‹ Littérature arabeChapitre 24 sur 37 · LB XIX* SIÈCLE · texte numérisé non relu

LB XIX* SIÈCLE

Parmi les pays de langue arabe, l'Egypte, la Syrie, Tunis, l'Algérie, le Maroc ont à divers degrés une certaine activité littéraire qui se traduit par la publication de nombreux journaux, mais qui se dévoile aussi par divers travaux paraissant sons forme de livres. Ce mouvement ne se borne pas aux contrées où l'arabe est parlé , mais comprend également certaines grandes villes, telles que Conatantinople, ou l'arabe est langue savante, et Paris, où il est profondément ignoré, sauf d'un petit nombre d'érudits, mais où se rencontrent parfois, dans le mouvement incessant amené par ta facilité des communications, des écrivains d'Orient qui y ont fait paraître leurs ouvrages.

Michel ben Niqolâ ben Ibrihlm Si.BBiGH, né à Saint- Jean -d'Acre, vers 1784, passa sa jeunesse à Damas, fut au service de la France pendant l'expédition d'Egypte et accompagna nos troupes quand elles quittèrent ce pays. Lorsque les Turcs rentrèrent au Caire, sa maison fut pillée, ses biens confisqués et sa fortune anéantie. A Paris, il fut nommé copiste ou plutôt réparateur des manuscrits à la Bibliothèque impériale; il avait fait la

LE XUf 8IBCLK UM

connaissance de SUvestre de Sacy, qui a traduit en français son traité de la poste aux pigeons, intitulé Mosdbaqat el-barq iv'el'gkamdm, en lui donnant le titre poétique de La colombe messagère, plus rapide que l'éclair, plus prompte que la nue; plus tard Arnold pour l'alieniaDd, et Cataneo pour l'italien, ont augmenté la popularité de ce petit traité en le faisant passer dans ces deux langues. Uo cantique, qu'il adressa à Napoléon 1" à l'occasion de la naissance du roi de Rome, (ut également traduit par S. de Sacy (1811); plus tard, les circonstances politiques ayant changé, Sabbâgh adressa à Louis XVIII un cantique de félicitation {Néckld tékdni) que Grangeret de Lagrange fit passer en français (1814). Il avait rédigé, sur les formes modernes de la poésie arabe, mawdliya, sadjal, des notes qui étaient en la possession de Grangeret de Lagrange et qui ont été utilisées par G. W. Freytag pour sa métrique arabe. Il mourut en juin 1816, laissant manuscrites une Histoire des tribus arabes et une Histoire de la Syrie et de l'Egypte, ainsi qu'une grammaire de l'arabe vulgaire de Syrie et d'Egypte (er- Risdla et-tdmma), qui a été publiée par Thorbecke à Strasbourg (1886); le manuscrit, qui faisait partie de la bibliothèque d'Etienne Quatremëre, est entré dans celle de Munich en même temps que tous les papiers laissés par l'illustre orientaliste français.

Son ami Eltoûs Boqtor (Bocthor), né à Syout dans la Haute-Egypte, le 12 avril 1784, de parents coptes, fut à quinze ans attaché comme interprète à l'état-major de l'armée française; revenu en France avec les débris de l'expédition, il fut employé en 1812 à des traductions d'ouvrages arabes déposés aux archives du ministère de la Guerre, puis attaché comme interprète au dépôt général de l'armée, vit sa place supprimée en 1814, puis en 1817,

, .....,Coog[c

fut autorisé à faire un cours d'arabe vulgaire à l'École des Langues orientales vivantes (1816), puis nommé professeur dans ie même établissement (1821) et mourut, à peine âgé de trente-sept ans, le 26 septembre 1821. Il a laissé un dictionnaire arabe-français qui a été publié en 1828-29, par les soins de Caussin de Perceval fils, qui lui avait succédé dans sa chaire.

Nakoula (NLqôlà) et-Turk, fils de Yoûsouf et-Turk, appartenait à la religion grecque-catholique (melchite). Né en 1763 à Déïr-el-Qamar, résidence de l'émîr Bécbir, chef des Druzes, et aujourd'hui chef-lieu du gouvernement du Liban, d'une famille originaire de Constantinople, il entra au service du prince druze avec le titre de mo'allem ou professeur, et fut un poète estimé dans cette petite cour. Son maître l'avait envoyé en Egypte pour le renseigner sur les projets des Français; il y resta pendant la durée de la domination française. Devenu aveugle à la fin de ses jours, sa fille Warda écrivait sous sa dictée les vers qu'il composait. Il mourut à DéVr el- Qamar en 1828. Son Précis de Voccupation francaiae a été traduit par Alexandre Cardin à la suite du Journal d'Abdurrahman Gabarti (1838); le texte en a été publié et traduit par Desgranges aine (1839). L'ode oil il a exprimé ses sentiments sur la conquête de l'Egypte a été traduite en français par J.-J, Marcel.

