‹ Littérature épistolaireChapitre 25 sur 38 · LE ROI STANISLAS PONIATOVVSK1, ETC · texte numérisé non relu

LE ROI STANISLAS PONIATOVVSK1, ETC

ne compromet pas trop aux yeux de la postérité cette femme raisonnable, dont le cœur peut-être n'avait jamais battu avant de rencontrer Poniatowski. Pour moi, il m'est impossible de ne pas reconnaître ce sentiment sous les respects adressés au Roi et les tendresses maternelles de la femme âgée à l'homme moins âgé qu'elle, et j'estime même que, tout redouté qu'il soit de M. de Mouy, c'est là un sentiment qui l'honore, cette femme, bien loin de la déconsidérer! Le ridicule que M. de Mouy craint peut-être pour Madame Geoffrin, je ne le crains pas, moi. Il n'y a jamais de ridicule dans une passion quand elle est vraie, et je pense même comme Madame de Staël, c'est que le ridicule ici est un mot inventé par le inonde pour dégoûter des sentiments exaltés les âmes qui valent mieux que lui. Être capable d'amour encore à l'âge terrible et sans beauté où les femmes sentent leur cœur impuissant ou détruit, est au contraire une chose touchante... et superbe! Superbe! car elle témoigne de l'immortalité du cœur et de la force de la vie, et il n'est pas besoin, comme si c'était une honte, de s'en cacher.

Ainsi, pour moi, j'ose le penser et j'ose le dire, ce fut une amoureuse que Madame Geofïrin, et une amoureuse désheurée, aimant à l'âge où l'on n'aime plus, ce qui ne l'empêcha pas d'être la femme la plus raisonnable de son siècle. Le monde est ainsi fait qu'à ses yeux un poète, par exemple, ne peut jamais être un homme d'État, — et Chateaubriand, en son temps, s"est assez plaint de cette sottise, — et qu'une femme raisonnable aussi, parce qu'elle est une femme raisonnable, ne peut pas avoir l'âme vive et tendre. Seulement, le monde n'est qu'un gros butor, très pédant, malgré son apparente légèreté, et il faut le laisser à sa logique de gros butor et à ses classifications d'imbécille. Pour ceux qui voient plus haut que lui, l'irréprochable raison de Madame Geofïrin n'en demeura pas moins tout ce qu'elle était et ne s'aiïaiblit ni ne se faussa parce qu'elle aima ; et même ce fut là une épreuve pour cette raison qui ne fléchit pas une seule fois dans la conduite de sa vie, et la preuve de sa solidité. Oui ! elle aima, cela est certain et ressort et jaillit pour moi de toutes les lettres delà

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