LE ROI STANISLAS PONIATOWSKI, ETC
Ce n'est pas là, je le sais bien, tout à fait l'opinion de M. Charles de Mouy dans sa Notice, sans curiosité du genre de la mienne, et beaucoup plus historique et politique qu'intime. Le problème de cœur et de nature humaine posé par la correspondance de Madame Geoffrin, et qu'aurait agité certainement Stendhal, par exemple, l'auteur du traité De l'amour^ s'il avait lu celte correspondance, ne préoccupe pas beaucoup l'esprit calme de cet éditeur sans enthousiasme, de ce peintre scrupuleux (est-ce de couleur ou de moralité?...) qui éteint le plus qu'il peut la figure de son modèle, quand elle commence à s'animer. M. Charles de Mouy n'est pas un passionné et il n'a pas non plus le goût de la passion. A toute force, il ne veut pas que Madame Geoffrin sorte du cadre, étroit et superficiel, d'amitié sensée et de maternité placide dans lequel l'opinion a pris, à distance, l'habitude de la regarder. II n'entend point du tout que cette vieille d'esprit et de monde, cette expérimentée de la vie, cette àme de salon qui n'est jamais soi tilde son salon avant de s'en aller en Pologne, pour faire
un pèlerinage à Stanislas-Auguste, puisse, par impossible, avoir été amoureuse comme sa contemporaine, cette folle octogénaire de Madame Du Defïand, qui, elle, positivement l'était, quoique M. de Mouy, dans une de ses notes, en ait fait la Sévigné de l'athéisme et de Y in sensibilité... Madame Geoffrin, qu'il rapetisse pour qu'on ne soit pas tenté d'en faire la paire avec Madame Du Defïand, qu'il trouve compliquée, était, dit-il, « seulement une femme de beaucoup d'esprit, « une bourgeoise aimant la société des gens de lettres « et des grands seigneurs, — (rien de plus que cela?) « — et sa physionomie n'avait aucune espèce derap- « port avec celle de la grande amie d'Horace \Val- « pôle ». Est-ce bien vrai, d'ailleurs?... Toutes deux, inégalement nées, étaient cependant des femmes du même monde, et du plus grand. Toutes deux étaient des esprits fermes, pénétrants, lucides, connaisseuses en hommes comme de vieux ministres d'État, et en femmes comme de vieilles douairières, ne s'y trompant point, en hommes, à part un seul sur lequel Yaveugle clairvoyante, aveugle, ce jour-là, comme l'amour son maître, se trompa net, alors que Madame Geoffrin, qui avait ses deux yeux, ne se trompa pas comme elle sur la valeur de l'homme qu'elle aimait. Mais pour M. de Mouy, l'essentiel n'est pas là. L'essentiel, c'est qu'elle n'aimât point; c'est qu'elle ne se permît pas l'indécence d'une adoration hors d'âge, qui dérangerait l'idéal de raison et de sens-