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CHAPITRE XIII

Le dramaturge Lopez de Ayala salua la chute d'Isabelle II par un manifeste qui mit à nu les fautes les plus notoires de la dynastie des Bourbons (30 septembre 1868). Pendant les années qui suivirent la révolution, des événements graves préoccupèrent les esprits : la recherche d'un prince qui consentirait à accepter la couronne d'Espagne, l'assassinat de Prim au moment de l'arrivée d'Amédée de Savoie (décembre 1870), l'abdication de ce dernier (11 février 1873), l'établissement d'un régime républicain, des révoltes aux colonies, des émeutes à l'intérieur, les menées des Alphonsistes et des Carlistes, la menace d'une guerre civile, la désaffection croissante de l'armée, l'impuissance des doctrinaires au pouvoir. La nomination de Castelar comme dictateur (21 septembre 1873), annonçait aux prévoyants la faillite de l'essai libéral. La république agonisait; il n'y avait plus qu'à attendre le moment de l'enterrer décemment. L'heure sonna en décembre 1874, quand Martínez Campos fit à Sagunto son pronunciamiento en faveur d'Alphonse XII, et peu à peu tout s'apaisa.

On concevra que cette période troublée ne fût pas faite pour favoriser les lettres. Les écrivains de la génération nouvelle, tels que Pérez Galdós, eurent à lutter contre l'indifférence d'un public épuisé d'émotions réelles. Les écrivains de l'époque antérieure restaient en scène, mais sans ajouter grandement à leur gloire. Zorrilla, revenu d'Amérique, récitait ses poèmes au Teatro Príncipe, faisait des travaux de commande pour les libraires, menait une existence maladive et besogneuse pendant que ses pièces enrichissaient les éditeurs. Cela devint un scandale. On se résolut à venir en aide à « celui qui avait tué Don Pedro et sauvé Don Juan ; » on lui concéda la petite pension dont nous avons parlé, et on le « couronna ». Il était bien tard. Zorrilla rédigea tant bien que mal ses Recuerdos, œuvre divertissante mais confuse, où le poète aux cadences sonores fit place à un assez piètre prosateur. Le vieux volcan s'éteignait à vue d'oeil.

Campoamor, destiné à survivre à Zorrilla près de dix ans, publiait les cinq chants de El Drama universal (1869), poème grandiose et inégal, histoire symbolique des amours posthumes d'Honorio et de Soledad, dont l'effet fut manqué. En 1872, Campoamor, qui avait déjà exprimé ses vues dans les Polémicas con la democracia (1862), afficha ses sympathies politiques en écrivant pour l'Académie un éloge versifié de Luis Gonzalez Brabo (1811-1871), l'âme maudite du régime bourbonien. Campoamor avait débuté comme dramaturge; avant la Restauration il revint à plusieurs reprises au théâtre, bien qu'il n'y obtînt que des succès d'estime avec Guerrea à la guerra (1870), El Palacio de la Verdad (1871), Cuerdos y locos (1873), Dies irse (1873) et El Honor (1874). Il se rattrapa, cependant, dans ses

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Pequeños Poemas (1872-1873-1874), et puis dans ses Humoradas (1886-1888), variantes de ces Doloras qui lui avaient valu la popularité. Jusque vers la fin de sa longue vie il écrivit de temps en temps ces petites compositions jolies et égrillardes, légères bouffées de poésie, d'une poésie qui s'affaiblissait de plus en plus. Seul représentant d'une génération disparue, entouré d'un respect universel, content de son auréole de gloire, le vieillard conserva assez de dignité pour refuser par trois fois de se prêter au cabotinage d'un « couronnement » public. Disons, enfin, que Campoamor, à l'inverse de Zorrilla, fut un prosateur d'un style serré, rapide, élégant : on s'en convaincra en lisant son dernier ouvrage de longue haleine, La Metafísica y la Poesía (1891), modèle de polémique courtoise et réjouissante où il tenait bon contre son ami Valera, le célèbre romancier dont nous allons parler.

C'est comme poète qu'avait débuté Jcax Valeka(1824- 1905), longtemps avant de représenter l'Espagne à Washington, Bruxelles et Vienne. Il ne se résigna pas à la froideur du public pour ses Poesías (1858), recueil de vers ciselés où la culture prime la spontanéité. Ne pouvant pas se faire accepter comme poète, et n'ayant pas la vocation de soutenir les causes perdues, il se consola en s'imposant comme critique. La multiplicité de ses sympathies, son savoir étendu, son absence de préjugés furent un outillage presque idéal pour les fonctions de juge littéraire. Mais avec le temps, il semblait prendre peur de son intelligence, et sa courtoisie sans bornes, son désir de plaire, l'empêchèrent souvent d'arriver à une conclusion précise. Pourtant son insinuante complaisance devint parfois une arme formidable dans les Cartas americanas (1889), où une excessive urbanité

produit tout l'effet du blâme : on ferme le livre avec l'impression que les écrivains dont il y est question ont été étouffés sous les fleurs trop parfumées offertes par ce diplomate accompli. Cependant, même là, il y a du flair : c'est Valera qui signala le premier l'originalité de M. Rubén Darío.

Valera triompha surtout comme romancier, et son triomphe date de l'heure où la république s'effondrait. Membre de la députation qui offrait à Amédée la couronne d'Espagne, désillusionné par le résultat, Valera s'était éloigné du tintamarre politique pour s'enfermer dans sa bibliothèque. Il a dit que Pepita Jiménez (1874) prenait ses racines dans des lectures prolongées des mystiques, et, en acceptant au pied de la lettre sa confession narquoise, on croirait qu'il devint romancier presque par accident. De là, peut-être, les longueurs qui retardent la marche du récit; mais quels que soient ses défauts, Pepita Jiménez est d'une importance capitale dans l'histoire littéraire : c'est de sa publication que date l'attention accordée par l'étranger au roman espagnol contemporain. C'était enfin un livre qui provenait d'une inspiration authentique et nationale, qui enjolivait avec une fantaisie exquise les données de Luis de Léon et de sainte Thérèse, en offrant une fois de plus ce que Coventry Patmore, critique difficile, appela « cette synthèse complète de gravité du sujet et de gaîté de manière qui est la scintillante couronne de l'art et qui, en dehors de la littérature espagnole, ne se trouve que dans Shakespeare et, même chez lui, à un degré bien moins manifeste ». Il convient, sans doute, d'atténuer quelque peu ce jugement, mais le fait que le dédaigneux Patmore l'ait émis, prouve qu'il s'agit d'une œuvre remarquable. Las Ilusiones del Docto?' Faustino (1875)

plurent moins au public, peut-être parce que l'observation y est trop impitoyable, la conception trop subtile ; El Comendador Mendoza (1877) atteint une intensité tragique, une émotion sincère qui porte à croire que l'auteur y a peint une douloureuse expérience personnelle; Doña Luz (1879) a des rapprochements avec Pepita Jiménez] qu'elle dépasse, cependant, en perspicacité psychologique. Valera n'était pas moins heureux dans le conte ironique et dans le dialogue : dans ce genre, Asclipigenia peut être considéré comme un chefd'œuvre en petit. Devenu aveugle vers la fin de sa vie, Valera dut dicter au lieu d'écrire, épreuve cruelle pour un artiste dont le talent n'avait rien de déclamatoire ; même dans ces conditions, il produisit de charmantes études de caractère et de mœurs, telles que Genio y Figura (1897), De varios colores (1898) et Morsamor (1899). La mort le surprit pendant qu'il rédigeait un discours sur Cervantes. Il ne pouvait se consacrer tout entier à la littérature ; il devait composer à bâtons rompus, hâtivement; il idéalisait trop, et, comme tout le monde, il lui arrivait de se répéter. En le jugeant sur ce qu'il a donné de meilleur, il faut admettre que le créateur génial de Pepita est celui des modernes qui représente le mieux ce sens de mesure et de goût qu'on trouve plus rarement que la force dans le génie espagnol.

C'est aussi en 1874, date de la publication de Pepita Jiménez, que Pedro Antonio de Alarcón (1833-1891) publia dans la Revista Europea le conte qui lui valut une popularité qui dure encore. Ecrivain précoce, romantique effréné dans El Final de Norma (1855), Alarcón usait un talent ingénieux dans la corvée journalistique, et il se fit remarquer par le Diario de un tes-

tigo de la guerra de África (1859), relation pittoresque de la campagne du Maroc, chronique patriotique des plus animées. Mais tout ce qu'il avait fait passa à l'arrière-plan quand parut El Sombrero de tres picos (187 4), tableau picaresque de mœurs andalouses, modernisation en prose d'un romance populaire (El Molinero de Arcos) avec des emprunts au saínete intitulé El Corregidor y la Molinera (1862), histoire racontée avec une gaîté leste et innocente. A l'époque de la Restauration, Alarcón se découvrit de nouvelles convictions politiques, et l'ancien rédacteur de El Látigo crut devoir semoncer vertement ses alliés de l'avant-veille. En littérature, cette volte-face ne lui porta qu'un bonheur passager : après avoir causé une sensation énorme, El Escándalo (1875), défense des jésuites par un vieux révolutionnaire, est tombé dans l'oubli, où La Pródiga (1882) l'a accompagné. De ces essais, on ne lit que El Niño de la Bola (1880), base de Manuel Venegas (1902), opéra inachevé de Hugo Wolf (1860-1903), génie malheureux qui, sous le titre de Der Corregidor (1896), avait préalablement mis en musique El Sombrero de tres picos. C'est dans ce conte charmant, c'est dans quelques-unes des Novelas cortas (1881-1882), que l'esprit si national de l'insouciant Alarcón a trouvé sa parfaite expression.

