son Histoire des dynasties et des rois est une chronologie musulmane jusqu'en 1396, mais dont une partie seulement a été mise au net par l'auteur. Il y en a neuf volumes à la bibliothèque de Vienne; on les considère comme le manuscrit autographe; ils vont de 1107 à 1396, avec de nombreuses lacunes. Ces volumes ayant été apportés à Paris à ia suite de la campagne de 1809, et y étant restés jusqu'en 1814, Jourdain, orientaliste laborieux, en fit un extrait considérable, utilisé par Michaud dans VHistoire des croisades, et par Reinaud dans le quatrième volume de la Bibliothèque des croisades.

Vers la même époque un savant cadi de Constantine, Abou'l-'Abbâs Ahmed Ibn el-Khatîb el-Qsamtini, a compilé une série de notices biographiques très courtes consacrées à cinq cents personnages célèbres depuis Mahomet jusqu'en 1404, rangées par ordre chronologique, et a écrit en l'honneur du prince mérinide Abou- Fàris 'Abd-el-Aziz, sa Fârisiyya, histoire de la dynastie des Hafçides, dont Cherbonneau a donné des extraits

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dans le Journal asiatique, d'après le manuscrit qu'il avait découvert à ConstuDtÏDe même.

L'Arabie avait alors produit un auteur mystique, 'AHf- Eddln 'Abdallah el-Yàfi'î, né dans le Yémen en 1298, qui étudia à Aden, puis se Gxa tantôt à la Mecque, tantôt à Médine, à partir de 1318. 11 ne quitta ces deux villes que pour un voyage à Jérusalem, à Damas et au Caire, en 1324, et une courte excursion au Yémen en 1337; il mourut à la Mecque ea 1367. Son ouvrage sur l'interprétation mystique du Coran, Mokhtaçar ed-dorr ennazkim, extrait d'un ouvrage d'Ibn el-Khachchàb, auteur mort vers 1252, a été imprimé au Caire, ainsi que soo Raud er-rayâhln (Parterres des basilics), contenant cinq cents histoires édifiantes de saints et de personnes pieuses; un autre livre ne contient pas moins de deux cents historiettes du même genre relatives au saint personnage 'Abd eUQùdir el-Gilâni et à d'autres illustres soufis.

A côté de lui, il convient de mentionner Abou-Madyan Cho'aïb el-IIoraîrich, né en Egypte, mort à la Mecque en 1398, dont le Raud el-fdîq (le Parterre excellent), recueil d'anecdotes morales et pieuses et de traditions sur le jugement dernier, a été également réimprimé plusieurs fois au Caire. Le Nozhat el-Madjdlis (Distractions des réunions), d"Abder-Rahman eç-Çafibùri, écrit à la Mecque en 1479, est de même un succès de publication des presses égyptiennes.

Au Yémen vécut l'auteur d'un ouvrage bizarre, Chéref- Eddin Isma il Ibn cl-Moqri, né en 1354 à Abyât-Hoséïn, dans le district de Sordéd, qui fut professeur à Ta'izz et à Zébid; dans cette dernière ville, il fut quelque temps en fonctions déjuge; îl y mourut en 1433. Quant à son œuvre principale, VOnivdn eck-Chérefel-ivdfi, c'est

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UD texte divisé eu trois larges colonnes séparées les unes des autres par quatre minces; les colonnes du milieu contiennent un traité de droit, en même temps que les coIoDDes minces intermédiaires, lues à part, renferment des traités d'histoire et de grammaire; enfin, les deux colonnes minces des extrémités, composées de lettres isolées formant le commencement ou la fin des colonnes voisines, présentent, quand on les lit de haut en. bas, un sens complet. Cette étrange disposition, qui en fait un chef-d'œuvre de difficulté vaincue , a été imitée par Soyoùti dans son Nafkat el-Mîskiyya.

Ibn Khaldoûn.

Nous arrivons au grand historien et philosophe Abou- Zéïd 'Abder-Rahman Ibn KhaldoOn. 11 descendait de la tribu de Kinda dans le Hadramaut; son ancêtre Khalid, venu avec une armée en Espagne au m' siècle de l'hégire, avait donné son nom à la famille des Benou- Khaldoûn, en ajoutant à son nom une terminaison fréquente dans l'onomastique du Yémen. Cette famille avait habité Carmona, puis Séville, et enfin s'était établie à Tunis, où Ibn Khaldoûn naquit le 27 mai 1332. Après avoir terminé ses études, il entra au service du sultan hafçide Abou- Ishàq Ibrahim en qualité de calligraphe. Il faisait partie de la suite de ce prince, lorsqu'il perdît une bataille qui le força de se réfugier à Ceuta en 1352 ; et quand son protecteur eut rétabli ses affaires et eut installé sa capitale à Fez, il fit venir auprès de lui le jeune calligraphe qui devint son secrétaire. Cette faveur excita l'envie; son intimité avec l'émir de Bougie interné à Fez fournit

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LITTBRATDBB ARABB

le prétexte de l'accuser de trahison ; îl fut jeté en prison, où il resta jusqu'à la mort du sultan Abou-'laân en 1358. Le régent du royaume, El-Hasau ben 'Omar, qui dirigeait les afiaires au nom du jeune Abou-Sàlim, âgé de cinq ans, le mit en liberté et lui rendit son emploi. Sa situation ne fit que croître depuis lors; quand le sultan Abou-'Abdallah Ibn el-Ahmar reconquit sur son frère Isma'ïl le royaume de Grenade, il fut cbargé par lui de conclure la paix avec Don Pedro, tyran de Castîlle. Il avait décidé de rester en Espagne et y avait fait venir sa famille; mais se sentant entouré de jaloux, il profita de ce qu'Abou-'Abdallab Mohammed, son compagnon de prison à Fez, était rentré en possession de Bougie pour se rendre dans cette ville en 1364, où il devint grand chambellan du prince et régent du royaume.

Cette bonne fortune dura peu. L'année suivante son protecteur perdît la vie dans une expédition contre Abou'l 'Abbâs, prince de Constantine, et Ibn Khaldoûn, au lieu de résister et de défendre la ville de Bougie, comme le désiraient les habitants, la remit au vainqueur. Se voyant traité avec défiance par le nouveau souverain, U s'éloigna secrètement. Malgré l'affirmation d'ibn Khaldoùn, qu'il préférait l'étude à des fonctions publiques, il est certain qu'il avait un penchant dominant à se mêler des affaires politiques, auxquelles le prédisposaient ses connaissances et sa finesse de jugement. C'est ainsi qu'il s'attacha à 'Abd el-'Aziz, qui avait chassé Abou-Hammou de Tlemcen, et après sa mort à "Abder-Rahman et à Abou'l ' Abbas, qui s'étaient partagé le gouvernement. Soupçonné de pencher vers le premier de ces duumvirs, il fut emprisonné par le second en 1374, mais obtint au bout de quelques jours sa liberté et la permission de se rendre en Espagne : bien reçu d'abord par Ibn el-Ahmar à Gre-

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na4le, bientôt après tombé en disgrâce, il revint à Tlemcen juste à temps pour y voir Abou-Hammou restauré sur le trône.

Abou-Hammou lui demanda le service qu'il lui avait déjà rendu, d'accepter une mission auprès des Bédouins pour les mettre de son parti; Ibn Khaldoùn se mit en route, mais il séjourna quatre ans dans le château d'un principicule nommé Qal'at Ibn Salama; il y travailla à ses Prolégomènes et à son grand ouvrage historique. Comme il manquait des livres nécessaires pour parfaire son œuvre, il se rendit à Tunis en 1378, fut reçu avec beaucoup d'honneur par le sultan Abou'l-'Abbâs et y écrivit l'histoire des Berbères. Son ancien condisciple Ibn 'Arafa, devenu mufti, l'ayant représenté comme un homme dangereux, le sultan voulut le prendre avec lui dans une expédition qu'il préparait; mais Ibn Khaldoùn pria qu'on le laissât accomplir )e pèlerinage de la Mecque, pour laquelle il partit, par la voie de mer, en 1382. Quand il passa au Caire, où sa renommée s'était déjà répandue, les étudiants vinrent en foule assiéger sa maison en le priant de rester en Egypte et de leur donner des leçons; il y consentit parce qu'aucune caravane ne partait pour la Mecque cette année-là. Le sultan Barkok le nomma malgré lui grand cadi malékite. Son impartialité, la sévérité avec laquelle il poursuivit les abus lui firent beaucoup d'ennemis. Entre temps, sa famille avait enfin obtenu du sultan de Tunis la permission de venir le rejoindre, mais elle périt tout entière dans un naufrage. A la suite de ce malheur, le sultan, pris de pitié, le déchargea de ses fonctions de cadi ; il chercha des consolations dans l'enseignement et la composition littéraire. Trois ans après il accomplit le pèlerinage interrompu.

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BU LITTÉSATURE ARABE

A son retour il écrivit l'histoire de sa vie; mais le sultan Barkok le fit enlever d'une propriété qu'il lui avait accordée dans le Fayyoum et le força d'accepter de nouveau les fonctions de cadî, qu'il conserva jusqu'en 1400, sous le successeur de Barkok, Mélik Nàçîr Faradj, où il fut accusé et emprisonné à cause de sa grande sévérité; néanmoins il obtint une place de professeur. 11 accompagna le sultan dans sa campagne de Syrie contre Tamerlan; mais l'infidélité des oflîciers égyptiens ayant obligé son maître à une prompte retraite, l'hislorien quitta secrètement Damas et se rendît auprès du conquérant tartare, quî le reçut avec honneur et lui permit de retourner au Caire reprendre son poste de cadî, qu'il perdit encore et regagna plusieurs fois; il était en fonctions lorsqu'il mourut le 20 mars 1406.

Ibn Khaldoùn est l'un des pins grands historiens de la littérature arabe, parce qu'il a formulé, dans ses célèbres Prolégomènes, toute une philosophie de l'histoire musulmane, telle que pouvait la concevoir un magistrat et homme d'État à la fin du xiv* siècle. Il y pose également de bons principes de la manière d'écrire l'histoire; il est dommage, comme l'a fait remarquer Wûstenfed, qu'il ne les ait pas suivis, car ses annales sont une compilation, parfois trop concise pour être bien comprise, et où les sources ne sont pas toujours exactement indiquées. Son style n'est pas classique ; néanmoins on le donne comme modèle, a cause de la façon claire dont il a traité la philosophie de l'histoire. Son ouvrage s'appelle le Lifre des exemples [Kildb el-'Ibar); il se divise en trois parties : les Prolégomènes, traduits en français par Mac-Guckin de Slane dans les Notices et Extraits, après qu'Etienne Quatremère en avait publié le texte dans le même recueil; le corps de l'histoire des Arabes et des peuples voisins:

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l'histoire des Berbères et des dynasties musulmanes de l'Afrique septentrionale, publiée et traduite en français par de Slane à Alger. L'histoire des Aghlabites et des Arabes de Sicile, qui en fait partie, avait déjà été publiée et traduite par Noël des Vergers.

Dans ses Prolégomènes, il commence par poser les règles de la critique historique, qui permettent de bien fixer les faits; il entre dans son sujet par la grande distinction des peuples en tribus nomades et tribus sédentaires ; il décrit la formation des villes, l'influence qu'elles exercent, la naissance de tout pouvoir par l'esprit de corps des familles, ta fondation des empires et les causes de leur décadence; la nature des différentes espèces de royauté, du khalifat et de l'imamat, c'est-à-dire du pouvoir temporel et du pouvoir spirituel du khalife. Tout cela est exposé dans un style inégal, par un homme emporté par ses idées, qui se répète pour mieux insister et qui interrompt sans cesse une argumentation pour fournir la preuve historique de ses théories. On y trouve partout un esprit singulièrement sagace et ferme, uni à une grande puissance de généralisation, et je ne connais aucun livre qui soît plus digne d'être étudié par quiconque veut comprendre l'histoire des empires musulmans. L'ignorance complète où était l'auteur de l'histoire des républiques libres de la Grèce et de celle de la formation de l'empire romain diminue beaucoup la valeur de ses réflexions au point de vue général ; mais elles gardent tout leur prix en ce qui concerne f'hîstoire des peuples de l'Islam.

La petite ville de Beyrouth, qui doit son nom à des puits qui l'alimentaient, car elle est bâtie sur un cap rocheux, assez loin des rivières, et n'a reçu d'eau potable qu'il y a une trentaine d'années, a eu l'honneur de voir

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son histoire écrite par ud membre de la famille des Bohtor, qui gouvernait avec le titre d'émir la contrée montagneuse appelée el-Oharb, dans le Liban; il g'appeiait Çàlih ben Yahya; on sait qu'il est mort postérieurement a l'an 1436. Son livre, qui traite de l'histoire de sa famille et de la ville sous la domination des Égyptiens et des Francs, et qui existe en manuscrit à la bibliothèque Nationale, a été publié par L. Chéîkho dans le Machriq, journal de Beyrouth.

Un cadi de la petite cité d'Aïntâb, au nord d'Alep, donna naissance à l'historien El-'Aïnt (Bedr-Eddin Mahmoud), par abréviation d"Aîn-Tàbi, en juillet 1360. II commença par étudier le droit sous la direction de son père, avec tant de succès qu'il put le suppléer comme juge avant même d'avoir terminé ses études. Il se rendit it Alep, d'où sa famille était originaire, pour les y achever, et à la mort de sou père visita plusieurs villes de la Syrie, fit le pèlerinage, en revint en 1386 à Damas et à Jérusalem, où il lit la connaissance du soufi 'Ala-Eddin Ahmed es-5irâfi, qui l'emmena au Caire et lui procura une place dans le couvent Barqoqiyya, nouvellement fondé. L'influence d'un de ses protecteurs, l'émir Hakam, lui fit obtenir en 1399 la place de commissaire de la police municipale au Caire, qui venait d'être enlevée à Maqriiî. L'instabilité des postes administratifs lui fit perdre et retrouver plusieurs fois de suite cette situation. Tombé en disgrâce et soumis à la torture sous le sultan Mélik Moayyad Chéïkh (1412), puis revenu en faveur et nommé professeur à l'école fondée par ce souverain, envoyé même comme ambassadeur à Constantinople auprès de l'empereur romain d'Orient, il retrouva la plus entière estime auprès de ses successeurs Mélik Zhâhir Tatar et Mélik Achraf Barsbaï; ce dernier surtout aimait à l'avoir dans

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son voisinage, parce qu'il pouvait s'entretenir avec lui en turc sur des questions religieuses. L'avènement de Mélik 'Aziz Yoûsouf le rendit à sa chaire de professeur (1438), puis il profita d'un retour de faveur pour réunir en sa personne les fonctions de grand cadi hanéfite, de maître de la police et de curateur des fondations pieuses, qui n'avaient jamais encore été réunies sur une même tète. Des intrigues lui firent perdre cette dernière place et il renonça a la vie publique ; il mourut le 29 décembre 1451 . Son 'Iqd el-djoumdn (Collier de perles) est une histoire universelle depuis la création jusqu'en 1446 ; le Djauhara est une biographie en vers du sultan Mélik Moayyad. De nombreux commentaires sur des ouvrages de théologie et de jurisprudence lui ont valu une célébrité qui n'a que peu d'intérêt pour nous.

