‹ Littérature et criminalitéChapitre 16 sur 38 · IV. — Les intuitions sociologiques · texte numérisé non relu

IV. — Les intuitions sociologiques

Il suffirait de ce que nous avons noté jusqu'à présent pour ôtre en droit — sans exagération — de compter

Eugène Sue parmi les précurseurs de l'école italienne d'anthropologie criminelle.

Mjiî.s il y n plus et mieux.

Non seulement ses intuitions anthropologiques, mais ses intuitions sociologiques méritent d'être remarquées. Mieux SBOOro que des intuitions, elles sont des programmes de réformes et de lucides théories auxquelles le temps devait donner raison.

Le but de ses livres, non seulement entrevu par le* lecteurs, mais ouvertement déclaré par l'auteur, est en eiïet de démontrer que tes deux grands devoirs de la société sont : prévenir le mal et encourager, en U récompensant, le bien : quant à moi, ajoutait-il, je suis UU des missionnaires les plus obscurs, mais les

plus convaincus, de oee deux grandes vérités.

Et pour atteindre ce double but il est, tout d'ubord. un ennemi acharné «lu système pénitentiaire qui, soit par économie, soit pour des raisons bureaucratiques, tient les condamnés réunis tons ensemble; et il ohante des hymnes en l'honneur de l'isolement dans la prison cellulaire, qui était l'idéal en ce temps-là.

A vrai dire, la prison cellulaire n'a pas réalisé dons la suite toutes les espérances qu'on avait fondées sur elle ; mais cela n'empêche pas que de nos jours on reconnaisse partout les inconvénients d'une agglomération de délinquants (dilférents l'un de l'autre par l'Age, par le caractère, par le crime qu'ils ont commis). — Cette agglomération — écrivait Sue — aulieu d'aîné-

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Uorcr. lait empirer le mal ; au liru de gttérir les légères affections morales, elle les rend incurables ; l'exemple des vieux délinquants endurcis dans lu vice, des cyniques qui se moquent des lueurs d'honnêteté et de repentir

des novices, est OU exemple filial. » — Et il ajoutait : < C'est, en prison que l'on offre, l'on achète, l'on complote un grand nombre de vols: et voilà uue outre douloureuse conséquence de la réclusion eu commun. » — Que l'on compare ces paroles d'Eugène Sue avec celles d'un criminel ( le 0*357 des tables Au Meurtre de Henry Ferri ):« Ici — c'est-à-dire dans la prison — les plus instruits apprennent aux plus ignorants le meilleur moyen pour commet Ire d'autres crimes ; on n'y ('ail pas autre, chose, n Et Maillot, célèbre voleur français, cité par Moreau, complétait ainsi la pensée de son confrère italien : — « Les crimes qui sont bien exécutés se méili t '-ni stSQ préparent toujours en prison.» Au Congrès international d'hypnotisme tenu à Paris en 1899, le docteur Laurent présentait, une communication intitulée de l'action suggestive des milieux pénitentiaires, dans laquelle il avait réuni une quantité de faits qui prouvaient la délétère influence des prisons. Du reste, sans alléguer d'autres auteurs (et Lombroao suffirait pour tous avec ses Palimpsestes île tu pris(jii) on peut affirmer que l'on a désormais reconnu que la réclusion en commun est une grande forge il' crime», où l'on n'entre que pour se pervertir el d'où l'on ne sort que pour y rentrer. C'est au point qu'Auguste Setli

LITTÉI1ATLBK ET CH1MINALITI

résumait heureusement l'opinion générale par cette comparaison: « la prison peut être assimilée au ohai l'animnl immonde qui remange immédiatement lu

nourriture qu'il vient de vomir.

De même qu'il avait saisi dès son temps le danger de la suggestion du milieu pénitentiaire, Eugène Sue avait saisi le danger des tendances hôréditail

Dans le chapitre où il décrit la physionomie, les sentiments, la vie de la Famille Martini — une famille de erimineU-nés, où le crime se perpétue de père en fils

— après avoir constaté la perversité et la cruauté plus grandi' de la femme criminelle que de l'homme erimiiH-1 (autre observation parfaitement vraie), il fait ce commentaire très sensé : — ci Lorsque l'autopsie révèle qu'un homme est mort d'une maladie transmissible, on cherche par toutes sortes de cures préservatives à mettre le fils de cet homme hors de l'atteinte d'une semblable maladif ; mais bien qu'il soit prouvé qu'un délinquant laisse presque toujours à ses enfants les germes d'une anomalie précoce, est-ce que pour le sauvetage moral de ces petites unies on tentera les elForts que fait le médecin pour lutter avec une tare physique héréditaire ?» — Et il répondait ironiquement :

— a Oh non ! au lieu de guérir ces malheureux, nous les laisserons pourrir jusqu'à la moelle des os... Un peu de patience, voyons I lorsque l'enfant sera absolument dépravé, lorsqu'il suera le vice par toutes les pores, lorsqu'un vol, un faux, un assassinat l'auront jeté

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