‹ Littérature épistolaireChapitre 30 sur 38 · X. DODDAN à · texte numérisé non relu

X. DODDAN à

si doux quand il parut, dont la gloire fut comme mélodieuse, et qui dut le ravir, — je n'en doute pas! — lui, Doudan, dans ce qu'il avait de plus sensible, de plus délicat et de plus profond. Aussi bien on est trop accoutumé les uns aux autres pour se vanter en famille, ce qui est ridicule, d'ailleurs. Et le cadet que voici se tut sur les mérites de cet aîné, plus beau que lui, mais auquel il ressemble. Il trouva peut-être qu'il lui ressemblait trop pour en parler, et il fut modeste pour deux.

C'est trop de la moitié, comme disait Tartuffe. Ce Doudan, qui s'appelait Ximenès et qui n'était pas cardinal, — l'aurait-il été que ce n'eût pas été comme Ximenès, mais comme Bembo, — ce Ximenès Doudan sortait de terre, comme une taupe, ou de Douai, cette taupinière, et serait resté un petit professeur perdu quelque part sans les de Broglie, qui le prirent chez eux comme précepteur, et qui tombèrent bientôt sous le charme de cet esprit à qui les bégueules de la politique ne résistaient pas et qui, plus fort que Don Juan qui ne séduisait que les femmes

accomplissait ce tour de force et de souplesse de séduire des doctrinaires... Joubert avait été l'ami de Chateaubriand. La proportion est bien gardée. Ximenès Doudan est à Joubert ce que le prince de Broglie est à Chateaubriand. Le prince de Broglie fut le patron et l'ami de Doudan. Quand il fut ministre, il en fit son chef de cabinet et un maître des requêtes en service extraordinaire. Ce qui est extraordinaire, c'est qu'il le fut! Mais Joubert était bien, je crois, inspecteur de l'Université, et tous deux ils traînèrent péniblement ces haquets affreux, eux, ces hommes faits pour ne rien faire du tout, si ce n'est de regarder dans leur âme ou dans les ciels de Naples; eux, ces indolents lazzaroni de la rêverie ou de la pensée, qui ressemblent au beau moissonneur appuyé sur le timon du char rustique, dans le tableau de Léopold Robert, quand tous les autres dansent et s'agitent à l'entour. Doudan, qui va maintenant s'éclairer de ces deux volumes, nefutguères éclairé pendant les soixante-treize ans de sa vie que par les lampes et les candélabres du salon des de Broglie. Sans cette lumière, on n'aurait rien su de ce qu'il était; et encore il y avait, quoi qu'il fût un causeur de ce salon où l'on parlait plus qu'on ne causait, bien des petits coins voilés dans son âme où cette lumière ne pénétrait pas.

On ne savait pas grand'chose de son origine, de sa famille, de son passé, et il a bien couru la chance de mourir tout entier,t n'ayant vécu, sinon toujours en

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