A l'opposé de cette girouette, José María de Pereda (1833-1906) est toujours resté un ultramontain, ennemi de toutes les compromissions opportunistes. Originaire de Polanco, d'où il ne sortit que rarement, il fit ses premières armes dans une feuille locale, La Abeja montañesa. Les lecteurs, accoutumés aux gentillesses de Fernán Caballero et de Trueba, regimbèrent devant le réalisme viril des Escenas montañesas (1864-1871). C'était une âpre présentation de la vie, et le grand

public n'y prit goût que lentement. Deux ans après la publication de Pepita Jiménez, Pereda eut son premier succès incontestable avec Bocetos al temple (1876), recueil de contes d'une observation puissante et précise. On a dit que ses personnages restent locaux, même dans ses livres les plus ambitieux, dans Don Gonzalo Gonzalez de la Gonzalera (1878), dans Pedro Sánchez (1883), ce roman picaresque où il traite de la vie citadine, et dans Sotileza (1884), œuvre toute imprégnée des acres senteurs de la mer. En réalité, les hommes et les femmes de Pereda sont locaux dans les détails; ils sont universels comme types de nature. D'ailleurs, Pereda est essentiellement un romancier régionaliste, ce qui n'est pas un défaut. Ses points faibles sont l'emphase, l'insistance sur la morale, la caricature exagérée de ses personnages antipathiques. Il ne sait pas résister à la tentation de polémiquer; puisque Balzac a écrit les Petites misères de la vie conjugale, Pereda répliquera dans El buey suelto (1877); puisque Pérez Galdós a écrit Doña Perfecta et Gloria, Pereda répliquera dans De tal palo tal astilla (1879). Toutes les tendances de la société moderne lui firent horreur, et dans ses accès d'abattement il voyait le monde en noir : on dirait un Larra orthodoxe. Mais non : c'est un humoriste bourru, un gentilhomme campagnard qui, tout en soupirant après un passé d'imagination, dirige avec un sens fort pratique la savonnerie qu'il a établie dans ses terres. Ces artistes sont moins conséquents que personne. Prenons Pereda tel qu'il fut. Dans El sabor de la tierruca (1882) et ailleurs, il peignit la vie de la « Montagne » avec une puissante sympathie et un réalisme courageux; ses gens vivent et s'agitent, et, ce qui n'est pas la moindre de ses

qualités, il se sert d'une langue nerveuse et énergique; les archaïsmes qui seraient des affectations chez autrui sont naturels à ce réactionnaire. Il n'est pas de littérature qui ne pourrait à bon droit être fière d'un roman tel que Peñas arriba (1895), création imaginative d'une sérénité et d'une réserve admirables. Aucun contemporain ne dépasse Pereda comme paysagiste : il décrit les grasses vallées, les clairs ruisseaux, les collines dénudées, la mer houleuse des Cantabres avec une vérité saisissante, une passion profonde.

Avant le premier succès de Pereda, avant même la publication de Pepita Jiménez et de El Sombrero de tres picos, M. Benito Pérez Galdós (né en 1845) écrivit deux romans, La Fontana de oro (1870) et El Audaz (1871). Il était venu des Canaries en 1864 pour faire son droit à Madrid, et devint romancier en passant par le journalisme. L'heure n'était point propice à la littérature, mais M. Pérez Galdós ne se découragea pas : cet homme doux a une persistance, une force de volonté inébranlables, et il réussit à émouvoir le public avec Doña Perfecta (1876), Gloria (1877) et La Familia de Léon Rock (1878), trois romans où se pose le problème religieux qui était alors à l'ordre du jour. Tandis que le réactionnaire Pereda formait ses contemporains, M. Pérez Galdós, réformateur libéral, se laissait plutôt former par eux. Mais il n'est pas toujours un romancier à thèse : citons, par exemple, Marianela (1878), histoire touchante, poétique, douloureusement vraie. En 1873 M. Pérez Galdós commença la première série des Episodios nacionales, sorte d'épopée nationale en prose, monument d'ingénieuse reconstitution. L'auteur, qui en est maintenant à la cinquième et dernière série des Episodios, passe en revue les incidents les plus drama-

tiques de l'histoire de l'Espagne au xixe siècle; ces quarante-six volumes sont forcément d'un intérêt inégal, mais certains contiennent des morceaux superbes : Bailen (1873), Cádiz (1874), Juan Martin el Empecinado (1874), Los Apostólicos (1884), Zumalacárregui (1898), La Estafeta romántica (1899), Los duendes de la camarilla (1903), Carlos VI en la Rápita (1907) et España trágica (1909). Et partout quelle conscience, quel labeur, quelle souplesse de talent! La troisième phase du développement du romancier a pour type Fortunata y Jacinta (1887), vigoureuse peinture de la vie contemporaine. Inventeur fécond et adroit, observateur minutieux de détail, à peine inférieur à Dickens dans El Doctor Centeno (1883), M. Pérez Galdós combine le réalisme et la fantaisie, le récit serré et l'imagination poétique, et sa réussite fut complète quand il dépeignit l'excentricité psychologique qu'est Ángel Guerra (1891). Il a aussi abordé le théâtre dans Realidad (1890), La de San Quintín (1894) et El Abuelo (1897), essais intéressants dont le second contient quelques scènes réellement supérieures à côté d'autres qui trahissent une gaucherie inexplicable. Laissons dans l'ombre les pièces à thèse comme Electra (1900) et Mariucha (1903), des tragi-comédies comme Bárbara (1905), Casandra (1905) et d'autres. Le tempérament débordant de M. Pérez Galdós s'enferme difficilement dans le cadre borné du théâtre; il lui faut le champ libre du roman. On peut croire que sa construction a trop d'ampleur pour être solide; le plus grand génie n'écrit pas impunément un volume tous les trois mois ; cette productivité machinale et incessante, ponctuelle comme un cadran solaire, se paie à la longue. Mais pourquoi insisterions-nous? Ce n'est pas, du moins, de la simple improvisation, c'est

plutôt de l'histoire documentée, que ce soit celle d'une époque ou celle d'une âme. Pensons à Fortunata y Jacinta, pensons à La de Bringas (1884) et à d'autres œuvres fortes qui témoignent d'un talent scrupuleux, robuste, varié, d'une psychologie fine, et d'une conception poétique de la vie.

Vers 1880 le naturalisme français franchit les Pyrénées et devint à la mode parmi les jeunes romanciers espagnols. Un des premiers à s'y aventurer fut Armando Palacio Valdés (né en 1853), qui, après avoir passé par la critique, débuta dans le roman par El Señorito Octavio (1881), œuvre de tâtonnements, bien inférieure en force et en charme à Marta y Marna (1883) et à La Hermana San Sulpicio (1889). Dans ces deux romans il y a du réalisme, de la vivacité humoristique, et surtout de délicieux portraits de femmes. Dans l'intervalle qui sépare Marta y María de La Hermana San Sulpicio, l'auteur publia El idilio de un enfermo (1883), essai manqué, Aguas fuertes (1884), recueil de contes d'un intérêt médiocre, et José (1885), joli tableau de la vie des pêcheurs où l'observation fraîche est quelque peu gâtée par le sentimentalisme. Passons sur Riverita (1886), Maximina (1887) et El cuarto Poder (1888), — dans le dernier desquels les figures des deux femmes, Ventura et Cecilia, se détachent en un habile contraste — pour arriver à La Espuma (1890) et La Fe (1892). Dans ces deux romans, qui eurent un grand retentissement, M. Palacio Valdés renonçait à une partie de son caractère de nationalité; en en changeant les noms, on pou. ait les prendre pour des versions supérieures d'originaux français. Heureusement M. Palacio Valdés n'a pas continué dans cette voie d'art imitatif et de satire lourde. El Maestrante (1893) trahit des hésitations, mais

dans Los Majos de Cádiz (1896) et dans La Alegría del Capitán Ribot (1899) le romancier retourne à sa meilleure manière. Dans La Aldea perdida (1903) et dans Tristan ó El Pesimismo (1906) un vague souffle d'idéalisme semble annoncer une nouvelle orientation d'esprit chez cet écrivain si sensible à toutes les impressions. Il a de la sûreté de main dans la construction, de l'entrain dans la narration, une réelle adresse à peindre les caractères (surtout de femmes), combinaison qui explique la popularité de ce commentateur humoristique, en Espagne et hors d'Espagne.

Mme Quiroga, célèbre sous son nom de jeune fille, Emilia Pardo Bazán (née en 1851), est indubitablement la meilleure femme romancier que l'Espagne ait produite pendant le xixe siècle. Son premier effort fut un Examen critico de las obras del P. Maestro Feijóo (1877), couronné à un concours à Orense en 1876, puis elle passa de la critique au roman. Les femmes, jusqu'ici, ont été plus impressionnables qu'originales, et il n'est pas surprenant que Mme Pardo Bazán ait commencé par Pascual López (1879), autobiographie d'un carabin, peu convaincante, inventée de toutes pièces. N'abordant que timidement le réalisme dans Un viaje de novios (1881), elle poussa plus loin dans La Tribuna (1882), étude courageuse des mœurs du prolétariat, et, après la publication de La Cuestión palpitante (1883), sorte de manifeste littéraire, elle se laissa entraîner par le courant naturaliste pour nous donner Los Pazos de Ulloa (1886) et La Madre Naturaleza (1887). Ces deux romans renferment des scènes d'une vraie puissance : La Madre Naturaleza est presque une glorification des instincts primitifs. Il eût été difficile de surpasser ces succès retentissants, et Mme Pardo Bazán ne les a pas égalés dans ses nombreux

romans et contes postérieurs. C'est comme romancier naturaliste qu'elle est généralement acceptée et, l'engouement naturaliste étant bien passé, la plus belle partie de son œuvre créatrice paraît . quelque peu démodée aux jeunes : ceux-ci trouveront leur compte dans La Quimera (1905). tableau de la société aristocratique nuancé de symbolisme. Tout le monde prend plaisir aux descriptions pittoresques de la vie et des mœurs de Galice, la province où Mme Pardo Bazán est née; c'est par le riche coloris, l'exacte présentation de scènes et de coutumes telles qu'on en trouve beaucoup dans Insolación (1889) et Morriña (1889), qu'elle rend le mieux les impressions d'une nature exubérante toujours en quête de nouvelles issues. Elle a écrit des vers, essayé du théâtre, fait de la politique, discuté la littérature française moderne, effleuré le roman russe, composé la vie d'un saint, dirigé une propagande féministe, conferencié un peu partout sur les sujets les plus divers. Avec une hardiesse caractéristique, elle fonda le Nuevo Teatro critico (janvier 1891-décembre 1893), revue entièrement rédigée par elle-même, où elle put propager ses idées très éclectiques sur toutes les manifestations de l'art. On lui a attribué le désir d'entrer à l'Académie Espagnole, et elle pourrait y figurer à bien meilleur droit qu'Isidra de Guzman y Lacerda, académicienne « honoraire », qui y prononça son discours de réception le 28 décembre 1784. Mais la comtesse Pardo Bazán ne se contenterait pas longtemps de collaborer aux fiches du dictionnaire. C'est un talent qui a besoin d'air et d'espace; sa force réside dans ses transcriptions vigoureuses du monde visible; ce que Pereda a fait pour la « Montagne », elle l'a fait, d'une manière plus romanesque, pour la Galice dans De mi tierra (1888).