Abou't-Tayyib Ahmed el-Hidjazi étudia les traditions sous la direction d'ibn Hadjar el-'Asqalani; il était né en 1388; mais l'abus qu'il fît de la noix de marais ou anacarde compromit sa santé et l'obligea à renoncer aux études juridiques, pour ne plus se consacrer qu'à la littérature. Il mourut en 1470. En outre de ses propres poésies, que l'on retrouve dans un manuscrit de l'Escurial, il a réuni une anthologie poétique, oii l'on rencontre aussi des poèmes populaires comme les mowachchak et les zadjal, sous le titre de Raud el-Adâb (Parterres de la littérature]^ cet ouvrage a été imprimé à Bombay. La bibliothèque Nationale et le British Muséum possèdent de lui le Néïl er-rdïd, opuscule qui donne la liste de la hauteur de la crue annuelle du Nil depuis l'époque de l'hégire.

Abou'l-Khéïr Ibn bl-DjazarI naquit à Damas en 1350 ; un pèlerinage à la Mecque le conduisit au retour vers le Caire; revenu dans sa ville natale, il devint en 1391 cadi

ttS LITTEHATURB ABABB

de Damas, vît ses propriétés d'Ég^rpte confisquées en 1395 et se rendit alors en Asie Mineure, à Brousse, auprès du sultan ottoman Bajazet I". Après la bataille d'Ancyre il fut envoyé par Tamerlan prisonnier à Samarcande ; à la mort du conquérant tartare, il rentra en Perse et s'établit à Chiraz, où il fut nommé cadi, et où il mourut en 1429, après avoir employé les dernières années de sa vie à un voyage qui le mena de Bassora jusqu'à la Mecque et à Médine. Ses ouvrages sont consacrés à l'art de la lecture du Koran, notamment un poème didactique qui a été lithographie au Caire et souvent commenté. Son Dkât ech-chifâ est un poème qui comprend une courte revue de l'histoire du Prophète el des quatre khalifes orthodoxes, puis un résumé très succinct de l'histoire musulmane jusqu'au règne de Bajazet I**, composé à Chiraz en 1396, à la demande du sultan Mohammed, qui y régnait alors.

Un soufi, Djémal-Eddin 'Abd-er-RazzÂq de Kâchan, mort en 1330, a laissé un dictionnaire des termes techniques (içtitdhdt) employés par les mystiques, publié par Sprenger à Calcutta (1845); le Lal4ïf el-tldm, dont le sujet est analogue et a été utilisé par Tholuck dans son étude sur le dogme spéculatif de la Trinité dans l'Orient moderne, et un Traité de la prédestination et du libre arbitre, traduit par Stanislas Guyard.

Un descendant du fameux ascète 'Abdel-Qâdir el-Gilàni, Qotb-Eddin 'Abd el-Kérim, né en 1365, et qui vivait encore en 1423, a écrit, sur ia destinée humaine, l'Insdn el-Kdmil (l'Homme parfait}, qui a été imprimé au Caire, et dix-neuf autres ouvrages sur divers points du mysticisme.

Il n'est pas jusqu'au poète persan Djâmi (1414-1492) qui n'ait écrit treize ouvrages en arabe sur des questions de théologie.

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Çârim-Eddio Ibrahim Ibn Doqhaq, zélé disciple d'Abou- Hanifa, né vers 1350, en Egypte, fut conduit en 1401 devant le cadi Djélal-Eddin el-Bolqini pour avoir écrit que Abou-Hanifa était supérieur à Chaféï; bien qu'il s'en excusât en disant qu'il avait pris cette appréciation dans d'autres ouvrages, il fut condamné à être fouetté et jeté en prison. Il mourut en 1406. Son Nozhet el-ânâm [Plaisir des humains) est une histoire de l'islamisme en douze volumes, rangée chronologiquement et traitant principalement de l'Egypte; une partie du manuscrit autographe est à Gotha. II écrivit, à la demande de Barkok, son Djauhar elk-thamin, histoire de l'Egypte jusqu'en 1402, continuée plus tard par un anonyme jusqu'en 1500. D'autres œuvres ont chanté les merveilles du Caire et d'Alexandrie, célébré le panégyrique du sultan Barkok, rappelé la vie du grand imam Abou-Hanifa et de ses élèves célèbres. La description de l'Egypte [ed-Dorra el- Modia) a été publiée au Caire par C. Vollers (1893) d'après le manuscrit autographe de la bibliothèque khédiviale.

Un cadi des Hanéfites à Alep, qui fut reçu par Tamerlan lors de la conquête de cette ville, et qui nous a laissé un récit decette réception, utilisé par Ibn 'Arabchah dans sa vie de Ttmour, Abou'l-Wélid Ibm Chihna, a rédigé un abrégé d'Abou'l-Féda continué par lui jusqu'en 1403, et l'a appelé ftaudat el-Manâzhir (le Parterre des spectacles). Gottwaldt en a donné une notice dans le Journal asiatique, et le texte a été imprimé à Boulaq sur les marges d'Ibn cI-Athir. II était né en 1348 et mourut en 1412; il a laissé une foule de petits poèmes didactiques sur la théologie, la logique, le droit. Son fils, Modbibb- Eddin Abou'l-Fadl Ibn Chibna, était aussi entré dans la magistrature; il vécut au Caire, où il remplit, avec

au LITTiBlTDHB ARABE

quelques intervalles de loisir, le poste de grand cadi hanéfite de 1461 à 1471, puis celui de chéïkh-ul-Islam ; il mourut en 1485 ; il mit en ordre l'ouvrage de son père déformé par les copistes, et écrivit un commentaire sur le texte ; il a laissé une histoire d'Alep dont Alfred von Kremer a donné des extraits.

Abou'l-'Abbâs Chihâb-Eddin el-Qalqaghbhdi tire son surnom d'une bourgade située près du Caire dons le district de Qalyoub, où sa famille était établie; il mourut en 1418. Il a écrit sur la généalogie et l'histoire plue ou moins légendaire des tribus arabes anté-ïslamiques ; il a composé UD manuel de l'art d'écrire avec élégance, qui, destiné aux candidats aux emplois administratifs d'Egypte, renferme des détails intéressants sur la géographie, l'histoire, la civilisation de ce pays et des provinces syriennes, qui ont été utilisés par Wûstenfeld; H. Sauvaire en a aussi donné des extraits.

Abou't-Tayyib Taqi-Eddin bl-Fasi, né à Fez le 31 août 1373, vint à Médine en 1377 avec sa mère et retourna à la Mecque avec elle en 1386. Il voyagea ensuite, parcourut le Caire, Damas, Jérusalem, Alexandrie et le Yémen. De retour à la Mecque en 1405, il y devint cadi et professeur de droit malékite, fonctions qu'il perdit en 1414 pour les reprendre un mois après. Devenu aveugle en 1425, il dut renoncer à son poste judiciaire et se rendit au Caire pour y consulter le mufti malékite sur la possibilité de juger malgré cette infirmité. La décision juridique qu'il obtint ayant été favorable, il retourna prendre ses fonctions à la Mecque, fut destitué en 1427 et mourut deux ans plus tard. Il a écrit une description historique et topographique de la Mecque sous le titre de el-Iqd etk-thamln (le Collier précieux), qu'il a abrégé luimême dans deux autres ouvrages, et dont il a donné une

DBCLIN DES LETTRES

secoQcie édition dans son Chifd el-Ghardm, d'où WûsteDfeld a tiré les extraits qu'il a donnés dans ses Chroniques de la Mecque.

La chronique d'Ibn Kéthir a été continuée par Abou'l- 'Abbas Ahmed ET-TABAitiNi, né à Tibériade, mort en 1432 ; son travail embrasse la période de 1220 à 1337 ; il en existe une traduction française manuscrite, due à Cl. Bérault, successeur de d'Herbelot au Collège de France, et conservée à la Bibliothèque nationale.

Tâqi-Eddin Abou't-'Abbâs Ahmed bl-Maqrizi tenait le surnom sous lequel il est connu, d'un faubourg de Baalbek en Syrie, où son grand-père, traditionniste hanéfite, avait habité avant d'émigrer à Damas; puis son père 'Ala-EddÎD, fils du précédent, s'était établi au Caire, où naquit Maqrizi en 1365. L'enseignement de la doctrine chaféïte St une profonde impression sur lui, et il devînt l'adversaire des hanéfites. Après son retour du pèlerinage de la Mecque eu 1385, il fut comme son père cadi suppléant et employé d'administration, remplît en 1399 les fonctions de maître de la police et fut ensuite successivement prédicateur de mosquée et professeur de science des traditions. En 1408 il se transporta à Damas, où il fut chargé d'administrer les vakoufs de la Qalànisiyya et de l'hôpital Nouriyya et de professer dans les médressés; mais il refusa d'être cadi. De retour au Caire, il s'adonna à la composition littéraire, et devînt l'historien de l'Egypte musulmane. En 1431 il entreprit avec sa famille le pèlerinage sacré, et fut attaqué par les Bédouins, ainsi

fue toute la caravane, pendant la route; il revint en gypte en 1435 et mourut en 1442, à la suite d'une longue maladie. Le Matvâ'izh wel-i'tibdr (Exhortations et considérations), plus connu sous le nom de Khitat (le Cadastre), est une histoire et une géographie de l'Egypte

LITTBRATDBE AlABE

qui traite surtout de la topographie du Caire, et où il s'est approprié les ouvrages de ses devanciers, sans les citer; Langlës, Silvestre de Sacy, Hamaker en ont publié des extraits ; Wetzer a fait paraître le texte de l'histoire des Coptes, que WûsteDfeld a traduite en allemand. Le texte intégral a été publié à Boulaq, et M. U. Bouriaut en donne une traduction française dans les Mémoires de l'École du Caire.

La bibliothèque de Gotha possède le manuscrit autographe de son histoire des khalifes fatimides : Kosegarten en a extrait le récit de l'entrée d'El-Mo'izz au Caire, qui figure dans sa Ckrettomathie arabe. Il a écrit l'histoire des sultans mamelouks sous le titre de SoUtâk li-marifet dofval el-molouk (la Marche vers la connaissance des dynasties royales) dont Etienne Quatremère a traduit la matière de deux volumes. Il avait commencé un dictionnaire alphabétique des biographies de tous les princes et hommes célèbres de l'Egypte; l'ouvrage entier devait avoir quatre-vingts volumes; seize seulement ont été mis au net; trois d'entre eux se trouvent à Leyde.un à Paris; ce sont des autographes. Un recueil d'opuscules, qui se trouve également à Leyde et à Paris, a fourni à Silvestre de Sacy le Traité des monnaiet musulmanes, dont le texte avait déjà été publié par Tychsen d'après un manuscrit de l'Escurial; le même Tychsen a donné le texte du traité des poids et des mesures légales; Paul Noskowyj a fait paraître à Bonn l'histoire de la province du Hadramaut, rédigée à la Mecque sur les informations fournies par les pèlerins originaires de. cette contrée ; Wûstenfeld a fait connaître sou explication des familles arabes immigrées en Egypte; l'histoire des souverains musulmans de l'Abyssinie avait été imprimée dès 1790 à Leyde par Rink ; celle de la chute de la dynastie des

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Oméyyades et de l'avènemeiit des Abbassîdes au khalifat a été traduite par S. de Sacy dans \e Magasin encyclopédique, et publiée par G. Vos à Leyde (1888).

Abou-Bekr Tiqi-Eodin Ib» Qadi-Cbobba, docteur chaféïte de Damas, né en 1377, qui fut grand cadî dans sa ville natale, professeur dans les diverses médressés, inspecteur de l'hdpital Noùriyya, et mourut en 1448, s'est occupé de compléter la chronique de Dhahabî en donnant une liste alphabétique d'hommes célèbres, rangés par période de dix ans ; il a écrit les biographies des chaféîtes jusqu'en 1433, ouvrage qui a été utilisé par Wûstenfeld pour ses recherches sur les académies des Arabes.

Chihâb-Eddin Abou'1-Fadl Ibh-Hadjar el-Asqalîhi appartenait également au rite chaféïte. Né à Ascalon en 1372, il perdit son père de bonne heure et fut élevé par un parent; il n'avait pas encore onze ans qu'il fit le pèlerinage de la Mecque; il y resta les années suivantes, a'occupant de commerce, tout en se livrant à l'étude des belles-lettres et en composant de fort bonne poésie ; puis il voyagea pour étudier la science des traditions, se rendit au Caire, visita la Palestine, le Yémen à deux reprises, rentra en 1403 au Caire, où il professa le haditk et le droit avec le plus grand succès; il forma la jeune génération des étudiants en droit, qui purent tous se dire ses élèves, et il s'acquit ainsi une grande réputation. Plus tard il devint grand cadi à plusieurs reprises, refit le pèlerinage sacré en 1421, entreprit en 1432 un voyage à Alep et y donna des leçons publiques. Il mourut au Caire en février 1449. Son Inbâ el-Ghomr (Enseignement des ignorants) contient l'histoire politique et littéraire de son temps (1371-1446), en Egypte et en Syrie, avec son autobiographie et des détails sur les traditionnistes de son époque, sujet qui lui était cher, car il a

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consacré aux traditionoïstes et aux jurioonsultes un grand nombre de travaux dont l'énamération n'embrasse pas moins de trente-neuf numéros dans la liste de M. Brockelmann. Le Dorar el-Kdmina (iss Perles cachées) contient la biographie des personnages célèbres du viii* siècle de l'hégire. Son diwan a été assez apprécié des modernes pour avoir les honneurs de l'impreesioa.

