‹ Littérature épistolaireChapitre 32 sur 38 · X. DOUDAN · texte numérisé non relu

X. DOUDAN

comme les blondes qui furent rayonnantes et que le monde appelle passées, plaisent aux âmes tendres davantage !

Ces Lettres, du reste, ne peuvent pas être jugées comme un livre. Elles ne sont pas un livre. Mais elles doivent l'être comme l'expression d'un homme qui a une âme charmante, capable de faire oublier, en lisant ses lettres, les erreurs et les débilités de son esprit, — et c'est ici que la Critique va prendre son cœur à deux mains pour dire toute la vérité sur un livre qui lui a donné tant de plaisir... Doudan est, en effet, sur bien des points, un débile et un erroné. Quoiqu'il ressemble à Joubert par l'accent, le coloris, le platonisme, et ce que je me permettrai d'appeler : la sensualité de l'immatériel, Joubert a une autre religion littéraire et d'autres assises dans la pensée que ce capricieux Doudan, qui s'amuse à sauter, avec tant de grâce, à travers tous les cerceaux du paradoxe, et qui avait bien ses raisons pour résister à ses amis qui lui conseillaient de faire un livre. Il est vrai que c'était pour entrer à l'Académie!... Joubert, ce frêle et fragile Joubert, a une tête très ferme, et qui ne

tremble pas comme une herbe dans la lumière... Ses Pensées et ses Maximes le prouvent avec éclat. Il était un critique, et sans la voluptueuse paresse de son esprit, il aurait pu être un grand critique. Il tire de l'ensemble de ses notions des certitudes nécessaires au critique, et que le mobile Doudan. moelleux comme son noni.ne connaissait pas.Quoiqu'il ait écrit ce chefd'œuvre de discussion sur le scepticisme dont j ai parlé plus haut, Doudan était un sceptique de fait, s'il ne l'était pas de théorie. C'était un spiritualité flottant dans tous les airs du spiritualisme. Le spiritualisme est toujours agité. Joubert avait, de plus sur Doudan,lasupérioritédes idées chrétiennes; car Doudan dont l'âme est chrétienne encore dans beaucoup de ses résonnances, malgré le paganisme de son esprit, est un instrument désaccordé. Les sentiments et les sensations de ses lettres,exprimés avec la magie d une forme très personnelle, sont infiniment au-dessus des jugements qu'on y trouve, et puisque ces lettres sont une histoire littéraire du temps où leur auteur vivait, il faut se demander, pour avoir une idée de son coup d'oeil, ce qu'il a vu dans le xix- siècle à mesure qu il se déroulait devant lui.

Eh bien, - ceci est très curieux et il faut le dire, il n'a rien vu du tout de ce qu'il aurait dû y voir! Par quoi donc a-t-il eu l'esprit bouché, cet homme d'esprit pourtant, cet homme qui n'avait pas attendu, comme Gœthe, que le temps le fit spectateur, qui

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