A l'exception peut-être de M. Antonio de Valbuena (né en 1840), le frondeur incorrigible dont la série de Ripios a amusé tout le monde sauf ses victimes, aucun écrivain n'a été plus craint que Leopoldo Alas (1852- 1901), qui rendit fameux le pseudonyme de « Clarín ». M. de Valbuena, malgré son esprit, touche trop souvent la même note : les vivants ont toujours tort. Alas a des surprises, des caprices déroutants, une malice infiniment dangereuse, et, en somme, il n'a fait qu'un bon usage de son autorité critique. Toutefois, ce n'est pas comme un redoutable gladiateur de la presse qu'il a place ici, mais comme l'auteur de La Regenta (1884- 1885), analyse impitoyable du faux mysticisme qui perd Ana Azores. Rempli dune grande variété de caractères, cléricaux ou laïques, tous observés avec une vision d'une cruelle acuité, c'est un des meilleurs romans de l'époque. Les recueils intitulés Cuentos morales (1896) et El Gallo de Sócrates (1901) sont d'une manière plus légère et de moindre valeur; cependant il y a là des morceaux qui renfermaient la promesse d'un excellent conteur.

Ce ne fut pas le talent qui manqua à Eusebio Blasco (1844-1903), un peu trop négligé depuis sa mort; il a trop écrit dans tous les genres, il a trop éparpillé son esprit vif et mordant, mais son tour reviendra ; quelques-unes de ses nombreuses pièces survivront et il y aura certainement des lecteurs pour apprécier le comique alerte et naturel de ses Cuentos aragoneses (1901). Il suffira de rappeler rapidement la vogue passagère de Pequeneces (1890), roman à clef où le R. P. Luis Coloma (né en 1851) fit une peinture peu flatteuse de ce monde madrilène dont il fut un moment l'enfant gâté. On alla jusqu'à parler du tort que ce livre pourrait porter à la réputation de Balzac. Balzac a

résisté à-la secousse, et le père jésuite, homme d'esprit qui ne voulait plus donner le spectacle d'un Gyp en soutane, laissa le roman aux gens du métier; il s'est tourné vers la biographie historique, et dans ce genre ses Retratos de antaño (1895) et El Marqués de Mora (1903) ne manquent pas d'intérêt. Rien de moins clérical que l'esprit de M. Jacinto Octavio Picón (né en 1851), neveu de José Picon (1829-1873), le spirituel auteur de Pan y Toros (1864). Dans plusieurs romans, surtout dans Dulce y sabrosa (1891), il a fait preuve d'une observation fine doublée d'un style soigné; M. Picón, qui pendant quelque temps semblait s'être confiné dans la critique d'art, domaine où sa biographie de Velazquez (1899) lui valut un légitime succès, a fait un brillant retour au roman avec Juanita Tenorio (1910), oeuvre d'une psychologie subtile, d'une pénétration admirable. Juan Ochoa (1864-1899), jeune Asturien d'un talent délicat, formé un peu par Alas, nous a légué Su amado discípulo (1894), Un alma de Dios (1898j et Los Señores de Hermida (1900), trois nouvelles remarquables par leur sobre vérité. Dans Los Trabajos del infatigable creador Pío Cid (1898) le roman fut mis au service des idées philosophiques par Ancel Ganivet (1865-1898), écrivain d'une individualité marquée. Enfin, les mœurs rustiques furent rendues avec un art réaliste par Ricardo Mac ¡as Picavea (j 1899) dans La Tierra de Campos (1897-1898) où les caractères se dessinent en relief sur le fond fauve et morne du paysage castillan.

Il y a une dose de romanesque dans le tempérament de l'ancien secrétaire du romancier Fernandez y Gonzalez, M. Vicente Blasco IráÑez (né en 1867), qui continue, cependant, la tradition naturaliste du roman. C'est un disciple de Zola qui se révèle dans Arroz y

tartana (1894) et Flor de Mayo (1895), études poussées de la bourgeoisie et des marins de Valence, province natale de l'auteur. Il a dégagé plus tard sa personnalité et a réussi à exprimer les angoisses d'une vie dans La Barraca (1898), histoire navrante, tragiquement douloureuse même, contée avec une puissance remarquable. De même que l'action des meilleurs ouvrages de Pereda et de Mme Pardo Bazán se déroule respectivement dans la « Montagne » et en Galice, de même M. Blasco Ibáñez choisit de préférence la huerta de Valence pour cadre de ses premiers romans. Il en a reproduit l'atmosphère avec une force superbe dans Entre naranjos (1900). mais il ne s'y est pas cantonné. C'est franchement un insuccès que Sónnica la Cortesana (1901), roman archéologique trop hâtivement improvisé : ces évocations ambitieuses d'un lointain passé sont réservées aux Flaubert, maîtres d'un art méticuleux. M. Blasco Ibáñez reprit son bien dans Cañas y barro (1902), œuvre d'un réalisme cru et poignant. Vinrent ensuite les romans à thèse, autant de plaidoyers politiques ou sociologiques : La Catedral (1903), El Intruso (1904), La Bodega (1905) et La Horda (1905). Ce ne sont pas tout à fait des romans, ce n'est pas tout à fait de l'argumentation scientifique : c'est de la propagande collectiviste sous les formes d'un genre littéraire. Nous n'avons pas à en discuter les idées, et, quant aux personnages, ils ne se précisent guère. Dans la pénombre de la cathédrale tolédane, on distingue peu Gabriel Luna, qui est pourtant la figure principale du drame; dans El Intruso on se rappelle un peu mieux Sanabra et Aresti à Bilbao, mais c'est tout; des deux autres livres de cette série on ne retient que des impressions vagues et confuses d'une Andalousie tumultueuse, en proie à une crise agraire, ou des taudis

répugnants qui forment les quartiers des ouvriers à Madrid. La psychologie est sommaire, parfois nulle. M. Blasco Ibáñez est retourné à la peinture des individus dans La Maja desnuda (1906), étude minutieuse et attristante de deux pauvres êtres, un artiste et sa femme gravissant le calvaire qui mène de l'amour à la haine. Enfin, mentionnons Sangre y Arena (1908), avec ses deux types de Y espada fat, étincelant sous ses oripeaux, et de la grande dame cosmopolite et perverse, l'un, idiot grotesque hors de son milieu, l'autre, coquine dépaysée, tous deux présentés avec une adresse vigoureuse. C'est, en effet, la vigueur qui est la qualité de M. Blasco Ibáñez, et elle rachète bien des défauts. On a beau dire que son style est bruyant, que son observation est superficielle quand il quitte le sol de Valence, qu'il écrit pour l'exportation : sa langue emphatique, insouciante, parfois incorrecte, est bien adaptée aux intelligences de la foule dont il s'est fait le porte-voix; il connaît son coin de l'Espagne comme personne, il a reçu de fortes impressions du reste du pays et, tout en voulant rédiger une épopée des révoltés, il a décrit avec une intensité aiguë ses sensations âpres et personnelles.

Ses méthodes robustes ne sont guère à la mode dans la génération plus jeune. C'est surtout la forme savante, la recherche de l'expression qui frappe chez M. Ramón del Valle-Inclán (né en 1870), l'auteur des Femeninas (1895), de ces mémoires curieux du marquis de Bradomin intitulés Sonata de primavera, Sonata de estio, Sonata de otoño, Sonata de invierno (1902-1907), de Flor de Santidad (1904), de ce recueil fantasque qu'il appelle Jardin novelesco (1905) et de cette transcription laborieuse, La Guerra Carlista (1908) qu'il est en train d'achever. Orfèvre aussi dans ses vers — Aroma de

lexjenda (1907) et Cuentos de Abril (1910) — M. del Valle-Inclán est un analyste subtil, prosateur au style tourmenté et gracieux, fait pour charmer les artistes, les amateurs du rare et du précieux. Il y a bien moins de recherche apparente dans la manière contenue de M. José Martínez Ruiz (né en 1876), mieux connu sans doute sous son pseudonyme de « Azorin ». Ne nous y trompons pas cependant : cette manière, avec ses phrases cassantes, est d'un art étudié, d'une saveur très individuelle. M. Martínez Ruiz a employé dans El Aima castellana [1600-1800] (1900), un art délicat à réaliser une mentalité lointaine : c'est de l'histoire en même temps que de la littérature. De dates postérieures sont La Voluntad (1902), Antonio Azorin (1903) et Las Confesiones de un pequeño filósofo (1904), romans d'une belle finesse, révélations intimes de ce qui se passe dans une âme moyenne, notées sur un ton de simplicité voulue par un sceptique spirituel qui méprise quelque peu ses personnages. Malheureusement M. Martínez Ruiz semble dédaigner le roman comme genre artificiel. Reviendra-t-il sur cette opinion? Nous l'espérons bien, et pourtant nous ne perdrions rien si l'auteur nous donnait en échange des travaux tels que Los Pueblos (1904), où la vie provinciale est étudiée d'une façon sobre et définitive, et La Ruta de Don Quijote (1905), tour de force d'évocation que l'auteur a surpassé dans Castilla (1912).