Abou'l-'Abbâs Ahmed Ibn 'AbabchIb, né à Damas le 6 novembre 1389, fut emmené en 1400 captif à Samarcande, avec sa mère et ses frères, lors de la prise de la ville par Tamerlan. Dans ces contrées éloignées, il trouva le moyen de compléter son instruction et d'y joindre oae connaissance complète du persan et du turc. En 1408, il se rendit dans le Khatâ (Turkestan chinois d'aujourd'hui], dans le Khârizm (Khiva) et le Decht-Qyptchaq (la grande steppe de Tartarie], passa plusieurs années dans la ville de Hàdji-Terkhân (aujourd'hui Astrakhan), pour y compléter ses études de droit; il s'y trouvait encore en 1411. Après avoir parcouru la Crimée, dont il fréquenta les savants, il se rendit à Andrinople, où le sultan ottoman Mohammed I", Ûh de Bajazet I"*, venait de se rendre seul maitre du pouvoir, malgré les compétitions de ses frères. Le sultan le reçut avec beaucoup d'honneurs, se l'attacha et refusa de le laisser partir pour Damas, ob l'appelait l'émir Tchaqmaq; il le chargea de traduire en turc des ouvrages arabes et persans, le nomma secrétaire particulier et lui confia le soin de correspondre en arabe, persan et turc avec les cours étrangères. A la mort de Mohammed I" (1421), Ibn 'Arabchâb, désireux de revoir sa patrie, se rendit à Damas, où il fiit surnommé 'Adjamî (l'Étranger). Il s'y livra entièrement à la vie contemplative et à la rédaction de ses ouvrages; cette douce quiétude fut interrompue par son départ

pour la Uecque en 1428; à son retour, il s'établit au Caire, pour y continuer sa vîe de philosophe, et s'acquit la considération et l'amitié des savants. L'émir Tchaqmaq était devenu sultan en 1438, avec le titre de Mélik Zhàhir; mécontent de ce qu'Ibn 'Arabchah n'avait pas répondu à sa précédente invitation, il prêta aisément l'oreille à des dénonciations calomnieuses et le fit jeter en prison : l'infortuné littérateur y tomba malade et mourut, bien qu'il fût presque immédiatement relâché, au bout de douze jours, le 25 août 1450.

L'Adjdib el-maqdour (Merveilles de la prédestination) est l'histoire de la vie et des conquêtes de Tamerlan, dans un style prétentieux, difficile, rempli d'expressions recherchées, et en prose rimée; le texte a été publié par Golius chez Elzévir, en 1636, par Manger, avec une traduction latine (1767-72), à Calcutta et au Caire; Pierre Vattier en a donné une traduction française sous le titre de « l'Histoire du grand Tamerlan, traduite de l'arabe d'Ahmed, fils de Gueraspe » (1658j. Le Fâkikai el-Kkolafd (le Bonbon des khalifes) est un livre de politique déguisée sous la forme de fables en prose rimée imitée du Marxobân-ndmè persan ; il a été édité par Freytag (1832) et imprimé à Mossoul et au Caire.

Deux de ses fils eurent une moindre célébrité comme auteurs. Tâdj-Eddin 'Abd-el-Wahhâb, né en 1411 à Astrakhan, qui avait accompagné son père à Damas et se rendit plus tard an Caire, où il mourut en 1495, a écrit des poésies didactiques sur l'exégèse et la généalogie; El-Hasan écrivit vers 1494, sous le titre de Iddh ez~ Zhoim, l'histoire en prose rimée du tyran Ibrahim de Naplouse, qui commandait à Damas vers 1446 et s'était attiré, par ses exactions, l'animosité des habitants de cette ville (manuscrit de Berlin).

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3«0 LITT&RATORE AAABB

âboo'l-MahIsin Djémâl-Eddin Ibh Tacri-Biudi était le file d'un esclave turc au service d'un négociant nommé Bachboghà, que le sultan Mélik ez-Zhâhir Barkok acheta au début de son règne (1382), fit élever et auquel il confia plus tard le gouvernement d'AIep; sous son successeur Mélik-Nâçir Faradj, il fut atâbek (chef des troupes) et gouverneur de Damas, à trois reprises différentes; il était encore revËtu de cette qualité lorsqu'il mourut en 1412. Abou'l-Mahâsin naquît au Caire en 1411 ; il porta le titre de grand émir, soit à cause de sa naissance, soit parce que des fonctioDS comportant ce titre lui furent conférées. Il était à la Mecque au début de l'année 1459, lorsque Chihâb-Eddin Ahmed et-Tatâri y fut nommé cadi; il mourut en 1469. Son Nodjoâm ez-Zâkira (les Étoiles brillantes) est une histoire d'Egypte depuis la conquête arabe sous 'Amr ben el-'Aç, jusqu'en 1453, indiquant année par année les décès de personnages marquants; l'édition de Juynboll va jusqu'à l'année 975. L'abrégé qu'il en a fait lui-même s'étend jusqu'à l'année 1460. Le Maurid el-latâfet (l'Abreuvoir de la douceur) contient, après une courte histoire du Prophète, l'énumératioQ de quelques-uns de ses compagnons , des maîtres de l'Egypte et de leurs ministres jusqu'à son époque; J.-E. Carlyle en a donné une édition (1792). Le Manhal es-Sâfî est un dictionnaire biographique qui forme la continuation du Wdfi de Çafadi, de même que le Hawâdith ed-dohoûr continue le Soloâk de Maqrizi jusqu'en 1456. Le Bahr ez-Zdkhir était un grand ouvrage historique dont il n'existe qu'un volume à Paris, contenant les années 652-690.

Abou'1-Fadl Qâsim Ibn Qotl ouboghî est l'auteur d'un dictionnaire historique des écrivains et jurisconsultes du rite hanéfite, appelé Tadj et-térddjim (Couronne des

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DBCLIN DBS LETTRES

biographies), important pour la Gonnaissance des noms historiques; G. FlOgel en a donné une édition. On sait peu de chose de l'auteur. Né en septembre 1399 au Caire, il y étudia la langue arabe, la logique et le droit hauéfite, visita Damas et d'autres villes pour y compléter ses études, et écrivit de nombreux ouvrages ; il mourut au Caire en 1474.

Soyoûti.

Un homme destiné, par ses travaux encyclopédiques, à incarner la science musulmane au xv' siècle, c'était l'Égyptien Sotoûti (Djélàl-Eddin Abou'1-Fadl 'Abd-er- Rahman). Il était originaire d'une famille persane établie depuis plus de trois siècles à Syout ou Osyout dans la Haute-Egypte, mais il naquit au Caire le 3 octobre 1445. Ses ancêtres avaient occupé des fonctions publiques : l'un avait été juge, l'autre chef de la police municipale; un troisième était devenu un riche marchand; son père avait été cadi au Caire, et s'était ensuite retiré du monde pour se consacrer à la lecture du livre sacré. Quand il mourut, en mars 1451, le jeune 'Abder-Rahman n'avait que cinq ans et demi; il fut élevé par un ascète qui lui fit apprendre par coeur le Koran avant d'avoir huit ans. Après avoir visité le Fayyoum et Damiette, il partit en pèlerinage pour la Mecque en décembre 1464; à son retour, il professa la science des traditions, et son maître 'Alam-Eddin el-BoIqini lui obtint la chaire de premier professeur de jurisprudence à la medressé Chéïkhoûniyya, place jadis tenue par son père.

Son arrogance et même son manque de loyauté lui attirèrent la haine des savants, attisée par les contro-

363 LITTÉIATOBB ARABE

verses âpres auxquelles il se livrait. Soq avidité luï fit retrancher une partie des pensions attribuées aux soufis de son école, on les réserver à d'autres; ils se soulevèrent contre lui en février 1501 ; à la suite d'une enquête judiciaire, il fut destitué par le sultan Toumân-Bâî. Il se retira alors dans son habitation de l'Ile de Rauds. On voulut lui rendre sa place de professeur à la mort d'Ibn Ballàn, qui lui avait succédé, mais il n'accepta pas et mourut dans sa retraite le 17 octobre 1505. Il a donné lui-même les titres de trois cents de ses écrits; la liste de M. Brockelmann en énnmëre trois cent quinze ; FlQget a dressé une autre liste qui en comprend cinq cent soixante et un. Cependant beaucoup de ces compositions, qui pour la plupart ne sont pas originales, se réduisent souvent à un seul cahier; à Leyde il y a un seul volume qui contient quatorze de ces traités. On l'a accusé d'avoir pris des ouvrages de ses devanciers, de les avoir un peu remaniés et transformés, et de les avoir donnés comme siens. Cepeodant ils ont eu un succès considérable, comme tout travail de compilation qui met à la portée des jeunes générations les ouvrages conservés dans les bibliothèques de pays lointains, et que l'imprimerie n'est pas encore là pour multiplier et populariser; ce n'est qu'à la fin du xviii* siècle que la typographie, appliquée aux caractères arabes, fera son apparition à Constantinople. Jusque-là l'Orient ne connaîtra d'imprimés que les incunables orientaux de Rome et de Leyde. Quoi qu'il en soit, Soyoùti a pour nous le mérite d'avoir conservé, dans son travail d'abréviateur et de compilateur, d'anciens écrits qui sans cela seraient perdus pour nous.

Son Histoire des khalifes a été admirée parce que c'est un résumé, commode peut-être pour l'usage des classes

DÉCLIN DBB LETTRES IBS

en Orient, mais qui ne peut aucunement nous satisfaire. Elle s'étend depuis Abou-Bekr jusqu'à l'année 1497, où El-Mostamsik devint khalife abbasside au Caire; elle a été publiée par Nassau Lees à Calcutta et traduite en anglais par M. Jarrett; elle est suivie d'un poème didactique, destiné à être appris par cœnr, et où les noms des khalifes sont rangés par ordre. Son Histoire de l'Egypte et du Caire, Hoan el-Mokddara, est une compilation de vingt-huit ouvrages historiques. 11 est l'auteur de l'abrégé et de la continuation du Tabaqât el-Hoffâzh de Dhahabi, qui a été publié par Wûstenfeld. Son livre des interprêtes du Koran a été édité par Meursinge. Son abrégé du Lobâb d'Izz-Eddin Ibn cl-Athîr, extrait du grand ouvrage de Sam'âni, a paru à Leyde par les soins de Veth. Le Kitâb el-Awâïl (Livre des connaissances primordiales) est un abrégé d'Ël-'Askari, étudié par Gosche. Son hqdn, sur l'exégèse du Koran, a été édité à Calcutta, réimprimé au Caire. Un commentaire du Koran célèbre en Orient est le Tafsir des deux Djélâls, dont la première moitié, jusqu'au chapitre xvii inclus, a été écrite par son maître Djélàl-Eddia Mohammed el-Mahalli, né en 1389, mort en 1459, professeur de jurisprudence au Caire et commentateur obstiné, et la seconde moitié par notre Djélâl-Eddin Soyoùti, son élève, qui acheva l'ouvrage en quarante jours. Kosegarten et Grangeret de Lagrange ont donné des extraits de l'anthologie intitulée El-Mardj en-nadir (le Pré fleuri). Le Chamdrtkh sur la science historique a été publié par M. C.-Fr. Seybold (1896), ainsi que son traité sur les Konya ou surnoms. Ghars-Eddin Khalil ben Châhin ez-Zhâhiri, né en 1410, était en 1435 gouverneur d'Alexandrie lorsqu'il reçut un vêtement d'honneur; l'année suivante il fut chargé de conduire à la Mecque la caravane sacrée partie

Mi LITTEBATOBI AHABB

du Caire, et on lui donna à cette occasion le titre it vizir; OD le retrouve en 1437 gouverneur de la forteresse de Karak, les deux années suivantes à Safed et à Damas. Il mourut en 1468, en laissant, dans son Zobdat kechf el-mémâîik, un tableau politique et administratif des États possédés par les Mamelouks du xiii' an xv* siècle, c'est-à-dire l'Egypte, la Syrie et le Hedjaz, dont le texte a été publié par M. P. Ravaisse. Il a composé aussi an traité d'onîrocritique sous le titre d'el-Ichdrdt (les Indications], étudié par N. Bland et imprimé au Caire sur les marges du Tatlrel-andmd'A.hd-ei-Ghanl en-Nâbolost.

Un savant de Syout en Egypte qu'il ne faut pas confondre avec le célèbre polygraphe Soyoâti, c'est Chems- Eddin Abou-' Abdallah, également surnommé Soyoûti, qni se rendît à la Mecque en 1444, avec toute sa famille, poussé par le désir de visiter les lieux saints de l'islamisme, car il était très pieux. Il y resta neuf ans, vivant de la charité publique. Puis il revint au Caire en 1453, entra au service d'un haut fonctionnaire qui le prit avec lui en Syrie, ce qui permit au zélé pèlerin de visiter Jérusalem en 1469 et d'y écrire son llhâf el~akhiççd, histoire et description du temple de Jérusalem, déjà étudiée par P. Lemming à Copenhague en 1817, traduite en anglais par J. Reynolds en 1836, et dont des extraits ont été récemment traduits à nouveau par M. Guy Le Strange.

C'est en Egypte également que vivait le vétérinaire du sultan Mélik Nâçir, fils de Qalàoun, Abou-Bekr ben el- Mondhir, mort en 1340, qui écrivit pour son souverain le Ndçiri, nom donné habituellement au Kdmil ec-Çinâaléïn (la Perfection des deux arts), traité complet d'hippologie et d'hippiatrie, traduit par Perron. Un médecin du Caire, né à Sîndjâr, qui mourut de la peste en 1348,

nécLIN DB9 LETTRES 3S5

IbD el-ÂlcfâDi, écrivit une eocyclopédie de soixante sciences différentes, Irckâd el-qâçid {la Direction de celui qui recherche les plus hautes questions), publiée par Sprenger dans la Bibliotheca Indica, et y joignît des traités d'ophtalmologie {Kachf er-raïn), de médecine domestique {Gkonyat el-labîb), d'application de la saignée {Nihdyet el-qaçd), et des ouvrages sur les pierres précieuses [Nokkab edh-Dhakkâïr) et sur l'achat des esclaves {en-Nazhar wet-tahqîq) qui sont restés manuscrits. À la même époque Kémal-Eddin Mohammed ben MoAsa bd-DahîhI, né en 1344, mort au Caire en 1405, écrivait son Hayât el-kaïwân (la Vie des animaux), dictionnaire de zoologie qui traite également les questions d'étymologie et de grammaire se rapportant au nom des animaux, avec citation des traditions, des fragments de poésie et des proverbes qui s'y rattachent; des trois recensions qu'il en a faîtes, la plus grande, terminée en 1371, a été imprimée six fois au Caire.

