X. DOUDAN
Encore un livre posthume! Eheu, Posthume, Posthume!... Mais il n'y a point ici à gémir. Celui-ci est moins plat que ces ossements ou ces osselets de la Vie de Napoléon, par Stendhal, sur lesquels l'éditeur, qui n'est pas un prophète, n'a point soufflé... Il n'est pas même plat du tout, celui-ci. Il a du relief et de cette couleur haïe de Stendhal. On est vraiment étonné de ce qu'on trouve en ces deux volumes, formidablement gros à l'œil, mais, à l'esprit, pas lourds! Et on en est d'autant plus surpris que les noms qui pavoisent la porte de ce livre d'un mort inconnu ne sont pas faits pour donner l'envie d'y entrer. On y a entassé, comme Pélion sur Ossa, d'Haussonville sur Sacy et
1. Mélanges et Lettres, par M. X. Doudan {Constitutionnel, 16 Octobre 1876).
Sacy sur Cuvillier-Fleury, un amphithéâtre, en balcon, d'académiciens qui ne représentent pas précisément, en littérature, la vie, lagrâce,la légèreté, l'ondoyance, la fantaisie aimable, mais qui, dans leurs Notices, n'en donnent pas moins un brevet de tout cela à leur mort inconnu, et (le croirez- vous?) qui ne se trompent pas. en le lui donnant!! Il avait, en effet, tout cela.
Cet X. Doudan, qui pouvait rester X, et qui a été X toute sa vie, car il avait le goût exquis de l'obscurité, est un esprit de la race de Joubert, de ce délicieux Joubert découvert après sa mort comme un diamant au fond d'un vieux bonheur du jour (c'en était un ce jour-là!), et il le recommence. Il en a le genre d'esprit et presque le genre de destinée. Il a, avec moins de fine bonhomie que ce suave bonhomme de Joubert, mille choses de lui, pourtant, de ces mille choses qui sont des roses... Seulement, c'est un Joubert pâli. Il donnerait un plaisir bien plus vif encore que celui qu'il donne, si Joubert n'avait pas existé. Doudan n'est pas le premier dans cette nuance... Joubert est son aîné, et ce n'est pas ici comme en politique : le droit d'aînesse est resté, en littérature, et je défie bien toutes les législations égalitaires de l'abolir!
Je crois bien qu'il se doutait un peu qu'il était le cadet, car dans toute cette correspondance, qui est l'histoire littéraire du temps de la découverte de Joubert, il n'est pas dit un mot de ce livre, qui fit un bruit