Nous ne pouvons donner même les titres des ouvrages du volumineux écrivain qu'est M. Pío Baroja (né en 1872). auteur de maints romans qui décèlent une vision lucide et une philosophie déconcertante, pessimiste, désespérée : nommons comme bon exemple de ses dons La Casa de Aizgorri (1900), roman dialogué, represen-

tation convaincante de la dégénérescence héréditaire, transcription impersonnelle de la vie dans les tristes hameaux du nord. Un nouveau talent est celui de M. Ricardo León (né en 1877), qui est devenu célèbre avec la publication de Casta de hidalgos (1909), roman suivi de près par d'autres tels que El Amor de los Amores (1910), La Escuela de los Sofistas (1910), Alcalá de los Zegries (1910) et Los Centauros (1912) : souhaitons que M. León ne dépense pas trop vite son talent d'invention et de narration prestigieuses. Ce n'est qu'après sa retraite de l'armée que le médecin Felipe Trigo (né en 1868) s'est dédié à la littérature. Son premier roman, Las Ingenuas (1901), produisit une sensation où le sentiment esthétique était peut-être pour peu de chose. Des envieux ont parfois prononcé le mot pornographie en parlant de La sed de amar (1903), Alma en los labios (1905), La Altísima (1907) et Sor Demonio (1908). M. Trigo, évidemment influencé par D'Annunzio, fait l'analyse de la volupté en y mettant une sorte de lyrisme exalté et de précision scientifique, ou le paraissant. C'est une obsession, si on le veut, mais il travaille dans un but artistique, et il semble en train de former une école, à en juger par quelques œuvres récentes. Nommons enfin M. Ramón Pérez de Ayala (né en 1881), qui, après avoir débuté comme poète dans La Paz del Sendero (1904), s'est consacré au roman où il a obtenu un succès notable avec La Pata de la Raposa (1912), tableau piquant et hardi.

Parlons maintenant du théâtre. Le successeur de Tamayo dans l'estime populaire, M. José Echegaray (né en 1832) se fit connaître d'abord comme mathématicien, comme économiste, comme orateur et comme ministre. Sous l'anagramme Jorge Hayaseca, il s'essava

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au théâtre en 1874 avec El Libro talonario, et depuis lors il a produit plus de soixante essais dramatiques, tantôt en prose; tantôt en vers. Au fond c'est un romantique, comme il le laisse voir dans La Esposa del Vengador (1874) et dans En el puño de la espada (1875), mais le goût du terroir manque à son œuvre, reflet par trop fidèle de modes empruntées à l'étranger. Ses pièces sont bien construites, comme on peut s'y attendre de la part d'un ingénieur appliquant sa science à la scène : en outre il serait injuste de nier que M. Echegaray possède une certaine imagination qui émeut et impressionne, ainsi qu'on peut s'en rendre compte dans' El Gran Galeoto (1881) et El Conflicto entre dos deberes (1882). Il est moins heureux quand il veut créer des caractères ; il se laisse aller à la recherche des applaudissements par des effets emphatiques ; enfin — et c'est bien grave — ses vers ne sont pas d'un poète. Une étude de Dumas fils a amené M. Echegaray à entreprendre la dramatisation de thèses morales ; puis, assujetti à l'influence d'Ibsen, il a écrit des pièces telles que El Hijo de don Juan (1892) et El loco Dios (1900), drame symbolique dont certaines parties s'élèvent à une intensité saisissante : pourtant, si la méthode change, le fonds reste immuablement romantique. Il répugne à l'auteur d'abdiquer ; il s'y prépare cependant. Avec une générosité digne de louanges, il a parfois traduit et arrangé pour la scène madrilène quelques pièces d'un Catalan, M. Ángel Guimerá (né en 1847), qui, un moment, sembla indiqué comme son successeur. De temps en temps M. Echegaray a fait jouer un drame original tel que La escalinata de un trono (1903) et A fuerza de arrastrarse (1905), mais ce n'est plus l'étourdissante productivité de jadis. Repris un instant

par la politique en 1905, il en est sorti aussitôt et depuis lors il n'écrit plus pour le théâtre. Octogénaire, il ne nous réserve probablement pas la surprise d'un nouveau développement dramatique : il est entré de son vivant dans le domaine de l'histoire. Son œuvre a-t-elle une vitalité à l'épreuve du temps? Pas dans l'ensemble, évidemment; une bonne partie n'en subsiste déjà plus ; une autre partie assez considérable a beaucoup vieilli. M. Eehegaray a peu d'humour et moins de tendresse; il n'est pas poète, puisque la mélodie verbale lui fait défaut; sa prose raide et sans nuances est dépourvue de charme ; sa psychologie aux horizons bornés, sa perpétuelle amplification des faits l'empêchent de se classer parmi les réalistes. Comment donc expliquer un succès qui, malgré force échecs, a duré plus de trente ans? D'abord, M. Eehegaray sait son métier; il choisit une thèse, il a 1 instinct théâtral, il tire souvent de ses combinaisons artificielles de frappants effets scéniques. Puis il est un fort rhéteur dont les tirades impétueuses, imprégnées d'une passion communieative, sont bien faites pour plaire à la classe moyenne, de goûts mélodramatiques et sentimentaux. C'est dans cette classe moyenne que M. Eehegaray compte le plus grand nombre de ses fervents. Malgré son apparence tapageuse, son théâtre n'a rien de dissolvant, de révolutionnaire : la quintessence en est foncièrement bourgeoise. Parmi les autres auteurs dramatiques on peut citer le général Leopoldo Cano (né en 1844), connu par La Mai-iposa (1878) et La Pasionaria (1883); M. Eugenio Sellés (né en 1844), excellent versificateur qui n'a pas réalisé les espérances que faisaient concevoir El Xudo gordiano (1878); le Catalan José Felíu y Codína (1847-1897), qui s'efforça de créer un théâtre régional

avec La Dolores (1892), Maria del Carmen (1896) et La real Moza (1897), dont l'action se déroule respectivement en Aragon, à Murcie et en Andalousie; et M. Joaquín Dicenta (né en 1860), esprit libre et aventureux qui dans Juan José (1895) et El crimen de ayer (1904) emploie les procédés du théâtre romantique pour propager ses idées égalitaires et généreuses. Ses ouvriers, si susceptibles sur le point d'honneur, ont-ils jamais existé? Autant, au moins, que les bourgeois romanesques de M. Echegaray. Du reste, en étudiant les nouvelles couches sociales, M. Dicenta a élargi le cadre du théâtre espagnol.

Nous nous trouvons dans un tout autre milieu en lisant les œuvres de M. Jacinto Benavente (né en 1866). Sans en avoir l'air, sans le vouloir peut-être, cet admirable ironiste fait le procès du monde où l'on s'ennuie. Personne ne réussit mieux à rendre l'impression de cette société bouffie de son importance, intellectuellement nulle, laborieusement paresseuse, avide de plaisir, « bien pensante » et franchement tarée. Avec une sérénité parfaite, M. Benavente fait défiler devant nous cette procession de rastaquouères anoblis, de faux bonshommes astucieux, d'escrocs charmeurs, d'arrivistes souriants, de fourbes au pouvoir, de jolies coquines titrées cherchant dans l'adultère un remède à leur ennui. Aucune leçon didactique, aucune caricature, aucune touche superflue, aucun « mot à placer ». C'est un tableau écœurant rendu par un artiste doucement cynique, qui dans Gente conocida (1896) et dans La Comida de las fieras (1898) exécute ces gens-là rien qu'en les laissant parler. Qu'importe que l'effondrement de la maison ducale d'Osuna soit ou non le point de départ de La Comida de las fieras? A quoi bon identifier les

originaux de El marido de la Téllez (1897)? Ils sont partout, ces originaux. M. Benavente ne fait point des comédies à clef : ce qui nous intéresse dans son théâtre, c'est l'exposé large, l'intelligence subtile qui ranime ses présentations variées de la vie. Corrosif et complaisant à la fois dans Lo cursi (1901), El Hombrecito (1903) et Los Malhechores del bien (1905), fataliste railleur dans El Gato de Angora (1900) et Alma triunfante (1902), ce spectateur dédaigneux déploie ailleurs une fantaisie fuyante et prestigieuse. Il a parfois des condescendances ahurissantes : comment a-t-il pu prodiguer son talent en adaptant à la scène espagnole le Richelieu d'Edward Lytton père (1803-1873), ce Scribe inférieur? Hâtons-nous d'ajouter qu'il a arrangé aussi des pièces de Molière et de Shakespeare : c'est le passionné de Shakespeare qui a épanché un esprit poétique et bizarre dans le Teatro fantástico (1892).

Actuellement M. Benavente n'a pas de rival sérieux en Espagne. Nommons pourtant M. Manuel Linares Rivas (né en 1866), satiriste aimable et adroit qui a passé par le género chico pour aboutir à la comédie de mœurs dans Aire de fuera (1903) et Maria Victoria (1904). M. Eduardo Marquina (né en 1879) a suivi de près le Poema del Cid en composant Las Hijas del Cid (1908) dont il a raconté la légende sous une forme dramatique; c'est plutôt de la poésie que du théâtre, et le lyrisme de cet excellent faiseur de vers blancs — qui est aussi un bon prosateur dans Cuando florezcan los rosales (1912) — s'épanche librement dans Vendimian (1909), œuvre d'une inspiration saine, fraîche et vigoureuse. Enfin constatons le passage au théâtre de M. Gregorio Martínez Sierra (né en 1881), prosateur peut-être un peu alambiqué, qui, après s'être fait la main en traduisant

plusieurs œuvres d'un dramaturge catalan, M. Santiago Rusiñol (né en 1861), a obtenu un véritable succès avec deux pièces d'une finesse presque féminine — La Sombra del padre (1909) et Canción de Cuna (1911).

Quelques talents caractéristiques se sont révélés dans le género chico (petit genre), nom sous lequel on peut comprendre toute production théâtrale plus ou moins mêlée de musique et de chant dont la représentation n'excède pas une heure. C'est là une combinaison permettant à une salle de spectacle de renouveler son public trois ou quatre fois dans une seule soirée. Si les gens de théâtre y ont trouvé leur compte, on doit reconnaître que l'art n'y a ríen gagné et que la littérature y a perdu. Le bibliographe qui entreprendra un jour d'inventorier ces sortes de pièces devra transcrire plusieurs milliers de titres ; cette abondance seule indique à quel point la plupart de ces petites compositions sont éphémères; et celles qui durent, il faut bien le dire, ne durent que grâce à la musique, presque toujours supérieure à l'oeuvre dont elle assure le succès. Il y aurait quelque injustice à ne pas mentionner au moins les noms de quelques musiciens, vrais maîtres du genre : Manuel Fernandez Caballero (né en 1835), Joaquín Valverde (1844-1910), Tomás Bretón (né en 1850), Ruperto Chapí (1851-1910), Federico Chueca (1846-1908) et Amadeo Vives. Le plus souvent ces pièces se composent de trois tableaux, le deuxième — une simple toile de fond — ne servant qu'à donner aux machinistes le temps de « planter » le décor du dernier. Il y a de tout dans le género chico : des scènes populaires, — ce sont vraisemblablement les seules qui survivront — des mélodrames « comprimés » jusqu'à devenir presque du cinématographe, des fantaisies, des parodies, des à-propos,

et même des « revues » sur le modèle cher au public parisien. C'est une revue que La gran fia de Felipe Pérez y Gonzalez (1846-1910), dont la musique de Chueca et Valverde fit un succès mondial : elle fut traduite et jouée en grec!