'Izz-Eddin Aïdehir ben 'Ali ben Aïdémîr el-Djildaki, mort au Caire en 1342, était un alchimiste qui a écrit de nombreux ouvrages sur sa science préférée, mère de la chimie moderne, qu'il appelle la science de la balance ('i7m el-mlzdn) et de la clef Çtlm el-miftâh); plusieurs de ses compositions sont, naturellement, spécialement réservées à la recherche de la pierre phîlosophale {talab el-iksîr), l'élixîr de longue vie par excellence. Hadji- Khalfa énumëre vingt-quatre ouvrages composés par lui sur les arcanes de la science mystérieuse.

Les Béni-Ziyao de Tlemcen trouvèrent leur historien dans la personne d'Abou-'Abdallah Mohammed ben 'Abdel-Djélil, imam de Tenës, qui llorissaît à Tlemcen sous le sultan El-Motavirakkil à qui il a dédié son livre, Nazhm ed-dorr w'èl-iqyân {Collier de perles et d'or natif), dont

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la première partie a été traduite par l'abbé Barges. Il mourut eu 1494.

Abou'l-Hasan 'Ali Nouh-Eddin bs-Sahhoodi, l'historien de la ville de Médiue, naquit sur les bords du Nil supérieur, à Samhoùd, gros village de la Hante-Égypte. Il alla étudier au Caire, puis partit pour le pèlerinage et n'en revint plus, car il s'établit à demeure à Médine eu 1465 et y professa dans une des principales écoles. Il prit sur lui de déblayer la grande mosquée, détruite par l'incendie en 1256, de ses décombres et de ses cendres, et n'eut pas de cesse qu'il n'entretint une correspondance active avec les princes de Bagdad et du Caire pour obtenir leurs subsides, jusqu'à ce qu'il eût persuadé au sultan d'Egypte Qaïtbaï, eu 1474, de lui fournir les moyens de reconstruire le monument détruit. Ce sultan vint lui-même visiter Médine en 1479; Samhoudi eut on entretien avec lui, dont le principal résultat fut d'interdire aux habitants de faire le commerce de prétendues reliques du Prophète. Pendant qu'il était à la Mecque en 1481, la mosquée de Médine prit feu de nouveau et entraîna dans sa ruine la maison de l'historien et sa bibliothèque de trois cents volumes. Il profita des travaux de reconstruction pour aller, après une absence de seize ans, revoir sa vieille mère à Samhoùd; celle-ci mourut au bout de dix jours après le retour de son fils, qui reprit le chemin de Médine, en emportant une masse de livres que le sultan lui avait donnés pour reconstituer sa bibliothèque. Nommé chéïkh-ul-ialam dans la ville du Prophète, il y mourut en 1505. II avait perdu, dans l'incendie de sa maison, le manuscrit inachevé d'une grande histoire de Médine qu'il projetait et qui aurait contenu tout ce qui avait été écrit sur ce sujet jusqu'alors; mais il en avait (ait, à la demande d'un grand persounage, un

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extrait bien rangé en ordre {Wéfâ'l-Wéf^, qu'il avait emporté avec lui à la Mecque pour le mettre au net. C'est là que Wiistenfeld a pris les documents sur l'histoire de Médine qu'il a publiés à Gœttingue. Une édition encore plus abrégée, intitulée Kkolâçat el-Wéfd, a été imprimée à Boulaq.

Un Persan, Ikhtiyâr-Eddin ben Gbiyàth-Eddin el- Hoséïni, qui avait fait ses études b Hérat et y était devenu cadi, puis se retira dans son village natal pour s'y livrer à l'agriculture après la prise de la ville par Mohammed- Khan Chéïbàni, et qui mourut à Turbet en 1522, a écrit YAsâs el-iqtibda (Base du plagiat) à la demande du sultan timouride Hoaéîn Baïqara, en 1492. Cet ouvrage, qui a été imprimé à Constantinople, est une collection de versets du Koran, de traditions, de proverbes, de morceaux choisis de prose et de vers ; c'est un manuel du parfait rédacteur.

Un de ses compatriotes, Abou'l-Qàsim ei-Léïthï es- Samarqandi, composa vers 1483 un traité des métaphores intitulé Fardtd el-fawdtd et plus connu sous le nom de Riadlat es-Samarqandiyya, qui a été l'objet de nombreux commentaires jusque dans les temps les plus voisins de nous.

SoyoAti, que nous avons vu accuser de plagiat, pis que cela, de démarquage, éleva la même accusation contre Chihâb-Eddin el-Qastai.lani, savant chaféïte né au Caire en 1448, qui y fut prédicateur et y mourut en 1517; il le fit citer devant le cbéïkh-ul-islam en prétendant qu'il avait copié nombre de ses ouvrages sans le nommer. Qastallânî voulut plus tard chercher un raccommodement et se rendit à la demeure de Soyouti dans l'ile de Rauda, mais il ne fut pas reçu. C'est à propos du Métvdhib el~Ladoniyya (les Dons mystérieux), ouvrage

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MS LITTEHATURB ARABE

consacré à la biographie do Prophète, que la dispute eut lieu. Le Méwâhib a eu un grand succès, il a été commenté et traduit en turc, puis fréquemment imprimé. Un commentaire sur le Çahih de Bokhâri, Irckâd~e»- Sdri (Direction du voyageur nocturne), en dix volumes, a été imprimé à Boulaq et à Lucknow. D'autres livres ont été écrits par lui sur les mérites d"Abd-el-Qàdîr el- Gllàn!, du chéîkh Abou'l-Qàstm Chàtibi et du chéïkh Abou'l-'Abbâs Ahmed el-Harrâr, prieur du cloître d'ez- Zàbidî près du Caire; mais, sauf le second, ils ne nous sont point parvenus.

Abou'l-Youmn 'Abd-er-Rahman Movdjir-Eddik el- 'Oléïmi, grand cadi des hambalites à Jérusalem, mort en 1521, a écrit la chronique de Jérusalem et d'Hébron, Anis el-Djélil (le Compagnon de l'homme glorieux), dont Hammer a donné des extraits dans les Mina de l'Orient et que Henry Sauvaire a traduite par fragments ; cette chronique a été composée ou plutôt compilée avec une rapidité merveilleuse, ayant été terminée en moins de quatre mois, dont un tout entier inoccupé, l'auteur ayant été empêché d'écrire par suite des événements.

Un élève de Soyoùti, Abou'l-Barakât Mohammed Ibh Itàs, hambalite d'origine circassienne, né le 9 juin 1448, mort vers 1524, s'est occupé de l'histoire générale du monde, de celle de l'Egypte jusqu'en 1522, rangée d'après les années et les mois et intitulée Béddl' ez-Zokoâr; on lui doit aussi un livre de cosmographie qui traite spécialement de l'Egypte, Nackàq el-A::hdr (l'Odeur des fleurs), achevé en 1516 et qui a été analysé par Langlès dans les Notices et Extraits.

Abou-' Abdallah 'Abder-Rahman du Yémen, surnommé Ibh sn-D^BA' (c'est-à-dire, parait-il, le Fils du blanc), né

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à Zébtd le 7 octobre 1461, fut élevé par son graad-përe maternel Isoia'ïl pendant que son père faisait un voyage sur les côtes de l'Inde, pendant lequel il mourut, laissant son fils dans le besoin. Celui-ci avait du goût pour les mathématiques et la jurisprudence ; il voyagea pour apprendre, revint à Zébid, fit le pèlerinage en 1491, reçut à la Mecque les leçons de Sakbâwi et, de retour dans sa ville natale, conçut le projet d'en écrire l'histoire. Le Boghyat el-Mostéfid, qui s'étend jusqu'à l'année 1495, attira sur lui l'attention du sultan Mélik-Mozhaffar Amir ben Tàhir, qui l'engagea à écrire l'histoire de la dynastie des Beni-Tâhlr, El-'iqd el-hdhir (le Collier brillant), l'en récompensa généreusement et te nomma professeur des traditions à la grande mosquée de Zébid, place qu'il occupa dignement jusqu'à sa mort en 1537. C'est du Boghyat que Th. Johannsen a extrait les fragments qu'il a donnés dans son Historia Jemanas. Avant lai, Abou-'Abdallah Mohammed el-Djanadi, mort en 1332, avait écrit l'histoire politique et littéraire du Yémen dans son Soloâk, d'où M. H. C. Kay a tiré des renseignements sur les Carmathes de cette contrée.

L'Empire ottoman continuait alors ses grandes conquêtes d'Asie, qui faisaient suite à son établissement en Europe. La bataille de Merdj-Dâbek près d'Alep et la mort du sultan mamelouk QançoAh-el-Ghoûrî lui avaient livré la Syrie; l'Egypte fut conquise par Sélim I" en 1517. Ibk Zuhbvl, que l'on appelait er-Rammâl (le Géomancien) parce qu'il gagnait sa vie en traçant des figures d'horoscope sur le sable, eut l'occasion de suivre les mouvements des troupes, probablement comme employé de l'administration militaire ; il fut même enfermé, avec le corps auquel il était attaché, dans le fort d'Aboukir. Il a rédigé l'histoire de la conquête de l'Egypte par les

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Ottomans, une géographie générale et un traité sur la géomaocie.

Les Turcs se mettent à écrire en arabe comme les Persans l'avaient fait jadis. Le professeur Moçtafa, né à Tachkieupru l'année de la prise de Constantinople par Mahomet II (1453), que Bajazet II avait choisi comme précepteur de son fîls Sélîm, avait eu, la veille de son départ de Brousse pour Angora, un songe dans lequel il vit un beau vieillard lui annoncer la naissance d'un garçon qu'il nommerait Ahmed. Cela arriva effectivement; Ahmed naquit un mois plus tard, le 2 décembre 1495, et fut surnommé Tachkieupni-Zàdè (le Fils de Tachkieupru) d'après le nom d'origine de son père. Après avoir embrassé dans ses études le cycle complet des connaissances du moyen âge oriental, îl entra dans la carrière du professorat et enseigna successivement à Dimétoka, à Constantinopte, à Uskinp en Macédoine, à Andri- Qopte comme cadi en 1551. Atteint d'une inflammation des yeux en 1554, il perdit la vue presque complètement et fut obligé de dicter ses ouvrages; il mourut en 1560. Le Nawâdir el-akhbâr (Curiosités de l'histoire) est un dictionnaire, par ordre alphabétique, des hommes illustres de l'islamisme, d'après la Vie des compagnons du Prophète d'Abou-Mohammed, le dictionnaire biographique d'Ibn Khallikan et l'histoire des philosophes de Chahrastânl. Le Chaqdlq en-No'mâniyya (les Anémones) est un ouvrage consacré à la biographie de cinq cent vingt-deux hommes illustres, ulémas et eoftfis, de l'Empire ottoman, divisé en dix classes d'après les dix règnes qui s'étendent d'Osman, fils d'Ertoghrul, jusqu'à Suléîman ; à ta fin se trouve sa propre autobiographie, dictée en 1558. Le Miftâk ea-Seâdet wa Miçhâh es-aiyddet (Clef du bonheur et lanterne de la maîtrise) est une encyclo-

pédïe sur les objets des sciences, dictée à ses élèves et terminée en 1560; elle a été utilisée par Hadji-Khalfa pour son dictionnaire bibliographique, et traduite en allemand par Hammer; traduite en turc et complétée par sou fils Kémal-Ëddin Mohammed, elle a été imprimée à Constantiuople.

El-Hoséïn ben Mohammed bd-Dit1rbekbi, né à Diarbék.ir, s'était établi à la Mecque, où il fut cadi et mourut en 1558- Le Khamis fi. Ahwâî en-nafs ennafia (Livre partagé en cinq parties relativement à l'Ame précieuse) est une biographie du Prophète compilée d'après plus de cent ouvrages dijETéreats, continuée par une revue générale des khalifes jusqu'au sultan Suléïman I" (1520) ; terminé en 1533, cet ouvrage, dans certaines copies, est continué jusqu'à Mourad III (1574). Il a été imprimé au Caire ; l'histoire de l'assassinat du khalife 'Omar en a été extraite et publiée avec une traduction allemande par O. von Plateu ; un court extrait figure dans la grammaire arabe de Petermanu.

Dans l'Inde, le chéïkh Zéïn-Ëddin el-Ma'bar! écrivait en arabe l'histoire du développement de l'islamisme dans le Malabar, de l'établissement des Portugais et de leurs persécutions à l'égard des Musulmans de 1498 à 1577. Le Tohfat el-ModJdkidin a été traduit en anglais par Rowlandson; un fragment a été inséré dans la traduction de l'histoire de l'Inde de Périchta par J. Briggs.

Mohammed Qotb-Eddin en-Nahrawâli était originaire d'une famille établie jadis dans l'Inde, à Nahrawàla, capitale du Guzzerate, où avait vécu son arrière-graud-père Qâdi-Khan Mahmoud de Dehli. Son père avait émigré à la Mecque, où il occupait une place de professeur; c'est là que naquit Mohammed en 1511. A la fin de ses études accomplies dans sa ville natale, le jeune homme

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se rendit en Egypte (1536), où il suivit les cours des professeurs, élèves de Soyouti, puis de là à Constaotinople. Présenté au sultan Suléimas par le vizir Ayaa-pacha, il reçut en présent un vêtement d'honneur, fut nommé professeur a l'Achrafiyya, école de la Mecque, dont il mît en ordre la bibliothèque. Il a laissé le récit d'un second voyage qu'il fit de Médine à Constaotinople en traversant l'Asie Mineure (1558). Le vizir Ali-pacha lui raconta ses campagnes : Qotb-Eddin fit la remarque que l'histoire disparait avec la mort de ses témoins oculaires quand une rédaction n'en a pas été faite, et il cita comme modèle l'histoire de Nour>Eddin et de Satadin par Abou-Châma; Ali-pacha chargea alors le secrétaire Ali-Tchélébi de mettre par écrit les campagnes des Ottomans, mission dont il ne parait pas s'être acquitté. Qotb-Eddio, de retour à la Mecque, fut nommé professeur du rite hambalite lorsque l'université Suléîmaniyya y fut établie (1567); il mourut mufti de la ville sainte en 1582. LTldm bi-a'ldm Bèlad el-Harâm (Instruction sur les particularités notables de la Demeure sacrée) est une histoire de la ville de la Mecque et de la Ka'ba, qui a été publiée par Wûstenfeld. Le Barq el-YémdrU (Éclair du Yémen) contient l'histoire de l'Arabie heureuse depuis l'année 1495, de la première conquête ottomane sous le vizir Su lé ïm an -pacha, du retour des Zéîdites et de la seconde conquête par le grand vizir Sinân-paoha, auquel l'ouvrage est dédié.