Le CnéïKB RifX'a et-Tahtâvr!, fils du chafé'ïte Râfi', descendant du fameux santon deTahtâ, Ahmed el-Badawl, qui prit part à la bataille de Mançoùra, débuta dans sa carrière par être élève de la mosquée el-Azhar au Caire, fut aumônier dans l'armée égyptienne avec le titre de prédicateur, puis envoyé à Paria avec les élèves de l'école égyptienne qui venait d'y être créée sous la direction d"Abdi-Efendi Muhurdàr. Rentré pins tard au Caire,

L,, .....,Coog[c

LE XIX* SiècLB 401

il y fut, à la 6n de sa vie, chef du bureau des traductions. Il a traduit du français de nombreux ouvrages, entre autres, en vers arabes, la Lyre brisée d'Agoub, sous le titre de Nazhm et-'oqoûd (1827) ; ses ouvrages originaux sont la relation de son voyage et de son séjour en France, qu'il a appelée Takhlîç el-Ibrîz (Purification de l'or), et des odes patriotiques égyptiennes {manzhoâma miçriyya). Il avait projeté d'écrire une histoire d'Egypte depuis les temps les plus reculés , d'après les auteurs arabes et autres; son Antvâr tauflq el-djéUl n'a vu paraître que le premier volume, qui s'arrête à Mahomet.

Un Libanais, le chéïkh Nâçif ben 'Abdallah el-Yazidji, né en 1800 à Kefr-Chimâ, mort le 5 février 1871, qui lut attaché comme professeur à la mission américaine de Beyrouth, a imité les célèbres Séances de Hariri dans son Medjma el-bahréîn (Confluent des deux mers), imprimé à Beyrouth eu 1856; ce livre avait été précédé par une anthologie, Medjmou el-adab; un traité de logique, Qouth eç-Çinâ'a (le PàU de l'art), une grammaire arabe, Façl el-Kkitâb, un commentaire sur Moténebbi, el-Arfel-Tayyib, un traité de prosodie arabe, 'Iqd eldjomân, un commentaire de la Djâmta sur la métrique, el-Lâmia (1869), le Nâr el-qifa, un commentaire sur les vers cités dans le Mokhtacar, 'Oqoâd ed-dorar, un commentaire de la Khizdna, el-Womdna, sont ses principaux ouvrages. C'est lui qui éqrîvît à Silvestre de Sacy, au sujet de son édition des Séafices de Hariri, une lettre critique qui a été traduite en latin par A. F. Mehren. Un choix de ses poésies, extraites i^e son diwau inédit, a été imprimé à Beyrouth en 1853, 4ous le titre de Nobdha; deux ans après paraissait dans In même ville un choix de chronogrammes {tawdrikfC^ tirés du même fonds; enfin

us litt&ritdhb àrâbe

un recueil d'autres poésies, intitulé Tkdlttk el-qamaréïn (le Troisième croissant], a paru à Beyrouth en 1883.

Eiyâs Paradj Bas)!, maronite de Kesrawân dans le Liban, a réuni à Alep ses poésies diverses dans un volume, Madjmaâ'at azkdr (Recueil de Denrs, anthologie), qui a été imprimé à Jérusalem (1879).

Un type d'écrivain abondant et divers, mâtiné de journaliste, ce fut Ahmed Fiais ben Yoùsef ben Mançoûr bcb-Chidyâq, maronite converti à l'islamisme (f vers 1890), dont le nom de famille signifie enfant de chceur, quoique étymologiquement il soit proche parent du français archidiacre. Sa verve s'est attaquée d'abord à des questions lexicographiques, et ses recherches dans ce genre, marque d'un esprit ingénieux dépourvu de toute critique, il les a continuées pendant toute sa vie. Le Laflf fi hoU ma'na tarif est un dictionnaire des synonymes arabes, précédé d'un abrégé de grammaire, qui a paru à Malte en 1839. Ensuite vinrent le Sirr el-layâl (Mystère des nuits), sur le qalb et Vibdâl, c'est-à-dire la métathèse et les changements de consonnes dans les racines arabes; le Djâaoâa 'ald 'l-Qdmoûs (l'Espion du Qdmoùs), critique du dictionnaire de Firoûz-Abâdi ; el- Wdsita fi ma'rifet Aktvdl Mdlta, l'intermédiaire pour connaître la situation de Malte, et ta découverte du secret des sciences de l'Europe (Tunis, 1866; Constantinopie, 1881). Un poème en l'honneur du bey de Tunis a été traduit en français par M. G. Dugat. Mais son esprit caustique s'est donné libre carrière avec l'ouvrage appelé es-Sdq 'ala'ssdq (Jambe sur jambe), ou la vie et les aventures de Fariac, relation de ses voyages avec des observations critiques sur les Arabes et les autres peuples, publié à Paris en 1855. Le Ckarh tabdt' el-kaïwân (Commentaire de fa nature des animaux), sur les mœurs des

