‹ Littérature épistolaireChapitre 26 sur 38 · LE ROI STANISLAS PONIATOWSKT, ETC · texte numérisé non relu

LE ROI STANISLAS PONIATOWSKT, ETC

Correspondance que voici ; mais son amour ne fut pas plus fort que sa raison, restée, imperturbablement la maîtresse de son logis et la faiseuse de son ménage; et si cet amour, qui lui vint tard, fut fou, — car tout amour est fou, — ses folies ne dépassèrent point les limites de son pauvre cœur, résolu à être aussi sage que sa tête, mais qui ne le fut pas toujours... Elle aima, tout l'atteste. Le voile de maternité dont elle voulut cacher son autre amour était comme tous les voiles, ces traîtres ! au lieu de cacher, il montrait... Ressource, du reste, de toutes les femmes qui aiment trop loin d'elles dans la vie ! Que j'en ai connu, d'âge de mères, qui s'apaisaient d'une autre tendresse que de la tendresse maternelle en vous appelant du nom de fils ! Madame Geoffrin fut de celles-là... Le don de séduction qui était enPoniato\vski,ce séducteur d'Impératrice, ne rencontra pas d'obstacle à sa toutepuissance dans la raison de cette femme dont le mâle esprit, inaccessible aux engoûments de son époque, toisait, toute petite bourgeoise qu'elle fût, et le grand Frédéric, et Catherine-le-Grand, et Voltaire, avec une toise d'une telle précision que les plus forts de ce temps-ci (Joseph de Maistre, par exemple, sur le grand Prussien Frédéric de Prusse), n'ont eu besoin ni de la raccourcir, ni de l'allonger... Stanislas Poniatowski n'était pas, en effet, un séducteur des temps corrompusoù il vivait et dont Madame Geoffrin aurait pu dire, comme de la politique de ces temps: «Ce sont les

« profondeurs de Satan ! » Plus beau que Richelieu, il avait une âme, et Richelieu n'en avaitpas. Rn'étaitpas un roué, lui. C'était un chevalier, et ses qualités morales faisaient équation avec sa beauté souveraine. Un portrait, gravé parRajon,et qui doit être ressemblant. car il est copié d'un portrait de famille appartenant aux Poniatowski, nous donne l'idée de cette beauté qui séduisit Catherine à l'âge où cette femme, quand il s'agissait de choisir ses amants, avait son libre arbitre encore. Certes ! s'il n'y avait eu en Poniatowski que ce qui entraîna vers lui l'ardente et vigoureuse czarine, — cette femelle d'Hercule, — un charme si grossier n'aurait pas atteint Madame Geoffrin. Il aurait glissé sur son âme, et il se trouverait que M. de Mouy aurait eu raison, en la défendant de l'amour !

Mais il n'a pas besoin de la défendre. Cet amour était digne de l'un et de l'autre... Je ne suis pas aussi sûr du sentiment de Poniatowski que de celui de Madame Geoffrin. Le jet de jeunesse et l'autocratique fantaisie de Catherine II pour Stanislas-Auguste avaient été pour lui un sentiment dont il porta sur son beau et noble front, jusqu'au tombeau, la mélancolie ! et Madame Geoffrin s'en apercevait assez pour en souffrir. On n'aime jamais qu'une femme entre toutes les femmes qu'on croit le plus aimer, et Catherine fut cette femme-là pour Poniatowski. La flèche barbelée de cette reine des Scythes lui resta toujours dans la poitrine. Raison meilleure encore que la grande raison

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