Un intérêt plus littéraire restera attaché à une pièce de Ricardo de la Vega (1839-1910), fils de l'auteur de El Hombre de mundo : c'est La Verbena de la Paloma ó El Boticario y las Chulupas y Celos mal reprimidos (1894), probablement la meilleure, en tout cas la plus typique de toutes les compositions analogues. Madrid contempla et contemple encore avec une complaisance qui ne semble guère diminuer cette peinture fidèle et pittoresque de ses bas quartiers et de leurs habitants. Ce fut un triomphe, et, chose fort rare, un triomphe dû à l'harmonie parfaite du texte et de la musique de Bretón. Du même Ricardo de la Vega il faut citer La canción de la Lola (1880) et Pepa la frescachona ó El colegial desenvuelto (1886). Un peu au hasard, nous mentionnerons El padrino de « El Nene » ó Todo por el arte

(1896) de Julián Romea (1848-1903); La marcha de Cádiz (1896) de Celso Lucio et Enrique García Alvarez; La niña del Estanquero (1897) de Tomás Luceño (né en 1844); La Boda de Luis Alonso ó La noche del Encierro

(1897) de Javier de Burgos (1842-1902); La Revoltosa (1897) de José López Silva et Carlos Fernández Shaw. Il faut se borner, il faut surtout laisser au temps le soin de mettre chaque chose à sa juste place. Aux auteurs que nous avons cités, joignons MM. Miguel Ramos Carrión (né en 1847), Miguel Echegaray (né en 1848), José Jackson Veyán (né en 1852), Antonio Paso (| 1906), Miguel de Palacios (né en 1860), Fiacro Yráyzoz, Guillermo Perrín, Joaquín Abati, Vital Aza,

Carlos Arniches et surtout les frères Alvarez Quintero. De M. Vital Aza (né en 1851), on peut signaler El Sueño dorado (1875) et Et Señor Cura (1890), pièces pétillantes d'une fantaisie endiablée. En collaboration avec M. Ramón Asensio Más, M. Caklos Arniches (né en 1866) a écrit El Puñao de Rosas (1902), œuvre remarquable dans son genre. Enfin dans El Ojito derecho (1897) et dans d'innombrables entremeses et saínetes, la vieille tradition humoristique de Lope de Rueda a été renouée par deux frères Sévillans, M. Serafín Alvarez Quintero (né en 1871) et M. Joaquín Alvarez Quintero (né en 1873), qui ont, en outre, exprimé leur vision personnelle de la vie dans le dialogue serré de plus de quatre-vingts comédies ou pièces diverses telles que Los Galeotas (1900), El Patio (1900), Las Flores (1901), El Genio alegre (1906) et Malvaloca (1912). M. José López Silva (né en 1861) a écrit, lui aussi, nous l'avons déjà dit, de courtes pièces, mais il s'épanche plus naturellement dans des transcriptions de la vie madrilène où les classes ouvrières sont présentées avec un réalisme bon enfant et jovial. Ces tableautins versifiés en langage populaire paraissent dans les journaux et sont réunis ensuite en volumes. Los Madriles (1903), Gente de tufos (1905), Chulaperías (1906), La gente del pueblo (1908), Los Hijos de Madrid (1910), c'est l'hymne invariable dont ne se lassent ni l'auteur ni ceux, plus nombreux qu'on ne le croirait, pour qui ces scènes sont presque de l'histoire contemporaine. Est-ce de la littérature? C'est une question de définition.

De hautes qualités littéraires ne font pas défaut chez celui dont nous allons nous occuper. Dramaturge dès l'âge de quinze ans, Gaspar Núñez de Arce (1834-1903) obtint ses premiers succès au théâtre, et on peut lire

encore La Cuenta del Zapatero (1859) et El Haz de Leña (1872), sans doute le meilleur drame historique que l'Espagne ait produit pendant le xixe siècle. Un poète s'y cache sous la forme dramatique, et Núñez de Arce s'ouvrit un chemin vers le lyrisme pur. Il ne se méprit point, mais l'époque ne favorisa pas tout à fait le développement de ses dons remarquables. Il était né pour célébrer une liberté digne et paisible, ou pour suivre les traces de son maître Quintana : la destinée voulut qu'il vécût à une époque d'excès révolutionnaires ou de désastres nationaux. Toutefois ce fut comme poète politique qu'il conquit la renommée avec les Gritos del combate (1875), et c'est à ce titre que l'avenir "se souviendra de lui. On est convenu de dire que c'est le poète du doute. Est-ce le doute, est-ce le pessimisme, est-ce l'inquiétude d'un valétudinaire, est-ce un peu de tous ces sentiments qui pénètre à travers l'allégorie de Raimundo Lulio (1875), à travers la belle facture de Y Ultima lamentación de Lord Byron (1879). à travers La Vision de Fray Martin (1880), écho de Leconte de Lisie? Nous préférons Un Idilio y una Elegía (1879), histoire d'amour rustique d'une impressionnante simplicité, d'un réalisme profond et pur; la sincérité, l'austère perfection sont les caractéristiques du poète dont l'art, l'observation fidèle et la dévotion à la nature sont également à noter dans La Pesca (1884) et Maruja (1886). Mais, nous le répétons, le meilleur titre de gloire de Núñez de Arce est incontestablement ce volume de vers vibrants intitulé Gritos del combate, dans lequel, dénonçant l'anarchie, il défend la liberté et la concorde avec un fier courage et un patriotisme éclairé. Ses dernières années ne virent pas croître sa réputation; sa santé chancelante, son isolement poli-

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tique l'obligèrent à garder un silence presque absolu : rongé par le regret de sa jeunesse, il s'enfonça dans les bureaux du Banco Hipotecario, et laissa dormir un Luzbel inachevé. Mais le pessimisme désolant de sa conversation ne se glissait pas dans ses Poemas cortos (1895), et le chant du cygne de ce puissant artiste et parfait galant homme porte le titre optimiste de / Sursum corda ! (1900).

Núñez de Arce était un poète national, fixé à Madrid. Les voix des poètes régionaux arrivaient de loin. Le sort condamna le Valencien Vicente Wenceslao Querol (1836- 1889) aux fonctions d'administrateur de chemins de fei et contraria ainsi le dessein de la nature qui le voulait poète. Ses premiers essais, tels que le Canto Épico ó La Guerra en África, trahissent l'influence de Quintana, et jusqu'au bout Querol resta fidèle à la tradition classique. Le meilleur de son œuvre est ailleurs que dans ces exercices patriotiques et académiques : nous le trouverons dans les Cartas à Maria et dans les stances A la muerte de mi hermana Adela où Querol exprime artistement une émotion sincère. Il a peu produit et ses Rimas (1877) ne sont pas devenues populaires; pourtant, sa sincérité et sa belle technique lui ont valu l'estime des meilleurs juges, ses rivaux. Valencien comme Querol, Teodoro Llórente (1826—1911) est connu en Castille principalement par ses traductions réussies de Victor Hugo (1861), de Gœthe (1882) et de Heine (1885); comme poète original, il faudrait en justice le juger par le Llibret de versos (1884-1885) et le Nou llibret de versos (1902), mais ses poèmes en castillan (1907) ont parfois une allure élégante. Amos de Escalante y Prieto (1831- 1902), qui, sous le pseudonyme de a Juan Garcia », écrivit de charmantes études de mœurs aussi bien qu'un

intéressant roman historique intitulé Ave Maris Stella (1877), est l'auteur d'un volume de vers posthumes (1907) où il a reproduit sous une forme lyrique ses états d'âme devant le paysage impassible et la mer changeante de sa province septentrionale. Dans son recueil posthume de Poesías (1897), un autre poète du Nord, Evaristo Silió y Gutiérrez (1841-1874), donne la même note de contemplation rêveuse, mais Silió mourut trop tôt pour réaliser les promesses de Una fiesta en mi aldea (1867). Rien ne contraste plus avec cette douce mélancolie que l'âpre pessimisme du Catalan Joaquín Maria Bartrina (1850-1880), qui nous découvre dans Algo (1876) les angoisses d'une jeune âme désespérée : il est — illa prouvé plus tard — d'une sincérité navrante, et chaque page de son petit recueil de poèmes est illuminée par une flamme sinistre. Bartrina n'est pas un artiste : la forme de son castillan est souvent défectueuse; toutefois il a un accent personnel inoubliable.