Moçtafa-Efendi EL-DiENNiBi était originaire de la petite ville de Djennâba, sur te golfe Persique; il fut cadi d'Alep ; destitué, il mourut en 1591. Il a écrit en arabe, puis traduit en turc l'histoire de quatre-vingt-deux dynasties musulmanes en autant de chapitres, jusqu'en 1589. De là J.-B. Podestà a tiré l'histoire de Tamerlan,

qu'il a traduite en latin et publiée à Vienne en 1680. Le même auteur a aussi laissé un traité de la construction de la mosquée de Sainte-Sophie et des murailles de Constantinople.

Amir er-Ro'Ami, secrétaire des princes Chems-Eddin et 'Izz-Eddin, qui possédaient la forteresse de Kaukéban près de Sanaa au temps de la conquête turque, fut en rapports personnels et de correspondance avec les commandants des troupes ottomanes, notamment avec Hasanpacha, nommé en 1580. Il a consigné ses souvenirs dans deux ouvrages, dont l'un, qui est à la bibliothèque de Leyde, a été publié par Rutgers, sous le titre de Hiatoria Jemanae nub Hasano Pascha, et dont l'autre est réservé à l'histoire de l'émir 'Izz-Eddin.

Abou'l-'Abbâs Ahmed BL-QARABiiifi naquit en 1532, à Damas, d'un père qui, étant inspecteur de la mosquée des Oméyyades, vendît à son profit les tapis de prière, fit démolir une école matékîte et fut pour cela étranglé eu 1559. Son fils Ahmed, entré dans l'administration, fut secrétaire, puis président du bureau qui administrait les deux hôpitaux de femmes de Damas relevant de l'Egypte j ce fut un personnage considérable, qui fréquentait surtout le monde judiciaire. Il mourut en 1610. Il a écrit an résumé de l'histoire de Djennâbi, en y ajoutant quelques suppléments et quelques inexactitudes, sous le titre de Akhbdr ed-dowal tva Athdr el-Otval (Histoire des dynasties et monuments des anciens); le texte en a été imprimé à Boulaq sur les marges d'Ibn el-Athir.

Abou'I-Mawâhib 'Abd-el-Wahhàb bgh-Cba'rAni était un mystique du Vieux-Caire qui s'était fait connaître de bonne heure par ses écrits, que ses ennemis prétendirent être opposés aux dogmes orthodoxes ; on essaya de le convaincre d'impiété en falsifiant un de ses ouvrages.

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Il n'eut pas de cesse qu'il n'eût réussi à convaincre les principaux docteurs de son innocence. II mourut en 1565, après avoir laissé son nom à une secte dont il fut le fondateur. Il croyait avoir reçu de Dieu les dons les plus merveilleux, entre autres celui de faire des miracles. Sa Balance de la loi musulmane, dans laquelle il essaye de dégager l'esprit de la législation islamique et de réduire à l'unité les divergences des quatre rites orthodoxes, a été traduite par le D' Perron. Cha'râni explique et apprécie les raisons du désaccord des jurisconsultes, et il les trouve dans l'incertitude que présente l'interprétation de certains hadUh; ce qui montre bien qu'aux yeux des docteurs musulmans, le grand édifice de la loi est une oeuvre purement humaine, malgré l'autorité religieuse de sa base. Son Lawâqik el-Anwdr (les Lumières fécondantes), qui contient les biographies des mystiques les plus célèbres depuis les origines du soufisme, a été imprimé au Caire, ainsi que son Latdlf et-minan.

El-Maqqarî de Tlemcen,

A l'autre extrémité du monde musulman, en plein Maghreb, Tlemcen voyait naître, vers 1591, Chihâb-Eddin Abou'l-'Abbàs il-MaqqahI, ainsi appelé du village de Maqqara dont sa famille était originaire. Il fit son éducation dans cette ville, dont son oncle Sa'îd fut mufti pendant soixante ans. Plus tard il alla compléter ses études à Fez et à Maroc, où il resta jusqu'en 1618; îl se résolut alors à accomplir te pèlerinage pour fuir les troubles politiques qui venaient d'éclater. L'année suivante il passa, à son retour, par le Caire, où il se maria; cependant les

honneurs qu'on lui fit ne l'empêchèrent pas de trouver que la vie y était trop inhospitalière pour s'y plaire; repris de la passion des voyages, il se rendit à Jérusalem en 1620, puis cinq fois encore à la Mecque, et resta quelque temps à Médine, où il professa un cours de haditk. En 1627 il revint au Caire, mais pour en repartir; il visita encore une fois Jérusalem, puis gagna Damas, où ses compatriotes du Maghreb lui avaient préparé une habitation qui ne fut pas de sou goût. Ahmed ben Châhin, directeur de l'école Djaqmaqîyya, lui envoya les clefs de cet établissement avec une invitation en vers à laquelle Maqqari répondit dans le même style. Emerveillé de la belle installation de cette école, il ne voulut pas d'autre demeure. Pendant son séjour il donna des leçons à la grande mosquée. Le succès qu'eurent ses cours lui laissèrent un excellent souvenir dont il a parlé dans ses poésies; aussi y revînt-il encore une fois en 1631. De retour au Caire, qu'il se préparait à quitter définitivement, il fat pris de fièvre et enlevé en janvier 1632. Le Nafli et-Tib (Souffle des parfums), son principal ouvrage, est divisé en deux parties principales, consacrées, la première à l'histoire politique de l'Espagne musulmane et à celle des savants qui y sont nés, la seconde à la vie du vizir Lisân- Eddin Ibn el-Khatib; cet ouvrage considérable, imprimé en quatre volumes à Boulaq, a été écrit en un an, pendant son séjour au Caire, à son retour de son premier voyage à Damas ; cette compilation fut faite à la demande d'Ahmed Ibn Châhin sur des matériaux qu'il avait amassés depuis longtemps; la rapidité de la rédaction en est décelée par un certain désordre. La première partie du Nafhel'Tlb a été publiée, soua le titre A'Analectea sur rhùtoire et la littérature des Arabes d'Espagne, par R. Dozy, G. Dugat, L. Krehl et W. Wright; l'histoire

politique, rangée dans un ordre différent, en a été extraite par Pascual de Gayangos et traduite en anglais par lui, sous le titre de The kislory ofthe Mohammedan dynastie» in S pain.

Hadji-Khalfa.

Moçtafâ Hadji-Khalfa, surnommé Kâtib Tchélébi, était un Turc de Constantinople, où son père était employé au Séraskïérat. Il entra également dans l'administration militaire, accompagna en 1625 l'armée dans la campagne de Bagdad; il était l'année suivante au siège d'Erzeroum. De retour à Constantinople en 1628, il trouva son père mort, en laissant le vœu que son fils n'abandonnât jamais ses études; cependant le jeune Moçtafâ ne put pas remplir immédiatement les dernières volontés de son père : il dut accompagner l'armée à Bagdad et à Haroadan en 1629, à Alep en 1633; seulement il profita de l'hiver de cette dernière campagne pour accomplir le pèlerinage de la Mecque, d'où son titre honorifique de Hadji, « Pèlerin Il ; après la campagne d'Erivan, il renonça à l'administration et se consacra tout entier aux sciences. La recommandation de son ami de jeunesse, le mufti 'Al>d er-Rahim-Efendi, lui fit obtenir une place de Khalifu ou lieutenant (prononcé par les Turcs Khalfa) de la guerre, position qui lui laissait le loisir de se livrer à ses occupations. Il assista en cette qualité au grand conseil tenu le 18 février 1653 en présence du sultan Mohammed IV pour remédier au désordre des finances. Il mourut, n'ayant pas encore soixante ans, en septembre 1658. En outre de ses ouvrages turcs dont nous n'avons pas à parler ici, tels que le Djihân-Numâ et l'histoire des

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guerres maritimes, il a laissé un grand traité encyclopédique et bibliographique qui est la base de toutes les recherches sur les littératures arabe, persane et turque, le Kèckf ez-Zkonoûn (les Doutes éclaircis), dont Gustave Fluegel a donné le texte et la traduction latine sous le titre de Lexicon bibliographicum. Le Fedklèkè est un résumé de l'histoire générale de Djennâbi, où les dynasties citées sont portées de quatre-vingt-deux à cent cinquante.

Le cheikh Mohammed ben 'Abd-el-Mo'ti el-IshjIq1 naquit à Manoùf en Egypte et y fit ses études; plus tard il passa au Caire où il se fit connaître comme poète; il mourut dans sa ville natale peu après l'année 1650. 11 avait dédié au sultan ottoman Moçtafa 1" son Akkbâr el- Owal, histoire anecdotique de l'Egypte depuis la conquête arabe.

Ahmed el-Kbafàoji descendait d'une vieille famille arabe établie dans un village près du Caire. Après avoir étudié la philosophie sous la direction de son oncle Abou-Bekr ech-Chanawâni, surnommé le Slbawaih de son siècle, il fit le pèlerinage de la Mecque avec son père et poussa ses voyages jusqu'à Constantinople, où il étudia les mathématiques. Nommé cadi en Roumélie, à Uskiup et à Salonique, où il fit sa fortune, il fut envoyé en Egypte comme cazaskier. De retour à Constantinople, il fut l'objet de médisances et d'imputations qui le firent bannir et renvoyer au Caire comme cadi, place qui devait suffire à son entretien ; il s'occupa alors de travaux littéraires, eut pour élève Fadlallah, le père du fameux biographe Moufaîbbî, et mourut le 4 juin 1659. Son Khabâyâ ez-Zawdyd (les Secrets cachés dans les angles) est une histoire des littérateurs de son temps divisée en cinq sections : Syrie, Hedjaz, Egypte, Maghreb et Roum,

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c'est-à-dire Turquie, plus un appendice coosacré à ses propres sermons en vers et en prose. Son élève Fadlallafa en avait pris une copie à Damas et cet ouvrage fonda la renommée de Kbafâdjî. Le RéXhdna est une seconde édition du m£me ouvrage, où les poètes sont surtout mis en vue, et accompagnée de plusieurs séances, dont une dirigée contre Yahya ben Zakariyâ, chéïkh-ul-islam à Constantinople. Ces deux ouvrages ont servi à Mouhibbi, dont nous parlerons plus loin. Son Tirez el-IHédjdlà (Bordure ornée des séances) est une collection de cinquante et un petits morceaux sur des questions grammaticales, d'exégèse et de rhétorique.

Fadlallah beo Mouhibb-AUah , né à Damas le 2 décembre 1621, apprit le persan et le turc et se fit remarquer par son intelligence précoce. A seize ans, ayant perdu son père, il entra comme secrétaire au service du mufti 'Abd-er-Rahman el-'Imâdi;en 1638, il &t le voyage d'Alep, où se trouvait le cbéïkb-ul-islam Yahya, venu de Constantinople, et obtint de lui l'investiture de la prébende de la mosquée Derwicbîyya qu'avait possédée son père. Il se rendît ensuite à Constantinople et au Caire, suppléa dans cette dernière ville le cadi Mohammed el-BorsawE, fit la connaissance de Khafàdji et suivit ses leçons; la maladie leforçadereveniràDamaSgCtluidonna l'occasion de lire des livres de médecine et d'étudier cette science; mais il ne se rétablit pas. Nommé cadi de Diarbékir, il s'y trouva mieux, put faire le voyage de Constantinople et y resta quatre ans. Nommé cadi à Beyrouth en 1666, il y demeura environ un an, durée habituelle des charges de cadi dans l'Empire ottoman, et revint mourir à Damas le 17 octobre 1671 . Le supplément aux biographies de Hasan el-Bourini, qu'il a rédigé, a été la base du grand ouvrage de son fils Mouhibbi.

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Ibrahim beD'Abd-er-RahmaaBL-KBiYÎRiid'uneai famille établie eo Egypte, était né le 16 juin 1628 à Médine, où son père, venu du Caire pour le pèlerinage, était resté pour y remplir les fonctions de prédicateur et de professeur de kadiih, Ibrahim marcha sur ses traces. Devenu prédicateur à la mosquée du Prophète, il se vit enlever cette position par un étranger et se résolut à faire le voyage de Constantinopte, où il obtint ce qu'il désirait du chéïkh ul-islam et du grand-vizir. A son retour, il traversa la Syrte et la Palestine pour se rendre au Caire, où il séjourna quelques jours avant de se joindre à la caravane de Médine (1670). Il ne resta pas longtemps en possession de ses charges, le chéïkh de la mosquée ayant exigé que les prédicateurs cbaféïtes prononçassent le Bismillak d'après le rite hanéfite, c'est-àdire à voix basse; El-Khîyâri n'ayant pas voulu se soumettre à cet ordre, il périt soudainement empoieonaé le 4 novembre 1671. Il a écrit le récit de son voyage, dont le manuscrit est à Gotha, et qui a été étudié par Fr. Tuch.

En ce même temps Ibn Asi-DraiR er-Ro'aïni de Kairouan écrivait en 1689 l'histoire de l'Afrique du Nord et de Tunis, tandis qu'en Egypte Mohammed DitJIb bl- Itlidi terminait la même année son roman des Barmékides, presque entièrement rempli de fables, qui a été plusieurs fois imprimé au Caire et à Boulaq. Mohammed BL-MooHiBBi, fils de Fadlallah, naquit en 1651 à Damas; pendant l'absence de son père, il entretint, à l'âge de douze ans, nue correspondance avec lui en vers et en prose rimée. Il se rendit lui-même plus tard à Constantinople pour y compléter ses études. Il y eut pour protecteur Ibn Béïram, qui avait été quelque temps cadi à Damas, et qui le prît avec lui quand il fut nommé cazas-

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kier à Andriaople; il le suivit lors de son remplacement eu 1676; après sa mort il retourna à Damas, s'y livra à des travaux littéraires, fit le pèlerinage de la Mecque et y fut quelque temps cadi suppléant, puis il alla occuper k Damas la place de professeur dans l'école Aminiyya ; il y mourut le il novembre 1699. Son ouvrage principal, imprimé au Caire en quatre volumes, contient mille deux cent quatre-vingt-neuf biographies d'hommes célèbres morts pendant le xi* siècle de l'hégire.

La philologie.

Au commencement du viii* siècle de l'hégire, Ahmed ben'Ali ben Mas'oud écrivit un traité grammatical à l'usage des écoles, sous le titre de Mardh el-artvdh, souvent imprimé ou lithographie en Orient.