LE XIX* SièCLE tOB

quadrupèdes et des oiseaux (Malte, 1841), est plus ou moins emprunté à Bufibn. Son fils, Sélim Fâris, a réuni, dans le Kanz er-raghâ'ïb, les variétés littéraires et scientifiques que lui et son père avaient fait paraître dans le journal arabe fondé à Constantioople, par celui-ci, le Djétvdib, plus tard transféré au Caire.

Un autre Libanais, Botros BiSTilNt, maronite passé au protestantisme (né en 1819, mort le 1" mai 1883), qui fut drogman du consulat des Etats-Unis à Beyrouth, a donné, dans le Moktt el-mohit (Ce qui entoure l'Océan), un supplément au Qâmoâs dont R. Dozy a fait un grand usage pour son Supplément aux dictionnaires arabes ; on y rencontre une foule d'expressions et de significations propres aux divers dialectes de la Syrie. Le Micbdk et- Tâlib (Lampe de l'étudiant) s'occupe de la grammaire arabe ; le Keckf el-hidjdb (le Voile soulevé), de l'arithmétique; un autre grand ouvrage est son encyclopédie arabe, Ddtrèt-eUmé' drif, encore inachevée. Il a aussi publié une vie d'As'ad ech-Chidyàq; dans un discours tenu à Beyrouth en 1859, il a traité de l'état actuel de la littérature arabe,

Le chéïkh maronite Rochaïd Dahdâu, fils de Gbâiib, plus tard revêtu du titre de comte, s'est fait connaître par des publications de textes, tels que le Fiqh el-logha d'Abou-Mançoùret-Tha 'alibi (Paris, 1861), lediwan d'ibn el-Fâred avec les commentaires de Hasan el-BoArîni et d"Abd-eI-Ghani en-Nâbolosi (Marseille, 1853; Paris, 1855; Boulaq, 1872), un choix de poésies remarquables pouvant servir de proverbes, recueillies par lui sous le titre de Tarab el-matdmi' (Délices des oreilles, Paris, 1861), des Mélanges {Qamtarat tawdmîr, Paris, 1880).

Citerons-nous encore, pour nous former une idée de l'activité littéraire de Beyrouth au cours du xix* siècle,

410 LITT^RATURB ARABE

les noms de Khalil-Efendi el-Khoorî, dont le recueil de poèmes (Zakr er-roba) a paru à Beyrouth en 1857, poésies de circonstance pour diverses occasions politiques; Sélim BisTSRis, qui a donné le journal de son voyage eo Europe, ea-Nozhat ech~Ckafiït/ya (Beyrouth, 1859); l'Arménien Iskender-Agha Arkarios, dont le Raudat el-adah (Parterre littéraire, Beyrouth, 1858) renferme des notices biographiques sur les poètes arabes avant l'islamisme et contemporains de Mahomet, rangées par ordre alphabétique, et qui auparavant avait fait paraître à Marseille (1852) le Nihâyat-el-arab, série de notices sur les poètes et les personnages importants avant l'Islam; DJirdJis- Efendî Tannous 'Aoun, qui a publié à Constantinople (1884) le Darr el~Maknoûn (Perle cachée), dictionnaire technologique; Sa'ïd bl-KbodrI ech-Chartoùni, auteur de VAgrab el-maivârid, dictionnaire arabe avec supplément (Beyrouth, 1894), et du Chikâb etk-Tkdqib, manuel de style épistolaîre (1884) ; Yousef llyâs Dbbs, qui enseigna ta grammaire arabe sans maître par son Moghni'l-moté^allim (1869); le curé Ahsknios el-Fakhâïri, qui a étudié la rhétorique dans son Raudel-djinân (1868)?

Le curé syrien Joseph David imprime à Mossoul, chez les Dominicains, des éléments de grammaire française exposés en arabe (1865), le Tenzih el-Albâb (Délassement de l'esprit), recueil de sujets moraux en prose et en vers; devenu M*' Clément-Joseph David, il public dans la même ville le Tamriné, grammaire arabe (1886), qu'avaient précédé les exercices grammaticaux [Tamrin, 1877). Le Tenvidh el-toUdb (1867) était destiné à faire pénétrer les éléments de l'arithmétique dans l'esprit des jeunes néo-Assyriens des bords du Tigre. Il mourut en 1891.