Il faut renoncer à passer en revue tous les versificateurs, plus ou moins habiles, qui ont joui d'une certaine réputation pendant cette période : retenons seulement quelques noms représentatifs. D'abord démocrate forcené, puis réactionnaire intransigeant, Manuel del Palacio (1832-1907) avait quelques-unes des qualités d'un poète satirique ; malheureusement la nécessité le contraignit à produire sans relâche, de sorte que ses Sonetos, canciones y coplas (1884) ne donnent qu'une faible idée de' l'esprit étincelant qu'il devait abaisser aux besognes du journalisme. Critique d'art qui jouit jadis d'une autorité inexplicable, Federico Balart (1831- 1905) n'était plus jeune quand il publia Dolores (1895), où il exprima d'une manière émouvante le lent effondrement d'une tristesse douloureuse dans la mélancolie

de la résignation; on y relève toutefois un apitoiement complaisant, et cette impression de fausse sincérité devient plus marquée à la lecture de Horizontes (1897). Les deux poètes les plus en vue faisaient alors école. Parmi les innombrables disciples de Campoamor, aucun ne reproduisit la manière du maître avec autant de bonheur que Ricardo Gil (1854-1907), l'auteur de La Caja de música (1898). Núñez de Arce fut le modèle de José Velarde (1849-1892), d'Emilio Ferrari (1850-1907) et — au moment de ses débuts — de Manuel Reina (1856-1905). Reina s'exprima plus tard avec un accent vraiment personnel : la fantaisie gracieuse et la belle forme sont également à louer dans El Jardin de los poetas (1899) et dans son recueil posthume, Robles de la selva sagrada (1906). Carlos Ferxández-Shaw (1865- 1911) a dû se contenter d'une vogue limitée à des cercles peu critiques, mais sa Poesía de la Sierra (1908) a une note de poésie authentique qu'on ne trouve que rarement dans ses vers déclamatoires et creux. Deux poètes de Majorque, M. Miguel Costa y Llobera (né en 1854) et M. Juan Alcover (né en 1854) ont écrit des vers fort attrayants en castillan ; le premier est l'auteur de Líricas (1899), d'une inspiration robuste, même puissante, qui a suggéré une comparaison dangereuse avec Carducci; le second nous a donné Meteoros (1901), recueil où l'onction religieuse s'allie à la connaissance de Baudelaire et à une joie quelque peu païenne au milieu des vergers de Palma : mais ces deux orthodoxes (M. Costa est prêtre) se sont découragés devant le parti pris des cénacles littéraires de Madrid, et ne chantent plus qu'en leur langue natale.

Mettons à part M. Ramón Domingo PERÉs(né en 1863), critique d'un goût raffiné, poète d'une imagination riche

et contemplative dans Cantos modernos (1889-1893) et surtout d&ns Musgo (1902) où une simplicité voulue remplace la sonorité traditionnelle de la poésie castillane. A part aussi se tient le poète fermier José María Gabriel y Galán (1870-1905), qui dans ses Castellanas (1902) évoque avec un art serein le sentiment des paysages de Castille et d'Estrémadure : quelque rayon affaibli du génie de Luis de Léon est descendu jusqu'à cet artiste isolé, et l'élève au-dessus du niveau de la poésie régionale.

Nous y sommes en plein avec l'œuvre de M. Vicente Medina (né en 1866), qui, dans Aires Murcianos (1899) et dans La Canción de la Huerta (1905), a rendu par un tour de force les scènes et les types du pays semimauresque des vergers : c'est d'un poète, et d'un poète populaire (qui se tait depuis trop longtemps). De même c'est sa province ensoleillée qui inspire les rythmes éclatants des Cuadros de Andalucía (1883) de M. Salvador Rueda (né en 1857), talent très authentique, très exubérant, très inégal. Peu de pensée chez M. Rueda, aucune tendresse, aucune mesure; tempérament violent, il pousse tout à l'excès, les métaphores, les images, le coloris, l'invective. Il n'aime pas Napoléon, et il en a le droit; mais pourquoi l'appeler — cet homme à tête de dieu grec — el bestial hipopótamo ? Ce sont ces andaluzadas sans goût qui à chaque page gâtent de beaux effets. Au moment de publier En tropel (1903) ce poète pantelant semblait songer à s'enrôler dans une école vouée à renoncer à ces tons criards.

Jusqu'ici nous avons de propos délibéré fait abstraction des auteurs modernes qui, tout en écrivant en castillan, n'étaient pas de nationalité espagnole par naissance ou par adoption. Nous avons mentionné Gertrudis

Gómez de Avellaneda et Ventura de la Vega : nous aurions pu mentionner aussi l'historien vénézuélien Rafael Maria Baralt (1810-1860), qui succéda à Donoso Cortés à l'Académie Espagnole. Il nous a fallu omettre plusieurs noms célèbres tels que ceux de l'Equatorien José Joaquín de Olmedo (1780-1847), l'émule de Quintana dans son Canto de Junin; de Andrés Bello (1781- 1865), originaire du Venezuela, poète savant aussi bien que grammairien et légiste ; des deux Cubains, José Maria de Heredia (1803-1839), le chantre de El Niágara, et Juan Clemente Zenea (1831-1871), dont la mort tragique a consacré les vers; et du Colombien Gregorio Gutiérrez Gonzalez (1826-1872), l'auteur de la Memoria sobre el cultivo del maíz (1866), chef-d'œuvre d'une poésie réaliste, pittoresque et puissante. Tous sont restés dans la tradition littéraire de l'Espagne, mais il paraît qu'aucun ne connut la Péninsule, à l'exception d'Olmedo qui y vint pour signer la Constitution de 1812. Quelle que fût leur originalité, ils n'auraient pu exercer une influence sur la littérature espagnole. Les conditions de la vie moderne ont tout changé. Aujourd'hui, dans tous les pays, la littérature s'assimile rapidement maints éléments nouveaux venant du dehors. De nombreux auteurs, arrivant de l'Amérique, ont passé des années à Madrid : c'est un poète de l'Amérique centrale qui est reconnu comme le chef d'un nouveau mouvement poétique qui se dessine depuis plusieurs années.

Originaire du Nicaragua, M. Rubén Darío {né en 1867) est en réalité un cosmopolite qui a passé par toutes les écoles. Ce fut d'abord un disciple de Zorrilla, de Campoamor et de Béoquer dans Epístolas y Poemas (1885) et dans Abrojos (1887); l'influence de Victor Hugo et de

Núñez de Arce se fait sentir dans Azul (1888), où se dégage, pourtant, une originalité bizarre dûment signalée par Valera, qui s'effraya plus tard de l'évolution du jeune poète. Depuis son arrivée à Madrid en 1892, M. Darío est passé aux rangs des symbolistes dans Prosas profanas (1899). puis, s'affrancbissant de toute formule des cénacles littéraires, il a trouvé sa voie à lui dans Cantos de vida y esperanza (1905) et dans El Canto errante (1907), recueils où les vers sont d'une beauté étrange, d'une émotion troublante. Technicien consommé, M. Darío possède une parfaite maîtrise de l'ancienne métrique; ses dezires et ses layes ont le parfum du vieux temps, ses romances et ses silvas sont d'une facture irréprochable, mais il ne s'en est pas tenu là. Cet hétérodoxe, obsédé par la recherche du rare et du nouveau, a scandalisé les puristes en se servant avec prodigalité des effets de l'allitération, en répétant les terminaisons des adverbes, en usant d'enjambements inouïs, en faisant disparaître les accents qui coïncidaient d'habitude avec les pauses du sens, en réformant l'alexandrin de fond en comble, en se hasardant aux vers libres, enfin en essayant témérairement toute expérimentation capable d'assouplir la facture traditionnelle. Les puristes n'ont pas tout à fait tort. Toutes ces innovations ne sont pas heureuses; quelques-unes sont franchement mauvaises, faites seulement pour narguer les pédants et « épater les bourgeois » (qui ne se laissent plus séduire avec la naïveté de jadis). Mais, en somme, l'effort courageux de M. Darío a grandement réussi. Laissant de côté ses vers amorphes, mettant à part toute la partie discutable de son œuvre poétique, comment nier qu'il â enrichi la musique de la phrase en y apportant des nuances délicates, presque imperceptibles? comment nier la puis-

sanee de son invention métrique? comment nier que ses nouvelles cadences ont empêché la pétrification des anciennes formes? Peut-être M. Darío aurait-il eu un concurrent si la destinée rancunière n'avait pas écourté brusquement la vie du poète colombien José Asunción Silva (1865-1896), lui aussi amateur du rare. Actuellement, M. Darío détient la suprématie parmi les poètes espagnols qui le considèrent comme un des leurs. Cet artiste hardi est aussi un bon prosateur dans Los Raros (1893), Tierras solares (1904) et El Viaje á Nicaragua (1909); mais il faut bien le dire, sa prose nerveuse — un peu gallicisée, entrecoupée et parsemée de mots exotiques — n'a pas l'intérêt de ses vers.

On ne saurait douter de son influence sur M. Fhancisco Villaespesa (né en 1877), qui dans Intimidades (1898), dans Ti'istitiœ rerum (1907), dans El Jardin de las Quimeras (1909) et dans bien d'autres recueils s'est montré un remarquable ciseleur, surtout de sonnets. La Soledad sonora (1911) et Melancolía (1912) sont les dernières œuvres de M. Juan Ramón Jiménez (né en 1881), dont les vers élégiaques, si simples en apparence et pourtant délicatement travaillés, exhalent — notamment dans Arias tristes (1903) et Jardines lejanos (1904) — une tristesse sobre, belle, inguérissable. Réagissant contre le fini parnassien de Núñez de Arce, M. Antonio Machado (né en 1875) renie toutes les écoles, en professant une indifférence absolue pour la beauté formelle : cependant dans Soledades (1903) et dans Campos de Castilla (1912), il a mis un fort symbolisme et une intensité d'évocation qui rachèteraient de plus graves gaucheries d'exécution. Son frère aîné, M. Manuel Machado (né en 1874), a offert, dans Aima (1907), quelques poèmes tels que Adelfos qui sont l'œuvre d'un vrai

poète dont on pourrait concevoir de hautes promesses : celles-ci sont loin d'être réalisées dans Caprichos (1908), collection de chinoiseries et de jeux de rimes.

Bien qu'il n'écrivît pas de vers, Emilio Castelar (1832-1899) eut assurément une âme de poète, mais ce poète se révéla seulement à la tribune. « Premier ténor de la République », cet artiste du verbe n'exerça pas la moindre influence littéraire. Ses Recuerdos de Italia (1872), son roman Fra Filipo Lippi (1877-1878) sont surchargés d'antithèses dithyrambiques que seule l'élocution merveilleuse du grand orateur pouvait rendre supportables. La phrase flamboyante de ce fier virtuose s'éteint en passant par la page imprimée. Que dire de son Historia del movimiento republicano en Europa (1873-1874), sinon que c'est une avalanche verbale, sorte de caricature des procédés de Donoso Cortés? Rival heureux de Castelar en politique, Antonio Cánovas del Castillo (1828-1897) a composé, lui aussi, un roman — La Campana de Huesca (1852) — et plusieurs œuvres plus solides, telles que les Estudios sobre Felipe IV (1888); c'est d'un publiciste intelligent et bien renseigné qui débite une prose pâteuse et bâclée : ceux qui font de l'histoire savent rarement l'écrire.