An Caire mourut en 1311 Djémal-Eddin Mohammed Ibn Mokarram, compilateur d'une facilité de production étonnante, puisqu'il aurait laissé après lui cinq cents volumes, et au zèle duquel nous devons un ouvrage extrêmement précieux pour la connaissance de la langue arabe, te Liada el-'Arab, énorme dictionnaire qui renferme à la fois le contenu du Çahdh de Djauhari, du Djamhara d'Ibn Doréïd, et du Mohkam du philologue espagnol de Murcie Ibn Sfda. Ibn Mokarram était né dans l'Afrique du Nord en 1232. A c6té de cet ouvrage capital, les abrégés de l'histoire de Damas d'Ibn 'As&kir et de celle de Bagdad de Sam'âni sont de peu de valeur.

Un surnom universellement connu dans tout le monde musulman, c'est celui d'IsN Adjobrodh, que portait Abou- 'Abdallah Mohammed ben Dâoud es-Sanhadji, dont on

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ne sa!t rien, ai ce n'est qu'il est Diort en 1324 et qu'il a composé, pour l'instruction de son fils Abou-Mohammed, une grammaire très élémentaire célèbre sous te nom d'Adjorroumitfya, qu'on dit avoir été écrite à la Mecque. Ce petit ouvrage a eu un succès si général, qu'il est devenu la base des études grammaticales en Orient; la cause principale de la faveur dont il a joui est surtout sa brièveté; mais sa concision est telle, qu'il a besoin d'un commentaire. II a été imprimé nombre de fois, depuis l'édition de Rome en 1592 et la traduction latine qu'en a donnée Thomas Erpénius à Leyde en 1617, jusqu'aux traductions de Bresnier (1846-1866), Perowne (1852) et Trumpp (1876).

'Abdallah ben Yoàsouf Ibk HichjIm, né en 1308, fut élève du grammairien d'Espagne Abou-Hayyâo; en sa qualité de docteur chaféîte, il devint professeur d'exégèse coranique au Caire; cinq ans avant sa mort, il passa au rite hambalite pour obtenir une place dans une médressé de cet ordre ; il mourut en 1360, après avoir écrit, sous le nom de Qatr en-Nadâ (la Pluie de rosée) une grammaire qui a été traduite en français par M. Goguyer. Son Mogknî el-labib, traité général de syntaxe, écrit à la Mecque de 1348 à 1353, a été imprimé à Téhéran et au Caire; son l'rdb, sur les règles de la flexion, publié et traduit en français par Silvestre de Sacy dans son Antko~ logie grammaticale arabe, a été imprimé au Caire avec un commentaire, ainsi que la grammaire dite Chodkoâr ed-dhakab (Rognures d'or), les Enigmes (Alghàz) sur les diiGcultés grammaticales. Dix-neuf ouvrages de sa composition, tous relatifs à la grammaire, sont conservés dans les bibliothèques d'Europe.

Abou't-Tâhir Medjd-Eddin iL-Fiaonz-ABÂDi était d'une famille originaire de FiroAz-Abâd dans le Farsistan; ÎI

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Sn LITTBRATttlIB ARABE

naquit en 1329 à Kârizin, bourgade près de Chiraz; il alla étudier la philologie et les traditions à 'Wâsit, à Bagdad et à Damas; en 1349 il accompagna à Jérusalem son maître Taql<Eddin 'Ali es-Sobkî, y resta dix ans occupé de travaux littéraires, puis il partit pour le Caire, visita l'Asie Mineure et l'Inde. Il fut invité par le sultan Ahmed ben Owéïs à se rendre à Bagdad ; en 1393, il rencontra Tamerlan à Chiraz; il fut bien reçu par le conquérant et richement récompensé; puis il partit encore une fois pour l'Inde; comme il s'en retournait à la Mecque, le sultan du Yémen, Isma il ben 'Abbâs, lui donna sa fille en mariage et le nomma grand cadi du Yémen avec résidence à Zébid, en 1393; c'est là qu'il mourut à la fin de l'année 1414, après avoir souhaité de finir ses jours à la Mecque, ce que le sultan Isma'ïl ne permit pas.

Il avait fait construire des maisons à ta Mecque et à Médine où des professeurs institués par lui enseignaient durant ses absences. Firoàz-Abâdi est universellement connu de tous les arabisants, même des commençants, par son grand ouvrage de lexicographie, le Qâmoûa elmohîtk (l'Océan qui entoure la terre], qui est la base des dictionnaires européens de la langue classique, soit directement, soit complété au moyen de ses commentateurs, entre autres Séyyid Mortadâ ez-Zébidi, dont le Tadj' el-'aroûa (Tiare de la mariée] a été imprimé en dix volumes à Boulaq. II écrivait aussi le persan, comme le prouve son Sifr es-sé'dda, histoire de la vie du Prophète, qui est à Gotba, et qui a été traduit en arabe en 1401, par Abon'l-Djoùd eUMakhzoùmi.

Le chrétien Djabrîl ben Farhât appartenait à la famille de Matar; né à Alep le 20 novembre 1660, il étudia le syriaque, puis l'arabe auprès du chéïkh Soléîmân en- Nahwî;il apprit aussi l'italien. Il renonça au monde avant

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DÉCLIN DBB LETTRES 3Sï

d'avoir vingt ans; il entra dans les ordres à vingt-trois ans, et quitta sa ville natale, en compagnie de plusieurs jeunes gens, pour se retirer dans les monastères du Liban; leur communauté fat autorisée par le patriarche maronite Istifan ed-Dowai'hi d'Ehden en 1694; ce primat, qui avait le titre de patriarche d'Antioche, et est connu par une Histoire des Maronites, leur céda, pour y hahiter, le couvent de Sainte-Maure à Ehden, dans la région des cèdres. En 1711 notre cénobite se rendit à Rome, fut bien accueilli par le Pape, revint au Liban, puis se rendit en 1721 à Alep pour y corriger la traduction en arabe des œuvres de saint Jean Cbrysostome, à la demande de l'évèque melchite. En 1725 il fut nommé évëque d'Alep el reçut le nom de Germanos. 11 mourut le 9 juillet 1732 ; le curé Niqolàos eç-Çaïgh, le poète, supérieur des moines basiliens de Saint-Jean de Chouéïr, mort en 1756, dont les poésies ont été imprimées à Beyrouth (1859), et qui était l'ami de sa jeunesse, a composé une élégie sur sa mort. Son diwan, qui comprend des poésies sacrées et édifiantes, a été abrégé par lui-même sous le titre de Tedkkira, en 1720; imprimé pour la première fois à Beyrouth en 1866, il y a été réimprimé dans une seconde édition annotée par Sa'ïd el-Khoùrl (1894). Sa grammaire arabe, Baktk el-matâlib, a eu trois éditions, la première à Malte (1836) et la dernière à Beyrouth (1891) ; son dictionnaire {Ahkâm bdb el-irâb), abrégé du QâmoAs, a été publié et augmenté par Rochaïd Dahdâh (Marseille, 1849).

Maroc.

Sous le règne de Mouley Abou'I-'Abbâs Ahmed el- Mançoûr (1578-1603) vécut Abou'I-'Abbâs Ahmed ben Mohammed, surnommé Ibn el-Qâdi, qui a composé un

ut LITTERATURE ARABE

certain nombre d'ouvragée biographiques et historiques ; son Djadhwet el-Iqtibâ», consacré aux bomnies marquants qui sont nés ou ont vécu à Fez, a été lithographie dans cette même ville en 1892 ; la biographie de son souverain et protecteur, et-Monléqâ et-Maqçoûr, est citée par l'auteur du Nozhet el-Hddi, et son Dorret el-hidjdl, qui est un dictionnaire biographique, est conservé en manuscrit à la bibliothèque universitaire d'Alger.

Vers la fin du xvi* siècle périt aux côtés du roi Don Sébastien et de Mouley-Mobammed, à la bataille de Wadi'l- Makhâzin (Alcazar el-Kébir), dans laquelle les Marocains vainquirent les Portugais (4 août 1578), un homme qui a réuni, dans un dictionnaire appelé Dauhat en-Nâchir, lithographie à Fez en 1891, les biographies des hommes marquants du Maghreb au x* siècle de l'hégire. Il était né à Hibth dans le district d'Alcazar eç-Çaghir, et s'appelait Mohammed ben-'Ali ben Miçbâh, quoiqu'il soit plus connu eous le surnom d'Ibn 'Asker. Son ouvrage fut continué par Abou-'Abdallah Mohammed ben et-Tayyib, qui réunit les matériaux d'un dictionnaire biographique du Maroc pendant les xi* et xii* siècles de l'hégire, le Nechr el-Matkdni, lithographie également à Fez en 1892.

En 1661, Abou-Sâlem 'Abdallah ben Mohammed el- 'Ayyâchi accomplissait, dans le sud de l'Algérie et des États barbaresques, un voyage (Sikla) qui a été traduit en français par Adrien Berbrugger (1846).

Au commencement du xviii* siècle, Mohammed eç- Çaghir ben el-Hadj et-Wafrâni (de la tribu chelha des Oufràn], qui habitait la ville de Maroc et y occupait une situation officielle à la cour du sultan Mouley Isma'il (1672-1727), fut en disgrâce à la fin de sa vie et mourut probablement avant la prise d'Oran par les Espagnols (1732). Il a écrit, sous le titre de Nozhet el-Hddi, l'histoire

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DÉCLIN DBS LBTTKBS

de la dynastie saadienne (1511-1670), qui a été utilisée par José de Santo Antonio Moura (1824), Graberg de Hemsô (1834), Mac-Guckin de Slane, Mohammed ben Rahhal et le général Dastugue, et a été intégralement publiée et traduite en français par M- 0. Houdae (1889).

Soudan.

Au commencement du xit* siècle, la partie nord du pays des nègres, les environs de Tomboucton, s'ouvrit à la cirîlisation sous l'influence de la science arabe propagée par les tribus berbères du Sahara, et des docteurs à la peau d'ébène commentèrent les matières savantes qu'ils étaient allé étudier au Caire. Les habitants du pays de Melli étaient déjà musulmans depuis le temps des Almoravides : le voyageur Ibn Batouta nous a laissé de bien curieux détails sur ce pays, qu'il visita au cours de sa tournée en Afrique. Ahmed ben Ahmed ben 'Abder- Rahman, né en 1357, était allé étudier en Egypte; il y professa même et y composa un abrégé du commentaire que son maître, Ibn Marzoùq le jeune, avait consacré au Djoumel : on sait qu'il vivait encore après l'année 1427. 'Abd-el-'Aziz le Takrourien, d'une érudition remarquable, avait pu citer aux savants du Caire, sans commettre la moindre erreur, les sources où Sidî-Khalil avait puisé la matière des questions traitées dans son Précis. Un autre jurisconsulte « qui savait par cœur des relations de voyages », MakhloAf ben 'Ali el-Bilbali, n'avait commencé à s'instruire que dans un âge très avancé ; ses premiers succès dans cette voie lui valurent de tels encouragements qu'il se rendit à Fez pour y suivre les le^ODS

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3S6 LITTÉRàTORB IRABB

d"Alî ben Ghâzi; son talent lui valut dès lors une grande réputation, qui le suivît quand il revint au Soudan pour y donner des leçons à son tour. Pris de nostalgie à l'égard du pays où il avait puisé sa science, il retourna au Maroc, mais il y fut empoisonné et revint mourir à Tombouctou vers 1534.

El-Hadj Ahmed ben 'Omar ben Mohammed Aqlt, qui appartenait à la tribu berbère des Sanhadja, né à Tombouctou, a laissé dans son pays la réputation d'un saint; l'on racontait même que, pendant l'accomplissement du pèlerinage qu'il fit en 1485, il vit, étant à Médine, les portes du tombeau de Mahomet s'ouvrir toutes seules devant lui, alors qu'il n'avait pu obtenir l'accès du monument. C'est pendant son voyage à la Mecque qu'il fit la connaissance de Soyouti ; à son retour, qui coïncidait avec la révolte du tyran nègre Sonni-'Ali, il se fixa à Kano, puis dans d'autres villes du Soudan, où il donna des leçons; le sultan du pays lui proposa les fonctions d'imam, mais il ne voulut point les accepter; il refusa tout emploi public pour se consacrer à l'enseignement. Il avait copié de sa main un assez grand nombre de livres ; à sa mort, en 1536, on trouva chez lui sept cents volumes.

Son frère, le chéïkh Mahmoud ben 'Omar, né à Tombouctou en 1463, fut le marabout le plus vénéré du Soudan ; doué d'une nature tranquille et d'une mémoire surprenante, il jouissait d'une grande considération. Le roi du pays allait lui rendre visite et lui demander sa bénédiction; mais les cadeaux que le pieux personnage recevait de toutes parts le laissaient indifférent. En 1498, nommé cadi, il réforma la justice en refrénant la corruption qui régnait en maîtresse dans les prétoires; aea fonctions ne l'empêchèrent pas de continuer à professer,

DBCLI^ DBS LBTTRBS 387

à expliquer le Précis de Sidî-Khalil qu'il avait introduit au Soudan, ainsi que la Modaivfvana de Sabnoàn. En 1510 il accomplit le pèlerinage sacré, et mourut en 1548, à quatre-vingt-sept ans lunaires.

Mohammed ben 'Abd-el-Kérlm el-Mogbili était de Tlemcen; d'une nature hardie et entreprenante, d'un fanatisme intransigeant, il provoqua des maasacres d'israélites qui ensanglantèrent le Touat, où il était prédicateur. Il célébra cet événement par la composition d'un poème à la louange du Prophète ; puis il quitta le Touat pour s'en* foncer dans le Soudan, où il enseigna les sciences du Koran et la jurisprudence à Takeda, Kachena et Kano. Ayant appris que son fils venait d'être assassiné, probablement à titre de représailles, par les juifs du Touat, il repartit pour le Sahara, mais il mourut presque an moment de son arrivée. Il avait écrit une vingtaine d'ouvrages sur le droit, la théologie, ainsi qu'une correspondaoce en vers et en prose avec DjéUl-Eddin Soyouti sur le raisonnement.

El-'Aqibben 'Abdallah el-Ansammani était né à Takeda, village berbère des frontières du Soudan; il fut l'él&ve d'EI-Martli et suivit aussi les leçons de Soyouti au Caire; on admirait surtout sa facilité ii s'exprimer; il mourut après l'année 1543, laissant quelques traités de jurisprudence.

