‹ Littérature épistolaireChapitre 33 sur 38 · X. DOUDAN 2*J · texte numérisé non relu

X. DOUDAN 2*J

l'était dès sa première jeunesse et qui même ne voulut jamais être que cela?... Littérairement, — et la littérature fut la préoccupation majeure de sa vie, l'air ambiant dans lequel trempait sa pensée, — littérairement, quelle a été la portée et la sûreté de son regard? Il a vécu, de 1820 à 1873, dans la plénitude de ses facultés, la plume à la main et l'œil aux livres. Comment les a-t-il jugés, ces livres, en dehors de ses sensations de gourmet littéraire?... Comment a-t-il apprécié les choses et les hommes? Les a-t-il devinés ou compris? Quels talents a-t-il avisés ou pressentis? Quels a-t-il vus au-dessus ou au-dessous de l'horizon?... Il n'a point parlé de Joubert; il aurait cru parler de luimême. Mais, pour commencer par les géants de ce temps-là, comment a-t-il traité, lui, le littérateur qui se connaissait autant à la forme qu'à la pensée, comment a-t-il traité de Maistre et Bonald, les deux plus forts esprits du siècle certainement? Dans ses lettres, il y a deux mots de détestation sur eux et il passe... Et Lamennais?... Il s'y arrête davantage et à plusieurs endroits il le mordille, mais à la peau, et avec la plus petitement spirituelle superficialité. C'est une pitié que cet esprit-là ! Balzac, dans ce temps, émergeait de l'horizon comme un astre. Il y rayonnait et il le remplissait tout entier de vingt volumes de chefs-d'œuvre, qui se succédaient comme les batailles de Napoléon. Il y a, dans ces lettres de Doudan, deux lignes dénigrantes et insolentes sur Balzac, et il

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passe... Il fait à Balzac cet honneur de passer, après avoir déjà passé devant Bonald et devant de Maistre! Il n'a pas l'air de se douter de la supériorité de pareils hommes... Stendhal, qui puhliait alors des chosi aussi neuves que profondes, Stendhal, l'original auteur de Bouge et Noir, n'a qu'un mot, à propos de sa Chartreuse, et il est de mépris, — et du plus ignorant des mépris!! Lamartine est raillé, à nombre de pages, sous sa double espèce de poète et d'homme politique. Dr Vigny, le troisième grand poète de l'époque, et d'un idéal qui aurait dû attirer un esprit qui ne parle que d'idéal, est traité de poète « musqué, pincé, pou- « dré... » Ah! la poudre, c'est celui qui écrit de telles choses qui l'a dans les yeux! et cette poudre n'est que delà poussière!... Mais, en revanche de toutes ces méconnaissances, Doudan, qui vante Rousseau comme on le vantait an xvnr siècle et comme s'il était luimême du xvm* siècle, Doudan, qui aime le docteur Chalmers comme tous les benêts du xix°, Doudan, cet esprit trop frais, trop léger et trop badin pour n'être pas révolté par les beautés logiques du Dante, finit par avouer sa passion pour Edgar Quinet, et voilà tous les autres vengés! Edgar Quinet! Quel trou dans le tissu soyeux et délicatement nué de cet homme de goût, de ce pur et élégant platonicien '.'. 11 admire Quinet. et il voudrait le conseiller, dit-il, pour le mieux diriger dans le sens élevé de son talent. C'est logique, n'est-ce pas?... 11 aspire à être le précepteur

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