Si l'Espagne n'a pas produit de grands historiens pendant le xixe siècle, on peut du moins citer les noms de maints érudits qui se sont distingués par de savantes recherches historiques : Manuel de Colmeiro (1814- 1897), dont les principaux ouvrages sont {'Historia de la Economía política en España (1863) et le Curso de derecho político según la historia de Léon y Castilla (1873); Francisco Cárdenas (1816-1898), auteur de Y Historia de la propiedad territorial en España (1873);

466 LITTBBATURE ESPAGNOLE

le général José Gómez de Arteche (1821-1906), qui mit une conscience et une ardeur au travail peu communes à confectionner les quatorze volumes de sa Guerra de la Independencia (1868-1903); Eduardo de Saavedra (1829- 1912), autorité en literatura aljamiada, thème de son discours de réception à l'Académie espagnole (1878); Manuel Danvila (1830-1906), à qui nous devons une monographie précieuse, La Germania de Valencia (1884); Cesáreo Fernández Duro (1830-1908), connu pour ses Memorias de la ciudad de Zamora, su provincia y su obispado (1882-1883) et son Armada española desde la unión de los î'einos de Castilla y Aragón (1895-1903); Eduardo Pérez Pujol (1830-1894), qui restitua une société disparue dans son Historia de las instituciones sociales de la España goda (1896), oeuvre inachevée et posthume; le chanoine Antonio López Ferreiro (1837-1910), dont la Galicia en el último tercio del siglo XV (1883) est une contribution importante à l'histoire provinciale; José Yilla-Amil y Castro (1839- 1910), profond connaisseur des institutions du moyen âge qui nous a donné Las Antigüedades prehistóricas y célticas de Galicia (1873) ; M. Francisco Fernández y González (né en 1833), frère du romancier déjà nommé, qui a fait preuve d'une grande richesse d'informations dans les Instituciones jurídicas del pueblo de Israel en los diferentes estados de la Península (1881); M. Francisco Codera y Zaidín (né en 1836). l'éminent arabisant qui s'est fait connaître même du grand public par sa Decadencia y desaparición de los Almorávides en España. (1899); le père jésuite Fidel Fita y Colomé (né en 1838) a de re epigraphica hispana optime meritus merensque », comme le déclarait Hiibner; M. Gumersindo Azcárate (né en 1840), auteur de remarquables traités tels que

Y Ensayo sobre la Historia del derecho de propiedad (1879-1883) et la Régimen parlamentario en la práctica (1885); Joaquín Costa (1846-1911), esprit savant et ingénieux, comme il l'a prouvé dans sa Poesía popular española y Mitología celto-hispanas (1888), dans ses Estudios ibéricos (1891), et dans son Colectivismo agrario en España (1898); Antonio Rodríguez Villa (1843-1912), infatigable travailleur qui édita des textes intéressants et refit de fond en comble les biographies de personnages historiques tels que Beltran de la Cueva (1881), Jeanne la Folle (1892) et Spinola (1904); M. Eduardo de Hinojosa (né en 1852), collaborateur de Aureliano Fernández Guerra y Orbe (1816-1894) dans la Historia... de la monarquía visigoda (1896; inachevée), et auteur d'une Historia general del Derecho español (1887; inachevée) ; et l'auteur de Y Historia de la literatura jurídica española (1906), M. Rafael de Ureña y Smenjaud (né en 1852), dont les très savantes investigations sur La legislación gótico-hispana (1905) lui ont permis de compléter les études de Zeumer. Ces écrivains ont accumulé de précieux matériaux pour le Mariana de l'avenir, et leurs résultats ont déjà été utilisés en grande partie par M. Rafael Altamira y Crevea (né en 1866), dans

Y Historia de España y de la civilización española (1900- 1911). œuvre supérieure sous tous les rapports à la compilation (1850-1867), énorme et quelque peu indigeste, de Modesto Lafuente (1806-1866).

Dans l'histoire littéraire, depuis que Pascual de Gayangos (1809-1897) commença ses études utiles, il y a eu un progrès marqué vers la bonne méthode, grâce à l'exemple du grand érudit catalan Manuel Milá y Foxtanals (1814-1884). l'auteur de la Poesía heroicopopular castellana (1874), œuvre qui fait époque dans

les études hispaniques. La tradition de Milá a été continuée par le meilleur de ses disciples, le célèbre Marcelino Menéndez y Pelayo (1856-1912), dont le premier livre fut une étude (1876) sur Joaquin Telesforo de Trueba y Cosío (1799?-1835), émigré espagnol qui écrivit des romans historiques en anglais. Menéndez y Pelayo fit preuve de son précoce savoir dans Horacio en España (1876), puis devint soudain fameux par l'érudition et la puissance d'argumentation dont témoignaient un livre de polémique. Ciencia española (1877), et Y Historia de los heterodoxos españoles (1880-1881). Appelé de bonne heure à succéder à José Amador de los Rios (1818-1878) dans la chaire de littérature à l'Université Centrale, le jeune professeur se multiplia. Une série de conférences, Calderón y su teatro (1881), arrêta net le culte idolâtre de ce dramaturge et causa une réaction peut-être excessive. Un recueil de poèmes, Odas, Epístolas, y Tragedias (1883) révéla une sensibilité esthétique qu'on n'attendait guère d'un reclus studieux déjà occupé à classer et à compléter les fiches bibliographiques des deux derniers volumes (1888-1889) de XEnsayo de Gallardo. Si Menéndez y Pelayo ne posséda pas tous les dons d'expression d'un poète, il en avait le tempérament. Ce sont les poètes qui ont le plus beau rôle même dans son Historia de las ideas estéticas en España (1883-1891) : il en parle avec chaleur. Les poètes le préoccupèrent toujours. Il édita une Antología de poetas hispano-americanos (1893-1895) aussi bien qu'une Antología de poetas líricos castellanos (1890-1908), dont les introductions ne sont pas seulement des trésors d'information : elles sont de brillants exercices de littérature. Pendant une douzaine d'années il se dédia à la tâche colossale de commenter

ce qui devait être une édition complète des œuvres de Lope de Vega (1890-1902). Il éparpilla partout des essais dont il a réuni quelques-uns dans ses Estudios de crítica literaria (1884-1908). Il dirigea aussi la Nueva Biblioteca de Autores Españoles pour laquelle il écrivit les trois préfaces des Orígenes de la novela (1905-1910), qui sont des chapitres de cette histoire de la littérature espagnole qu'il avait rêvée. La mort, qui le guettait depuis quelque temps, le prit au moment où il s'occupait de mettre au point une édition définitive de ses œuvres. Elles ne sont pas parfaites, et plusieurs — Y Historia de las ideas estéticas en España, l'édition de Lope, Y Antología de poetas líricos castellanos — restent inachevées. Evidemment Menéndez y Pelayo formait des plans trop vastes : tout de même, que d'efforts, de ténacité et d'intelligence représentent ces admirables ouvrages fragmentaires ! On peut dire de lui que, depuis le moment de ses débuts, il progressa constamment : son style s'épurait, ses sympathies s'étendaient en même temps que son érudition s'affermissait, son influence s'accroissait de jour en jour. Pourtant il se trouva une grosse majorité d'académiciens qui ne voulurent pas de lui comme directeur et préférèrent un politicien à un savant tel qu'on en voit rarement en Espagne ou même ailleurs. Cet échec, auquel Menéndez y Pelayo eut la faiblesse d'être trop sensible, rendit amères ses dernières années.

Son initiative a créé un mouvement intellectuel qui a produit d'excellents résultats, comme on peut sen rendre compte par les travaux de ses collaborateurs, de ses disciples et de ses contemporains. Comme directeur de la Bibliothèque Nationale, il avait sous ses ordres M. Antonio Paz y Mélia (né en 1842), paléographe

distingué et travailleur d'une modestie avérée. Cristóbal Pérez Pastor (1842-1908), bibliographe fécond et découvreur de Documentos cervantinos (1897-1902), a comblé bien des lacunes dans la biographie de Cervantes, et en aurait fait autant pour Calderón si sa vie laborieuse eût été plus longue. Bien qu'il fût professeur à l'Instituto de San Isidro à Madrid et bien qu'il n'échappât pas à l'influence de Menéndez y Pelayo, Francisco Navarro y Ledesma (1859?-1905) était plutôt un lettré, plutôt un styliste précieux qu'un érudit; ses ouvrages d'enseignement passèrent à l'arrière-plan après la publication de El Ingenioso Hidalgo Miguel de Cervantes Saavedra (1905), où il mit en œuvre les résultats des recherches de Pérez Pastor en leur prêtant une allure quelque peu fantaisiste. José Enrique Serrano y Morales (1852-1908), investigateur infatigable, éclaira maints coins obscurs de l'histoire littéraire au cours de ses recherches sur les anciens imprimeurs valenciens. M. Francisco Rodríguez Marín (né en 1855), successeur de Menéndez y Pelayo à la Bibliothèque Nationale, poète et érudit, collectionneur émérite des Cantos populares españoles (1882-1883), a écrit d'importantes études sur Barahona de Soto (1903). sur Pedro Espinosa (1907) et leurs cercles littéraires. Le fils de l'illustre poète catalan Joaquín Rubio y Ors (1818-1899), M. Antonio Rubio y Lluch (né en 1856), camarade d'études de Menéndez y Pelayo à l'Université de Barcelone, est reconnu comme une autorité en matière d'histoire catalane; il nous intéresse plus particulièrement comme auteur d'un Estudio crítico-bibliográfico sobre Anacreonte . . . y su influencia en la literatura antigua y moderna (1879), de El Sentimiento del honor en el teatro de Calderón (1882), et d'autres études qui illuminent quelques coins obscurs de l'histoire litté-

raire. M. Emilio Cotarelo y Morí (né en 1858), expert dans l'histoire du théâtre, éditeur malheureusement peu soigneux de beaucoup de drames rares (surtout de Tirso de Molina), a écrit diverses monographies utiles qui servent de complément aux renseignements déjà recueillis par Cayetano Alberto de la Barrera (-f- 1872) On pourrait faire à M. Juan Menéndez Pidal (né en 1861) le reproche rare d'avoir publié trop peu : on lui est redevable d'une précieuse collection de près de cent romances asturiens (1885), et surtout d'un examen critique de la légende de Rodrigue (1906), qui épuise le sujet. M. Julio Puyol y Alonso (né en 1865), auteur d'une excellente étude sur l'archiprêtre de Hita (1906), a discuté avec pénétration et avec une admirable clarté de méthode la formation de La Crónica particular del Cid (1911) et reconstitué, dans la mesure du possible, le Cantar de gesta de Sancho II (1911). M. Ramón Menéndez Pidal (né en 1869), disciple de Menéndez y Pelayo, est surtout connu par ce bel exemple de reconstitution, La Leyenda de los Infantes de Lara (1897) et par ses analyses (1907-1911), peut-être définitives, de toutes les questions confuses en rapport avec le Poema del Cid. Enfin, un autre disciple de Menéndez y Pelayo, M. Adolfo Bonilla y San Martin (né en 1875), a donné maintes preuves d'une intelligence des plus vastes et d'une érudition aussi sûre que brillante dans le triple domaine de l'histoire de la philosophie, de l'histoire littéraire et du droit. Citons seulement les plus importants de ses ouvrages : Luis Vives y la filosofía del Renacimiento (1903), Anales de la literatura española (1904), une Historia de la Filosofía española (les deux premiers volumes 1908-1911) et de nombreuses publications de textes : El Diablo cojuelo (1902 et 1910),