Ahmed ben Ahmed ben 'Omar, fils du marabout Ahmed ben 'Omar, dont nous venons de parler, était né en 1522 : il étudia la théologie, la logique et la diction; son érudition lui valut une place distinguée parmi les savants de son temps. Ses vertus et sa popularité lui permettaient d'adresser des remontrances sévères aux gêna de toute classe, et même aux princes du pays. Un jour qu'il se rendait à Kaghon, il ht atteint d'une grave

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3M LITTéRATORE ARABE

maladie. Le sultan Acbkar Daoud allait tous les soirs passer plusieurs heures auprès de lui et ne mit fin à ses assiduités que lorsque la santé du malade fut complètement rétablie. Il avait formé une bibliothèque considérable qu'il n'hésitait jamais à mettre à la disposition des étudiants. En 1549, il accomplit le voyage de la Mecque, passa par le Caire, oii il fut en relations avec les savants de l'époque, mais surtout avec le soufi Mohammed el- Bekri, qui lui fit écrire sous sa dictée les litanies et les oraisons en usage dans les confréries religieuses de mystiques. Il avait commencé à écrire des ouvrages sur divers points de la jurisprudence et de la théologie, mais la plupart de ses compositions demeurèrent inachevées. 11 mourut en 1583.

La figure la plus originale de cette époque est celle de Mohammed ben Mahmoud ben Abou-Bekr, surnommé Baghyo'o, jurisconsulte de Tombouctou, d'une famille de Ouankoro, qui passa sa vie à enseigner. Il aimait les amis de ta science et leur témoignait toute espèce d'égards : il leur prêtait volontiers ses manuscrits les plus précieux et ne les leur réclamait jamais, quelque rares qu'Us fussent. Jamais il ne refusait un livre à un étudiant, quand même celui-ci lui aurait été tout à fait inconnu. Ce qu'il y a de plus étonnant, c'est que cet homme qui distribuait si aisément les livres de sa bibliothèque était passionné pour eux et faisait beaucoup de frais pour en acheter ou en obtenir des copies. Il était d'une patience à toute épreuve pour enseigner, même aux intelligences les plus rétives, les matières les plus difficiles. Il y passait des journées entières : d'une modestie remarquable, il s'était acquis l'affection de ceux qui le connaissaient. Né en 1524, il mourut en 1593, pen de temps après la prise de Tombouctou par l'armée marocaine

DECLIN DBS LETTRES 3S9

commandée par le pacha Djouder (1591). Ses œuvres consistent surtout en gloses marginales sur des ouvrages de droit.

Aboa'l-'Abbâs Ahmed-Baba de Tombouctou descendait d'Ahmed ben 'Omar; né dans le village d'Arawân en 1556, il refusa de reconnaitre l'occupation de la capitale do Soudan par les Marocains et fut conduit à Maroc, où il resta emprisonné pendant quatre ans. Sa mise en liberté, ordonnée par le nouveau sultan Mouley Zîdan, lui permit de reprendre le chemin de son pays et son enseignement de la jurisprudence- Il avait cinquante ans quand il écrivit le Tekmilèt ed-dibddj (Achèvement du Brocart, ouvrage d'Ibn Ferboùn), dictionnaire biographique des savante malékites, que Cherbonneau a fait connaître et dont il a donné des extraits. Ses autres ouvrages sont consacrés à la jurisprudence et à la grammaire. « 11 était d'une justice rigoureuse, a dit l'historien du Soudan traduit par M. O. Houdas, même envers les plus humbles des hommes ; il ne dissimulait jamais ce qui était juste, fât-ce aux émirs et aux sultans. Le nom de Mahomet se trouvait écrit sur son avant-bras droit en traits blancs formés naturellement sur la peau, u II mourut le 22 avril 1627.

'Abder-Rahman ben 'Abdallah es-Sa'di,né à Tombouctou le 28 mai 1596, fut notaire à Dienné, puis imam de la mosquée de Sankoré à partir de 1627. Révoqué dix ans plus tard, il revint dans sa ville natale et y remplit les mêmes fonctions ; ensuite il reçut le titre de secrétaire du gouvernement, et remplit diverses missions auprès de chefs soudanais. Il avait soixante-une années lunaires quand il acheva son Tarîkh es-Souddn (Histoire du Soudan), qui a été traduit par M. 0. Houdas. II mourut vers 1655 .

Le 7'«<{AAirei«n-JVMy<fn,traduit également par M. Hondas,

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IM LrrriUTVRB arabe

eat un dîctioaaaïre biographique des pachas de Tombouetou depuis 1590 jusqu'en 1750; il a été écrit par le petit-fils de Mohammed ben el-Amin ben Mohammed Coud, en 1751. L'auteur, dont on ignore le nom propre, était né dans la capitale du Soudan en 1700. Le soin avec lequel il donne des dates précises à partir de 1716 semble indiquer que dès l'âge de seize ans il avait commencé à tenir une sorte de journal. Les biographies sont d'une longueur inégale : les unes ne mentionnent que quelques dates, les autres sont au contraire très développées, pleines de détails et d'informations; c'est surtout pour celles qui sont relatives à des personnages contemporains que le récit est vif et animé.

Anthologies et livres populaires.

Djémâl-Eddin sL-WATwilT (Mohammed ben Ibrahim), surnommé el-Kotobî, « le Libraire », et el-Warrâq, « le Papetier », ué en 1235, mort en 1318, a écrit le Ghorar el'khaçâîç el-wâdika, anthologie en seize chapitres sur huit vertus et huit vices, qui a été imprimée au Caire, et le Mabdhidj et-fikar, encyclopédie des sciences naturelles et de la géographie. La capitale de l'Egypte a vu sortir également de ses presses le Hosn et-tatvaaaul (le Bon moyen), traité de rédaction épistolaire, d'Ibo Fahd d'Alep (Chihâb-Eddto Mahmoâd), secrétaire de la chancellerie des Mamelouks sous Béïbara, né eu 1246, mort en 1325, et qui a écrit, sur l'amour pudique, le Mandsil el-akbâb, dont quelques manuscrits existent en Europe- En supposant trente invités, appartenant à différents métiers, réunis autour d'une table, et échangeant des plaisanteries entre eux, Mohammed el-Bilbéïsi a écrit un

DÉCLtK DBS LBTTRES 391

ouvrage de prose mêlé de vers où la langue participe déjà aux déformations courantes du dialecte égyptien actuel; ce petit livre, appelé el-Molah wat-Toraf {'P\&isanleries et curiosités), a été composé en 1345. Vers la même époque, 'Ala-Eddin 'Ali el-Bahâï, d'origine berbère, mais né à Damas, mort en 1412, compilait le Matait elbodour (Lever de la pleine lune], tandis que Chihâb-Eddin Mohammed ben Ahmed BL-ABCBiai, né vers 1388, dans un village du Fayyoum, mort vers 1446, réunissait les matériaux de son Moa taira f fi koU fann Mostazhraf, recueil de contes, de poésies, de maximes, souvent réimprimé an Caire et qui vient d'être traduit en français par M. G. Rat.

Chems-Eddin Mohammed en-Nawâdji, né au Caire vers 1383, professeur de traditions dans les écoles chaféîtes, poète lui-même, mort en 1455, a laissé, sous le titre de Halbat el-koméît, un choix de poésies bachiques, qui a été imprimé; on trouve, dans les différentes bibliothèques d'Europe, d'autres ouvrages qui sont restés manuscrits, tels que le Kitdb ec-Çaboûh (le Livre de la boisson matinale), anecdotes et poésies du temps des khalifes abbassides, le Ta'hll el-Gharîb, choix de poésies arabes de l'époque musulmane rangées suivant l'ordre alphabétique des rimes, le Marâbi' el-ghizldn (Pâturages des gazelles), sur les poésies erotiques, de même que te Khat-el-'idhâr, d'autres encore, et enfin une étude sur les plagiats commis par son ami Ibn Hidjdja de Hama.

Daoùd ben 'Omar el-Antâkl était médecin; il habitait le Caire, bien qu'originaire d'Antioche; son père demeurait dans le village où est le tombeau du fameux Habib le Charpentier; quant à lui, il fut guéri d'un rhumatisme congénital par les soins d'un médecin grec, qui lui apprit sa langue. Quand on l'interrogeait sur un sujet scienti-

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392 LITTEnATDRB AAABB

6que, il dictait immédiatement de quoi remplir dix à vingt pages de texte. En dehors de ses ouvrages consacrés à la médecine, il a écrit le Tezyîn el-asivâq, anthologie de prose et de vers sur l'amour. Il mourut aveugle à la Mecque en 1599.

'Abd-el-Qâdir eUBaghdâdi, qui mourut en 1682, a laissé, sous le titre de Khizânet el-adab (Trésor de la littérature), un commentaire sur les citations que l'on rencontre dans l'explication qu'a donnée Râdi-Ëddîn el- Astérâbâdi (f 1287) de la Kdfiya, grammaire d'Ibn Hâdjib, et qui contient une foule de renseignements précieux, puisés à des sources que nous n'avons plus, sur les débuts de la littérature.

Le Mecquois El-'Abbâs ben' Aliben Noûr-Eddia a rédigé, à Mokha, en 1735, au retour d'un long voyage qui dur» douze ans, son Nozhat el-Djélia wa Monyat el-adtb el^nîa (Délice du compagnon et plaisir du lettré ami de la société), voyage littéraire et biographique qui, partant de la Mecque, promène le lecteur à travers l'Egypte, la Palestine, la Perse, l'Inde et l'Arabie méridionale. C'est une compilation d'une érudition remarquable, qui en fait une véritable anthologie. Elle est dédiée au jurisconsulte Ahmed ben Yahya Khazendar, qui lui avait conseillé de voyager pour échapper aux ennuis que lui causaient ses parents et ses amis dans sa ville natale.

Les Mille et une Nuits.

S'il est un ouvrage célèbre entre tous, amusement des enfants et de l'âge mûr, c'est bien le livre anonyme universellement connu sous le nom de Kitâb Elf léïla W

DÉCLIN DBS

Uïla (les Mille et une Nuits). Od coonatt ta trame assez lâche qui rassemble en un seul récit une foule de contes de nature diverse : un roi supposé de l'Asie centrale prend la résolution, pour se prémunir contre les ruses et l'infidélité des femmes, de faire mourir chaque jour l'épouse qu'il s'est choisie, lorsque les deux filles de son ministre se dévouent pour sauver le pays; l'aînée, intelligente et nourrie de la littérature des fées et des génies, amuse le roi, chaque matin, par un conte dont elle réserve prudemment à la nuit prochaine la suite au prochain numéro, et tient ainsi en suspens sa curiosité jusqu'au jour où il renonce définitivement à ses funestes projets. Les noms des personnages du prologue sont persans : c'est assez dire la source où il a été puisé ; c'est en effet la Perse qui possédait le Hézâr Afsânè (les Mille contes), traduit du pehlvi en arabe dès le m* siècle de l'hégire, ainsi que l'a rapporté l'historien Mas'oûdi : « Ce livre est connu dans le public, dit-il, sous le nom de Mille et une Nuits; c'est l'histoire d'un roi, de son vizir, de sa fille et de son esclave, Chirazad et Dînazad. » Ce qu'il y a de particulièrement remarquable dans ce passage de l'aimable chroniqueur, c'est la très ancienne forme, purement persane, des noms des deux personnages féminins devenus plus tard Chéhérazade et Diaarzade ; car Chirazad (forme arabisée de Tchihr-âzàd) veut dire, en persan, a noble par la race », et Din-âzâd, « noble par la loi »; défigurés ensuite, ils sont devenus inintelligibles. Cette trame, la Perse l'avait peut-âtre tirée de l'Inde, avec laquelle elle se trouvait en contact depuis les grandes conquêtes des Sassanides, renouvelant les vastes exploits de l'empire des Achéménides, fondé par Cyrus et Darius et détruit par Alexandre.

Dans ce cadre évidemment artificiel, se glissent des

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)N LirréRATTIRB ARÀBB

récits de nature diverse, introduits à diCTéreates époques que la critique a réussi à déterminer. Il y a d'abord un ancien fonds, de source probablement indienne, remarquable par le déploiement de la fantasmagorie, tel que le conte le Pécheur et le Génie. Puis viennent s'y joindre, a Bagdad, les histoires d'amour et les aventures du bazar qui se terminent par l'apparition du khalife Haroun er-Rachid, accompagné de son vizir Dja'far le BarmélLÎde et de son eunuque Mesroùr, faisant la nuit la police des rues de sa capitale. Dans ce cycle de récits populaires se sont glissés des extraits de la littérature, comme l'histoire du khalife Oméyyade 'Omar ben 'Abdel-'Aziz et des poètes. Un troisième groupe, plus récent, est formé par les aventures du Caire qui se groupent autour des personnages nommés Ahmed ed-Danaf et Dalila : ce sont des contes surnaturels et fantastiques, dont quelques-uns semblent une survivance de l'ancienne Egypte. D'autres sont sûrement d'origine juive, comme le conte de Boloùqya, inséré dans celui de Hâsib Karlm- Eddin, et auquel M. Horovîtz a récemment consacré aue étude; la présence de ces récits a même fait penser à M. Chauvin que l'un des rédacteurs de la récension égyptienne pouvait être un Juif converti. En outre on a introduit, pour ainsi dire de force, dans ce cadre d'historiettes populaires, pour parfaire ce nombre de mille et une nuits auquel on était tenu par le préambule, des romans de chevalerie tels que celui d"Omar en-No'mân, et même un roman d'aventures maritimes, l'histoire de Sindebad le Marin, dont l'origine remonte ii l'époque oii âorissait le commerce du golfe Persique et de l'océan Indien, et qui aurait été composé à Bassora au x* siècle. Quant à la rédaction de l'ouvrage telle que nous la possédons, elle ne peut être que moderne, puisqu'on y a

DÉCLIN DBS LETTRES SSB

admis les contes de Qamar-ez-Zéinân et de la femme du joaillier, de Ma' rouf et de sa femme FStima, qui sont tous les deux du xvi* siècle, et enfin l'histoire d'Abou- Qlr le Teinturier et d'Abou-Str le Barbier, la plus moderne de toutes.