Le P. Louis Chéïkho, de l'Université Saint-Joseph à

LB XIX' SIÈCLB 411

Beyrouth, a contribué, par ses publications, a répandre la connaissance de l'arabe classique. Le Mokhtacar ecearf est, comme l'indique le titre, une grammaire abrégée (Beyrouth, 1886) ; le Tarqiyat el-Qdri, un choix de lectures; le MadjânCl-Adab est une immense anthologie de la littérature, en six volumes, avec un commentaire ou notes en quatre autres volumes, et une étude préparatoire sous le tître de Mirqdt, l'échelle du Madjânt; Y'ilm el-Adab, avec la collaboration de G. Eddé, est un cours de belles-lettres et de composition littéraire et oratoire ; le Cho'arâ en-Naçrdniyya est une anthologie d'anciens poètes arabes, pour la plupart anté-islamiques, dont l'éditeur se propose de démontrer qu'ils étaient chrétiens. Quant aux Noçaïris ou Aneariée, les mystères de leur religion ont été dévoilés par Soléïman-Efendi d'Adana [el-Bdkoura es-Soîétmdniyya), dont le petit volume a été presque intégralement traduit en anglais par E. Salisbury.

L'histoire a été aussi cultivée dans le Liban, surtout l'histoire particulière de cette province montagneuse; M*' Istifan ed-Dowéïhi d'Ehden, dans la région des cèdres, au-dessus de Tripoli, avait, comme nous l'avons vu, écrit au xvii* siècle une histoire des Maronites publiée par Rachid el-Khouri ech-Chartouni (Beyrouth, 1890), it qui l'on devait déjà un manuel de style épistolaire, Nahdj el-mordsala (1877); un autre Maronite, le chéïkh Tannoub ben Yoàsef ech-Chtdyàq, a recueilli les annales des familles chrétiennes de la montagne dans ses Akkbdr el-A'ydn (1859)- Khalil Sbrkis a composé une histoire de Jérusalem (1874). A Mossoul, le prêtre syrien Louis Rahmànï écrit un abrégé d'histoire ancienne (1876) et un autre du moyen âge (1877); il abrège également l'histoire sainte (1883)- M" Cyrille Behnâm

Ï13 LITTERATORB ÂRABB

Bennt, archevAque de Mossoul, y écrit sur la vérité de l'Église catholique le Dorra en-néfïsa (1867).

Parmi les poètes, meution doit être faite de Botros Kérâma, poète chrétien, mort vers 1850, auteur de mowachchahdt; de Rîzq-AUah Hâboon, lihre penseur, mort vers 1880, qui vécut longtemps ea Angleterre, où il publia quelque temps on journal arabe, et dont les Nafatkdt, qui sont en grande partie des traductions des fables de Kryloff, dédiées à l'émir Abd^el-Qader, ont été imprimées à Londres (1867); de Yoùsef el-Asir, né à Saïdavers 1815, mort à Bej^outh en 1890, qui étudia à la mosquée el-Azhar, et qui, bon connaisseur de la langue arabe, fut négligé toute sa vie par les savants qui recherchaient honneurs et fortune : il est l'auteur de mofvachchahdt et d'une controverse grammaticale intitulée Redd ech-Chahm lU-sahm, imprimée à Constantinaplc en 1874; de Yoùsef Deba, archevêque maronite de Beyrouth depuis 1870, qui vivait encore en 1897 et a composé des poésies populaires, ainsi que Nicohis Naqqâch, né en 1817 à SaVda, mort en 1855 à Tarsons, auteur du drame Arzat Lobnân (le Cèdre du Liban), et Amin el-Djindi, poète de Homs, qui étudia à Damas et mourut dans sa ville natale en 1840, laissant un recueil de poésies qui a été imprimé à Beyrouth en 1883 dans un volume qui ea contient d'appartenant à d'autres auteurs. A Damas, nous notons Sélim-Efendi 'Anhoori, dont les Béddî' Mdrout, pièces de vers formant la troisième partie de ses poésies complètes, ont paru à Beyrouth (1886) ; sous le titre de Kenz en-ndzhim (le Trésor du poète et le flambeau de l'égaré), il a donné un recueil d'expressions classiques rangées par ordre des matières. A Alep, n'oublions pas Frahsis Mekrach el-Halébi, dont le recueil de vers porte le titre de El-Mir^dt el-hosnd. Un

Page 1