Libro délos engaños (1904), Libros de caballerías (1907- 1908), et Tristan de Leonis (1912).

Consacrons un dernier mot à certains auteurs que nous n'avons pu commodément classer ailleurs. Les philologues espagnols, les hispanisants de tous pays ont contracté une si grande dette envers le savant Colombien Rufino José Cuervo (1844-1911) que nous considérons comme un devoir de le mentionner bien qu'il ait résidé hors d'Espagne. Sa renommée repose sur son Diccionario de construcción y régimen de la lengua castellana (1886-1893), œuvre monumentale d'érudition exacte, dont un tiers à peine fut publié. Les sévères études de ce grand maître autodidacte n'avaient point émoussé son esprit vif et son fin goût littéraire : on s'en convaincra aisément en lisant ses Apuntaciones sobre el lenguaje bogotano (1867), si riches en exemples de la belle langue, si divertissantes dans les illustrations des erreurs que nous commettons tous. Quoique M. Emilio Bobadilla (né en 1867) soit Cubain de naissance, il peut être regardé comme un littérateur espagnol : poète, romancier, critique mordant bien connu sous le pseudonyme de « Fray Candil », il a publié tout récemment Viajando por España (1912), volume d'impressions fines et aiguës rendues avec une intensité éclatante. Originaire du Guatemala, M. Enrique Gómez Carrillo (né en 1873) s'est fixé à Paris et y est devenu un Espagnol cosmopolite ; c'est un esprit curieux, intelligent, avide de nouveauté, d'une sensibilité exquise, qui dans des tableaux charmants soit de la Russie neigeuse, soit de la Grèce ensoleillée fait preuve d'une psychologie fine et tourmentée dont on retrouvera des traces dans Flores de penitencia (1913), où la reconstitution hagiologique prend une forme romanesque. Basque,

M. Miguel de Unamuno (né en 1864) est encore un talent multiple; érudit, critique, poète, surtout directeur laïque d'âmes, il a écrit copieusement sur tous les sujets : de ses œuvres nous préférons la moins ambitieuse, De mi pais (1903), recueil d'études où les mœurs provinciales sont décrites d'une manière pittoresquement vigoureuse. Parmi ceux qui font une besogne difficile et délicate en traitant de la littérature actuelle au jour le jour, il faut nommer M. Manuel Bueno (né en 1874), l'auteur d'un volume intéressant intitulé Teatro español contemporáneo (1909), où les jugements raisonnes d'un amateur accompli s'expriment dans un style lucide et attrayant. M. Andrés González-Blanco (né en 1886) s'est fait le porte-étendard de la nouvelle école de poésie, et quoiqu'il en exagère parfois les mérites dans ses traités un peu diiTus, il écrit avec une conviction persuasive. Il v aurait à mentionner d'autres écrivains, tels que M. Mariano de Cavia (né en 1855), M. Ramiro de Maeztu (né en 1874) et M. José Ortega y Gasset (né en 1883). qui prodiguent dans la presse un talent vraiment original, mais nous nous sommes interdit de nous aventurer sur ce terrain. Cette esquisse doit prendre fin. Peut-être en avons-nous assez dit pour donner une idée générale de la vie intellectuelle de l'Espagne depuis les origines jusqu'à nos jours. L'isolement de jadis n'existe plus, la littérature actuelle reçoit en abondance des éléments venus du dehors, et pourtant elle conserve en grande partie cette individualité marquée qui a eu et aura toujours un charme irrésistible pour certains esprits.

INDEX

Abatí (Joaquín), 455.

Abd Allab ibn al-Mukaffa, 44.

Abencerraje y la hermosa Xanfa

(Historia del), 265.

Abenfarox, 40.

Abou'l Wafá Mubashiribn Fàtik,35.

Abrabanel (Judas), 178-179, 277,

Abrabam Ibn-Cbisdai, 60.

Abril. Voir Simon Abril.

Abu Bakr- Ahmed ibn ,\¡ohammad

ibn Musa (al Razi), 41.

Abu Bakr ibn al-Tufail, 4.

Abu'1-Bakâ Salik ar-Rundi, 125.

Acosta (José de), 269.

Acquaviva (Giulio), 273, 274.

Acuña (Diego de), 118.

Acuña (Hernando de), 197-199.

Adelard de Bath, 8.

Adenet le Roi, 9.

Agreda. Voir Maria de Jesús de

Agreda.

Aguilar (Alonso de), 144.

Aguilar (Gaspar Honorât de), 299.

Alabanza de M ahorna (La), 8.

Alarcon (Juan). Voir Ruiz de

Alarcon.

Alarcón (Pedro Antonio de), 436-

Alas (Leopoldo), 444, 445.

Alba (Bartolomé de), 313.

Albe (Duc d'), 185, 189.

Alberoni (Giulio), 382.

Albornoz (Cardinal Gil), 49.

Alburquerque (Duc d'), 189.

Alcalá (Alfonso de), 176.

Alcalá Galiano (Antonio Maria),

Alcalá Yañez y Ribera (Gerónimo),

Alcalá y Herrera (Alonso de), 377.

Alcázar (Baltasar del), 239, 306.

Alcover (Juan), 460.

Aidrete (Bernardo), 331.

Alemán (Mateo), 266, 290, 316-319,

Alexandre VI, 179.

Alexandre de Bernai, 33.

Alfonso Onceno (Poema de), 63-64,

Alfred, 40.

Al-Gazâli, 4.

Aliaga (Luis de), 293.

Alione d'Asti(Giovan Giorgio), 182.

Aiixandre (Libro de), 32-34, 35,

Aiixandre (Recontamiento del rey) 7.

Aljamiada (Literatura), 7, 48.

Alphonse V d'Aragon, 115, 116,

Alphonse VI de Castille, 18.

Alphonse X (le Savant), 31, 35-44,

Alphonse XI, 37, 56, 63, 68, 71,

Alphonse IX de Léon, 36.

Alphonse VII (Chronique de), 16.

Attabiskarko Canina, 1.

Altamira y Crevea (Rafael), 467.

Al-Tufail. Voir Abu Bakr ibn al

Tufail Alvarez (Leonor), 165. Alvarez (Miguel de los Santos),

Alvarez (Rodrigo), 18 n.

Alvarez de Ayllon (Per), 228.

Alvarez de Gienfuegos (Nicasio),

Alvarez de Soria (Alonso), 320.

Alvarez de Toledo (Gabriel), 384.

Alvarez de Toledo (Hernán), 254.

Alvarez de Villasandino (Alfonso),

INDEX

Alvarez Gato (Juan), 120.

Alvarez Quintero (Joaquín), 456.

Alvarez Quintero (Serafín), 456.

Alvar Fafiez, 20.

Amadis de Gaula, 78, 89, 110, 158- 163, 218.

Amalteo (Giambattista), 248.

Anacréon, 344.

Ana de Jesús (Mère), 257.

Ana de San Gerónimo (Sor), 385.

Anales Toledanos, 34.

Andersen (Hans Christian), 63.

Andujar (Juan de), 116.

Angeles (Juan de los), 261.

Ángulo y Pulgar (Martin de), 340.

Añorbe (Tomas de), 398.

Anséit de Carthage, 9.

Antonio (Nicolas), 63, 262, 381,

Apillonio (Libro de), 7, 25-26, 290.

Apulée, 175,

Arbolanche (Hieronimo), 265.

Arcayona (Doncella de), 7.

Arenal de Garcia Carrasco (Concepción), 431.

Argensola. Voir Leonardo de Árger.sola.

Argote de Molina (Gonzalo), 57, 61, 63, 87, 96, 106, 234.

Arguijo (Juan de), 343.

Arias Montano (Benito), 261-262.

Arioste, 172, 139, 197, 223, 231, 232, 250, 271, 286, 301, 326, 331.

Aristote, 8, 200, 375, 385.

Arjona (Juan de), 325.

Arjona (Manuel de), 407.

Arniches (Carlos), 456.

Arólas (Juan), 415.

Asenjo Barbieri (Francisco), 150,

Asensio Más (Ramón), 456.

Asumpció de madona Santa María (Representado de la), 122.

At de Mons, 42.

Auberée, 55.

Aubignac (Charles d'), 387.

Augier (Emile), 420.

Avellaneda (Alonso). Voir Fernandez de Avellaneda.

Avellaneda (Gertrudis). Voir Gómez de Avellaneda.

Avempace, 4.

Avendaño (Francisco de), 227.

Averroès, 5.

Aveugle de Ferrare (L'). Voir Bello.

Avicébron, 4, 69.

Avila (Juan de), 222, 259.

Avila y Zuñiga (Luis de), 213-214,

Azular (Pedro de), 2.

Ay panadera! (Coplas de), 97, 117

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