Le mérite d'avoir fait connaître les MUU et une Nuits à l'Europe est le principal titre de gloire de t'orientaliste français Antoine Galland, qui avait accompagné à Constantinople l'ambassade du marquis de Nointel et avait depuis fait encore deux autres voyages en Orient. C'est de 1704 à 1708 que parut aa traduction, qui fut un événement. Pétis de la Croix en 1710 et Caussin de Perceval en 1806, Edouard Gaultier (1824), Destaîns {1825), Trébutien de Caen (1828), continuèrent son travail de traduction. Plus près de nous John Payne (1882- 84) et Richard Burton (1885-88), après Lane (1841), ont donné deux traductions anglaises complètes, le premier en treize volumes, le second en seize. Le D' Mardrus publie actuellement à Paris une traduction française intégrale, qui ne cèle aucune des longueurs du texte original. Les éditions publiées en Orient, Boulaq et Calcutta, n'ont fourni la matière que des neuf premiers volumes de Payne et des dix premiers de Burton; les textes ont été complétés au moyen d'autres manuscrits, tels que celui de Tunis édité par Habicht à Breslau de 1835 à 1839, publication continuée après sa mort par Fleischer de 1842 à 1843, et celui qu'avait apporté en Europe Wortley Montagne, et qui fut utilisé par Burton. En 1886, M. H. Zotenberg, conservateur des manuscrits à la Bibliothèque nationale, découvrit le texte arabe des contes d'Aladin et la Lampe merveilleuse et de Zéïn el- Asnâm, qu'on ne retrouve pas dans les éditions orientales des Mille et une Nuits : on s'était même demandé

39S LITTERATORB ARABB

81 GalUnd ne les avait pas inventés de toutes pièces; la découverte de M. Zotenberg et les recherches de critique historique auxquelles il s'est livré pour établir que le texte découvert n'était pas une traduction arahe faite sur le français de Galland, ont démontré que celui-ci avait eu sous les yeux un texte en dialecte de Syrie où il a puisé ses deux charmantes nouvelles. Le sixième volume supplémentaire de la traduction de Burton contient les histoires publiées par Dom Denis Chavis, prêtre syrien, et Jacques Cazottc (1788-89), et traduites en allemand en 1790 et 1810, en anglais en 1792.

Le style des Mille et une Nuits est absolument populaire et dialectal; il renferme une foule d'expressions qui n'appartiennent point à l'arabe classique, et varient suivant les provinces. Le texte d'Aladin est tout entier en dialecte de Syrie. On voit la source d'où proviennent les contes d'origine arabe : c'est le medddh, le conteur populaire qui va de café en café les soirs de fête, qui est l'auteur anonyme de la plus grande partie des nouvelles qui forment ce recueil.

Le roman d'Antar.

C'est à El-Açma'ï, le grammairien de la Gn du ti* siècle de l'hégire (739-831], que l'on fait remonter le grand roman de chevalerie dont Tarrick Hamilton avait donné une traduction partielle anglaise en 1820 et dont le texte arabe fut rapporté de Constantinople à Paris par Cardin de Cardonne. Caussin de Perceval, le fils, en disserta dans \e Journal asiatique et en donna des extraits dans le recueil des Ckrestomathies orientales (1841). Ces deux

orientalistes, puis Cberbonoeau, Dugat et Devic en ont traduit des fragments; il a été publié intégralement au Caire en 1893. Il est bien clair que ces récits populaires ne remontent pas sî haut, et que dans tous les cas il s'est passé de sî nombreux siècles depuis lors que le nom d'EI-Açma'ï n'est plus qu'une étiquette mise par le rdwi populaire en tète de ces contes pour leur donner un semblant d'authenticité ; ce roman dans sa forme actuelle remonte tout au plus à l'époque des Croisades. Les Orientaux estiment peu un style aussi dénué de prétentions littéraires; nous y chercherons au contraire avec plaisir l'expression de l'âme du peuple, oon bridée par les formules toutes faites acquises à l'école et qui se retrouvent dans le texte actuel du Roman d'Antar, dans les passages en prose rimée et dans les citations poétiques, beaucoup plus nombreuses qu'on ne le croirait.

Dans le Roman d'Antar, a dit Caussin de Perceval, « on trouve une peinture fidèle de la vie de ces Arabes du désert, dont les mœurs semblent n'avoir reçu du laps des temps presque aucune altération. Leur hospitalité, leurs vengeances, leurs amours, leur libéralité, leur ardeur pour le pillage, leur goût naturel pour la poésie, toat y est décrit avec vérité. Des récits en quelque sorte homériques des anciennes guerres des Arabes, des principaux faits de leur histoire avant Mahomet, et des actions de leurs antiques héros; un style élégant et varié, s' élevant quelquefois jusqu'au sublime; des caractères tracés avec force et soutenus avec art, rendent cet ouvrage éminemment remarquable; c'est, pour ainsi dire, l'Iliade des Arabes. » En faisant la part de l'enthousiasme créé par la découverte qu'il avait faite en Syrie, et à prendre le Roman d'Antar comme une oeuvre populaire dans laquelle il ne faut rien chercher d'historique,

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la description enflammée qu'en a faite Canssin de PercC' val est asaez exacte; la lecture eu est agréable, et oo peut trouver quelque intérêt à suivre ces aventures de cape et d'épée ; à tout prendre, c'est ainsi qu'Alexandre Dumas père écrivait l'hietoire de France. Parfois le conteur rencontre des trouvailles de toute beauté, comme le fameux épisode de la mort d'Antar, tant admiré par Lamartine : le héros du désert, frappé à mort par nne fiëche empoisonnée que lui a lancée traîtreusement un implacable adversaire, remonte à cbeval pour assurer la retraite de sa tribu, et meurt appuyé sur sa lance ; l'ennemi, terrifié au souvenir de ses prouesses, n'ose avancer, jusqu'au moment où un esprit avisé imagine une ruse qui fait sortir le cheval de son immobilité de statue ; celui-ci s'élance, et le cadavre d'Antar, n'étant plus soutenu, s'écroule à terre.

Roman des Beni-Hilâî.

Dans son charmant ouvrage devenu classique, l'auteur des Modem Egyptiana, le grand arabisant Edward William Lane, a tracé un tableau très vivant du conteur public, qui s'asseoit sur un banc devant un café, et autour duquel les citadins du voisinage venaient s'assembler en fumant le long tchîbouk, alors d'un usage général en Orient. Il a donné en même temps l'analyse de plusieurs de ces romans récités ; le Roman d'ArUar est un de ceuxlà. Depuis, d'autres encore ont été publiés, parmi lesquels le Roman des Beni-Hildl. C'est le même sujet que le roman d'Abou-Zéîd, populaire en Egypte. L'émir Rizq, malgré ses dix femmes, n'avait eu que deux filles et on garçon né sans bras, lorsque la princesse El-Khadrâ.

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fille du chérir de la Mecque, devint sa onzième épouse et lui donna un rejeton nègre, parce qu'ayant rencontré en voyage un oiseau tout noir qui se défendait victorieusement contre une troupe d'autres oiseaux, elle avait souhaité que son fils ressemblât à ce brave oiseau, dùt-îl être aussi noir que lui. Son vœu fut exaucé; mais son père, obligé de ne pas le reconnaître par suite de l'insistance de ses compagnons, répudia Khadrâ, qu'il renvoya à son père, le chérif de la Mecque. Pendant le voyage du retour, elle fut rencontrée par l'émir FadI, chef de la tribu de Zahlan, qui la prît sous sa protection et adopta son fils, le jeune Barakat, plus tard surnommé Abou-Zéïd. Celui-ci devint un héros qui fit la gloire de sa tribu d'adoption. De l'autre côté son père, qui aimait toujours Khadrâ, s'était retiré à part, dans une tente, accompagné d'un seul esclave. Plus tard la tribu dont il avait été le chef, défaite par Baraktkt et réduite à un état misérable, fit appel à ses talents et le supplia de reprendre la direction des affaires. La lutte mit en présence le père et le fils, sans se connaître. L'émir Rizq fut renversé de cheval et aurait été tué par son fils si sa mère n'était intervenue au combat pour révéler les véritables liens qui unissaient Rizq et Barakât Abou-Zéïd. Le père et le fils se reconnurent, et l'émir Abou-Zéïd pardonna à sa tribu les injures qu'il en avait reçues. Dans la grande épopée persane, le Ckah-ndmè, Firdausia mis également en présence Rustem et son fils Sobràb; le père tue son fils en combat singulier, et ne le reconnaît que quand il est mort. Cet épisode saisissant est plus dramatique que l'épisode correspondant du roman arabe; l'auteur anonyme d'Abou-Zéïd a reculé devant la conception du parricide, même involontaire, qui l'aurait obligé d'ailleurs à terminer brusquement son récit, tandis

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qu'il coDtiaue longtemps à parler dea prouesses de son héros.

M. Martin HartmaiiD a montré que les histoires des Beoi-Hilàl et leur invasion de l'Afrique septentrion* le i^tagkrtbdl) ne forment qu'un seul cycle de légendes, qui se rattachent aux chants modulés eDCore aujourd'hui par les Bédouins du désert de Libye. Ce cycle comprend trente-huit romans, dont celui d'Abou-Zéïd n'est que le dernier de la série. C'est d'abord l'histoire de Djâbir et Djobéïr, ancêtres des Benî-Hilâl, remontant à l'époque du Prophète ; puis quatre cents ans plus tard, celle d'EI- Khadrâ, mère d'Abou-Zéïd, telle qu'elle est racontée plus haut; les aventures de Chammâ et de Zahr-el-Bân, où l'on voit l'émir Sirhân, retournant dans son pays par mer, fait prisonnier par des corsaires chrétiens et devenant dans leur pays porcher ea chef; son épouse Chammâ va le rejoindre dans les terres des Francs. Son fils, le sultan Hasan, se rend au Yémen pour faire la guerre aux adorateurs du feu — souvenir des temps historiques où les Perses sassanides tenaient garnison dans l'Arabie méridionale — et y est aidé par l'éternel Abou-Zéîd; ensuite il vainc le roi de l'Inde, Djarâd, conquiert son pays et ramène eo Arabie les Beni-Hilâl. La suite du roman raconte comment le sultan Hasan et Abou-Zérd se transportent au Nedjd, parce qu'il n'y avait pins rien à manger dans leur patrie. Cette même raison oblige les Beni-Hilàl à quitter le Nedjd pour l'Occident : c'est ce qu'on appelle proprement le laghrlbé (émigration vers l'ouest). Ils se rendent à Tunis, où règne Ez-Zénâti Khalifa, nom dans lequel on retrouve aisément celui de la tribu berbère des Zénâta. Des combats fantastiques avec les Persans, avec Tamerlan, des expéditions sur les bords du Nil, entremêlés de noms qui semblent rappeler

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de lointains souvenirs des Croisades (Bardewil, Baudoin), la prise de Tanger et de Maroc complètent le cycle d'aventures qui se rattachent plus ou moins à l'invasion de l'Afrique du Nord par les Beni-Hilàl au xi* siècle de notre ère.

Roman de Séïf Dhoul-Ya^an.

Séîf est le fils d'un roi du Yémen; sa mère, une esclave, le fait abandonner dans le désert, il est miraculeusement nourri par une gazelle qui avait perdu ses petits, trouvé par un chasseur et emmené chez les Abyssins. Devenu grand, il combat le géant Moukhtatif et le tue; en récompense le roi veut lui donner la main de sa fille Châma, mais le ministre s'y oppose et exige que le jeune homme lui apporte la tête de Sa'doun ez-Zendjl, la terreur de l'Abyssinie, qu'il lui trouve le livre de l'histoire du Nil, protégé par des talismans dans un pays inaccessible ; il est plus tard reconnu par sa mère, qui veut l'assassiner pour régner seule. Après toutes sortes d'aventures merveilleuses traversées par des génies et des magiciennes, Séïf, rentré dans sa patrie, abdique en faveur de son fils pour vivre en patriarche ; mais des malheurs immérités ne tardent pas à abréger sa vie.

Une traduction française, par Ali-bey, en a paru à Constantinople (J.-J. Wick, 1847, in-8% 368 p.) sous le titre de Sultan Saif-ZuUazan, traduit de l'arabe et orné de cinq lithographies.

Le Séîf et-Tidjdn (Glaive des couronnes) est le récit, divisé en séances, des aventures d'un prince fabuleux, qui va de pays en pays, conquérant le monde, se débattant à grands coups d'épée contre des magiciens et des

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LITTéRÂTORE ARABE

fées, en m£me temps que contre des multitudes armées, qui se convertissent à l'islamisme entre les mains des prophètes Abraham et Ismael. Il a été traduit en français par le D* Perron.

Fables de Loqman.

Le vieux fonds des fables que nous c le nom d'Ésope, ces conseils de morale pratique mis dans la bouche des animaux, est passé en arabe et a été attribué au sage Loqman . Qu'est-ce que ce sage ? Le Koran a dit dans le chapitre intitulé Loqman : « Nous avons donné la sagesse à Loqman en lui disant : Sois reconnaissant envers Dieu. » — « Loqman dit un jour à son fils par voie d'admonition : 0 mon enfant! n'associe point à Dieu d'autres divinités, car l'idolâtrie est une méchanceté énorme. »

Le livre sacré des musulmans faisait allusion à un personnage légendaire dont le nom se rencontre à deux reprises dans les anciennes traditions arabes. La première fois, c'est à l'occasion de la destruction du premier peuple d"Ad, dans le sud de la péninsule; il avait été envoyé en ambassade à la Mecque, pour demander secours contre la sécheresse, alors que le prophète Houd, repoussé par ce peuple, fut vengé par l'envoi d'un nuage noir qui ruina le pays. Sa piété fut récompensée par le don d'une longue vie, équivalente à celle de sept générations de vautours. La seconde fols, c'est à propos du jeu du Mèïsir, qui consistait à tirer au sort, avec des Sèches, les parts d'un chameau égorgé à frais communs; sa passion pour ce jeu était devenue proverbiale; on parle aussi de sa

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finesse et de son habileté. Rien de plus dans les traditions anté-islamiques ; cependant nous venons de voir qu'au temps de Mahomet, il passait déjà pour incarner la sagesse. Le Prophète ne peut avoir pris cette idée que dans une croyance populaire régnant autour de lui; sinon, les moqueurs qui l'entouraient auraient eu beau jeu s'il s'était avisé, lui le premier, d'attribuer la sagesse à un être réputé surtout pour sa perspicacité. On le nommait, il est vrai, comme auteur de proverbes, mais beaucoup d'autres, hommes et femmes, partageaient cet honneur avec lui.

Comme les autres ouvrages passés du grec en arabe, les fables n'ont point été traduites directement, mais par l'intermédiaire d'une traduction syriaque due à la plume d'un chrétien, BarçoAma, mort en 1316, et que nous avons avec la date de 1299; on connatt un recueil du même genre qui porte le titre syriaque de Matlé de Soafôs (Fables d'Ésope). C'est de là que provient la version arabe, mise sous le nom du vieux Loqman, dont la sagesse était prouvée par le texte même du Koran.

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